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Rio Loco & noche loca avec mon ami Roberto

 

Bon Roberto tu m’excuseras, je pensais qu’au début d’appeler R. ou changer ton nom en Rodolfo ou Rodrigo, mais franchement, cela aurait manqué de saveur. Donc au diable l’anonymat.

Roberto je t’ai connu il y a des années de cela, sur la piste d’un bar salsa à Toulouse, bien avant de fouler le sol de ton pays. Tu étais chaud comme de la braise et je me suis dit « quel petit rigolo ce latino, qui drague en dansant la salsa ». Forcément, tu dénotais, mes autres cavaliers français étant plus concentrés sur leurs pas que sur la musique en elle-même ou sur le charme éventuel de leur partenaire. Non, tu n’étais pas le champion du monde de la salsa, mais tu avais le rythme, tu improvisais, et surtout,  tu te marrais. [Si des salseros me lisent ici, arrêtez de faire le concours du nombre de fois où vous nous faites tourner, sentez la musique, n’enchaînez pas comme des machines les pas que vous avez appris en cours !!! ]. En bonne française, j’ai pensé que tu abusais un peu quand même et je t’ai demandé d’où tu venais. « D’Argentine » m’as-tu répondu, en me dégainant ton regard de braise et ton sourire de winner. « Pauvres petites françaises qui doivent tomber comme des mouches » j’ai pensé ! Pour des raisons que l’on connait toi et moi, tu es toujours resté sage et « caballero », et j’ai pu devenir petit à petit ton amie. Puis par la suite, en m’installant à Buenos Aires, nous sommes devenus en quelque sorte des miroirs réfléchissants, chacun vivant dans la ville de l’autre. Je ne compte pas les conversations skype et séances de débriefing que nous avons eues sur nos expériences respectives, moi dans ton pays et toi dans le mien. Lors du Mundial de 2010, comme j’étais en France, c’est avec toi et tes compatriotes que j’ai regardé les matches d’Argentine car qui d’autre pouvait me faire sentir comme dans ton pays ? Qui d’autre pouvait aussi bien me comprendre lorsque je me plaignais des hommes argentins ? Et qui d’autre que moi pouvait mieux comprendre tes coups de gueule contre la vie à la française ? Je sais que tu me lis sur ce blog, attentivement, alors j’ai d’autant plus envie de te rendre hommage et de te remercier pour la leçon d’ArgentinAttitude que tu m’as donnée hier soir.

Comme je suis en ce moment en vacances en France, je n’ai pas voulu rater le festival toulousain de Rio Loco et le concert d’Oscar D Leon. On s’y est donc retrouvés. Je pensais naïvement qu’un mardi soir, une fois le show terminé, on rentrerait tranquillement chez toi, puisque tu m’hébergeais, et qu’on discuterait un peu avant de se coucher. Grave erreur. Erreur de débutante. J’ai pensé en bonne française, tu as agi en bon argentin. Et ici commence le récit de notre « noche loca » et des enseignements que j’en ai retirés.

Le concert terminé, vers 23h15, toutes les lumières se rallument sur la Prairie des Filtres. La 2ème partie de soirée commence. Nous passons une bonne heure encore près de la buvette. Nous sommes avec toute une ribambelle d’amies filles, des amies à toi, et des vrais amies j’entends. Une situation qui me semble irréelle car je te vois entouré de toute cette gent féminine et je pense que si nous avions été dans ton pays, tu aurais été entouré exclusivement de mâles. Une heure passe. Nous rejoignent tes deux amis cubains, et là, forcément, le vent commence à tourner. Nous traversons le pont Neuf, arrivons au bar du Filochard, et croisons ton copain J qui nous propose aussitôt d’aller chez lui, dans cet appartement familial dans lequel il vit encore le temps de le vendre. Tu m’expliques alors que tu rêves de connaître la maison de J, qui semble sortie tout droit d’un film de costumes.  Honnêtement, si cela ne tenait qu’à moi, j’irais bien me coucher mais la visite de la maison me tente quand même.

