Anecdotes et pensées chiliennes / Santiago

 

Depuis longtemps j’avais envie d’écrire quelques anecdotes inspirées de voyages dans les pays limitrophes, Chili, Uruguay, ou proches, Brésil, Pérou.
Je commencerai par le Chili, ou plus précisément par sa capitale, Santiago. Je ne prétends pas la connaître profondément, mais plusieurs petits sauts de puce de l’autre côté des Andes au cours des dernières années m’ont inspirée et j’avais envie de partager mes impressions.

Tout d’abord, venant de Buenos Aires, 2 heures de vols sur la même latitude offrent un spectacle unique. Après la Pampa pendant plus d’une heure, dont on ne voit plus la fin, le relief commence à s’accidenter après Mendoza, puis les Andes s’imposent enfin, suivant les saisons avec beaucoup ou très peu de neige. Spectacle à admirer absolument, idéalement au lever ou coucher de soleil, toujours penser à demander une place côté hublot ! Puis la cordillère prend fin, et de suite Santiago s’étend à ses pieds, avec son smog.

Passage de douane, de suite on se fait vouvoyer, de suite on sent qu’ici c’est moins relax que les douanes argentines (voir Argentine anti-blues).
Chose rigolotte, en 2 heures d’avion on passe, du moins c’est mon impression, de 1.80m à 1.70m pour les hommes, de 1.65m pour les femmes à 1.50m et quelques pour les femmes. Les femmes sont plutôt rondes, certaines ont des vrais visages de poupée, bien brunes aux yeux clairs. Je commence à reconnaître les chiliennes. Quant aux hommes, plus difficile à dire… mais disons qu’en sortant de Buenos Aires on est mal habitué, très mal, et que c’est assez dur de concurrencer le porteño 🙂 Je m’arrête là sinon si un homme chilien me lit je vais me faire lyncher haha !

Anecdote d’aéroport, les fois où je suis arrivée ou repartie de Santiago un jour de semaine, j’ai constaté que j’étais l’une des rares femmes à me promener dans l’aéroport ! En semaine, des groupes entiers composés exclusivement d’hommes prennent les vols domestiques, ce sont les hommes travaillant dans les explotations minières du pays.

On arrive dans le centre de Santiago en 30 mn, soit assez de temps pour se rendre compte qu’ici les vieilles voitures sont inexistantes (une loi a tout simplement interdit les vieux véhicules – je ne connais pas l’année exacte considérée comme âge limite), que les routes sont très bien entretenues.
Si on prend le métro, on sent qu’on a voyagé dans le temps par rapport à Buenos Aires ou même Paris, c’est grand, spatieux, propre. Forcément c’est moins vieux et c’est chilien, comprendre un peu allemand sur les bords. Le métro coûte 3 fois le prix de celui de Buenos Aires, selon les horaires.

Les rues sont propres, les bâtiments ne sont pas à tomber par terre (toujours en comparaison de Buenos Aires). Hormis quelques reliques bien conservées de style français, dans le centre c’est plutôt moderne, sans âge. Certains quartiers du centre et ensuite les quartiers chics vers l’Est, Las Condes ect, sont de véritables concentrations de gratte-ciels, d’immeubles de 30 étages. Quant on sait que le Chili est sur une zone ultra-sismique, ça donne quelques sueurs froides ! En ce moment se construit la tour Costanera Center qui sera haute de 300 mètre, rien que ça, soit quasi la Tour Eiffel. Pour le moment la tour Titanium fait déjà 192 m. Le Chili voit les choses en grand.
Les quartiers de Bella Vista et Providencia eux sont différents, avec leurs maisons basses, colorées, certaines de style « colonial », leurs rues pavées, arborées, les jardins cachés que l’on devine derrière de hauts murs, des quartiers très agréables, l’équivalent du Palermo de Buenos Aires, ce sont mes quartiers préférés.
La ville compte aussi de beaucoup de zones arborées et de pistes cyclables. Comme en plus Santiago est tout plat, on voit beaucoup de cyclistes, encore plus qu’à Buenos Aires, et même sur les routes, entre Santiago et Valparaiso par exemple, chose inconcevable en Argentine, vu les distances entre chaque ville.

La chose surprenant de Santiago, plus que Santiago, c’est la proximité de la cordillère des Andes, majestueuse, qui en hiver arbore des sommets enmeigés. On sent la montagne tout près, à portée de main, et lorsqu’il pleut le smog s’évanouit et on aperçoit cette énorme masse sombre dès qu’on regarde vers l’Est. C’est pratique pour s’orienter dans la ville.

