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De l’importance du feu pour un Argentin (et d’être autorisé à en faire en pays étranger)

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Mon ami argentin Roberto vit en France à Toulouse depuis une dizaine d’années. La faute à un voyage organisé avec ses amis de Buenos Aires pour aller voir la Coupe du Monde 98 en France. La faute à une française rencontrée à Toulouse. La faute à l’amour, le voilà depuis Toulousain et papa.

Il est plutôt heureux en France mais par moment il a le spleen. Il me raconte qu’il y a des choses qui ne passent pas. Notre esprit parfois trop étriqué, le trop de cases, d’étiquettes, de règles, de routes à suivre déjà toutes tracées. Parfois il voudrait juste suivre sa propre voie, aller dans la même direction que les autres mais emprunter un sentier parallèle. Malheureusement ce n’est pas trop possible.

Une chose toute simple qui le rend heureux, c’est faire un feu sur sa terrasse. Pas mettre le feu, non, faire un feu, nuance, avec ou sans viande par-dessus d’ailleurs. Son bonheur tient à peu de choses finalement : quelques planches, des branches mortes, des cageots et éventuellement des feuilles de papier journal pour que ça prenne plus vite.

En Argentine le feu remplit différentes fonctions:

  • faire un asado et donc faire griller la viande de bœuf. C’est l’usage le plus connu. Capital pour un argentin un dimanche pour déjeuner, en Argentine et où qu’il soit dans le monde.
  • se réchauffer à l’extérieur par temps de froid. Idéal, romantique, efficace, authentique. Le feu peut se faire bien sûr aussi à l’intérieur d’une maison dans une cheminée mais en Argentine j’en ai surtout vu à l’extérieur
  • parfumer. L’uruguayen qui fait battre mon cœur (et partage comme tous ses compatriotes beaucoup de coutumes argentines) laisse parfois ses habits près du feu pour qu’ils en prennent l’odeur. Sic.
  • crâner. Le même, à la fin de l’asado, aime également mettre la graisse de la viande sur les flammes -> la fumée et l’odeur de grillade deviennent alors encore plus fortes -> on s’assure ainsi que les voisins ont bien compris qu’il y avait un asado chez nous -> fierté de l’asador
    NB : ASADOR : terme qui désigne celui qui fait l’asado. Peut être une féminin, ma copine aux nouvaux seins est d’ailleurs une asador de puta madre mais c’est plus rare. On a l’habitude d’applaudir l’asador en début ou fin de repas en guise de remerciement « un aplauso para el asador »)
  • le plaisir

Le feu pour le PLAISIR

Ce dernier usage, si vous n’avez pas eu la chance comme moi d’être Scout (Eclaireuses de France pour être précise ie scoutisme laïc), peut sembler étrange, voire inutile, mais je vais tenter de vous expliquer le concept. Faire un feu est synonyme de fête, c’est le compagnon idéal pour célébrer le moment présent, communier avec la nature. Le feu apaise ceux qui le regardent, il les écoute, leur répond et les console avec le spectacle de ses flammes. Il se suffit à lui-même et ne nécessite pas de bande-sonore autre que des voix ou un grattement de guitare. Moi je l’aime silencieux, en fin de soirée, en petit comité.

Parfois le feu remplit plusieurs fonctions à la fois. On entretiendra les braises de l’asado pour se réchauffer après manger. Ou le feu nous réchauffe d’abord avant de devenir ensuite l’élément central de la fiesta. Je me souviens d’un nouvel an en Patagonie à Villa La Angostura près de Bariloche. Nous avions une magnifique maison pour rester au chaud mais durant toute la soirée, les conversations, les rires et les danses se sont finalement déroulés autour du feu, en manteau.

Ma théorie du feu 

J’ai souvent observé mes compagnons de feu argentins avec attendrissement. De tous les feux auxquels j’ai assistés, j’en ai déduit une théorie. L’argentin, surtout celui de province qui n’a pas grandi en appartement, entretient avec la nature un rapport différent de celui que nous avons en France. L’argentin vit dans un pays grand comme 5 fois le notre mais avec moitié-moins de population. Il a l’habitude des grands espaces, des no man’s land, des forêts, des lacs, des champs, des plaines, des collines et des montagnes A PERTE DE VUE. La nature est omniprésente, moins domptée, moins clôturée. Au cours de sa vie, l’argentin traverse les grands espaces de son pays durant des dizaines d’heures en bus ou en voiture.  Il ressent une sensation de vide, de liberté totale, loin de toute organisation, civilisation, ordre établi ou panneau d’interdiction. Quoi de mieux pour faire un feu ? De l’espace, de la liberté, de la convivialité… un cocktail difficilement imaginable pour nous, pauvre hexagonaux que nous sommes.

Le feu pour l’ASADO

En Argentine, le feu de l’asado est tout terrain. Dans la traditionnelle parilla (barbecue construit en dur) au fond du jardin, de la cour ou sur les toits des immeubles. Ou bien dans une parilla mobile (portative), ou bien dans un lieu improvisé, comme la rue (j’ai vu maintes dois des asados préparés sur les trottoirs à Buenos Aires), ou bien sur  un lopin de terre dans un jardin.

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Parilla dans la rue
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Parilla personnelle avec des braises en dessous dans un restaurant, pour que la viande reste chaude
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Taille astronomique d’un bife de chorizo

On notera également la créativité extrême de l’Argentin pour fabriquer une parilla en moins de deux : 2 briques, une grille récupérée d’un vieux four, et l’affaire est dans le sac. Toute fascination féminine face à la dextérité du mâle allumant un feu est évidemment hors contexte ici, mais elle est toutefois indéniable, j’en conviens.

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Mon copain Alejandro utilisant un sèche-cheveux pour raviver le feu de l’asado, dans la parilla de son immeuble. Toujours créatifs les Argentins…

L’asado se fait avec des braises un point c’est tout. Il va sans dire que l’Argentin n’utilisera pas de barbecue électrique, sinon sous la torture, car c’est contraire à sa religion. Ne parlons même pas d’essence, ça c’est pour nous, sauvages européens. Non, l’argentin sait faire un feu dans les règles de l’art, c’est comme ça.

