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A propos de Fanny

Poulette du Gers 100% coeur de canard. Expatriée en Argentine depuis 2009. Je livre mes anecdotes sur cette capitale du bout du monde, mes pensées sur la vie à l'étranger et quelques récits de voyages en Amérique du sud sur le blog Destino Buenos Aires. Challenge 2014: convaincre un éditeur ❤

Le syndrome du retour annuel en France

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J’avais déjà commencé ici quelques réflexions sur l’expatriation. Aujourd’hui je souhaitais explorer le rapport à la mère patrie, selon la distance avec le pays d’adoption. Je sens souvent que ma vie d’expatriée en Amérique du sud n’a strictement rien à voir avec  celle de mes amis expatriés en Europe. L’expatriation à 2 heures d’avion, c’est l’expatriation light, c’est avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier. Tu troques les parisiens têtes de chien pour les belges sympas à Bruxelles, les anglais relax à Londres ou les tapas à Madrid. Tu rentres au pays plusieurs fois par an, tu connais les horaires d’Easyjet par coeur. Et en plus tu as droit au foie gras à Noël en famille. Veinard, je t’envie en fait.

L’expatriation longue distance (à une journée d’avion), tout de suite, change la donne. Pour rentrer au pays tu dois t’organiser, prendre des vacances, voir la totalité de tes congés de l’année. Tu oublies l’improvisation, la spontanéité, le coup de tête, le « et si je partais ce week-end ? ».  A toi l’anticipation, l’agenda dans une main et la carte de France dans l’autre. Tout ce que tu aimes… Car oui, quand tu es expatrié longue distance tu passes tes vacances en France presque à tous les coups. Tu savais pas ? Dommage… :-)Toi qui partais à l’étranger pour voyager et voir du pays, ben on t’a menti en fait. Surtout, en cas de grosse frustration de passer 2 semaines en Creuse, ne pas écouter les récits de tes amis qui sont restés vivre en France mais qui ont fait 3 voyages dans l’année grâce à leur 42 jours de RTT. Non, non, pas bon, ceux-là évite-les.

L’expatriation longue distance version « occidentale », par exemple aux Etats-Unis, au Japon, à Singapour ou à Dubaï, c’est à dire dans des pays avec une monnaie et une économie stable, peut te donner un bon « pouvoir d’achat de billet d’avion » qui te permettra peut-être de rentrer 2 fois dans l’année. A voir.

A contrario, l’expatriation longue distance version « pour l’amour du risque », c’est à dire dans un pays « en voie de développement » où tu gagnes 800 euros par mois, ne te donnera qu’une occasion par an d’aller en France. Et encore, c’est pas gagné, tout dépend de la configuration. Bien des familles ne peuvent pas payer 4 billets d’avion par an pour l’Europe. Quand on combine comme moi l’équation Amérique du sud + économie couci-couça + dévaluation de peso à fond les ballons, on se demande comment on fera l’année prochaine. Puis on arrête d’y penser parce qu’à quoi bon. 

Le syndrome du retour annuel en France… Je pense sincèrement qu’il faut avoir une fois dans sa vie quitté son pays et ses proches pendant 12 mois pour comprendre ce qui arrive à l’expatrié longue distance avant, pendant et après ce retour au pays. Mais je vais tout de même tenter de l’expliquer ici.

Pendant l’année, beaucoup de choses se passent au pays en ton absence :  mariages, naissances, obsèques, week-end retrouvailles de tes potes qui sont tous sur la photo sauf toi. Tu as beau suivre, liker et commenter les heureux événements sur Facebook, envoyer des messages, des mails, skyper, viberiser, whatsapper, il n’empêche, t’es pas là. Et il en sera ainsi tant qu’on aura pas inventé la télétransportation, donc en attendant habitue-toi et fais avec.

A J-1 mois du départ en France se produit un savant cocktail d’excitation, de joie, d’anxiété, de décompte jusqu’au moment où l’on monte dans l’avion.  Ces semaines avant le départ sont consacrées à l’organisation à distance des vacances, qui voir et où. Mentalement, dans mon cas du moins, je suis déjà en France et plus trop déjà à Buenos Aires. Ou disons que je suis dans l’avion exactement, ni dans un pays ni dans l’autre. Un no man’s land, un temps pendant lequel tout m’est un peu égal car dans x jours « JE RENTRE EN FRANCE » !

En France, lorsque finalement tu foules  le sol de la mère-patrie, c’est le comité d’accueil à l’aéroport, la séquence émotion, le quart d’heure de gloire, les effusions et les embrassades avec tes proches. De très forts moments, des larmes à l’oeil. Le sentiment d’être la star. Illustration concrète, ma mère me prend chaque année en photo à l’aéroport le jour de mon retour, quand elle me voit au loin pousser mon chariot avec mes valises. Sic.  Mais que puis-je faire ? Respirer le cou de sa maman au bout d’un an, ça n’a pas de prix.

Une fois l’émotion passée, en regardant de plus près ceux qui sont venus te chercher, tu observes des cheveux blancs qui n’étaient pas là l’année d’avant, des rides autour des yeux qui te rappellent que tes parents ne rajeunissent pas, pas plus que tes amis d’ailleurs, et pas plus que toi, du coup.
Le syndrome du retour annuel en France est alors à son paroxysme pendant ces quelques semaines. Voici quelques symptômes récurrents:
– la sensation que le temps passe trèèèès vite, du coup tu penses qu’en ne dormant pas la nuit tu doubles la durée de tes vacances. Pas bête, mais tu ne tiens pas plus d’une semaine. La solution : profite de chaque seconde.
– des pics d’émotion , de joie et de crise de pleurs tristesse un peu incontrôlables, qui peuvent te faire passer pour un/e déséquilibré/e. Mais on t’aime comme tu es donc un kleenex et ça repart.
– des situations irréalistes comme des retrouvailles et des adieux à quelques heures d’intervalle avec les mêmes personnes, le temps d’un dîner en fait.
– des phrases surréalistes comme « à l’année prochaine » alors qu’on est encore en juillet.
– des tentatives de rattraper 12 mois ou 24 mois en une soirée, pauvres naïf/ve que tu es. Tu demandes à tes amis de te faire un petit résumé de leur vie, exercice que tu fais à ton tour. « Alors voilà l’année dernière, j’ai changé d’appart, de mec et de boulot, et ça va bien. Et toi ? Euh pardon, et vous ? »
– des hallucinations de voir tes copines encore célibataires l’année dernière te parler mariage avec l’heureux élu à côté que tu vois pour la première fois
– d’autres hallucination, celles de voir des bébés qui n’étaient même pas encore conçus lorsque tu avais vu ses parents l’année d’avant.
Souviens-toi le paragraphe plus haut, pendant l’année, tu étais loin, et il s’en est passé des choses, mais sans toi.

