Le syndrome du retour annuel en France

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J’avais déjà commencé ici quelques réflexions sur l’expatriation. Aujourd’hui je souhaitais explorer le rapport à la mère patrie, selon la distance avec le pays d’adoption. Je sens souvent que ma vie d’expatriée en Amérique du sud n’a strictement rien à voir avec  celle de mes amis expatriés en Europe. L’expatriation à 2 heures d’avion, c’est l’expatriation light, c’est avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier. Tu troques les parisiens têtes de chien pour les belges sympas à Bruxelles, les anglais relax à Londres ou les tapas à Madrid. Tu rentres au pays plusieurs fois par an, tu connais les horaires d’Easyjet par coeur. Et en plus tu as droit au foie gras à Noël en famille. Veinard, je t’envie en fait.

L’expatriation longue distance (à une journée d’avion), tout de suite, change la donne. Pour rentrer au pays tu dois t’organiser, prendre des vacances, voir la totalité de tes congés de l’année. Tu oublies l’improvisation, la spontanéité, le coup de tête, le « et si je partais ce week-end ? ».  A toi l’anticipation, l’agenda dans une main et la carte de France dans l’autre. Tout ce que tu aimes… Car oui, quand tu es expatrié longue distance tu passes tes vacances en France presque à tous les coups. Tu savais pas ? Dommage… :-)Toi qui partais à l’étranger pour voyager et voir du pays, ben on t’a menti en fait. Surtout, en cas de grosse frustration de passer 2 semaines en Creuse, ne pas écouter les récits de tes amis qui sont restés vivre en France mais qui ont fait 3 voyages dans l’année grâce à leur 42 jours de RTT. Non, non, pas bon, ceux-là évite-les.

L’expatriation longue distance version « occidentale », par exemple aux Etats-Unis, au Japon, à Singapour ou à Dubaï, c’est à dire dans des pays avec une monnaie et une économie stable, peut te donner un bon « pouvoir d’achat de billet d’avion » qui te permettra peut-être de rentrer 2 fois dans l’année. A voir.

A contrario, l’expatriation longue distance version « pour l’amour du risque », c’est à dire dans un pays « en voie de développement » où tu gagnes 800 euros par mois, ne te donnera qu’une occasion par an d’aller en France. Et encore, c’est pas gagné, tout dépend de la configuration. Bien des familles ne peuvent pas payer 4 billets d’avion par an pour l’Europe. Quand on combine comme moi l’équation Amérique du sud + économie couci-couça + dévaluation de peso à fond les ballons, on se demande comment on fera l’année prochaine. Puis on arrête d’y penser parce qu’à quoi bon. 

Le syndrome du retour annuel en France… Je pense sincèrement qu’il faut avoir une fois dans sa vie quitté son pays et ses proches pendant 12 mois pour comprendre ce qui arrive à l’expatrié longue distance avant, pendant et après ce retour au pays. Mais je vais tout de même tenter de l’expliquer ici.

Pendant l’année, beaucoup de choses se passent au pays en ton absence :  mariages, naissances, obsèques, week-end retrouvailles de tes potes qui sont tous sur la photo sauf toi. Tu as beau suivre, liker et commenter les heureux événements sur Facebook, envoyer des messages, des mails, skyper, viberiser, whatsapper, il n’empêche, t’es pas là. Et il en sera ainsi tant qu’on aura pas inventé la télétransportation, donc en attendant habitue-toi et fais avec.

A J-1 mois du départ en France se produit un savant cocktail d’excitation, de joie, d’anxiété, de décompte jusqu’au moment où l’on monte dans l’avion.  Ces semaines avant le départ sont consacrées à l’organisation à distance des vacances, qui voir et où. Mentalement, dans mon cas du moins, je suis déjà en France et plus trop déjà à Buenos Aires. Ou disons que je suis dans l’avion exactement, ni dans un pays ni dans l’autre. Un no man’s land, un temps pendant lequel tout m’est un peu égal car dans x jours « JE RENTRE EN FRANCE » !