L’asado se fait dans les restaurants qui servent de la viande, les parillas (qui ont le même nom des barbecue construits en dur, pour ceux qui suivent). Midi et soir. Chez soi, midi (version famille le week-end) et soir (version festif entre amis n’importe quel jour de la la semaine). D’où cette odeur de braises permanente et unique, si caractéristique de Buenos Aires et dont je parle dans ce billet : Les bruits et les odeurs de Buenos Aires

L’argentin qui se respecte aura l’impérieuse nécessité de faire brûler un feu une fois par semaine. Chose on ne peut plus banale en Argentine comme on l’a vu, mais très difficile en France pour qui n’a pas de jardin. Roberto, du coup, avec son appart en rez-de-jardin dans sa copropriété proprette toulousaine, ben il est dans la mouïse. A chaque asado qu’il improvise sur sa terrasse avec sa parilla faite maison, un voisin grognon se plaint. Il laisse des mots de réprimande qu’il affiche dans les espaces communs de l’immeuble. Parce que vous comprenez, c’est INTERDIT, et l’odeur de la fumée le dérange.

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Récemment le voisin s’est vraiment fâché et a même commencé à faire du porte à porte pour monter les autres voisins contre Roberto. Evidemment, si un quidam faisait un barbecue dans son jardin de l’autre côté de la rue, le voisin devrait la boucler car la fumée et les odeurs de grillade n’ont pas de frontière, pas plus que la bêtise humaine. Mais Roberto, lui, a la malchance de faire son feu dans le mauvais pays, du mauvais côté de la rue, là où il  interdit de se faire plaisir.

Pour démontrer sa buena onda et tenter se convertir ses voisin en Argentins, Roberto a écrit ce message. L’#ArgentinAttitude ne pourrait pas mieux se résumer, non ?

ps : Promis, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de la suite des événements dans la copropriété de Roberto.

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Suis-je vraiment une blogueuse de voyages ? Ou comment j’ai quand même participé au 1er salon de blogueurs francophones du voyage à Cannes

Les blogueurs participants au 1er salon des blogueurs de voyage à Cannes - 18/19 septembre 2014
Les blogueurs participants au 1er salon des blogueurs de voyage à Cannes – 18/19 septembre 2014

Tout a commencé il y a quelques mois, en surfant sur la toile. Je lus que Xavier Berthier, blogueur de 4 coins du monde, organisait pour la première fois en France un salon des blogueurs de voyage au Palais des Festivals de Cannes les 18 et 19 septembre 2014. Mot d’ordre sur Twitter #WeAreTravel14.

J’avais justement participé l’année dernière à un événement similaire à Buenos Aires, organisé par la Red ViajAr, un équivalent argentin du Collectif des blogueurs de voyage (sic les Argentins nous ont devancé). J’ai donc d’abord été hyper emballée par l’idée, puisque par chance je me trouvais en France à ces dates. Puis, en y réfléchissant bien, je me suis demandé si finalement cela me concernait. J’avais fait un tour sur les blogs participants, puis sur le mien et quelque chose clochait. Je recherchais la trace d’un billet qui traite d’une visite, d’une balade, d’une recommandation ou d’un quelconque conseil de voyage sur l’une des 23 provinces que compte l’Argentine. Sur un pays grand comme presque 5 fois la France, il y avait de quoi raconter quand même. Ô rage ô désespoir, je n’ai trouvé rien de tout cela. Nada.
NB: J’ai quand même une petite explication à cela. Le fait d’avoir été conseillère voyages Argentine/Chili/Bolivie ces 4 dernières années, d’avoir organisé tous les jours des parcours dans ces 3 pays et d’en parler toute la journée à mes passagers fait qu’évidemment, le soir venu, j’étais moyen motivée pour continuer sur mon blog.

Mais alors de quoi puis-je donc bien parler, depuis bientôt 6 ans que ce blog existe ? Si ce n’est pas de tourisme ? D’expériences messieurs dames, d’histoires, d’anecdotes et de rencontres. De ces surprises de la vie qui me font vibrer à Buenos Aires et me donnent le sentiment d’être en voyage perpétuel. J’écris sur les argentins et leur ArgentinAttitude, les taxis porteños, les (difficiles) rapports homme-femme sous cette latitude, la chirurgie esthétique (de mes copines), le foot en période de Coupe du Monde, le vélo version Masa Critica, les expressions foutage de gueule qui me font marrer, la fête de Noël, la vie nocturne trépidante, les jacarandas en fleur et que sais-je encore.  Et beaucoup aussi sur l’expatriation, bien sûr.

Destino Buenos Aires est-il alors un blog de voyages ? A vous de me le dire ! Mes lignes vous font-elles voyager ? Ou sont-elles surtout informatives sur la culture argentine ? Vous motivent-elles pour venir en vacances en Argentine ou en Amérique du sud ? Je serais très curieuse d’avoir vos avis, queridos lectores. Adeline de www.voyagesetc.fr nous parlait justement pendant le salon de l’importance  pour un blog de voyage d’avoir une « niche », de maintenir un angle, un parti-pris. Le mien fut dès le premier jour de relever ce qui me semble étrange, amusant, émouvant dans ma vie quotidienne à Buenos Aires. Rien de plus. J’ai commencé à écrire pour mes proches et leur faire partager ma passion de l’Argentine. Qu’ils ne me prennent pas/plus pour la grande folle trentenaire qui a lâché un CDI pour tenter l’aventure. Je n’ai jamais songé à donner mes bons plans, mes quartiers préférés, mes adresses de parillas ou de glaciers. Le devrais-je ? J’ai pensé jusqu’alors que l’intérêt de mon blog était d’être une petite souris de l’intérieur et que pour tout le reste on a le Lonely Planet.

Je crois qu’il existe autant de blogs de voyages que de façon de voyager. Et heureusement ! Le voyage tel que je l’aime implique 3 points :
– parler la langue du pays visité, ou moins des rudiments, mais idéalement, parler la langue, j’y tiens
– rester assez longtemps dans une capitale pour s’y faire des amis/connaissances. 2 mois me paraissent une minimum, comme j’en discutais avec Corinne de www.vie-nomade.com
– avoir un simili de « chez soi », un trousseau de clés d’une maison, d’une chambre, d’un logement, qui ne soit pas forcément un hôtel, manière de se sentir un « local ».

