Promotetas

Surtout tu ne t’éloignes pas trop du stand, c’est pas grave si tu es habillée ridiculement court, que ta jupe est vulgaire, tu fais un grand sourire aux Monsieurs, c’est même pour ça qu’on te (sous)paye, même si tu as encore un appareil dentaire, que ta décoloration mériterait une retouche aux racines, que tes seins débordent un peu trop du décolleté, mieux vaut trop que pas assez comme on dit, hein !

Cet après-midi je me suis retrouvée, j’ai pas encore vraiment compris ni comment ni pourquoi, à accompagner une collègue à l’EMAQH 09 « Exposicion Internacional de laMaquina Herramienta, Herramientas y Afines », en gros un salon industriel présentant des machines énormes dont j’ignore totalement l’usage. Un salon destiné aux ingénieurs et techniciens je présume, un monde d’hommes qui vend à des hommes. Térésa et moi nous sentions comme des OVNIS et une race à part au milieu d’eux et de cet univers de mâles. Jusqu’à que je les vois, elles, ces créatures sorties de série Z ou de clips de reggaeton. Et là je me suis sentie appartenir à une espèce à « protéger », du moins à réhabiliter, les femmes.

Chaque stand en avait, la « sienne », les « leurs », car on parle bien d’ici d’un outil, de vente et de décoration. Ce n’est pas une exclusivité argentine, j’ai vu les mêmes en France, elles sont dans tous les salons de la planète, sauf dans les pays arabes peut-être. Avec divers degrés de classe, de subtilité. La finalité reste la même malgré tout : une femme fait vendre, des yaourts, des voitures, même des machines outils, la preuve. Elle ne saura peut-être même pas le nom du produit, on ne lui a pas demandé de le retenir de toute façon, ni en quoi il est soi-disant meilleur que les autres, mais elle sait vous sourire, vous donner une petite décharge d’émotion pour vous Messieurs, vous faire oublier 2 secondes pourquoi vous êtes là, et c’est déjà pas mal. Elle saura s’effacer une fois le chaland appaté, et laisser les hommes travailler tranquilles.
Pas une femme en tailleur, ou dans une tenue qui puisse laisser penser qu’elle travaille dans ce domaine. Pas une de plus de 25 ans, pas une habillée autrement qu’en mini-mini-jupe ou en legging ultra moulant (c’est la dernière mode), avec des talons haut, une épaisse couche de maquillage pour masquer l’acné persistant de certaines post-pubères. Et surtout des seins, des seins et encore des seins à revendre, à pleine vue et à plein nez, tels des aimants, des bornes GPS, des phares pour bateaux perdus en mer, un petit souvenir qui vous rappellera ceux de maman et vous fera venir sur le stands à coup sûr, bouche ouverte, soudainement intéressé par la nouvelle fonction rotative de la perceuse Machin. Vous accepterez sans vous en rendre compte le prospectus qu’elle vous tend, et qui finira à l’arrière de votre voiture à côté su siège bébé. Le pire, c’est que ça marche, depuis la nuit des temps, que toute la planète l’a compris, et en Amérique du Sud un peu plus qu’ailleurs.

On les appelle ici « promotoras », elles promeuvent donc, sont sensées promouvoir une entreprise et ses produits, des « hôtesses » comme on dirait chez nous. Moi je pense qu’elles promeuvent surtout une image des femmes dépassée, très années 50, et qu’il serait temps de changer de tactique commerciale. Ce spectacle affligeant façon latino-kitch de cette minorité très très visible nous a bien fait rigoler, on a décerné la palme des plus gros seins, des meilleurs seins refaits, de la plus vulgaire, et le choix a été difficile car il y avait du niveau ! Mais au fond de moi je suis quand même attristée par ce machisme ambiant persistant. Les hormones doivent elles aller de pair avec le business?

A propos de Fanny

Poulette du Gers 100% coeur de canard. Expatriée en Argentine depuis 2009. Je livre mes anecdotes sur cette capitale du bout du monde, mes pensées sur la vie à l'étranger et quelques récits de voyages en Amérique du sud sur le blog Destino Buenos Aires. Challenge 2014: convaincre un éditeur ❤

5 commentaires pour “Promotetas

  1. Gaetan m’amuse. Ah les hommes! Comme dit Michel Galabru en ouvrant des yeux enormes: « avant 70 ans ce sont des beeeetes, ils sont en feuuuu!!! » 😉
    J’apporte de l’eau au moulin de Fanny en notant au passage la fascination des hommes comme des femmes de Bs As (peut-etre meme plus encore des femmes)pour les « vedettes » argentines que les revues telles que Vanidades etalent, toutes protheses et pulpe dehors, decollete trrres bas et jupe arretee trrres haut, bien decidees a faire oublier leur intelligence derriere leur look surfait de petasse. En Argentine, pays des extremes, on croise aussi des femmes « super finas ». Mais alors pourquoi ce culte de la gata? Je veux bien qu’on m’explique cette question sociologique avant de risquer mon avis profane sur la question…

  2. Attends un peu qu’on te ponde un article sur les vendeurs habillés en pompier ou en cowboys au salon du tupperware et de la machine à coudre!

  3. Brice: touché!
    En voila une idee qu’elle est bonne. On s’inscrit ou? 😉 Mais pour que les termes soient equivalents, il va falloir les mettre en string…

    C’est Fanny qui a raison: c’est une histoire d’hormones. Mais comme elle, je pense que le cote racoleur « grasa » est choquant dans un contexte commercial. On peut etre sexy sans etre vulgaire. D’ailleurs, ca ne fait guere honneur aux hommes de se laisser aguicher de facon aussi basique, non?
    mar: perdon, a que no entendes nena?

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