Troisième partie de soirée, 00h45, on rentre dans un hôtel particulier, comme seule Toulouse en recèle, une de ces demeures cachées par un grand portail de 3 tonnes, donnant sur une grande cour intérieure pavée. Au fond de la cour, un large hall d’entrée et un escalier de pierre, magistral. On monte au premier étage, J nous ouvre sa porte. Là nous accédons à la première d’une interminable série de pièces, trois mètres de hauteur sous plafond, fenêtres aux dimensions géantes, plancher en bois grinçant, meubles d’époque, miroirs, lustres et cheminées dans chaque pièce. Hallucination générale. On suit J dans cet enfilade de pièces jusqu’à arriver à la dernière, depuis laquelle il ouvre une porte-fenêtre et nous montre une grande terrasse. Rien que ça. On sort les vieux fauteuils du salon et on s’installe dehors, à la lumière de la lune et des éclairages de la ville. Nous faisons tous plus amples connaissance. Tes amis cubains artistes me racontent comment ils ont fini par sympathiser avec les flics qui sont venus x fois chez eux constater des tapages nocturnes. Ils m’expliquent qu’ils ne comprennent pas encore où et comment il est autorisé de faire la fête en France. Ils commencent ensuite à pousser la chansonnette, nous expliquent que ce sont des des chansons de « terrassa », que l’on chante entre amis à Cuba, quand on est dehors, en terrasse. Là-bas quelqu’un commence à chanter un air et les amis accompagnent, font les choeurs ou marquent le tempo avec les instruments ou les objets qu’ils ont sous la main. On les écoute, admiratifs. Je leur demande de chanter un air connu, et nous voilà tous partis sur « Dos gardenias para ti ».

Poésie totale, au clair de lune, ça ricane, ça chante et ça parle fort. On regarde les fenêtres voisines, dans la crainte de voir apparaître un ronchon, mais non, alors on continue. Je commence un peu à fatiguer.

Quatrième partie de soirée, 01h30, on décide de quitter l’appartement, pour revenir au bar du Filochard. Mais J nous explique qu’il a tout un tas de babioles intéressantes pour nous les filles, une boîte de bijoux de famille en toc, et que c’est libre service avant que les antiquaires ne vident tout. Commence alors avec les filles l’essayage de colliers à perles et strass, façon soirée déguisée, devant un miroir d’époque. Puis s’en suivent des séances photos et poses royales dans les fauteuils, manière d’immortaliser ce petit Versailles. C’est drôle, cela m’amuse un moment, mais je me languis de mon canapé lit, et je te le dis. Tu rigoles. Tu m’expliques que je pensais peut-être passer un mardi à la française, avec un argentin « françaisisé », mais que non, chassez le naturel il revient au galop. Ce soir « on passe une soirée à l’argentine », donc « tardive » (je sens déjà que je vais voir l’aube dans quelques heures), » irréelle, inattendue, et pleine de rebondissements ». Je commence à te haïr car je ne connais que trop bien les nuits argentines, et je râle ouvertement. Merde, on est mardi soir, j’ai sommeil quoi !

Cinquième partie de soirée, 02h00, on décolle finalement de l’hôtel particulier. Les diverses bières que tu as ingurgitées commencent à te faire effet, tu marches bras dessus bras dessous avec tes amis cubains, « tes frères ». Je sens que tu es parti pour faire la fête toute la nuit. Une de tes amies me propose gentiment de m’héberger, elle habite à deux pas de là, et j’entrevois mon rêve : un canapé ou un matelas où m’allonger. Je t’en parle et tu me dis que c’est niet, que ce soir c’est toi qui m’héberge, et tu me promets qu’on va y aller. Le ton monte, je pourrais dormir là tout de suite dans 5 minutes et tu pourrais continuer la fiesta. Mais non. Je capitule et accepte de te suivre. OK, on y va, sauf qu’il faut raccompagner avant une de tes amies jusqu’à chez elle. On retraverse le pont Neuf, on arrive à Saint Cyprien. Puis on cherche un vélib. Evidemment il n’en reste qu’un à la station la plus proche. Je te déteste. On marche jusqu’à la suivante. Je bous intérieurement. Alléluia, on en trouve finalement deux et nous voilà partis sur nos deux roues. Je veux mon lit.