Ceci est l’apologie du slow travel me direz-vous. C’est bien de cela dont il s’agit en effet. C’est celui que j’ai moi-même expérimenté. Au cours de ces 15 dernières années, j’ai posé mes valises dans 4 capitales étrangères et suis restée de plusieurs mois à plusieurs années: Dublin, Mexico, Londres et Buenos Aires. Je suis fière d’avoir eu dans chacun de ces pays ma carte de sécurité sociale, mon visa de travail lorsque c’était nécessaire, un compte en banque, un job, un salaire local, des collègues, des amis. Alors oui, c’est en évoquant ces destinations que je peux être intarissable, parce que je les ai connues de l’intérieur, que je m’y suis sentie chez moi un moment dans ma vie. Je ressens donc à la fois une folle inspiration et une légitimité à en parler.

Du coup, j’aime lire les blogs d’autres expatriés ou ceux de voyageurs au long cours.  Quand Aline de www.nowmadnow.com écrit autant de billets sur la Bolivie, je devine qu’elle n’y est pas restée que 3 semaines (ce qui est mon cas, bouuuu) mais bien plusieurs mois. Donc je sais qu’en la lisant je vais Voyager avec un V majuscule, que j’apprendrai sur ce territoire et lirai des histoires que je n’ai pas eu le temps de vivre.

Mes autres « voyages » dans une vingtaine de pays, ceux d’une, deux ou trois semaines, m’ont davantage laissé un arrière-goût de vacances interrompues, jamais assez longues, un peu comme des survols, enrichissants, passionnants, dépaysants, certes, mais trop courts pour suffisamment m’inspirer (mais ça c’était avant le salon).

C’est chargée de tous ces a priori sur les blogs de voyage que je me suis inscrite à ce salon. J’ai pensé que rien de tel que de sauter dans la piscine pour dépoussiérer tout ça et repartir sur de nouvelles idées. Et je n’ai pas regretté.

Pour les rencontres avec les autres blogueurs qui partagent avec moi le goût des mots loin devant celui de la SEO. C’est quand même rigolo que la première personne avec qui j’ai discuté ait été le seul latino des 50 blogueurs participants, le colombien Jerson du célèbre blog Blogtrip. J’ai connu celles qui ont eu l’idée géniale d’aller au concert de U2 en voyageant en stop jusqu’à Moscou ou encore d’avoir voyagé au Brésil pour assister aux matches de la Coupe du Monde, le tout gratuitement bien sûr, sinon c’est pas drôle. J’ai nommé Emilys de travelandfilm.com et Sarah de leblogdesarah.com. Des nanas rock’n’roll très inspirantes.

Bxza1_MIEAAM1aP                @travel me happy - Blogtrip Cannes Cinéma

Pour la visite guidée de Cannes dont je parlerai dans un autre billet très bientôt, et des nouvelles idées qui ont germé

P1070544@Fanny Dumond - Cannes

Pour les rencontres avec certaines marques et opérateurs de tourisme. Après avoir travaillé dans une ancienne vie pour des offices de tourisme  (Tourism Australia, Atout France, OT de Toulouse), je me suis sentie cette fois-ci de l’autre côté de la barrière,  comme un petit bureau de promotion à moi toute seule, mais cette fois-ci sur l’Argentine, à expliquer le pourquoi ce pays, ce que j’aime là-bas etc. Le temps dira si ma promo aura porté ses fruits !

Pour tous ces instants, MUCHAS GRACIAS Xavier, nos vemos en 2015 #WeAreTravel15

P1070663   @Fanny Dumond - sur le balcon de mon hôtel Belle Plage Brougham à Cannes

Avoir une amie brésilienne

 

Avoir une amie brésilienne et vivre le Carnaval de Rio avec elle est sans doute l’une de mes plus belles expériences de voyage. Pour l’anecdote, Aline s’appelle Aline car sa mère, dans les années 70 à Rio, chantait à tue-tête « pour qu’elle revienne ». Véridique.

Entre Aline et moi tout a commencé dans un aéroport, celui de Buenos Aires, Ezeiza, un dimanche soir à minuit passés. Elle revenait du carnaval de Rio, moi de celui de Salvador de Bahia. Vu l’heure tardive, les taxis nous annonçaient à chacune des prix faramineux pour aller dans le centre. Je lui ai alors proposé d’en partager un ensemble et je m’en suis souvent félicitée. Les 45 minutes de trajet nous ont suffit pour nous lier d’amitié, nous étions deux étrangères vivant en Argentine depuis quasiment le même moment. On se quitta ce soir-là en se promettant de se revoir, et ce fut chose faite, maintes et maintes fois, durant les années suivantes. Aline est maintenant repartie dans sa terre carioca (Rio), et je me devais d’aller la voir cette année. Après tout, c’est suite à un carnaval que nous nous étions rencontrées, il était donc logique d’en passer un ensemble.

Avoir une amie brésilienne, c’est l’entendre te dire, la semaine avant que les festivités du Carnaval ne commencent, qu’elle est déjà toute émue. Et c’est la regarder bizarrement sans trop comprendre.

Avoir une amie brésilienne, c’est l’entendre te proposer de faire une manucure et une pédicure à J-1, pour être « prêtes ». Et c’est la suivre.

Etre chez une amie brésilienne,  c’est avoir la télévision allumée avec en fond sonore les télénovelas (les séries locales romantico) et c’est devoir entendre l’histoire personnelle de chaque acteur, comme s’il faisait partie de sa famille. Et c’est s’en balancer, vraiment.

Etre chez une amie brésilienne,  quand elle te montre son quartier, c’est la voir t’indiquer fièrement son nouveau gymnasium, quand toi, en France, tu lui aurais montré la meilleure boulangerie. Et c’est te remettre en question.

Se préparer pour sortir avec une amie brésilienne, c’est l’entendre dire, d’un air dépité devant sa glace, qu’elle a vraiment besoin d’une paire de seins. Et c’est lui répondre que c’est une grande folle.

Aller se baigner à Rio avec une amie carioca, c’est la suivre les yeux fermés car elle sait à quel « poste » de la plage se trouvent les plus beaux spécimens mâles. Et c’est constater qu’elle ne s’est effectivement pas trompée.

Etre à la plage avec une amie brésilienne, c’est l’entendre dire avec une assurance sans faille si telles ou telles fesses ont été refaites. Et c’est la croire.

Aller au carnaval avec une amie brésilienne, c’est l’entendre te chanter toutes les chansons diffusées dans la rue et t’expliquer les paroles de chacune d’elles. Et c’est penser, sans oser lui dire, qu’elles sont  toutes un peu les mêmes.

Passer un Carnaval avec une amie brésilienne et la voir si heureuse, chanter et danser à l’unisson avec ses compatriotes, c’est comprendre que le Brésil n’a pas d’égal sur Terre.