En France, lorsque finalement tu foules  le sol de la mère-patrie, c’est le comité d’accueil à l’aéroport, la séquence émotion, le quart d’heure de gloire, les effusions et les embrassades avec tes proches. De très forts moments, des larmes à l’oeil. Le sentiment d’être la star. Illustration concrète, ma mère me prend chaque année en photo à l’aéroport le jour de mon retour, quand elle me voit au loin pousser mon chariot avec mes valises. Sic.  Mais que puis-je faire ? Respirer le cou de sa maman au bout d’un an, ça n’a pas de prix.

Une fois l’émotion passée, en regardant de plus près ceux qui sont venus te chercher, tu observes des cheveux blancs qui n’étaient pas là l’année d’avant, des rides autour des yeux qui te rappellent que tes parents ne rajeunissent pas, pas plus que tes amis d’ailleurs, et pas plus que toi, du coup.
Le syndrome du retour annuel en France est alors à son paroxysme pendant ces quelques semaines. Voici quelques symptômes récurrents:
– la sensation que le temps passe trèèèès vite, du coup tu penses qu’en ne dormant pas la nuit tu doubles la durée de tes vacances. Pas bête, mais tu ne tiens pas plus d’une semaine. La solution : profite de chaque seconde.
– des pics d’émotion , de joie et de crise de pleurs tristesse un peu incontrôlables, qui peuvent te faire passer pour un/e déséquilibré/e. Mais on t’aime comme tu es donc un kleenex et ça repart.
– des situations irréalistes comme des retrouvailles et des adieux à quelques heures d’intervalle avec les mêmes personnes, le temps d’un dîner en fait.
– des phrases surréalistes comme « à l’année prochaine » alors qu’on est encore en juillet.
– des tentatives de rattraper 12 mois ou 24 mois en une soirée, pauvres naïf/ve que tu es. Tu demandes à tes amis de te faire un petit résumé de leur vie, exercice que tu fais à ton tour. « Alors voilà l’année dernière, j’ai changé d’appart, de mec et de boulot, et ça va bien. Et toi ? Euh pardon, et vous ? »
– des hallucinations de voir tes copines encore célibataires l’année dernière te parler mariage avec l’heureux élu à côté que tu vois pour la première fois
– d’autres hallucination, celles de voir des bébés qui n’étaient même pas encore conçus lorsque tu avais vu ses parents l’année d’avant.
Souviens-toi le paragraphe plus haut, pendant l’année, tu étais loin, et il s’en est passé des choses, mais sans toi.

Au retour dans ton pays d’adoption, effet Duracell.

Tu as la sensation d’avoir rechargé les batteries, tu es souvent même content de revenir et de retrouver ton chez toi. Tu n’as eu que le bon de la France, la famille réunie pour l’occasion, les fêtes de Noël ou les vacances d’été. C’est reparti mon kiki pour une autre année. Tu kiffes ta vie d’expatrié… jusqu’au prochain coup de blues. Reprendre alors la lecture à partir de « Pendant l’année »…

Et vous, ça vous fait quoi l’expatriation ?

ps : Mes autres billets sur l’expatriation sont ici

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A propos de Fanny

Poulette du Gers 100% coeur de canard. Expatriée en Argentine depuis 2009. Je livre mes anecdotes sur cette capitale du bout du monde, mes pensées sur la vie à l'étranger et quelques récits de voyages en Amérique du sud sur le blog Destino Buenos Aires. Challenge 2014: convaincre un éditeur ❤

3 commentaires pour “Le syndrome du retour annuel en France

  1. C’est tout à fait ça… j’ai passé ma plupart de mon cursus scolaire à l’étranger mais en Europe, cette fois-ci je tente l’Argentine et ton blog va m’être précieux ! Merci

  2. Expatrié en Thailande depuis 2008, je ne suis pour ma part rentré qu’une seule fois depuis ! J’ai fais le choix de préférer voyager ici en Asie plutôt que de revenir en France, parce que, comme tu le souligne, on ne peut généralement bouger qu’une seule fois dans l’année, hors être expatrié et me retrouver finalement « coincé » entre la Thailande et la France me semblerais frustrant…

  3. @bergerinrock, bonne chance à toi en Argentine alors !
    @Romain oui je te comprends, mais j’avoue que ne ne peux pas éviter de rentrer chaque année…ce qui limite aussi du coup les voyages que l’on souhaiterait faire ailleurs…malheureusement !

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