Sixième partie de soirée, 02h30, retour en vélo. Tu t’enflammes et tu veux refaire le monde, ou du moins refaire Toulouse. En pédalant. Tu ne comprends pas qu’il n’y ait pas de taxis dans cette ville. En Argentine c’est tellement courant. Rien n’est fait pour permettre aux gens de sortir, de veiller. Maintenant on ne peut pas trop se plaindre, on a les Vélib, mais avant ? Pourquoi on ne laisse pas davantage de taxis en circulation. On réprime tout le temps l’esprit de la fête. Si on fait du bruit dans la rue, c’est un trouble à l’ordre public. Si on fait du bruit chez soi, c’est tapage nocturne. On ne peut pas parler fort, écouter de la musique, passée une certaine heure. On doit toujours faire attention, se réprimer. Pas étonnant que les français, quand ils vont à un concert, se contentent de hocher la tête quand en Amérique du Sud on saute partout. Moi je pédale et t’écoute, en mode ronchon. Alors tu me mets les points sur les i, gentiment, et à juste titre. – « Je suis chiante, je ne sais pas profiter d’une soirée exceptionnelle. » – « Cela fait des lustres qu’on ne s’est pas vus et je veux dormir à minuit sous prétexte qu’on est un mardi soir » – « N’ai-je pas passé une soirée pleine de surprises ? » – « N’ai-je pas rencontré des personnes étonnantes ? » – « Je suis une « hincha bola » (casse-bonbon) ». -« Je vais les avoir mes heures de sommeil, donc aucune raison de faire ma crise » Tout en pédalant, je me dis que tu as carrément raison et que sous prétexte d’être fatiguée je n’ai pas hésité à te transmettre ma mala onda, sans réaliser que nous passions de très bons moments. Aurais-je fais le même cinéma à Buenos Aires ? Est-ce possible de redevenir rigide en aussi peu de temps juste parce que je suis dans mon pays ? – « Oui tu as insisté pour que je dorme chez toi, parce que demain matin, on sera bien, on boira du maté ensemble ». P** je n’y avais même pas pensé à ça. Avec qui d’autre je peux partager un bon maté en France ? – « La vie c’est ça, c’est pas toujours prévisible, et heureusement. » J’avais eu tendance à l’oublier. On arrive chez toi, la station Vélib est pleine, donc impossible de laisser là nos vélos. J’en rigole maintenant. On pédale jusqu’à la suivante. Il en reste juste une et je mets mon vélo. Comme tu es galant, tu me dis qu’on va chez toi, comme ça Mamie Fanny pourra se reposer, et que tu ressortiras après chercher une place pour ton vélo.Royal.

Septième partie de soirée, 03h00. Je suis soulagée et heureuse d’être enfin sur ton canapé. On commence à tchatcher. De ton dernier chagrin de amor, de mes histoires. De Toulouse, de Buenos Aires. De vivre ici, de vivre là-bas, de revenir ici, de revenir là-bas. Comme cela était prévisible, les heures passent, il est 06h00, Toulouse s’éveille. On décide d’aller dormir, on reprendra la suite au réveil avec un maté.

Le jour suivant, mon programme toulousain est forcément modifié car on se réveille à midi. Vient le maté, vient le plat de pâtes, et la conversation continue, jusqu’à 15h00. On passe en revue mille et une histoires, de coeur évidemment. Car au final on est là pour ça non, parler de ce qui compte, vraiment, et de profiter de chaque instant, et surtout le présent. Muchas gracias Roberto !

Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

 
On a parlé des relations sentimentales en Argentine dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 4 juin 2014

Toi qui me lis je ne t’ai certainement jamais rencontrée. Mais bizarrement, c’est un peu comme si je te connaissais déjà. Tu as la vingtaine ou la trentaine, tu penses venir un temps en Argentine, à moins que tu ne sois déjà de ce côté-ci de l’Atlantique. Et le titre de ce billet t’a interpellée, forcément. Tu as pipauté à tes proches que tu partais destino Buenos Aires pour la beauté des paysages, parce que tu voulais voir les Andes, pour t’empiffrer de viande, pour apprendre le tango ou l’espagnol etc. Mouaaaaaais… PVT, Erasmus, stage, nouvelle vie, nouveau travail… Je connais toutes ces sornettes ! Moi je sais qu’en vrai un argentin a croisé ta route, en Europe ou par ici, et que tu viens vérifier sur place s’ils étaient tous aussi charmants ou si celui rencontré valait vraiment le déplacement. Tu vois, tu glousses déjà devant ton écran parce que j’ai raison. Je le savais. C’est pour ça que je te connais, parce qu’on est toutes passé par là, TOUTES.
 