Rivière de Janvier

Rivière ou baie de janvier. Saviez-vous que c’est la traduction littérale de Rio de Janeiro ? Voilà, c’était juste pour l’anecdote, juste pas très inventifs sur ce coup-là les Portugais !

Aller à Rio depuis Buenos Aires, c’est aller dans un paradis terrestre en 3 heures, plutôt tentant donc. Comme nous sommes à l’ère de la mondialisation, tu prends un vol direct de Buenos Aires à Rio avec la compagnie Emirates, tout juste venue de Dubai. Ce sont donc de jolies hôtesses de l’air vêtues à l’orientale qui te servent ton jus de mangue dans l’avion et le pilote te parle en arabe, c’est pas délirant ça ! J’ai adoré.

Forcément, tu ne comprends pas trop le plan de vol

Pour finir sur mon récit de vol, à l’arrivée à l’aéroport, j’ai vu cette pub excellente

Cette année j’ai donc foulé de nouveau pendant quelques jours le célèbre trottoir qui longe les plages de la « cidade carioca ».

J’ignore pourquoi, je dis souvent que le Brésil est une belle destination pour les vacances mais qu’en repartir ne m’a jamais brisé le cœur. Un peu comme les amours de vacances, quand on a 16 ans, ça sent bon l’été, le soleil et le sable chaud, l’odeur du monoï sur le paréo, mais sitôt rentré chez soi on oublie vite le prénom des baisers salés.
Cette année, blasée, je décrétais donc avant mon départ que oui, je revenais une fois de plus à Rio « pour voir des amis », que c’était « sympa », que je « connaissais déjà ». En réalité, j’avais oublié un petit détail. Rio est unique, Rio te retourne la tête, Rio c’est comme si Pele et Ronaldnho te faisaient dribbler le cerveau.
Toi qui me lis, tu as peut-être déjà voyagé dans toute la Terre, tu te considères comme un aventurier du monde, un champion des tampons sur le passeport, mais je te mets au défi de ne pas écarquiller les yeux et de ne pas remercier le ciel lorsque tu verras ça.
ou bien ça
Rio est un mix d’océan, de végétation luxuriante omniprésente, de rochers de granit qui se détachent de l’eau ou bien qui dominent la ville, de musique incessante et bien sûr de plages mondialement célèbres. Rio laisse aussi derrière son passage l’effluve d’une belle époque, d’un faste ancien, de jet-set, de fêtes à Copacabana à siroter de la caipirihna, de bossa nova et de chica d’Ipanema.



Souvenir d’une soirée surréaliste où je me suis retrouvée il y a de ça déjà quelques années,
avec happy-end inespéré : un lever de soleil sur Copacabana
 
 
Rio, ce n’est pas que les plages, c’est aussi des ruelles envahie par la Dame Nature

de veilles demeures, héritage de la colonisation portugaise,

des immeubles de style années 30

ou de style antique gréco-romain

des grattes-ciels, comme à New York

Enfin, New York, avec des palmiers quand même !
La comparaison a sa raison d’être, je ne vous raconte pas d’histoires !

Parfois, comme à Buenos Aires sur la plaza de Mayo, le colonial frôle Manhattan !
 
A Rio, amis cinéphiles, on retrouve aussi des stations de trains qui nous rappellent des souvenirs…

Bon j’ai bien compris que je vous avais déjà un peu saoûlés avec mes buildings, alors venons-en au vif du sujet, vous voulez de la fesse, je le sais, du torse, des chutes de reins cambrées, du bronzage et des cuisses galbées, alors direction la playa, c’est parti mon kiki.

A Rio le corps est roi, la cambrure est reine. Lorsqu’on marche près des plages, on a tout le loisir d’admirer les autochtones dans leur milieu naturel: en maillot de bain et en tongues, tout simplement. On voit des corps, beaucoup de corps, et plutôt pas trop mal faits. Des hommes sans tee-shirt, en toute innocence avec des dos xxx, des épaules xxx, une chute de reins xxx, enfin… je me comprends (soupir). On voit des femmes avec un short et juste le haut du bikini genre où est le problème. Pour les filles, c’est pas la mode des jambes toutes fines, au contraire, c’est plutôt cuisse de rugbywoman dans le style, avec ventre plat, petits seins et fessier prépondérant. Pour les hommes, c’est Musclor ou Monsieur Propre. Tout dans les biceps et les abdos. A noter, on reconnaît très vite les non-Brésiliens à leur maillots bermudas. Messieurs si vous voulez avoir l’air d’un local, optez pour un petit maillot moulant qui dessinera parfaitement votre anatomie. Les complexes on les laisse au vestiaire.
Avertissement: toute personne un peu sensible, un peu esseulée affectivement, ou pas forcément, peut développer des symptômes bizarres: envie de toucher voir si c’est vrai, de palper voir si on l’a rêvé, de caresser… Je t’ai prévenu, Rio ça retourne le cerveau.

Alerte a Rio !
 

FAQ des mauvaises langues
– Est ce que les hommes sur la plage ont tous ces dos et ces torses… la réponse est OUI
– Est-ce que les nanas ont toutes des maillots de 8 cm2 devant et 3 cm2 derrière, OUI.
Mesdames, vous allez me demander si tout ces popotins et décolletés sont vrai de vrai, je vous vois venir… Bien sûr on voit des faux seins, des fausses lèvres et des fausses joues, comme partout, mais bon, globalement, la brésilienne carioca (de Rio), because 2 heures de roller chaque dimanche et gymnasium tous les 2 jours, ben ouais, elle a la fesse ferme. CQFD.

Idem pour les mâles, on distingue de suite ceux qui passent plus de temps à lever des haltères qu’à aller à la bibliothèque. En même temps, quand on est sur la plage, on en demande pas tant, on veut du beautiful people, et on en a.

A lire prochainement sur le blog, « le carnaval de Rio » et  « Avoir une amie brésilienne« .


 

Ma plus belle rencontre, perdue un soir dans Mexico D.F

Place du Zocalo, Mexico, D.F, durant mon voyage pélerinage en 2007- FD

C’est rigolo quand même l’inspiration. Ce matin, 8h, réveillée par la chaleur (aujourd’hui il va faire 36°C), j’ai ouvert un oeil, puis le deuxième, j’ai entendu le doux vrombissement du ventilateur, senti et apprécié sa douce brise, puis j’ai pensé à cette vieille histoire. J’ai appelé ma mère en France pour qu’elle m’aide à retrouver ces vieilles photos qui finalement étaient à quelques mètres de moi, dans ma chambre à Buenos Aires. Ce matin il m’a pris une envie urgente de vous parler de Mexico, de cette année passée là-bas, dans la fraîcheur de mes 21 printemps, de mes retrouvailles avec cette ville 7 ans plus tard, et de ma plus belle rencontre, un soir, perdue dans la ville.

