Nouvelles habitudes


Déjà 2 mois que je suis à Buenos Aires et ce soir je pensais à mon nouveau train train. J’avais envie de le décrire car peut-être bientôt ce qui me surprend encore me paraîtra tout à fait normal.

J’ai donc dorénavant l’habitude, avec joie le plus souvent et parfois à contre-coeur :

– de boire du maté à la maison, uniquement quand c’est Fernando qui me le prépare ou anciennement avec M
– de lutter tous les jours pour trouver de la monnaie afin de payer mon ticket dans le collectivo (bus). Ce qui m’oblige à acheter un journal, des gâteaux, une boisson afin de récupérer les précieuses pièces dont la pénurie ici emmerde tous les habitants.
– de rencontrer des personnes nouvelles toutes les semaines
– de compter en peso et de trouver que certaines choses sont horriblement chères par rapport aux salaires d’ici
– de trouver que tout est moche et/ou trop cher dans les magasins de fringues et de ne plus faire de shopping
– d’entendre parler italien chez moi, de comprendre et de participer aux conversations en répondant en espagnol
– que Carmen m’appelle « amor »
– que mes meilleurs amis ici ne connaissent ni ma langue ni mon pays ni mes proches, pas plus que je connais les leurs, mais de les considérer quand même comme ma famille argentine
– de me rendre compte que je n’ai pas parlé francais de la journée, voire de 2 jours, voire plus. Heureusement que mon compatriote Pablo vit dans mon quartier, car le seul que j’ai près de moi
– de n’utiliser ma langue qu’à l’écrit, par mail
– d’acheter Pagina 12 le dimanche matin
– de manger de la viande midi et soir, très souvent
– de la saleté de ma rue, et de celle de beaucoup d’autres
– de me priver de tout un tas de choses et de marques qui me semblaient essentielles avant pour mon estomac ( les chocolatines, les Petits Ecoliers, le fondant au chocolat de Picard…)
– de ne plus calculer les distances en mètres ou en kilomètres mais en « cuadras », donc en pâtés de maison ou « block ». Une cuadra dans une rue va du numéro 1 à 100, la « cuadra » suivante de 100 à 200 ect.
– de voir venir de très loin les Argentins « chamuyeros » (même si c’est souvent un pléonasme). Adjectif qui vient du verbe chamuyar : hablar o escribir con intención persuasiva, pero falazmente o sin argumentos sólidos. Sport national qui consiste à jouer du pipo et baratiner un max pour endormir le sexe opposé, sa femme, son boss, n’importe quelle personne que l’on a besoin de manipuler un temps soit peu… Je conseille d’ailleurs à tous la lecture instructive de ce blog 🙂 http://manualparachamuyarchicas.blogspot.com/
– de ne plus passer des heures au téléphone portable car le coût des communications en Argentine est exhorbitant, et donc de n’envoyer que des textos, tel l’adolescent avec un mini-forfait restreint par ses parents. La téléphonie francaise, c’est le grand luxe en comparaison !
– d’avoir des amis de 25 ans, et d’être souvent la doyenne du groupe !
– de décider de ce qu’on va faire ce soir à 22h, d’aller dîner à 23h
– de quitter une soirée à 4h ou 5h du matin, tout en sachant que ca continue jusqu’à 7h. Finies les soirées où l’on rentre chez soi parce que ca ferme ou qu' »il n’y a plus personne ». Ici il faut savoir rentrer chez soi avant la fin, la tête haute, même s’il y a toujours quelqu’un pour me dire « mais tu pars déjà !!! » et me faire passer pour une petite joueuse.
– que les Argentin/es m’expriment leurs sentiments et leur enthousiasme si communicatif
– d’essayer de les copier et de perdre cette « pudeur sentimentale » francaise
– de ne plus entendre de chansons francaises en dehors de chez moi, ni à la radio, ni dans des magasins…
– d’écouter de la musique (latino bien sûr) dans les colectivos. Pourquoi on ne fait pas pareil chez nous ? Les trajets paraissent beaucoup moins longs !
– de fréquenter régulièrement des Argentins/es rencontrées en voyage ici il y a 2 ans et que je pensais ne jamais revoir
– de retrouver mes habitudes mexicaines et de faire attention aux gens, à mon sac à main que je porte en bandoulière, de réfléchir par quel chemin je rentre si c’est tard, et de ne pas prendre de « risque », comme une bonne fifille à sa maman que je suis. Fini de rentrer du Puerto Habana en vélo à n’importe quelle heure de la nuit !
– d’être entourée de personnes qui ne travaillent pas et/ou ne gagnent pas d’argent ou pas beaucoup (elles étudient, prennent des cours de tango, de chant, de couture, de réalisation, font du bénévolat, un stage, cherchent un boulot…) et de les voir, même en comptant leurs sous, passer ici un des meilleurs et des plus intenses moments de leur vie
– de dormir dans un lit une place (mais je suis dégoûtée !)
– que maintenant des inconnus m’écrivent, car ils sont tombés sur mon blog, et de les conseiller à mon tour avec grand plaisir, comme on m’a moi aussi aidée à distance quand je passais des heures sur mon canapé à Toulouse à chercher des contacts !