Au retour dans ton pays d’adoption, effet Duracell.

Tu as la sensation d’avoir rechargé les batteries, tu es souvent même content de revenir et de retrouver ton chez toi. Tu n’as eu que le bon de la France, la famille réunie pour l’occasion, les fêtes de Noël ou les vacances d’été. C’est reparti mon kiki pour une autre année. Tu kiffes ta vie d’expatrié… jusqu’au prochain coup de blues. Reprendre alors la lecture à partir de « Pendant l’année »…

Et vous, ça vous fait quoi l’expatriation ?

ps : Mes autres billets sur l’expatriation sont ici

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Mundial 2014 – Pensées sur le foot made in Argentina

Destino Buenos Aires

Avec les années on prend l’Argentine pour acquise, on pense qu’on la connaît par coeur et qu’elle ne peut plus nous surprendre… Sauf que  le Mundial ranime les passions, un peu comme une lune de miel à laquelle on ne s’attendait pas.  Et lorsque ces 7 lettres résonnent dans les conversations, c’est l’esprit argentin qui resurgit comme jamais.

L’Argentine n’a pas la meilleure équipe, mais avec le Brésil je pense que c’est celle qui la défend le mieux. Durant ce mois le patriotisme footballistique est injecté en intra-veineuse à tous les argentins, à n’importe quelle heure de la journée : une conversation avec des amis, la presse, les images à la télé, les commentaires à la radio, les pubs faites spécialement pour le Mundial par les grandes marques, des messages, gags et blagues sur internet. Les couleurs du drapeau, omniprésentes, les drapeaux qui flottent aux balcons. Les enfants qui portent déjà le maillot en guise de tee-shirt, 1 mois avant. Football, Mundial, Messi, Di Maria, Lavezzi, Fantino, Iran, Suisse, Brésil, Maradonna, des mots vus, lus, entendus, écoutés et répétés tant de fois, comme si tout le reste n’existait pas. C’est merveilleux, c’est à croire qu’en juin/juillet il n’y a pas eu d’inflation et plus de problème avec les fonds vautour. Nous vivons en ce moment dans un monde blanc et bleu, avec un soleil au milieu.  Tout n’est que football, Quilmes, asados et célébrations. Pendant 4 semaines, tous les 4 ans, tout un peuple est suspendu à un ballon rond. Et il adore ça.

Le football, c’est avant, pendant et après le match. C’est une influence 24h24. C’est les magasins qui ferment 1h avant les matches parce que le business reste moins fort que ce sport. C’est le trafic de voitures qu devient inexistant. C’est les réunions qui sautent, les cours qui s’annulent. C’est un stress latent, des prédictions, des paris, des « Où vas-tu regarder le match ? », « Avec qui ? ». Le lieu et la compagnie, rien n’est laissé au hasard.

Pendant les matches, je souffre à l’unisson, jure, insulte, exulte et hurle en parfaite synchronisation. La passion des argentins pour le foot est très contagieuse. Leur équipe me fait me ronger tous les ongles quand Messi attend la 88ème minute avant de marquer le but contre l’Iran, ou quand Di Maria attend les 3 dernières minutes avant les tirs au but pour marquer contre la Suisse.  Pendant ce temps-là, les chats et les chiens se cachent sous les lits, terrassés de peur par les cris.

Séquence filmée à Buenos Aires lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre la Suisse hier.

J’aime leur enthousiasme, leur joie, leurs chansons. J’aime leurs colères, leurs insultes, leur passion. Parce que le football fait ressortir les enfants qui sommeillent en eux, parce qu’ils s’abandonnent complètement, parce que l’équipe représente leur pays, exulte leur fierté, leur honneur. Parce qu’un but marqué leur donne des souvenirs et de la joie pendant 4 ans en attendant le prochain Mundial.

Commentaires du célèbre journaliste sportif argentin Fantino,  lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre l’Iran

Commentaires de Fantino,  lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre la Suisse

Commentaires de Fantino,  lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre la Belgique

Quant aux brésiliens, je les maudis lorsqu’ils affichent les couleurs des équipes adverses à l’Argentine. Ce rapport de force Argentine/Brésil, cette concurrence de deux géants sud-américains et quasi-voisins touche à son paroxysme cette année avec un Mundial côté brésilien. Côté Brésil, la défaite est tout simplement inenvisageable mais si défaite il y a, l’humiliation suprême serait que ce soit les Argentins qui remportent la coupe. Côté argentin, une victoire volée aux brésiliens serait un jour qui deviendrait férié et  jour national ! Que dire des milliers d’argentins qui ont littéralement envahi les villes où se jouaient les matches de l’Argentine et qui ont carrément inventé une chanson « Brazil decime que se siente » pour narguer les brésiliens ?

Le jour d’après les matches, vient le moment du debriefing et des blagues. Comme après la nomination du pape François, la créativité et l’humour argentin envahissent la toile en moins de 24 heures. 996132_524396934357020_5043702493510749293_n 10448829_10203190370912612_1614683485688662816_n 10456054_524397027690344_1860882517589659098_n 10510312_10152345537784219_1515630128_n 10487368_723473481023410_5553406383433204024_n
Le football made in Argentina, ça marche même à distance, depuis la France. Quand les bars argentins réunissent leurs compatriotes et que durant 90mn on se sent comme au pays, sur cette terre du bout du monde.

Séquence filmée au bar argentin « Volver » à Paris lors du match de l’équipe d’Argentine  contre la Suisse hier

En conclusion, je reprendrais simplement les mots d’un chroniqueur de foot qui a écrit aujourd’hui : « Personne ne les aime, personne ne les admire. Leur huitième finale contre la Suisse ne méritait pas qu’on en fasse des favoris à la victoire finale. Mais les Argentins s’en fichent, ils sont déjà champions du monde. Du style. »

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Rio Loco & noche loca avec mon ami Roberto

 

Bon Roberto tu m’excuseras, je pensais qu’au début d’appeler R. ou changer ton nom en Rodolfo ou Rodrigo, mais franchement, cela aurait manqué de saveur. Donc au diable l’anonymat.