En 1999/2000, moi la Gersoise 100 % coeur de canard, j’étais une « chilanga », une habitante de Mexico D.F. Le Mexique est entré dans ma vie telle une tornade de découvertes et de joies:
– l’espagnol, une nouvelle langue pour moi, l’accent mexicain que j’adopterai et qui me vaudrait plus tard les rires de mes amis espagnols, les fameuses expressions mexicaines : ahoritita, mande, orale guey, pinche cabron, chinga tu madre, los nacos, los fresas etc.
– les ruines et pyramides des cultures aztèques et mayas, et la conscience que non, les Gallo-Romains n’ont pas tout inventé
– les musiques, la cumbia, la salsa (qui deviendra une passion), toutes ces chansons romantico diffusées à tue-tête dans les peseros (les bus de ville de Mexico)
– l’artisanat mexicain, le plus beau et le plus varié que je n’ai jamais vu, inégalable à mes yeux
– l’architecture coloniale espagnole et ses maisons colorées, des joyaux disséminés dans toute la ville
– ce truc étrange que l’on appelle « abrazo », qui consiste à serrer quelqu’un dans ses bras pour le saluer
– Frida Kahlo, Diego Rivera, Carlos Fuentes et beaucoup d’autres artistes mexicains
– les odeurs de tacos dans la rue, les saveurs de cette cuisine unique, les petites sauces piquantes vertes et rouges toujours posées sur les tables des restaurants, les jus de mille et un fruits  préparés dans la rue, les mangues, avec ou sans sauce piquante, coupées et vendues dans des gobelets en plastique, tous ces piments dont je suis devenue folle
– les innombrables escapades à quelques heures de Mexico le temps d’un week-end : montagne, plage, villes coloniales. 15 ans plus tard, le Mexique reste le plus beau pays que j’ai visité.
– le paradis sur terre: les plages du sud de Oaxaca, Puerto Escondido, Mazunte, ou Pie de la Cuesta près d’Acapulco
– des amis que je garderai pour la vie, des rencontres avec des femmes très inspirantes (certaines de mes élèves et toi ma cricri)
– un visa de résidence, le FM3, gagné toute seule comme une grande

Mexico ce fut aussi une grande gifle, de celles qui changent la façon de voir le monde. Je découvrai un écart de richesse inimaginable à mes yeux d’européenne, d’un côté des femmes et des enfants mendiant dans la rue, des quartiers avec des bidonvilles à perte de vue, de l’autre une ostentation indécente, sans gêne ni retenue, une conscience sociale inexistante de la part de certains qui avaient tout. Pour moi la provinciale, Mexico ce fut aussi le choc des dimensions tentaculaires de cette capitale de 25 millions d’habitants et le challenge de la traverser plusieurs fois par jour en transports en commun pour aller travailler. Plus tard Paris me semblera très petit ! Je m’adaptai à un nouveau concept, l’insécurité, et intégrai de nouvelles habitudes, toujours faire attention,  tout le temps, en retirant de l’argent à un guichet bancaire (regarder autour de soi, parfois mettre l’argent dans les chaussettes), ou en montant dans un taxi (distinguer les vrais des faux). Si personne n’était attendu, ne jamais ouvrir sa porte d’entrée, même si quelqu’un sonnait, dans le doute… Enfin, en un an je connu 2 tremblements de terre, en pleine nuit, un moyen et un petit, et j’appris à me rendormir juste après.

Le virus de l’Amérique du sud me fut injecté cette année-là et je n’ai pas été encore vaccinée à ce jour. J’avais touché du bout des pieds la pointe nord d’un monde différent, hispanique, communément appelé « latino » et réalisai qu’il me restait à découvrir toute une immensité s’étendant de Tijuana à Ushuaia, rien que ça. Sur ces 10.000 km, des millions d’habitants priaient le même dieu, parlaient la même langue et pouvaient s’émouvoir des mêmes chansons. En 2000 on écoutait Manu Tchao, Mana et Shakira, encore brune et pas encore à poil dans les clips. Déjà tout le continent chantonnait « si es cuestion de confesar, no se preparar cafe« . 
Plus tard, en voyageant en d’Amérique du sud, je découvrirai qu’au-delà de la langue, mille et une coutumes et traditions se retrouvent chez les uns et les autres, bien au delà des drapeaux et des frontières. La convivialité, la simplicité dans les rapports entre les gens, un sens relatif du temps et des horaires, la vie au jour le jour, l’usage de l’espace public, les places où l’on se retrouve, les rues où l’on discute, mange, boit des jus de fruits, achète tout et n’importe quoi, les marchands ambulants, le doux bordel latino, la Pachamama, le culte des morts, les piments et le coriandre dans la cuisine, l’abrazo, la tactilité entre les gens, la cumbia, les compliments lancés aux filles dans la rue, le machisme, le tutoiement, le sens de la fiesta, la musique et la danse qui coulent dans le sang.

J’en reviens à Mexico. Pour gagner ma vie je m’étais improvisée professeur de français. J’enseignais à des adultes, des cadres en entreprises et des enfants de bonnes familles « fresa ». Parmi mes employeurs, je me choquais du train de vie d’une famille en particulier, qui disposait de divers chauffeurs, garde du corps, voitures blindées et d’innombrables « muchachas » (servantes) vivant à domicile. Pour l’anecdote, j’ai toujours soupçonné le père d’être plutôt louche. Je n’avais pas tort, l’année dernière il faisait la une des journaux pour un pot de vin de 2,6 millions de dollars. 
Un jour une femme à l’accent bizarre (elle était polonaise) m’avait appelée pour donner des cours particuliers à son fils de 7 ans, Ulises. C’était Jolanta, une artiste plasticienne, dont la maison était décorée de ses peintures et sculptures, terrifiantes à mes yeux. Plus tard j’apprendrai que ses oeuvres, tout aussi terrifiantes qu’elles étaient, s’exposaient et se vendaient jusqu’aux Etats-Unis. Ulises était un petit ange blond, gentil et bien élevé, transi d’admiration pour son papa, un homme que je n’ai jamais croisé, sinon en portrait dans une toile de Jolanta accrochée dans le salon. Il faisait beaucoup d’efforts en cours, alors que comme tous les gosses, il aurait certainement préféré regarder la télé plutôt que de subir une heure de français. Souvent après les cours je restais discuter avec sa mère. Elle avait échappé à la Pologne communiste, littéralement échappé. L’histoire de sa fuite de Pologne était digne d’un film. Elle avait finalement pu émigrer aux Etats-Unis, et de là elle était arrivée au Mexique.

