Partir…

Appareiller à Puno, lac Titicaca

 

Drôle de sensation, inexpliquée et de plus en plus inexplicable, malgré les printemps qui s’ajoutent à l’état civil. La certitude que l’ailleurs mérite toujours d’être connu, que si ce n’est pas mieux, ce sera certainement et forcément plus fort, plus intense que ce que je connais déjà.

Appareiller, boucler son ceinturon, brûler la politesse, circuler, débarrasser le plancher, re-commencer à zéro, débuter..

Serait-ce pour mon enfance et mon adolescence provinciale ? le profond ennui que je ressentais enfant, en regardant la vue panoramique sur ma ville depuis les fenêtres de chez mon père ? Et le peu de voitures qui traversaient les ponts du Gers les dimanches après-midi. Ce sentiment d’étroitesse, de petit, de minuscule. Je demandais à mon père « Dis Paris c’est grand comment? » Il me répondait qu’Auch était comme un arrondissement de Paris et que Paris en comptait 20. Et ça me faisait rêver. Une ville faisait 20 fois la mienne. Je calculais alors que des fenêtres de Paris, ou même de la Tour Effeil, on ne risquait pas de voir de champs autour de la ville.
Seraient-ce tous les récits de mon grand-père et ses yeux qui brillaient lorsqu’il nous parlait de Madagascar ?
Serait-ce cette musique de flûte de pan, la toute première de mon enfance, « le Condor pasa », qui s’échappait du tourne-disque? Ce vinyle, un 45 tours, et sa pochette dont je me souviens très bien, une photo d’un train dans les Andes embrumées.
Les heures passées devant les Cités d’Or ?
La fascination pour ma cousine franco-péruvienne, pour ses traits, ses cheveux et sa couleur de peau, tant différents des miens?


Décamper, dégager, déguerpir, déloger, démarrer, déménager, déserter, détaler, disparaître…

La frénésie de partir, le « jamais assez », le « encore une fois », le « c’était pas cher », le « je pars retrouver untel », le « c’était cette fois-ci ou jamais », le « je pouvais pas refuser l’invitation », toujours toujours une bonne raison pour justifier un départ. Et les soupirs de ma mère qui se demande comment elle a pu faire une gitane pareille.

s’échapper, émigrer, ficher le camp, filer à l’anglaise, gagner le large, lever le siège, lever l’ancre, marcher, mettre les voiles…

L’excitation du départ, l’idée de comment ce sera, prendre le bus, le ferry, la lancha, le bateau, le train ou l’avion… De l’instabilité peut-être, de la curiosité sûrement, l’envie d’aventure, d’ailleurs et surtout d’autrement. La lassitude de l’acquis, du train-train, du déjà-vu, déjà fait. La fascination pour la différence, le recommencement, le tout à refaire et tout à réapprendre.

re-partir, plier bagage, prendre congé, prendre la poudre d’escampette, prendre le large, prendre ses cliques et ses claques…

A bien y réfléchir, ça commence d’ailleurs dès que je prépare un sac. Pour le week-end, pour une semaine, ou plus encore. Plus j’en mets et plus je suis contente. Ca veut dire alors que je partirai pour longtemps. Est-ce le souvenir et l’habitude d’avoir fait des sacs toute ma vie, au moins 2 par semaine, aussi loin que je me souvienne ? Le sac pour chez maman, le sac pour chez papa… les enfants de divorcés comprendront ce que je veux dire. Ceux qui ont eu durant leur enfance 2 maisons, voir 3 avec celle les grands-parents, deviennent des experts de sacs, il faut le savoir. Dans mon cas j’ai hérité d’un sentiment d’être chez moi partout, de dormir comme un bébé dans n’importe quel lit ou sofa ou dortoir. Comme quoi tout a du bon.

Prendre son baluchon, prendre ses jambes à son cou, quitter, s’absenter, s’échapper, s’éclipser, s’embarquer, s’en aller…

Ce compteur qui tourne inexorablement et qui ne nous permettra pas de revenir en arrière, cette chance, une, qui nous est donnée de vivre, d’habiter un temps cette planète. Savoir qu’on a un seul tour, un seul essai, un seul passage, un one shot, que c’est la première et dernière partie, le premier et le dernier chapitre, le premier et dernier round, un aller simple…

S’enfuir, s’envoler, sauter, se barrer, se casser, se retirer, se sauver, se tailler, se tirer, tirer sa révérence et voyager… 

Flotter sur la mer morte, voir Jérusalem, boire un thé à la menthe à Marrakech et un thé à la pomme au Bazar égyptien d’Istambul, voguer sur le Bosphore, passer une nuit au DF, prendre une lancha sur le Nil, visiter le Caire, regarder le coucher de soleil à Santorin et le lever dans la baie d’Along, faire une sieste au bord du lac Atitlan, du shopping à Chichicastenango, danser la salsa à Cali, se baigner dans le Pacifique, manger un ceviche à Mancora avec Sophie, une paella à Valence, partir à Venise en amoureux, découvrir la Corse, embarquer pour Capri, connaître le Salerno de Carmen, m’échapper à Ouarzazate et m’enfoncer dans le désert, essayer Essaouira, plonger à Ko PhiPhi, me faire masser à Bangkok, visiter New York sans la neige mais Prague avec, voir un jour en vrai des girafes et des zèbres, des lionceaux et des kangourous, revenir à Madagascar avec la mama…

Une vie ne suffira pas peut-être, mais ça vaut le coup d’essayer, non ?

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

 

A propos de Fanny

Poulette du Gers 100% coeur de canard. Expatriée en Argentine depuis 2009. Je livre mes anecdotes sur cette capitale du bout du monde, mes pensées sur la vie à l'étranger et quelques récits de voyages en Amérique du sud sur le blog Destino Buenos Aires. Challenge 2014: convaincre un éditeur ❤

Laisser un commentaire