Je ne me suis pas encore habituée à entendre si peu souvent les voix et les rires de mes proches et je leur en veux parfois de ne pas m’appeler (message subdiminal pour mon frère qui va me le payer 🙂
Mais après tout, je l’ai bien cherché me dira-t-on, les absentes ont toujours tort !

A propos de Fanny

Poulette du Gers 100% coeur de canard. Expatriée en Argentine depuis 2009. Je livre mes anecdotes sur cette capitale du bout du monde, mes pensées sur la vie à l'étranger et quelques récits de voyages en Amérique du sud sur le blog Destino Buenos Aires. Challenge 2014: convaincre un éditeur ❤

8 commentaires pour “Nouvelles habitudes

  1. che…madame…que hablas en frances! como canta este tango…ton analyse est sociologiquement très intéressant …jajaja….je me revois en plain des points…surtout quand on parle de sous…merci pour cette photo du présent…de verdad…gracias nena…Buenas Aires…

  2. Si j’avais un blog sur Bs As je le voudrais tout pareil a celui-ci et d’ailleurs je ne saurais surement pas faire mieux. C’est bien ecrit, frais, amusant, edifiant et les photos sont superbes!!! Jusqu’au choix des couleurs qui me ravit.
    Sans vouloir me poser en critique de blog , je ne peux m’empecher de saluer la perfomance et d’en redemander: moi, la surfeuse itinérante et furtive, je me surprends depuis quelques semaines déja a guetter ici le « post » suivant comme on attendait au siècle dernier la livraison d’un magazine préféré. Alors je sors de l’ombre et te dis: quel plaisir de te lire, merci!

    (désolée pour l’addition minimale d’accents, clavier qwerty…)
    Signé:
    Une cosmopolitaine qui a épousé un argentin

  3. Laura, tu nous manques à l’appart ! A quand le prochain asado chez toi ?
    Falbala, waow, merci, je suis très touchée !! une cosmopolitaine ?? ou vis-tu ?

  4. Hello Fanny,
    Je vis quelque part dans un petit village d’Amerique (du nord) mais avec des envies (projets?) d’evasion vers le sud. Cosmopolitaine parce que j’ai beaucoup déménagé sur la planete et que je trouve le terme plus elegant pour une fille que « cosmopolite »… :))

  5. La mama de l’expat (bonjour Patxi) prépare son voyage à BA…Fanny, je veux un programme de dingues pour mes deux semaines : l’Uruguay d’abord, puis BA, la ville, les musées, les galeries d’art, les bibliothèques aussi, l’artisanat, les concerts, les bars, les empanadas, la salsa, le tango, la famille de Vic, de Christian, tes amis, tes colocs…Dis, combien de pots de Nutella?

  6. Quoi! Il n’y a pas de chocolatines en argentine !!! Mais c’est un truc de fou !!! Je ne sais pas si je vais pouvoir venir te voir alors !!! Mais non ! J’espère te retrouver….Isa, ta secrétaire sécu !