Tu as déjà peut être lu ce billet sur Etre femme à Buenos Aires mode d’emploi. Ou pas, et dans ce cas je te recommande de commencer par là, manière d’avoir une première idée de la chose. Voici donc cette fois-ci un autre mode d’emploi, un de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques. Lorsque je parle de “mode d’emploi” je pèse mes mots car oui, plus que sur un autre hémisphère, nous les femmes sommes vraiment sur une autre planète en Argentine. Quant aux relations avec le sexe opposé, nous sommes directement sur Mars. Et lorsque je cause de « survie sentimentale », je m’adresse aux âmes romantiques qui me lisent ici et qui sont malmenées sous cette latitude. Alors oublie ce que tu as vu et connu avant, efface ton disque dur et redémarre. Bienvenida en Argentina nena !
 
Règle numéro 1 : tu profiteras
Peu importe le temps que tu passeras ici, prend le comme une expérience sociologique enrichissante. Profite de ce rapport très étrange que tu entretiendras avec tous les hommes ici, ton voisin, ton patron, cet inconnu qui te reluque au fond du bar, ou ton amoureux. Je ne te demande pas non plus d’adorer les remarques salaces que tu pourras entendre dans la rue, ni de cautionner certaines attitudes bien machistes.  Non, prend juste le positif, les caresses à l’égo quand on te complimente, la galanterie, l’effusion et la démonstration sans pudeur des sentiments, la buena onda  avec laquelle on t’écoute ou on te reçoit, juste parce que tu as des seins et de bonnes fesses tu as lancé un sourire. Tu ne vas pas transformer la société argentine tu penses bien, donc adapte toi à elle et à ce qu’elle a de meilleur. La fascination que l’on engendre sur les mâles autochtones est quand même bien kiffante, avouons-le et assumons-le. Souviens-toi que dans ton pays d’origine c’est pas la même chanson alors enjoy.
 
Règle numéro 2 : les beaux gosses n’auront pas d’emprise sur toi
Pas facile tout ça car l’Argentine est une usine à beaux gosses. D’où ce paragraphe à part entière consacré à ce sujet. J’ignore si c’est le maté, le boeuf, les orignes italiennes. Mon dernier séjour en Italie me fait penser que la généalogie y est quand même pour quelque chose (por Diosssss !). Par ici les hommes comme les femmes sont très bien pourvus par Dame Nature, dixit les étrangers qui débarquent ici en vacances et ne sont pas habitués à ce choc visuel. Je ne compte pas les fois où j’ai entendu de la part de copines venues en visite “je comprends pourquoi tu vis ici”…
Donc oui, pour nous les femmes, le mix tête d’argentin + cheveux un peu longs + art de la séduction manié en maître + accent porteño + option guitariste (ils le sont presque tous ici) + le « tomas maté ? » dit bien droit dans les yeux, ben, oui, on craque. Mais j’ai une bonne nouvelle les meufs, des comme ça il y en a partout, ça pullule même ! Donc un beau gosse de perdu, 10 de retrouvés.
 
 
Règle numéro 3 : pas d’enflammade, pas d’énervement
Sois consciente que ce petit pouvoir que tu as ici, TOUTES tes congénères l’ont aussi. Ta collègue, ta coloc, ton amie, ta petite soeur et ta mère aussi. Donc on reste sur Terre. Je sais c’est dur, surtout lorsqu’on est habitué sur notre hémisphère à se sentir transparente. Ici le compliment, le “chamuyo” comme on dit ici et tout le jeu de séduction arrive très vite (et pas au bout de 3 ans, private joke avec celui qui se reconnaîtra), et surtout avec TOUTES, capito ?  Le “que linda que sos” parce que tu as eu la bonne idée de porter une robe courte, la prochaine le recevra aussi pour son décolleté. Tu n’as pas fini de sortir de la pièce que déjà les regards se portent sur la blonde qui arrive. Ici la drague est un sport national, rien de moins, et c’est l’illustration d’un besoin viscéral de séduire, toi, ta copine, ta soeur et ta mère et toutes à la fois si possible. Je séduis donc je suis. L’argentin t’embrouille le cerveau en moins de deux avec cette équation fatale : physique de winner dont on a déjà parlé plus haut + tchatche + art de te faire sentir unique et spéciale… Attention reste zen pour ne pas y perdre trop de plumes, je t’aurais prévenue. Je me suis amusée un jour à accompagner un ami argentin dans son quartier, et je me suis rendu compte qu’il adressait une blague, un compliment ou un mot gentil à toutes les femmes qu’il croisait: à la caissière du supermarché, à la nana du pressing et à sa boulangère. Comme ça, pour le fun. Autant te dire que la même boulangère en France elle n’en dort pas de la nuit. Ici c’est normal, cela fait partie des règles de la politesse.