Roberto je t’ai connu il y a des années de cela, sur la piste d’un bar salsa à Toulouse, bien avant de fouler le sol de ton pays. Tu étais chaud comme de la braise et je me suis dit « quel petit rigolo ce latino, qui drague en dansant la salsa ». Forcément, tu dénotais, mes autres cavaliers français étant plus concentrés sur leurs pas que sur la musique en elle-même ou sur le charme éventuel de leur partenaire. Non, tu n’étais pas le champion du monde de la salsa, mais tu avais le rythme, tu improvisais, et surtout,  tu te marrais. [Si des salseros me lisent ici, arrêtez de faire le concours du nombre de fois où vous nous faites tourner, sentez la musique, n’enchaînez pas comme des machines les pas que vous avez appris en cours !!! ]. En bonne française, j’ai pensé que tu abusais un peu quand même et je t’ai demandé d’où tu venais. « D’Argentine » m’as-tu répondu, en me dégainant ton regard de braise et ton sourire de winner. « Pauvres petites françaises qui doivent tomber comme des mouches » j’ai pensé ! Pour des raisons que l’on connait toi et moi, tu es toujours resté sage et « caballero », et j’ai pu devenir petit à petit ton amie. Puis par la suite, en m’installant à Buenos Aires, nous sommes devenus en quelque sorte des miroirs réfléchissants, chacun vivant dans la ville de l’autre. Je ne compte pas les conversations skype et séances de débriefing que nous avons eues sur nos expériences respectives, moi dans ton pays et toi dans le mien. Lors du Mundial de 2010, comme j’étais en France, c’est avec toi et tes compatriotes que j’ai regardé les matches d’Argentine car qui d’autre pouvait me faire sentir comme dans ton pays ? Qui d’autre pouvait aussi bien me comprendre lorsque je me plaignais des hommes argentins ? Et qui d’autre que moi pouvait mieux comprendre tes coups de gueule contre la vie à la française ? Je sais que tu me lis sur ce blog, attentivement, alors j’ai d’autant plus envie de te rendre hommage et de te remercier pour la leçon d’ArgentinAttitude que tu m’as donnée hier soir.

Comme je suis en ce moment en vacances en France, je n’ai pas voulu rater le festival toulousain de Rio Loco et le concert d’Oscar D Leon. On s’y est donc retrouvés. Je pensais naïvement qu’un mardi soir, une fois le show terminé, on rentrerait tranquillement chez toi, puisque tu m’hébergeais, et qu’on discuterait un peu avant de se coucher. Grave erreur. Erreur de débutante. J’ai pensé en bonne française, tu as agi en bon argentin. Et ici commence le récit de notre « noche loca » et des enseignements que j’en ai retirés.

Le concert terminé, vers 23h15, toutes les lumières se rallument sur la Prairie des Filtres. La 2ème partie de soirée commence. Nous passons une bonne heure encore près de la buvette. Nous sommes avec toute une ribambelle d’amies filles, des amies à toi, et des vrais amies j’entends. Une situation qui me semble irréelle car je te vois entouré de toute cette gent féminine et je pense que si nous avions été dans ton pays, tu aurais été entouré exclusivement de mâles. Une heure passe. Nous rejoignent tes deux amis cubains, et là, forcément, le vent commence à tourner. Nous traversons le pont Neuf, arrivons au bar du Filochard, et croisons ton copain J qui nous propose aussitôt d’aller chez lui, dans cet appartement familial dans lequel il vit encore le temps de le vendre. Tu m’expliques alors que tu rêves de connaître la maison de J, qui semble sortie tout droit d’un film de costumes.  Honnêtement, si cela ne tenait qu’à moi, j’irais bien me coucher mais la visite de la maison me tente quand même.

Troisième partie de soirée, 00h45, on rentre dans un hôtel particulier, comme seule Toulouse en recèle, une de ces demeures cachées par un grand portail de 3 tonnes, donnant sur une grande cour intérieure pavée. Au fond de la cour, un large hall d’entrée et un escalier de pierre, magistral. On monte au premier étage, J nous ouvre sa porte. Là nous accédons à la première d’une interminable série de pièces, trois mètres de hauteur sous plafond, fenêtres aux dimensions géantes, plancher en bois grinçant, meubles d’époque, miroirs, lustres et cheminées dans chaque pièce. Hallucination générale. On suit J dans cet enfilade de pièces jusqu’à arriver à la dernière, depuis laquelle il ouvre une porte-fenêtre et nous montre une grande terrasse. Rien que ça. On sort les vieux fauteuils du salon et on s’installe dehors, à la lumière de la lune et des éclairages de la ville. Nous faisons tous plus amples connaissance. Tes amis cubains artistes me racontent comment ils ont fini par sympathiser avec les flics qui sont venus x fois chez eux constater des tapages nocturnes. Ils m’expliquent qu’ils ne comprennent pas encore où et comment il est autorisé de faire la fête en France. Ils commencent ensuite à pousser la chansonnette, nous expliquent que ce sont des des chansons de « terrassa », que l’on chante entre amis à Cuba, quand on est dehors, en terrasse. Là-bas quelqu’un commence à chanter un air et les amis accompagnent, font les choeurs ou marquent le tempo avec les instruments ou les objets qu’ils ont sous la main. On les écoute, admiratifs. Je leur demande de chanter un air connu, et nous voilà tous partis sur « Dos gardenias para ti ».

Poésie totale, au clair de lune, ça ricane, ça chante et ça parle fort. On regarde les fenêtres voisines, dans la crainte de voir apparaître un ronchon, mais non, alors on continue. Je commence un peu à fatiguer.

Quatrième partie de soirée, 01h30, on décide de quitter l’appartement, pour revenir au bar du Filochard. Mais J nous explique qu’il a tout un tas de babioles intéressantes pour nous les filles, une boîte de bijoux de famille en toc, et que c’est libre service avant que les antiquaires ne vident tout. Commence alors avec les filles l’essayage de colliers à perles et strass, façon soirée déguisée, devant un miroir d’époque. Puis s’en suivent des séances photos et poses royales dans les fauteuils, manière d’immortaliser ce petit Versailles. C’est drôle, cela m’amuse un moment, mais je me languis de mon canapé lit, et je te le dis. Tu rigoles. Tu m’expliques que je pensais peut-être passer un mardi à la française, avec un argentin « françaisisé », mais que non, chassez le naturel il revient au galop. Ce soir « on passe une soirée à l’argentine », donc « tardive » (je sens déjà que je vais voir l’aube dans quelques heures), » irréelle, inattendue, et pleine de rebondissements ». Je commence à te haïr car je ne connais que trop bien les nuits argentines, et je râle ouvertement. Merde, on est mardi soir, j’ai sommeil quoi !

Cinquième partie de soirée, 02h00, on décolle finalement de l’hôtel particulier. Les diverses bières que tu as ingurgitées commencent à te faire effet, tu marches bras dessus bras dessous avec tes amis cubains, « tes frères ». Je sens que tu es parti pour faire la fête toute la nuit. Une de tes amies me propose gentiment de m’héberger, elle habite à deux pas de là, et j’entrevois mon rêve : un canapé ou un matelas où m’allonger. Je t’en parle et tu me dis que c’est niet, que ce soir c’est toi qui m’héberge, et tu me promets qu’on va y aller. Le ton monte, je pourrais dormir là tout de suite dans 5 minutes et tu pourrais continuer la fiesta. Mais non. Je capitule et accepte de te suivre. OK, on y va, sauf qu’il faut raccompagner avant une de tes amies jusqu’à chez elle. On retraverse le pont Neuf, on arrive à Saint Cyprien. Puis on cherche un vélib. Evidemment il n’en reste qu’un à la station la plus proche. Je te déteste. On marche jusqu’à la suivante. Je bous intérieurement. Alléluia, on en trouve finalement deux et nous voilà partis sur nos deux roues. Je veux mon lit.

