La flippe A

Ainsi est la nouvelle mode a Buenos Aires
Ca s’appelle le barbijo, le masque donc, dont les porteños et porteñas raffollent depuis quelques semaines. C’est chic, ca laisse passer le regard tout en cachant la bouche, moins couvrant qu’une burka, tout en faisant petite fille sage, ca donne un genre « la grippe A ne passera pas par moi, car moi, je me protege, et vous ? » Surtout j’observe la nouvelle mode qui consiste a marcher dans la rue la tete baissee, en mangeant son écharpe ou son col roulé, classe.
J’ai vu les premiers masques au theatre il y a 10 jours, ca m’a fait drole. Ensuite j’ai été prévenue par mail que mes cours de danse étaient annulés en raison de la grippe A, puis la fete du 14 juillet (sauf tout de meme la fete de 400 personnes qui sera organisée demain a l’ambassade demain. Les happy few et autres « élites » du pays auront le privillege de tomber malade chez l’ambassadeur en buvant du bon vin rouge et en se coincant quelques morceaux de fromage dans les dents, c’est nettement plus chic que de choper communément le virus dans la rue). Un partenaire de salsa m’a deconseillé d’aller danser samedi dernier mais est quand meme allé s’entasser dans un stade de foot le lendemain… Hier apres midi en tout cas on constatait avec des copains que les restaurants etaient pleins, les terrasses au soleil aussi. Pendant ce temps-la des cinémas et théatres sont fermés, les vacances scolaires d’hiver ont été avancées pour pouvoir fermer les écoles, idem les universités, beaucoup d’établissements ouverts au public refusent justement le public, ca donne 50 personnes en train de faire la queue dehors pour aller a la banque…C’est le royaume de la contradiction pour tout et n’importe quoi.
Car oui, la grippe A est sévere ici, on a dépassé la centaine de morts, c’est le 3eme pays le plus touché dans le monde apres le Mexique et les Etats-Unis et l’hiver ici ne fait rien pour arranger les choses. Mais vais-je aussi arreter de prendre le bus, de fumer, de prendre l’avion ?
Cette triste épidémie me donne en tout cas l’occasion
– d’écouter une floppée de légendes urbaines et autres vraies fauses rumeurs (genre : le masque ne serait valable que quelques heures et au contraire, si on le garde trop longtemps apres sa duree de peremption ca deviendrait encore plus dageureux que de ne pas en avoir…hummm, pasionnant dites-moi !),
– de me laver les mains 5 fois par jour au savon, ou a l’alcool, quand on me tend une bouteille et que je sens qu’il ne serait pas de bon ton de refuser,
– de me ronger un peu moins les ongles,
– de ne plus embrasser les bébés ou les enfants pour me ou les protéger – je ne sais pas,
– de raler contre le zéro logique et le zéro bon sens des mesures prises
– d’observer les comportements des uns et des autres, leur paranoia, leur contradicion, l’ignorance, la peur, ce curieux sentiment face a la maladie a une époque ou les grandes épidémies nous semblent a des siecles derriere nous. Soudainement en 2009 c’est la flippe A, on se souvient que l’on est parfois peu de chose, voire au pire mortel, meme sans accident.
En de telles circonstances les Argentins se révelent aussi dans leur splendeur. La mere d’une amie me racontait l’autre jour que dans son entreprise, des affiches conseillaient aux employés de se parler a une distance de 1 metre les uns des autres et de ne plus s’embrasser pour se saluer. Ce a quoi sa fille Gaby a repondu : « Ne plus s’embrasser entre collegues, ne pas s’approcher a moins d’un metre pour se parler, mais c’est impossible, comment peuvent-ils nous empecher ? On est comme ca nous ! ».
J’ai eu envie de lui dire d’aller faire un tour dans une tour de la Défense ou d’ailleurs, ou de rentrer dans un bureau londonien, et qu’elle constaterait que la bas cela ne poserait vraiment aucun probleme. Et puis en fait non, je ne lui ai rien dit. Que les Argentins restent Argentins, et continuent les besos, abrazos et cariños !!! C’est comme ca que je les aime !

A propos de Fanny

Poulette du Gers 100% coeur de canard. Expatriée en Argentine depuis 2009. Je livre mes anecdotes sur cette capitale du bout du monde, mes pensées sur la vie à l'étranger et quelques récits de voyages en Amérique du sud sur le blog Destino Buenos Aires. Challenge 2014: convaincre un éditeur ❤

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