Je te conseille aussi de ne pas t’offusquer lorsque tu recevras des texto à 3h du matin, de type « en que andas ? » ou « durmiendo? ». Non vraiment, ne le prend pas personnellement, cela n’a rien à voir avec l’image que tu peux renvoyer, sinon avec l’opportunité que tu représentes pour lui de passer la fin de la nuit au chaud. Comprend-le, le mâle argentin souffre souvent de crises de solitude aiguës au moment de rentrer se coucher, et il en appelle à ton hospitalité et à ton bon coeur.
De même, ne pense pas qu’il te prend pour une boluda lorsqu’il te propose au 1er/2ème rencard de venir boire un maté/regarder un film/dîner/manger de la glace CHEZ LUI. Non vraiment, cela n’a rien à voir avec ce que tu penses, c’est juste une preuve d’hospitalité et de son sens de l’accueil envers toi, pauvre petite étrangère sans famille que tu es. 
Il faut avoir vu une fois dans sa vie le naturel avec lequel l’argentin arrive à te placer une invitation à aller chez lui, là tout de suite maintenant, quand tu ne t’y attends pas. Je me souviens particulièrement d’un dîner au restaurant, suivi de la traditionnelle glace (que l’on va toujours manger chez un glacier), et de la question au moment où je choisissais les parfums: « la glace on la mange ici ou on l’emporte ? » Un maestro celui-là !
 
Règle numéro 4 : apprend à “histeriquear”
Tout d’abord, petite définition. Tu te rendras compte rapidement en écoutant les argentin/es que le premier mot qui leur vient à la bouche lorsqu’ils doivent se plaindre du sexe opposé est “es un/a histerico/a”, d’où le verbe “histeriquear”. Quesako ? C’est un jeu bien rôdé auquel réellement seuls les argentins et argentines savent bien jouer. Mais ça vaut quand même la peine d’essayer et de passer le niveau 1. Etre “histerico/a” est un mal dont tout le monde s’accuse, parce que Fulano t’aime bien mais n’est pas non plus transi pour toi, parce que Fulana ne veut pas s’allonger le premier soir.
Illustrations concrètes:
– Tu es un homme et invite Mariana à sortir, vous faites un resto, échangez quelques besos mais elle te dit qu’elle va rentrer dormir chez elle et tu retrouve planté là comme un boludo -> es una histerica (de mierda)
– Juanito te court après, il a dépassé le stade des compliments, il s’intéresse à toi visiblement, mais ne prend pas forcément d’initiative -> Te esta histeriqueando, à toi et à d’autres aussi certainement.
– Marcos t’envoie souvent des messages, tu lui réponds puis il ne te dit plus rien pendant 4h ou 4 jours ->Te esta histeriqueando. Il te répondra d’ailleurs sûrement après “perdon, me colgue”. (celle-là prépare-toi ils vont te la sortir à tous les coups). A noter que la technique du message non-répondu est également bien maîtrisée par les nanas (mea culpa).
– Tu passes avec Diego une soirée/nuit exceptionnelle puis il ne te donne plus aucune nouvelle, et réapparaît enfin, enthousiaste comme au premier jour (il peut se passer 2 semaines). ->Te esta histeriqueando, avec option “submarino”. C’est à dire je fais le sous-marin entre chaque rencard, j’apparais, je disparais, j’apparais, je disparais….C’est un grand classique.
Et même dans le cas où Nacho ou Paola t’ait retourné le cerveau, tu laisseras passer un délai légal de plusieurs jours avant de réapparaître, manière de montrer que tu es un/e dur/e à cuire. Feindre l’indifférence, c’est un art. Quand on vient d’ailleurs on peut voir ça comme un jeu puéril et pas très productif, mais ici ça les rend dingues de 7 à 77 ans, c’est comme ça.
Un ami au Brésil m’a fait remarquer qu’il est facile de reconnaître la nationalité d’un groupe de filles sur la plage. Si elles sourient et regardent autour d’elles, ce sont des brésiliennes, si elles se regardent entre elles et ne lancent aucun regard à personne ce sont des argentines. CQFD
La solution pour les victimes ? Faire pareil. Prétendre que ton coeur est solide comme le granit et qu’il ne te fait pas plus d’effet qu’une goutte d’eau tombant dans les chutes d’Iguazu. Ce n’est pas Tatie Fanny qui le dit, même dans la pub ça marche comme ça
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Oui même les soldes peuvent être « histericos ». Comprenne qui pourra…
 