Sixième partie de soirée, 02h30, retour en vélo. Tu t’enflammes et tu veux refaire le monde, ou du moins refaire Toulouse. En pédalant. Tu ne comprends pas qu’il n’y ait pas de taxis dans cette ville. En Argentine c’est tellement courant. Rien n’est fait pour permettre aux gens de sortir, de veiller. Maintenant on ne peut pas trop se plaindre, on a les Vélib, mais avant ? Pourquoi on ne laisse pas davantage de taxis en circulation. On réprime tout le temps l’esprit de la fête. Si on fait du bruit dans la rue, c’est un trouble à l’ordre public. Si on fait du bruit chez soi, c’est tapage nocturne. On ne peut pas parler fort, écouter de la musique, passée une certaine heure. On doit toujours faire attention, se réprimer. Pas étonnant que les français, quand ils vont à un concert, se contentent de hocher la tête quand en Amérique du Sud on saute partout. Moi je pédale et t’écoute, en mode ronchon. Alors tu me mets les points sur les i, gentiment, et à juste titre. – « Je suis chiante, je ne sais pas profiter d’une soirée exceptionnelle. » – « Cela fait des lustres qu’on ne s’est pas vus et je veux dormir à minuit sous prétexte qu’on est un mardi soir » – « N’ai-je pas passé une soirée pleine de surprises ? » – « N’ai-je pas rencontré des personnes étonnantes ? » – « Je suis une « hincha bola » (casse-bonbon) ». -« Je vais les avoir mes heures de sommeil, donc aucune raison de faire ma crise » Tout en pédalant, je me dis que tu as carrément raison et que sous prétexte d’être fatiguée je n’ai pas hésité à te transmettre ma mala onda, sans réaliser que nous passions de très bons moments. Aurais-je fais le même cinéma à Buenos Aires ? Est-ce possible de redevenir rigide en aussi peu de temps juste parce que je suis dans mon pays ? – « Oui tu as insisté pour que je dorme chez toi, parce que demain matin, on sera bien, on boira du maté ensemble ». P** je n’y avais même pas pensé à ça. Avec qui d’autre je peux partager un bon maté en France ? – « La vie c’est ça, c’est pas toujours prévisible, et heureusement. » J’avais eu tendance à l’oublier. On arrive chez toi, la station Vélib est pleine, donc impossible de laisser là nos vélos. J’en rigole maintenant. On pédale jusqu’à la suivante. Il en reste juste une et je mets mon vélo. Comme tu es galant, tu me dis qu’on va chez toi, comme ça Mamie Fanny pourra se reposer, et que tu ressortiras après chercher une place pour ton vélo.Royal.

Septième partie de soirée, 03h00. Je suis soulagée et heureuse d’être enfin sur ton canapé. On commence à tchatcher. De ton dernier chagrin de amor, de mes histoires. De Toulouse, de Buenos Aires. De vivre ici, de vivre là-bas, de revenir ici, de revenir là-bas. Comme cela était prévisible, les heures passent, il est 06h00, Toulouse s’éveille. On décide d’aller dormir, on reprendra la suite au réveil avec un maté.

Le jour suivant, mon programme toulousain est forcément modifié car on se réveille à midi. Vient le maté, vient le plat de pâtes, et la conversation continue, jusqu’à 15h00. On passe en revue mille et une histoires, de coeur évidemment. Car au final on est là pour ça non, parler de ce qui compte, vraiment, et de profiter de chaque instant, et surtout le présent. Muchas gracias Roberto !

Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

 
On a parlé des relations sentimentales en Argentine dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 4 juin 2014

Toi qui me lis je ne t’ai certainement jamais rencontrée. Mais bizarrement, c’est un peu comme si je te connaissais déjà. Tu as la vingtaine ou la trentaine, tu penses venir un temps en Argentine, à moins que tu ne sois déjà de ce côté-ci de l’Atlantique. Et le titre de ce billet t’a interpellée, forcément. Tu as pipauté à tes proches que tu partais destino Buenos Aires pour la beauté des paysages, parce que tu voulais voir les Andes, pour t’empiffrer de viande, pour apprendre le tango ou l’espagnol etc. Mouaaaaaais… PVT, Erasmus, stage, nouvelle vie, nouveau travail… Je connais toutes ces sornettes ! Moi je sais qu’en vrai un argentin a croisé ta route, en Europe ou par ici, et que tu viens vérifier sur place s’ils étaient tous aussi charmants ou si celui rencontré valait vraiment le déplacement. Tu vois, tu glousses déjà devant ton écran parce que j’ai raison. Je le savais. C’est pour ça que je te connais, parce qu’on est toutes passé par là, TOUTES.
 
Tu as déjà peut être lu ce billet sur Etre femme à Buenos Aires mode d’emploi. Ou pas, et dans ce cas je te recommande de commencer par là, manière d’avoir une première idée de la chose. Voici donc cette fois-ci un autre mode d’emploi, un de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques. Lorsque je parle de “mode d’emploi” je pèse mes mots car oui, plus que sur un autre hémisphère, nous les femmes sommes vraiment sur une autre planète en Argentine. Quant aux relations avec le sexe opposé, nous sommes directement sur Mars. Et lorsque je cause de « survie sentimentale », je m’adresse aux âmes romantiques qui me lisent ici et qui sont malmenées sous cette latitude. Alors oublie ce que tu as vu et connu avant, efface ton disque dur et redémarre. Bienvenida en Argentina nena !
 
Règle numéro 1 : tu profiteras
Peu importe le temps que tu passeras ici, prend le comme une expérience sociologique enrichissante. Profite de ce rapport très étrange que tu entretiendras avec tous les hommes ici, ton voisin, ton patron, cet inconnu qui te reluque au fond du bar, ou ton amoureux. Je ne te demande pas non plus d’adorer les remarques salaces que tu pourras entendre dans la rue, ni de cautionner certaines attitudes bien machistes.  Non, prend juste le positif, les caresses à l’égo quand on te complimente, la galanterie, l’effusion et la démonstration sans pudeur des sentiments, la buena onda  avec laquelle on t’écoute ou on te reçoit, juste parce que tu as des seins et de bonnes fesses tu as lancé un sourire. Tu ne vas pas transformer la société argentine tu penses bien, donc adapte toi à elle et à ce qu’elle a de meilleur. La fascination que l’on engendre sur les mâles autochtones est quand même bien kiffante, avouons-le et assumons-le. Souviens-toi que dans ton pays d’origine c’est pas la même chanson alors enjoy.
 