Les poubelles permettent le tri sélectif, chose que Buenos Aires peine encore à mettre en place. A Santiago pas de poubelle à même le sol dans la rue (du moins dans le centre). Une évidence qui me saute aux yeux après 4 ans passés à Buenos Aires, à voir l’Argentin poser allègrement son sac poubelle  au coin de la rue sans culpabilité aucune, ni vu ni connu, à l’aise Blaise.

Autre élément de modernité que les Européens ne pourront pas apprécier mais les Argentins si, les billets chiliens sont tous quasi neufs, colorés, un peu style Monopoly, à l’opposé du billet de 2 pesos argentin qui lui ressemble davantage à un parchemin du 15ème siècle.On accepte la CB quasi partout, waowww, on se sent tout d’un coup dans le primer mondo en venant d’Argentine, royaume de l’argent liquide et du paiement en cash, partout.

On a parfois du mal à comprendre une conversation entre Chilien, même de la capitale, admettons-le. Moi et même des Argentins. Ils ont une multitude de mots bien à eux, et un accent bien particulier, surtout les hommes. Et comme en Argentine, ils se sont inventés quelques petites conjugaisons à eux, manière. Ca donne le célèbre « Catchaï ? » pour dire « tu comprends ? »
Les femmes parlent plus nettement à mon goût, et ont une voix plutôt aigüe. Je me souviens que lors de mon premier séjour j’avais l’impression qu’elles chantaient.
Ici lorsqu’on parle d’une tierce personne on met « le » ou « la » devant. Ca donne « comment va la Laura ? »
Pour eux l’accent argentin est un accent comique. J’ai vu une pièce de théâtre où un acteur prenait volontairement l’accent porteño argentin pour faire rire le public (selon les dires d’un ami chilien).

Si je devais décrire quelques traits de personnalité chiliens, toujours en comparaison avec les porteños argentins et selon ma modeste expérience, je dirais que les Chiliens sont en général plus calmes, plus réservés, parlent moins fort, semblent moins sûrs d’eux. La jeunesse est la même qu’en Argentine, bruyante, insoucante et festive, lorsqu’on se ballade un samedi soir dans Bella Vista. Mais les adultes sont beaucoup plus tranquilles que les porteños argentins, c’est indéniable.
Un ami chilien résume la situation ainsi : « L’Argentine a eu 7 ans de dictature et s’en est sortie en 1983. Le Chili en a pris pour 17 ans et s’en est sorti en 1990 ».
Mon ami me dit qu’il a souvent du rassurer son père quand il était adolescent et qu’il sortait tard. Son père avait autant peur de la police que de ses excés d’alcool. Mon ami lui répondait que la dictature était finie.

Encore davantage qu’en Argentine, parce que la fin de la dictature chilienne est plus récente je pense, l’histoire du pays est souvent abordée dans les conversations et on assiste à une étrange dualité. Autant Pinochet est considéré à l’étranger comme un dictateur, autant au Chili cela fait débat.
Dans le quartier de Bella vista, plusieurs cafés concerts affichent clairement leur orientation à gauche, avec des peintures murales à l’effigie de Victor Jara (chanteur communiste torturé et assassiné pendant la dictature, à qui on a d’abord coupé des doigts avec une hache pour être bien sur qu’il ne jouerait plus). Leurs chanteurs se moquent ouvertement du Président actuel Sebastian Pinera (de droite) et insultent directement Pinochet. Dans le centre, l’immense bar sur 3 étage, appelé The Clinic,  dans lequel se pressent tous les employés à la sortie des bureaux, est un site on ne peut plus contestataire, avec partout sur les murs sur  étages des posters géants de personnes politiques illustrés de légendes ironiques, critiques. Idem sur des écrans télé. Et les journaux gratuits du même groupe éditorial sont en libre distibrution. Un peu comme si le Canard Enchaîné avait un immense bar dans le centre de Paris.
Dans le même temps, dans des quartiers moins bohèmes et plus chics, d’autres admirent ouvertement le personnage de Pinochet, et le félicitent d’avoir fait éviter au pays le « danger communiste » représenté par Salvador de Allende, grâce à son coup d’Etat. 38 000 personnes ont été torturées sous la dictature, 3 200 tuées ou portées disparues.
Je me souviens de mon premier jour à Santiago, le surlendemain de la mort de Pinochet, en décembre 2006. L’amie qui m’accueillait m’a montré une page entière de publicité parue la veille dans le journal le Mercurio intitulée  « GRACIAS PRESIDENTE », écrit en lettre capitales, et signée par plusieurs grandes familles chiliennes, les fameuses dont on parle souvent, qui à elles seules détiendraient le pays.
60 000 personnes sont venues rendre hommage à Pinochet et faire la queue sous un soleil de plomb pour aller voir son corps. Un individu qui avait fait sept heures de queue pour cracher sur le cercueil a été emprisonné.
Oui le Chili est au niveau politique bien plus conservateur et opus dei que l’Argentine, qui elle excelle en matière de droits de l’homme (nombreux procès de hauts membres de la dictature, annulation de la loi du Punto Final qui les absolvait, et plus récemment mariage pour tous – avant la France, sic- , ley de itendidad del genero etc). Oui l’Argentine aussi est un peu bananière dans son genre, avec son lot d’oligarques et sa haute bourgeoisie, mais elle est à la fois plus funky et ouverte d’esprit, y’a pas photo.