 
Règle numéro 5 : déchiffre le vocabulaire*
« Vamos hablando » = éventuellement je te rappellerai un soir à 4 h du mat
« Te voy avisando » = c’était sympa, mais jamais plus tu n’auras de mes nouvelles
« Se me complico » = oublie moi
« No soy el tipico argentino chamuyero » = Je sais mieux cacher mon jeu que les autres et tu t’en rendras compte avec le temps
« Hola linda ! » = Hola

« Hola linda ! como te extrane ! » = Hola
« Hola linda ! te queda divino este vestido » = Hola, te quiero dar
« Hola ! de donde sos ? » = Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
« Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento » = Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
« Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? » = Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
« Y te gusta Argentina ? » = S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
« Y que te gusta de Argentina ? » Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
« Te tratan bien ? » = Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ? 
(Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)

*Ici un grand gracias a MdB pour sa contribution 

 
 
Règle numéro 6: distinguer “salir” et “estar de novio”
Tu sors avec un argentin depuis quelques semaines ou quelques mois, la pasas bomba, il t’appelle, te propose des sorties, il connaît peut-être certains de tes copains (mais toi bizzarement tu ne connais pas les siens). Il te dit “te quiero mucho”, mais, petit détail qui a toute son importance, vous n’avez jamais parlé d’être “novio”. Tu n’es pas au bout du tunnel ma fille !  Tu veux savoir ce que tu es pour lui sur une échelle de 0 à 5 ? 1.5. C’est injuste et cruel mais c’est la triste réalité. Tu pensais bêtement que vous “étiez ensemble”? Non, tu n’es qu’avec toi-même, sorry.

Illustrations concrètes:

– Tu ne t’étonneras pas que Fulano que tu as invité à domicile t’annonce en pleine nuit qu’il va rentrer dormir chez lui parce que il préfère dormir seul, ou qu’il dort mal quand il dort avec quelqu’un.
– Pire dans le genre, et summum de la goujaterie et de l’hijo-de-puta-attitude (on sent le vécu là), le coup de l’argentin qui te propose gentiment en pleine nuit de t’appeler un taxi pour rentrer chez toi, alors que tu es déjà chez lui. Sic.
On couche avec une chica mais on dort avec la novia, tu comprends la nuance ?
Il va de soi qu’aucun argentin n’apprécierait que leur soeur soit traitée de la sorte mais c’est étrangement une pensée qui ne leur vient pas à l’esprit à l’instant T.
Avoir un rencard avec un/e argentin/e pendant plusieurs semaines ou quelques mois n’implique aucune continuité ni aucune exclusivité. On est en plein dans le cadre de la “date” à l’anglo-saxonne. C’est à dire que tu “sors” avec l’autre personne jusqu’au moment où tu refranchis ton pallier. Ensuite libre à toi la nuit suivante de t’attaquer au voisin, à la collègue, tu ne dois rien à personne. Cela change seulement à partir du moment où tu passes du stade “chica con quien esta saliendo” à celui de “novia”. Cela s’officialise dans une conversation et là oui il y a exclusivité. Pas avant. Tu étais donc jusqu’alors dans une relation polygame sans le savoir, c’est ça qui est bon !
Illustration : si un jour, alors que tu passes déjà toutes tes nuits avec lui depuis un bail, et que tu as même un petit sac d’affaires installé dans son placard, et qu’il te demande pompeusement d’être sa novia, n’explose pas de rire (ne fais pas comme moi, ça tue un peu le romantisme). Prend ta respiration, pense que pour lui c’est un énorme pas en avant et répond lui comme dans les télénovelas “si mi amor”. Ne fais pas ta relou, ne commence pas à psychoter, ne réfléchis pas au fait que jusqu’alors, si tu n’étais pas encore la novia, il t’a certainementpeut-être fréquentée en même temps que d’autres. Tu pensais naïvement que tu “étais/sortais avec lui” depuis des lustres. Que nenni,votre histoire vient tout juste de commencer. Bienvenida en Argentina nena.
 