Règle numéro 2 : les beaux gosses n’auront pas d’emprise sur toi
Pas facile tout ça car l’Argentine est une usine à beaux gosses. D’où ce paragraphe à part entière consacré à ce sujet. J’ignore si c’est le maté, le boeuf, les orignes italiennes. Mon dernier séjour en Italie me fait penser que la généalogie y est quand même pour quelque chose (por Diosssss !). Par ici les hommes comme les femmes sont très bien pourvus par Dame Nature, dixit les étrangers qui débarquent ici en vacances et ne sont pas habitués à ce choc visuel. Je ne compte pas les fois où j’ai entendu de la part de copines venues en visite “je comprends pourquoi tu vis ici”…
Donc oui, pour nous les femmes, le mix tête d’argentin + cheveux un peu longs + art de la séduction manié en maître + accent porteño + option guitariste (ils le sont presque tous ici) + le « tomas maté ? » dit bien droit dans les yeux, ben, oui, on craque. Mais j’ai une bonne nouvelle les meufs, des comme ça il y en a partout, ça pullule même ! Donc un beau gosse de perdu, 10 de retrouvés.
 
 
Règle numéro 3 : pas d’enflammade, pas d’énervement
Sois consciente que ce petit pouvoir que tu as ici, TOUTES tes congénères l’ont aussi. Ta collègue, ta coloc, ton amie, ta petite soeur et ta mère aussi. Donc on reste sur Terre. Je sais c’est dur, surtout lorsqu’on est habitué sur notre hémisphère à se sentir transparente. Ici le compliment, le “chamuyo” comme on dit ici et tout le jeu de séduction arrive très vite (et pas au bout de 3 ans, private joke avec celui qui se reconnaîtra), et surtout avec TOUTES, capito ?  Le “que linda que sos” parce que tu as eu la bonne idée de porter une robe courte, la prochaine le recevra aussi pour son décolleté. Tu n’as pas fini de sortir de la pièce que déjà les regards se portent sur la blonde qui arrive. Ici la drague est un sport national, rien de moins, et c’est l’illustration d’un besoin viscéral de séduire, toi, ta copine, ta soeur et ta mère et toutes à la fois si possible. Je séduis donc je suis. L’argentin t’embrouille le cerveau en moins de deux avec cette équation fatale : physique de winner dont on a déjà parlé plus haut + tchatche + art de te faire sentir unique et spéciale… Attention reste zen pour ne pas y perdre trop de plumes, je t’aurais prévenue. Je me suis amusée un jour à accompagner un ami argentin dans son quartier, et je me suis rendu compte qu’il adressait une blague, un compliment ou un mot gentil à toutes les femmes qu’il croisait: à la caissière du supermarché, à la nana du pressing et à sa boulangère. Comme ça, pour le fun. Autant te dire que la même boulangère en France elle n’en dort pas de la nuit. Ici c’est normal, cela fait partie des règles de la politesse.

Je te conseille aussi de ne pas t’offusquer lorsque tu recevras des texto à 3h du matin, de type « en que andas ? » ou « durmiendo? ». Non vraiment, ne le prend pas personnellement, cela n’a rien à voir avec l’image que tu peux renvoyer, sinon avec l’opportunité que tu représentes pour lui de passer la fin de la nuit au chaud. Comprend-le, le mâle argentin souffre souvent de crises de solitude aiguës au moment de rentrer se coucher, et il en appelle à ton hospitalité et à ton bon coeur.
De même, ne pense pas qu’il te prend pour une boluda lorsqu’il te propose au 1er/2ème rencard de venir boire un maté/regarder un film/dîner/manger de la glace CHEZ LUI. Non vraiment, cela n’a rien à voir avec ce que tu penses, c’est juste une preuve d’hospitalité et de son sens de l’accueil envers toi, pauvre petite étrangère sans famille que tu es. 
Il faut avoir vu une fois dans sa vie le naturel avec lequel l’argentin arrive à te placer une invitation à aller chez lui, là tout de suite maintenant, quand tu ne t’y attends pas. Je me souviens particulièrement d’un dîner au restaurant, suivi de la traditionnelle glace (que l’on va toujours manger chez un glacier), et de la question au moment où je choisissais les parfums: « la glace on la mange ici ou on l’emporte ? » Un maestro celui-là !
 
Règle numéro 4 : apprend à “histeriquear”
Tout d’abord, petite définition. Tu te rendras compte rapidement en écoutant les argentin/es que le premier mot qui leur vient à la bouche lorsqu’ils doivent se plaindre du sexe opposé est “es un/a histerico/a”, d’où le verbe “histeriquear”. Quesako ? C’est un jeu bien rôdé auquel réellement seuls les argentins et argentines savent bien jouer. Mais ça vaut quand même la peine d’essayer et de passer le niveau 1. Etre “histerico/a” est un mal dont tout le monde s’accuse, parce que Fulano t’aime bien mais n’est pas non plus transi pour toi, parce que Fulana ne veut pas s’allonger le premier soir.
Illustrations concrètes:
– Tu es un homme et invite Mariana à sortir, vous faites un resto, échangez quelques besos mais elle te dit qu’elle va rentrer dormir chez elle et tu retrouve planté là comme un boludo -> es una histerica (de mierda)
– Juanito te court après, il a dépassé le stade des compliments, il s’intéresse à toi visiblement, mais ne prend pas forcément d’initiative -> Te esta histeriqueando, à toi et à d’autres aussi certainement.
– Marcos t’envoie souvent des messages, tu lui réponds puis il ne te dit plus rien pendant 4h ou 4 jours ->Te esta histeriqueando. Il te répondra d’ailleurs sûrement après “perdon, me colgue”. (celle-là prépare-toi ils vont te la sortir à tous les coups). A noter que la technique du message non-répondu est également bien maîtrisée par les nanas (mea culpa).
– Tu passes avec Diego une soirée/nuit exceptionnelle puis il ne te donne plus aucune nouvelle, et réapparaît enfin, enthousiaste comme au premier jour (il peut se passer 2 semaines). ->Te esta histeriqueando, avec option “submarino”. C’est à dire je fais le sous-marin entre chaque rencard, j’apparais, je disparais, j’apparais, je disparais….C’est un grand classique.
Et même dans le cas où Nacho ou Paola t’ait retourné le cerveau, tu laisseras passer un délai légal de plusieurs jours avant de réapparaître, manière de montrer que tu es un/e dur/e à cuire. Feindre l’indifférence, c’est un art. Quand on vient d’ailleurs on peut voir ça comme un jeu puéril et pas très productif, mais ici ça les rend dingues de 7 à 77 ans, c’est comme ça.
Un ami au Brésil m’a fait remarquer qu’il est facile de reconnaître la nationalité d’un groupe de filles sur la plage. Si elles sourient et regardent autour d’elles, ce sont des brésiliennes, si elles se regardent entre elles et ne lancent aucun regard à personne ce sont des argentines. CQFD
La solution pour les victimes ? Faire pareil. Prétendre que ton coeur est solide comme le granit et qu’il ne te fait pas plus d’effet qu’une goutte d’eau tombant dans les chutes d’Iguazu. Ce n’est pas Tatie Fanny qui le dit, même dans la pub ça marche comme ça
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Oui même les soldes peuvent être « histericos ». Comprenne qui pourra…
 