Ulises en 2000 chez lui avant un cours de français

En 2007, je décidai de revenir en voyage pélerinage à Mexico D.F. Le Mexique m’avait beaucoup manqué pendant toutes ces années. Mon retour en France, l’arrivée et l’adaptation à Paris ne s’étaient pas fait sans heurt et j’avais gardé une nostalgie inépuisable pour le Mexique. Comme un premier amour, il n’avait jamais quitté mon coeur, ni mes pensées, ni mes sens. Aussi lorsque 7 ans plus tard je foulai de nouveau cette terre, j’exultai ! Je retrouvai mes amis tout d’abord, qui avaient la gentillesse de me recevoir chez eux. Puis mes sens se réactivèrent. Je réécoutai ces bruits : la cumbia dans les bus, l’accent mexicain qui m’avait tant manqué, je sentai ces odeurs : les tacos dans la rue et celle de la braise. Je respirai de nouveau cet air sec et pollué et ressentai enfin cette douceur unique, cette température parfaite. Jamais je n’ai retrouvé un tel climat ailleurs, fruit de la latitude et l’altitude particulière de la ville (2.500 m). Je reconnaîtrai toujours l’air de Mexico, même les yeux bandés.

J’ai souhaité évidemment revoir mes anciens élèves, dont bien sûr Ulises et Jolanta. J’avais gardé un mail qui n’était plus valide, mais les années 2000 aidant, Jolanta avait désormais une page internet en tant qu’artiste et il me fut aisé de la retrouver et de la recontacter. Elle me répondit qu’elle vivait toujours dans le même appartement, mais seulement elle et Ulises, le papa était parti. Je parlai avec Jolanta au téléphone, elle me passa quelques secondes Ulises pour le saluer personnellement, nous étions très impatientes de nous revoir. La veille du jour où je devais déjeuner chez eux, je sortis de chez mes amis pour acheter des cigarettes, vers minuit. Une rue, puis une suivante, je finis par me perdre et ne plus retrouver mon chemin. Pas d’affolement, j’étais dans la Condesa, un quartier très animé avec de nombreux restaurants et bars. Je demandai plusieurs fois mon chemin aux gens que je croisais, personne ne savait me répondre; ou sinon m’indiquait n’importe quelle direction (grande spécialité mexicaine que j’avais oubliée :-). Alors j’eus l’idée lumineuse de demander le chemin du métro car de là je savais m’orienter. La personne suivante que j’ai interpellée, un ado qui marchait seul, me répondit que lui aussi s’était perdu et cherchait le métro. On en rit puis on décida de le chercher ensemble. Je l’ai alors observé de plus près. Il avait bien grandi, il faisait presque ma taille, mais son sourire, celui de la photo avec son petit piano, l’avait trahi. Je l’ai trouvé touchant avec sa voix muée. 7 ans étaient passés et il devait donc avoir 14 ans.
– « Tu t’appelles Ulises n’est-ce pas ? Moi je suis Fanny, ta prof, tu te souviens ? Celle qui doit venir chez toi demain. » Silence… Il me regarda sans rien dire, ni lui ni moi ne pouvions le croire ! Il finit par me sourire, puis je lui ai donné mon premier abrazo.
– « Qu’est ce que tu fais ici à cette heure-là ? Ce n’est pas ton quartier par ici ! »
Il m’expliqua qu’il était venu rendre visite à sa petite copine qui habitait par là, puis qu’il s’était perdu et que sa mère allait s’inquiéter. On marcha ensemble jusqu’au métro qu’on finit par retrouver, puis on s’est dit « à demain ». Cette nuit-là il me fut impossible de m’endormir, j’étais submergée par l’émotion, j’avais l’impression étrange que Mexico m’avait attendue et que pour mon retour elle m’avait concocté cette surprise, ces retrouvailles improbables avec mon petit Ulises, 7 ans plus tard, les 2 perdus dans une rue de Mexico, à minuit, parmi 25 millions d’habitants.

Le lendemain j’arrivai chez Jolanta, elle aussi très chamboulée par cette histoire. Ce jour-là, l’abrazo dura très très longtemps avec elle, avec Ulises, puis tous les trois.

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Miss B, ma voisine

Je suis ravie car je suis invitée dans quelques jours chez ma voisine, Miss B. 5 ans que j’habite à côté de chez elle et que j’ai envie de la connaître. La honte, non ? Moi qui suis si curieuse je me demande comment j’ai pu la snober comme ça jusqu’à maintenant.
J’avais maintes fois entendu parler d’elle. Faut dire qu’elle est quand même célèbre, miss B, discrète, mais célèbre. Et authentique avec ça.

Je suis très curieuse et impatiente de passer du temps chez elle. Rien de tel qu’une vraie rencontre pour me faire enfin une impression. Une fois j’ai franchi le pallier de sa porte, juste quelques instants, mais j’étais pas restée longtemps. J’étais pressée. Cette fois-ci si je vais passer un bon moment, puisqu’elle m’a promis de me montrer plein de choses.

J’avais peur qu’il fasse froid chez Miss B, elle habite tout en haut, dernier étage avant le ciel ! Mais elle m’a rassurée, elle m’a dit qu’elle a un très bon chauffage et qu’a certains endroits c’est même tropical chez elle !

J’ai déjà croisé certains membres de sa famille, mais ils sont pas très causants. Pas facile au premier abord, des gens plutôt réservés, surtout par rapport aux porteños qui m’entourent.

Alors voilà, ma voisine, je t’appelle Miss B pour l’instant, car on est encore des étrangères l’une pour l’autre, mais je suis sûre qu’on va devenir copines. Je t’appellerai alors par ton nom en entier, ça sera moins impersonnel.

Miss Bolivia, hasta muy pronto !!!