Le Chili en est à se demander si ce serait opportun de réduire ou de supprimer les frais de scolarités exorbitants et dissuasifs pratiqués par les universités PUBLIQUES. Depuis 2011 des centaines de manifestations ont eu lieu, la dernière il y a quelques jours, suivie par 50 000 / 80 000 étudiants
L’Argentine, elle, accueille à l’université publique de la UBA à Buenos Aires des milliers d’étudiants de toute l’Amérique du sud (Chili, Colombie…) venus étudier pour un prix très très abordable (pour les Argentins l’université publique est quasiment gratuite). Donc oui, l’Argentine et ses acquis sociaux font rêver de nombreux Chiliens. Et pas que ses acquis sociaux. Ses artistes, ses rockeurs (le rock chilien était interdit de diffusion pendant la dictature donc le rock argentin était béni), leur insouciance, leur confiance en eux et ce « je ne sais quoi »… Cet édito publié en mars 2013 dans je journal chilien La Tercera a d’ailleurs fait des vagues.

Les Chiliens eux peuvent reconnaître, toujours en comparaison avec leur voisin, que leur économie va plutôt bien, qu’ils n’ont pas une inflation annuelle de 30% depuis des années, qu’ils ont des infrastructures de transport impeccables (autoroutes et routes), des magasins mieux fournis, des produits importés bien moins chers, des compagnies aériennes concurentielles…, et une société beaucoup moins corrompue. Impossible par exemple de tendre un petit billet à un fonctionnaire pour arranger les choses.

Enfin, là où le Chili  met la raclée à l’Argentine, c’est en cuisine. Je dois avouer que j’en ai ma claque du régime argentin viande empanadas pizzas et quelques jours à Santiago à manger sauvagement me réconcilient avec la vie. Au Chili, il existe le concept sud-américain de menu pas cher pour déjeuner, chose qui a été oubliée en Argentine, où le menu consiste seulement en un plat et une boisson et si on a de la chance un café. Au Chili on a droit à une vrai entrée ou une soupe, un plat et un dessert pour des prix dérisoires dans les quartiers du centre. Pour le prix d’un coca on peut demander un jus naturel de fraise, mangue, maracuya (fruit de la passion). Les plats à base de poisson et fruits de mer sont un vrai luxe pour les papilles. La cuisine est variée, saine, traditionnelle. A goûter le pastel de Jaiba por Dios !!!
Le chocolat et même le cacao en poudre ne sont pas considérés comme des produits de luxe (comme en Argentine) et c’est tant mieux, comme ça j’en ramène 4 paquets à la fois.
Enfin, touche personnelle, Santiago est très bien fourni en restaurants péruviens et on peut manger un succulent ceviche péruvien comme si on était à Lima, et ça, ça n’a pas de prix.

Bon il se fait tard, mais revenant tout juste de Santiago, j’avais envie de coucher mes impressions sur la Toile tant qu’elles étaient encore fraîches.
Je finirai en chanson avec quelques uns de mes chanteurs chiliens préférés, Los Tres, Bloque Depresivo

A propos de Fanny

Poulette du Gers 100% coeur de canard. Expatriée en Argentine depuis 2009. Je livre mes anecdotes sur cette capitale du bout du monde, mes pensées sur la vie à l'étranger et quelques récits de voyages en Amérique du sud sur le blog Destino Buenos Aires. Challenge 2014: convaincre un éditeur ❤

3 commentaires pour “Anecdotes et pensées chiliennes / Santiago

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