 
Règle numéro 5 : déchiffre le vocabulaire*
« Vamos hablando » = éventuellement je te rappellerai un soir à 4 h du mat
« Te voy avisando » = c’était sympa, mais jamais plus tu n’auras de mes nouvelles
« Se me complico » = oublie moi
« No soy el tipico argentino chamuyero » = Je sais mieux cacher mon jeu que les autres et tu t’en rendras compte avec le temps
« Hola linda ! » = Hola

« Hola linda ! como te extrane ! » = Hola
« Hola linda ! te queda divino este vestido » = Hola, te quiero dar
« Hola ! de donde sos ? » = Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
« Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento » = Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
« Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? » = Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
« Y te gusta Argentina ? » = S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
« Y que te gusta de Argentina ? » Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
« Te tratan bien ? » = Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ? 
(Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)

*Ici un grand gracias a MdB pour sa contribution 

 
 
Règle numéro 6: distinguer “salir” et “estar de novio”
Tu sors avec un argentin depuis quelques semaines ou quelques mois, la pasas bomba, il t’appelle, te propose des sorties, il connaît peut-être certains de tes copains (mais toi bizzarement tu ne connais pas les siens). Il te dit “te quiero mucho”, mais, petit détail qui a toute son importance, vous n’avez jamais parlé d’être “novio”. Tu n’es pas au bout du tunnel ma fille !  Tu veux savoir ce que tu es pour lui sur une échelle de 0 à 5 ? 1.5. C’est injuste et cruel mais c’est la triste réalité. Tu pensais bêtement que vous “étiez ensemble”? Non, tu n’es qu’avec toi-même, sorry.

Illustrations concrètes:

– Tu ne t’étonneras pas que Fulano que tu as invité à domicile t’annonce en pleine nuit qu’il va rentrer dormir chez lui parce que il préfère dormir seul, ou qu’il dort mal quand il dort avec quelqu’un.
– Pire dans le genre, et summum de la goujaterie et de l’hijo-de-puta-attitude (on sent le vécu là), le coup de l’argentin qui te propose gentiment en pleine nuit de t’appeler un taxi pour rentrer chez toi, alors que tu es déjà chez lui. Sic.
On couche avec une chica mais on dort avec la novia, tu comprends la nuance ?
Il va de soi qu’aucun argentin n’apprécierait que leur soeur soit traitée de la sorte mais c’est étrangement une pensée qui ne leur vient pas à l’esprit à l’instant T.
Avoir un rencard avec un/e argentin/e pendant plusieurs semaines ou quelques mois n’implique aucune continuité ni aucune exclusivité. On est en plein dans le cadre de la “date” à l’anglo-saxonne. C’est à dire que tu “sors” avec l’autre personne jusqu’au moment où tu refranchis ton pallier. Ensuite libre à toi la nuit suivante de t’attaquer au voisin, à la collègue, tu ne dois rien à personne. Cela change seulement à partir du moment où tu passes du stade “chica con quien esta saliendo” à celui de “novia”. Cela s’officialise dans une conversation et là oui il y a exclusivité. Pas avant. Tu étais donc jusqu’alors dans une relation polygame sans le savoir, c’est ça qui est bon !
Illustration : si un jour, alors que tu passes déjà toutes tes nuits avec lui depuis un bail, et que tu as même un petit sac d’affaires installé dans son placard, et qu’il te demande pompeusement d’être sa novia, n’explose pas de rire (ne fais pas comme moi, ça tue un peu le romantisme). Prend ta respiration, pense que pour lui c’est un énorme pas en avant et répond lui comme dans les télénovelas “si mi amor”. Ne fais pas ta relou, ne commence pas à psychoter, ne réfléchis pas au fait que jusqu’alors, si tu n’étais pas encore la novia, il t’a certainementpeut-être fréquentée en même temps que d’autres. Tu pensais naïvement que tu “étais/sortais avec lui” depuis des lustres. Que nenni,votre histoire vient tout juste de commencer. Bienvenida en Argentina nena.
 

 
Règle numéro 7 : accepte ta vie de “novia”
Tu as donc suivi tous mes conseils, tu as décidé de profiter de ton séjour en Argentine, tu es restée digne face aux bombonazos, tu ne t’es pas enflammée inutilement, tu as joué à l’histerica, tu as commencé à sortir avec Martin et maintenant vous êtes novios, buenisimo. Tu pensais peut-être avoir décroché le jackpot mais tu n’y es pas encore. Car maintenant aussi le choc culturel se fait sentir. Le statut de novia est pris très au sérieux en général. Toi européenne tu noteras même une certaine notion de « couple à l’ancienne », ton novio te consultera pour des décisions là où un français serait plus indépendant. Il te proposera de t’accompagner partout quand toi, femme indépendante que tu es, tu n’aurais même pas songé à le lui demander. ll paiera les additions plus souvent qu’à son tour, il considère que c’est son rôle de mâle. Certains au début de la relation ne tolèrent pas que tu sortes le porte-feuille, c’est clair et net. Présentation à la famille, aux amis.Tu vas être invitée aux asados familiaux et amicaux le dimanche et tout ça. Tu vas alors découvrir le monde des novias, des femmes qui restent entre elles et préparent la ensalada mixta pendant que les hommes boivent de la Quilmes entre eux autour de la parilla. Tu vas te rendre compte qu’il existe tout un tas de règles pré-établies et que ce n’est pas toi l’étrangère qui va les révolutionner. Le Porteño a souvent son emploi du temps réglé comme du papier à musique. Ton novio t’expliquera que tous les jeudi soirs il a un repas avec ses amis du foot/quartier/fac et que les novias ne sont pas invitées. Pas parce que c’est une soirée de mecs ce soir-là. Non, elles ne le sont jamais. Welcome dans la société compartimentée. Tu organiseras alors des soirées de filles avec des copines et tu perdras alors petit à petit tout contact avec les hommes qui n’appartiennent pas au cercle novio, frères et amis du novio et novio de tes copines.