Anecdotes et pensées chiliennes / Santiago

 

Depuis longtemps j’avais envie d’écrire quelques anecdotes inspirées de voyages dans les pays limitrophes, Chili, Uruguay, ou proches, Brésil, Pérou.
Je commencerai par le Chili, ou plus précisément par sa capitale, Santiago. Je ne prétends pas la connaître profondément, mais plusieurs petits sauts de puce de l’autre côté des Andes au cours des dernières années m’ont inspirée et j’avais envie de partager mes impressions.

Tout d’abord, venant de Buenos Aires, 2 heures de vols sur la même latitude offrent un spectacle unique. Après la Pampa pendant plus d’une heure, dont on ne voit plus la fin, le relief commence à s’accidenter après Mendoza, puis les Andes s’imposent enfin, suivant les saisons avec beaucoup ou très peu de neige. Spectacle à admirer absolument, idéalement au lever ou coucher de soleil, toujours penser à demander une place côté hublot ! Puis la cordillère prend fin, et de suite Santiago s’étend à ses pieds, avec son smog.

Passage de douane, de suite on se fait vouvoyer, de suite on sent qu’ici c’est moins relax que les douanes argentines (voir Argentine anti-blues).
Chose rigolotte, en 2 heures d’avion on passe, du moins c’est mon impression, de 1.80m à 1.70m pour les hommes, de 1.65m pour les femmes à 1.50m et quelques pour les femmes. Les femmes sont plutôt rondes, certaines ont des vrais visages de poupée, bien brunes aux yeux clairs. Je commence à reconnaître les chiliennes. Quant aux hommes, plus difficile à dire… mais disons qu’en sortant de Buenos Aires on est mal habitué, très mal, et que c’est assez dur de concurrencer le porteño 🙂 Je m’arrête là sinon si un homme chilien me lit je vais me faire lyncher haha !

Anecdote d’aéroport, les fois où je suis arrivée ou repartie de Santiago un jour de semaine, j’ai constaté que j’étais l’une des rares femmes à me promener dans l’aéroport ! En semaine, des groupes entiers composés exclusivement d’hommes prennent les vols domestiques, ce sont les hommes travaillant dans les explotations minières du pays.

On arrive dans le centre de Santiago en 30 mn, soit assez de temps pour se rendre compte qu’ici les vieilles voitures sont inexistantes (une loi a tout simplement interdit les vieux véhicules – je ne connais pas l’année exacte considérée comme âge limite), que les routes sont très bien entretenues.
Si on prend le métro, on sent qu’on a voyagé dans le temps par rapport à Buenos Aires ou même Paris, c’est grand, spatieux, propre. Forcément c’est moins vieux et c’est chilien, comprendre un peu allemand sur les bords. Le métro coûte 3 fois le prix de celui de Buenos Aires, selon les horaires.

Les rues sont propres, les bâtiments ne sont pas à tomber par terre (toujours en comparaison de Buenos Aires). Hormis quelques reliques bien conservées de style français, dans le centre c’est plutôt moderne, sans âge. Certains quartiers du centre et ensuite les quartiers chics vers l’Est, Las Condes ect, sont de véritables concentrations de gratte-ciels, d’immeubles de 30 étages. Quant on sait que le Chili est sur une zone ultra-sismique, ça donne quelques sueurs froides ! En ce moment se construit la tour Costanera Center qui sera haute de 300 mètre, rien que ça, soit quasi la Tour Eiffel. Pour le moment la tour Titanium fait déjà 192 m. Le Chili voit les choses en grand.
Les quartiers de Bella Vista et Providencia eux sont différents, avec leurs maisons basses, colorées, certaines de style « colonial », leurs rues pavées, arborées, les jardins cachés que l’on devine derrière de hauts murs, des quartiers très agréables, l’équivalent du Palermo de Buenos Aires, ce sont mes quartiers préférés.
La ville compte aussi de beaucoup de zones arborées et de pistes cyclables. Comme en plus Santiago est tout plat, on voit beaucoup de cyclistes, encore plus qu’à Buenos Aires, et même sur les routes, entre Santiago et Valparaiso par exemple, chose inconcevable en Argentine, vu les distances entre chaque ville.

La chose surprenant de Santiago, plus que Santiago, c’est la proximité de la cordillère des Andes, majestueuse, qui en hiver arbore des sommets enmeigés. On sent la montagne tout près, à portée de main, et lorsqu’il pleut le smog s’évanouit et on aperçoit cette énorme masse sombre dès qu’on regarde vers l’Est. C’est pratique pour s’orienter dans la ville.

Les poubelles permettent le tri sélectif, chose que Buenos Aires peine encore à mettre en place. A Santiago pas de poubelle à même le sol dans la rue (du moins dans le centre). Une évidence qui me saute aux yeux après 4 ans passés à Buenos Aires, à voir l’Argentin poser allègrement son sac poubelle  au coin de la rue sans culpabilité aucune, ni vu ni connu, à l’aise Blaise.

Autre élément de modernité que les Européens ne pourront pas apprécier mais les Argentins si, les billets chiliens sont tous quasi neufs, colorés, un peu style Monopoly, à l’opposé du billet de 2 pesos argentin qui lui ressemble davantage à un parchemin du 15ème siècle.On accepte la CB quasi partout, waowww, on se sent tout d’un coup dans le primer mondo en venant d’Argentine, royaume de l’argent liquide et du paiement en cash, partout.

On a parfois du mal à comprendre une conversation entre Chilien, même de la capitale, admettons-le. Moi et même des Argentins. Ils ont une multitude de mots bien à eux, et un accent bien particulier, surtout les hommes. Et comme en Argentine, ils se sont inventés quelques petites conjugaisons à eux, manière. Ca donne le célèbre « Catchaï ? » pour dire « tu comprends ? »
Les femmes parlent plus nettement à mon goût, et ont une voix plutôt aigüe. Je me souviens que lors de mon premier séjour j’avais l’impression qu’elles chantaient.
Ici lorsqu’on parle d’une tierce personne on met « le » ou « la » devant. Ca donne « comment va la Laura ? »
Pour eux l’accent argentin est un accent comique. J’ai vu une pièce de théâtre où un acteur prenait volontairement l’accent porteño argentin pour faire rire le public (selon les dires d’un ami chilien).