Ici tu n’as pas d’ami(e) du sexe opposé car la seule option de relation envisagée est « tinderisée » : le das o no le das, il/elle te plaît ou il/elle ne te fait aucun effet et tu continues ton chemin. L’amitié homme/femme est très compliquée partout sur la planète mais ici elle est quasiment mission impossible, pas comprise comme chez nous et rarement valorisée. Quand tu es célibataire, tu sors et tu fréquentes la gent masculine. Tu peux rencontrer des chicos simpaticos, avoir des conversations intéressantes même si la séduction est toujours sous-jacente. Mais quand tu es de novia, ton monde se rétrécit soudainement. Un novio pourra voir d’un mauvais œil que tu lui parles d’ami du sexe masculin, surtout si l’ami en question est argentin. Lui-même n’aura peut-être aucune amie fille, hormis sa cousine. C’est pas de la mauvaise volonté, mais comment pourrait-il te comprendre ? Il pourra suspecter ton « ami » d’avoir déjà tenté de te séduire ou de vouloir le faire dès qu’il aura le dos tourné. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace… La solution, parler beaucoup et parler encore, sans garantie que ça marche, et tenter de décaper un peu les stéréotypes. Pas facile, mais j’en ai vu chez qui ça marchait !

 
NB: Pour devancer les futures remarques de celles et ceux qui me diront que j’exagère, qu’il existe des argentins “différents”, qu’ils ne sont pas tous “comme ça” etc, je répondrai que je vis à Buenos Aires depuis 5 ans, avec tout ce que cela sous-entend de kleenex que j’ai pu user moi-même ou tendre à mes copines lorsqu’elles me racontaient leurs histoires (copines argentines et étrangères, même combat). Je prétends donc en connaître un rayon. Mon étude n’est qu’empirique, je l’assume. Maintenant j’attends vos témoignages avec impatience !

PS 1 : je conseille sur le même sujet l’excellent témoignage de Maeva JOSSE que j’ai découvert après avoir écrit mon billet
http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

PS 2 : à celles et ceux que l’espoir a abandonné et songent à se faire curé/soeur, il existe une alternative testée et approuvée personnellement que je recommande de tout <3 

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L’Italie comme dans les films, ou comment j’ai passé quelques jours chez les ancêtres des Argentins


Il e
xiste un village, quelque part au sud de l’Italie
, perché sur les hauteurs de Salerno, à une heure de Naples. Je tairai son nom, certains secrets valent mieux d’être gardés. On y surplombe l’arrière pays de la cote amalfitaine, ses oliviers à perte de vue, ses montagnes, et au fond à l’horizon on peut contempler la mer Méditerrannée qui s’étend de tout son long.

On y parle une langue étrange, le dialecte napolitain, incompréhensible pour les non-natifs de cette région, et plutôt à un volume très très fort, un peu comme si son interlocuteur se trouvait à l’étage en dessous. Le peu d’italien que je baragouine me sert à répondre aux questions que l’on me pose, lorsque les gens passent alors du dialecte à l’italien, par politesse. Peu m’importe finalement la langue utilisée, ici on parle avec les mains, le sourire et le coeur. On communique par la cuisine, le silence qui s’impose lorsqu’on goûte les bons plats de la mama, les soupirs qui s’en suivent pour montrer son contentement, l’assiette que l’on retend, même repue, car on peur de ne plus jamais manger aussi bien de sa vie.


C’est l’Italie comme dans les films,
l’Italie des clichés, l’Italie du sud, celle du linge pendu aux fenêtres, des scooters où l’on monte à trois, des champs d’oliviers et de l’huile d’olive omniprésente dans la cuisine, des veuves en noir. C’est l’Italie des meilleures pizzas, pâtes, glaces et café de votre vie (on apprécie la tentative des Argentins à s’en approcher mais désolée les gars, il vous reste du chemin à faire). L’Italie des Fiat 500, de toutes les couleurs.

C’est l’Italie du tous ensemble : toute la famille vit dans un périmètre de 50 mètres : la grand-mère dans la même maison l’étage en dessous, l’oncle -le petit dernier des trois fils- toujours fourré chez elle à 50 ans passés, le frère qui vit dans la même rue un peu plus loin, la tante qui vit en face et les divers cousins dans le même village.

La conduite y est free-style mais Dieu nous protège. A mobylette ou scooter sans casque, en voiture sans ceinture, les lois de la prévention routière ne sont pas arrivées encore jusqu’au village. En revanche Jesus est en sticker sur le pare-brise. Avec ça nous voilà bien protégés.
Un autre qui nous protège là-bas, c’est Santo Michele, en figurine sur la cheminée, sur la table de chevet et en peinture accroché au mur. Au cas où on le perde de vue. Et on l’embrasse bien sûr avant de sortir de la maison. Et puis enfin, Santa Madonna, qu’on place dans la conversation, un peu comme pour dire « mama mia ».

L’Italie, je l’avais déjà effleurée à Buenos Aires, grâce à mon amie Carmen il y a quelques années (voir son portrait ici). Aussi je n’ai pu résister à son invitation de passer quelques jours dans son village natal. Carmen, dans son village, tout le monde la connaît. Un jour, dans le bus qui nous menait de son village à la ville voisine, le chauffeur lui demande d’où elle vient. Et presque immédiatement on a entendu crier un papi au fond du bus « Mais tu ne la reconnais pas, c’est la fille xxxxx ! »
Lorsqu’elle revient au village, quelques fois par an, c’est une star. En la voyant franchir la porte, la tenancière du café s’étale littéralement de tout son corps sur le comptoir pour pouvoir la serrer dans ses bas. J’ai vu le moment où elle allait valdinguer de l’autre côté, il s’en est fallu de peu. Comme je le pressentais, là-bas on montre ses sentiments, ça s’embrasse, ça se serre dans les bras, longtemps.

Autre signe qui m’a rappelé l’Argentine, c’est qu’on complimente, entre hommes et femmes et entre femmes. Sa tante, sa grand-mère, sa mère, son oncle, tout le monde m’a dit dans la même phrase « enchanté/ée » et « que bella », comme ça, d’entrée. Bonjour que tu es belle. Une fois, deux fois, trois fois, c’est bon, mon égo est au top, je me sens Claudia Schiffer en moins de deux. Franchement, c’est pas la classe ? Si en France on s’adressait comme ça les uns aux autres, ça nous détendrait du string, non ?

Comme dans tous les villages, il y a des histoires, d’amour toujours. J’ai assisté en quelques jours à un vaudeville digne de Jean de Florette. Il s’agissait d’un amour impossible entre 2 adolescents du village, un peu trop jeunes pour s’aimer selon leurs parents respectifs. C’était le sujet de conversation de la semaine. S’en est suivi le départ de la soeur de Carmen chez son amie pour la consoler, son retour à la maison vers les minuit et son débriefing auprès de la famille, puis l’arrivée dans la foulée du Romeo de son amie, venu s’expliquer et donner sa version. Il semble que chez Carmen ce soit le lieu où se règlent les affaires importantes du village. Nous voilà donc en train d’écouter l’amoureux transi jusqu’à 3h du mat, véridique.
Le lendemain, cette fois-ci c’était le tour du petit cousin de 20 ans qui nous emmènait en voiture. Voilà qu’il nous raconte le temps du trajet son histoire d’amour avec une femme plus âgée que lui, cash, sans pudeur, comme les taxis porteños !

Les Tamarro sont à l’Italie ce que les cagoles sont au sud-est de la France. Ils existent en version femme et homme. Les femmes sont en habits moulants, blancs, roses clairs, décolletés, bon disons que rien de transcendant. Les Tamarro hommes, eux, en revanche, offrent un spectacle unique. Ils ont des brillants à l’oreille, style gros diams comme dans les clips de hip-hop, des tatouages, ils s’épilent les sourcils, et tout le reste aussi m’a-t-on dit, font des manicures et pédicures, métrosexuels à outrance donc. Ils portent des couleurs claires, tee-shirt moulants blancs, roses, avec col en V qui laissent deviner la naissance des pectoraux soigneusement dessinés des heures durant en salle de gym. Ils portent des mocassins ou des chaussures de marque Hogan, ou bien ces pantalons qui baillent à l’entrejambe, les « baggy sarouel« , genre « je me suis fait dessus ». Grande mode en Italie en ce moment. On en a vu beaucoup à Naples des Tamarro, et on s’est bien marré.
Apparté sur Naples, courez-y !!! J’y étais un dimanche et je n’ai pas du tout souffert du chaos qui y règne en semaine. C’est une architecture magnifique avec la Méditerranée et le Vésuve en toile de fond, une sorte de Barcelone avant que Barcelone ne vende son âme au diable et que des groupes d’Anglais bourrés ne dévalent ses ramblas.

La drague, comme en Argentine, est omniprésente, c’est le serveur qui balance à Carmen qu’elle ressemble à Giulia Michelini en lui servant sa pizza, un petit jeune qui sachant que j’étais française se décarcasse pour me sortir 3 compliments en français, langue dont il ignorait tout visiblement. Ce sont les sourires, les regards, à la moindre occasion.

Les représentants… vaste sujet. Comme nous sommes dans le sud de l’Italie et que les perspectives d’emploi ne sont pas florissantes, il est à la mode d’être représentant : comprendre faire du porte à porte et vendre des articles divers et variés. Le frère de Carmen, lui, a bien compris le filon et est représentant en… lingerie ! Il est à noter un détail qui a toute son importance, il est beau comme un camion, comme un dieu de l’Olympe, c’est la réincarnation d’Alain Delon quand il était encore jeune (et pas facho). Sa mère me dit en riant qu’il ne connaît pas la crise. TU M’ETONNES SIMONE !!! Un beau mec qui vient sonner chez toi te vendre des tangas et des soutien-gorges, c’est un hold-up ! Moi à son frérot je lui achète sa voiture s’il faut ! Maintenant il embarque avec lui dans ses virées son jeune cousin, aussi prometteur que lui. Le duo qui tue. Je les imagine tous les deux sillonner les routes de l’Italie et débarquer chez les mamies habillées en noir, ils doivent en laisser plus d’une bien songeuses après leur départ…

Pour être complète sur mon expérience italienne, je ne pourrais pas ne pas parler de foot, et de la passion pour le foot. J’ai expérimenté le match dominical d’Alain Delon, donc du frère pour ceux qui suivent. Match inter-village qui me rappelait ceux du Gers, c’est à dire, je ne veux pas être méchante, d’un niveau inter-village donc, à ceci près qu’en Italie lorsqu’on voit et que surtout on écoute le public on a l’impression d’assister à la finale du Championnat du Monde Italie-Brésil. Preuve en vidéo !

Pour finir, le départ.… Grand souvenir également. La veille, Carmen eût la bonne idée de me demander de lire à voix haute les notes qu’elle me voyait gribouiller sur mon carnet. Je les lui ai donc lues et elle a aussitôt expliqué à sa famille que j’avais un blog et que j’allais raconter ces histoires sur internet. Me voilà donc en train d’expliquer les stickers de Jésus, qu’ils parlent fort, qu’ils conduisent sans ceinture, des histoires d’amour du village, des représentants, et sa famille de rire aux éclats et de me dire qu’ils attendent mon compte-rendu avec impatience.

Le lendemain matin, Carmen me presse et je ne comprenais pas trop, vu que notre train pour Rome partait quelques heures plus tard. Je me prépare sans poser de question, descends d’un étage, vais saluer la grand-mère, qui me redit que je suis belle, que la vie de maintenant est difficile, que les hommes ne sont plus pareils, qu’elle a été heureuse pendant 60 ans avec son mari toujours fidèle, mais que maintenant ça a changé tout ça (non, vraiment ?). Au passage je vois une casserole dans le feu de cheminée et hallucine totalement. Oui, comme elle a le temps, elle cuisine encore au feu de bois, pour elle et ses enfants à qui elle fait des petites rations. On goûte, c’est mortellement bon, elle nous donne la recette, on goûte à nouveau, je pense que je serais bien restée pour un repas de plus mais on doit partir.
On sort finalement de la maison, on arrive sur la place du village, et là je comprends enfin. On ne part pas du village comme ça. On reste sur la place et les amis et famille viennent te saluer. Apparaissent Alain Delon qui vit dans la même rue un peu plus loin, la tante qui vit en face, les vendeuses du magasin d’à côté. Puis là, le comble, l’oncle passe en bus (je réalise alors en même temps qu’il est donc le chauffeur), et s’arrête sur la place, tranquille Basile, avec ses passagers qui attendent patiemment, pour faire une dernière bise à Carmen.  Je me sens tout d’une coup ridicule d’avoir pensé qu’on sortirait de la maison et qu’on partirait directement à la gare. Ici on se salue, on se parle une dernière fois, on fait une dernière bise, on te dit une énième fois que tu es belle et tu repars, le coeur gonflé à bloc, te sentant aimée, attendue pour une autre fois, et faisant partie de la famille.

Inutile de pousser davantage le parallèle avec l’Argentine… Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne sont absolument pas fortuites et c’est pour cela que je reviendrai ! GRAZIE MILLE !!!

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LEXIQUE DE GROS MOTS EN ITALIEN OU DIALECTE NAPOLITAIN
Sta Stronza : connasse
A fess e mamatta : la concha de tu madre
Figlia di puttana / Figl e puttan: c’est transparent !
Mannaggia
Porca putana troia
Managggia Cristoforo Colombo
Catzo : comme on dit « putain » en français, un peu dans n’importe quelle occasion