Si je devais décrire quelques traits de personnalité chiliens, toujours en comparaison avec les porteños argentins et selon ma modeste expérience, je dirais que les Chiliens sont en général plus calmes, plus réservés, parlent moins fort, semblent moins sûrs d’eux. La jeunesse est la même qu’en Argentine, bruyante, insoucante et festive, lorsqu’on se ballade un samedi soir dans Bella Vista. Mais les adultes sont beaucoup plus tranquilles que les porteños argentins, c’est indéniable.
Un ami chilien résume la situation ainsi : « L’Argentine a eu 7 ans de dictature et s’en est sortie en 1983. Le Chili en a pris pour 17 ans et s’en est sorti en 1990 ».
Mon ami me dit qu’il a souvent du rassurer son père quand il était adolescent et qu’il sortait tard. Son père avait autant peur de la police que de ses excés d’alcool. Mon ami lui répondait que la dictature était finie.

Encore davantage qu’en Argentine, parce que la fin de la dictature chilienne est plus récente je pense, l’histoire du pays est souvent abordée dans les conversations et on assiste à une étrange dualité. Autant Pinochet est considéré à l’étranger comme un dictateur, autant au Chili cela fait débat.
Dans le quartier de Bella vista, plusieurs cafés concerts affichent clairement leur orientation à gauche, avec des peintures murales à l’effigie de Victor Jara (chanteur communiste torturé et assassiné pendant la dictature, à qui on a d’abord coupé des doigts avec une hache pour être bien sur qu’il ne jouerait plus). Leurs chanteurs se moquent ouvertement du Président actuel Sebastian Pinera (de droite) et insultent directement Pinochet. Dans le centre, l’immense bar sur 3 étage, appelé The Clinic,  dans lequel se pressent tous les employés à la sortie des bureaux, est un site on ne peut plus contestataire, avec partout sur les murs sur  étages des posters géants de personnes politiques illustrés de légendes ironiques, critiques. Idem sur des écrans télé. Et les journaux gratuits du même groupe éditorial sont en libre distibrution. Un peu comme si le Canard Enchaîné avait un immense bar dans le centre de Paris.
Dans le même temps, dans des quartiers moins bohèmes et plus chics, d’autres admirent ouvertement le personnage de Pinochet, et le félicitent d’avoir fait éviter au pays le « danger communiste » représenté par Salvador de Allende, grâce à son coup d’Etat. 38 000 personnes ont été torturées sous la dictature, 3 200 tuées ou portées disparues.
Je me souviens de mon premier jour à Santiago, le surlendemain de la mort de Pinochet, en décembre 2006. L’amie qui m’accueillait m’a montré une page entière de publicité parue la veille dans le journal le Mercurio intitulée  « GRACIAS PRESIDENTE », écrit en lettre capitales, et signée par plusieurs grandes familles chiliennes, les fameuses dont on parle souvent, qui à elles seules détiendraient le pays.
60 000 personnes sont venues rendre hommage à Pinochet et faire la queue sous un soleil de plomb pour aller voir son corps. Un individu qui avait fait sept heures de queue pour cracher sur le cercueil a été emprisonné.
Oui le Chili est au niveau politique bien plus conservateur et opus dei que l’Argentine, qui elle excelle en matière de droits de l’homme (nombreux procès de hauts membres de la dictature, annulation de la loi du Punto Final qui les absolvait, et plus récemment mariage pour tous – avant la France, sic- , ley de itendidad del genero etc). Oui l’Argentine aussi est un peu bananière dans son genre, avec son lot d’oligarques et sa haute bourgeoisie, mais elle est à la fois plus funky et ouverte d’esprit, y’a pas photo.

Le Chili en est à se demander si ce serait opportun de réduire ou de supprimer les frais de scolarités exorbitants et dissuasifs pratiqués par les universités PUBLIQUES. Depuis 2011 des centaines de manifestations ont eu lieu, la dernière il y a quelques jours, suivie par 50 000 / 80 000 étudiants
L’Argentine, elle, accueille à l’université publique de la UBA à Buenos Aires des milliers d’étudiants de toute l’Amérique du sud (Chili, Colombie…) venus étudier pour un prix très très abordable (pour les Argentins l’université publique est quasiment gratuite). Donc oui, l’Argentine et ses acquis sociaux font rêver de nombreux Chiliens. Et pas que ses acquis sociaux. Ses artistes, ses rockeurs (le rock chilien était interdit de diffusion pendant la dictature donc le rock argentin était béni), leur insouciance, leur confiance en eux et ce « je ne sais quoi »… Cet édito publié en mars 2013 dans je journal chilien La Tercera a d’ailleurs fait des vagues.

Les Chiliens eux peuvent reconnaître, toujours en comparaison avec leur voisin, que leur économie va plutôt bien, qu’ils n’ont pas une inflation annuelle de 30% depuis des années, qu’ils ont des infrastructures de transport impeccables (autoroutes et routes), des magasins mieux fournis, des produits importés bien moins chers, des compagnies aériennes concurentielles…, et une société beaucoup moins corrompue. Impossible par exemple de tendre un petit billet à un fonctionnaire pour arranger les choses.

Enfin, là où le Chili  met la raclée à l’Argentine, c’est en cuisine. Je dois avouer que j’en ai ma claque du régime argentin viande empanadas pizzas et quelques jours à Santiago à manger sauvagement me réconcilient avec la vie. Au Chili, il existe le concept sud-américain de menu pas cher pour déjeuner, chose qui a été oubliée en Argentine, où le menu consiste seulement en un plat et une boisson et si on a de la chance un café. Au Chili on a droit à une vrai entrée ou une soupe, un plat et un dessert pour des prix dérisoires dans les quartiers du centre. Pour le prix d’un coca on peut demander un jus naturel de fraise, mangue, maracuya (fruit de la passion). Les plats à base de poisson et fruits de mer sont un vrai luxe pour les papilles. La cuisine est variée, saine, traditionnelle. A goûter le pastel de Jaiba por Dios !!!
Le chocolat et même le cacao en poudre ne sont pas considérés comme des produits de luxe (comme en Argentine) et c’est tant mieux, comme ça j’en ramène 4 paquets à la fois.
Enfin, touche personnelle, Santiago est très bien fourni en restaurants péruviens et on peut manger un succulent ceviche péruvien comme si on était à Lima, et ça, ça n’a pas de prix.

Bon il se fait tard, mais revenant tout juste de Santiago, j’avais envie de coucher mes impressions sur la Toile tant qu’elles étaient encore fraîches.
Je finirai en chanson avec quelques uns de mes chanteurs chiliens préférés, Los Tres, Bloque Depresivo