 
Règle numéro 7 : accepte ta vie de “novia”
Tu as donc suivi tous mes conseils, tu as décidé de profiter de ton séjour en Argentine, tu es restée digne face aux bombonazos, tu ne t’es pas enflammée inutilement, tu as joué à l’histerica, tu as commencé à sortir avec Martin et maintenant vous êtes novios, buenisimo. Tu pensais peut-être avoir décroché le jackpot mais tu n’y es pas encore. Car maintenant aussi le choc culturel se fait sentir. Le statut de novia est pris très au sérieux en général. Toi européenne tu noteras même une certaine notion de « couple à l’ancienne », ton novio te consultera pour des décisions là où un français serait plus indépendant. Il te proposera de t’accompagner partout quand toi, femme indépendante que tu es, tu n’aurais même pas songé à le lui demander. ll paiera les additions plus souvent qu’à son tour, il considère que c’est son rôle de mâle. Certains au début de la relation ne tolèrent pas que tu sortes le porte-feuille, c’est clair et net. Présentation à la famille, aux amis.Tu vas être invitée aux asados familiaux et amicaux le dimanche et tout ça. Tu vas alors découvrir le monde des novias, des femmes qui restent entre elles et préparent la ensalada mixta pendant que les hommes boivent de la Quilmes entre eux autour de la parilla. Tu vas te rendre compte qu’il existe tout un tas de règles pré-établies et que ce n’est pas toi l’étrangère qui va les révolutionner. Le Porteño a souvent son emploi du temps réglé comme du papier à musique. Ton novio t’expliquera que tous les jeudi soirs il a un repas avec ses amis du foot/quartier/fac et que les novias ne sont pas invitées. Pas parce que c’est une soirée de mecs ce soir-là. Non, elles ne le sont jamais. Welcome dans la société compartimentée. Tu organiseras alors des soirées de filles avec des copines et tu perdras alors petit à petit tout contact avec les hommes qui n’appartiennent pas au cercle novio, frères et amis du novio et novio de tes copines.

Ici tu n’as pas d’ami(e) du sexe opposé car la seule option de relation envisagée est « tinderisée » : le das o no le das, il/elle te plaît ou il/elle ne te fait aucun effet et tu continues ton chemin. L’amitié homme/femme est très compliquée partout sur la planète mais ici elle est quasiment mission impossible, pas comprise comme chez nous et rarement valorisée. Quand tu es célibataire, tu sors et tu fréquentes la gent masculine. Tu peux rencontrer des chicos simpaticos, avoir des conversations intéressantes même si la séduction est toujours sous-jacente. Mais quand tu es de novia, ton monde se rétrécit soudainement. Un novio pourra voir d’un mauvais œil que tu lui parles d’ami du sexe masculin, surtout si l’ami en question est argentin. Lui-même n’aura peut-être aucune amie fille, hormis sa cousine. C’est pas de la mauvaise volonté, mais comment pourrait-il te comprendre ? Il pourra suspecter ton « ami » d’avoir déjà tenté de te séduire ou de vouloir le faire dès qu’il aura le dos tourné. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace… La solution, parler beaucoup et parler encore, sans garantie que ça marche, et tenter de décaper un peu les stéréotypes. Pas facile, mais j’en ai vu chez qui ça marchait !

 
NB: Pour devancer les futures remarques de celles et ceux qui me diront que j’exagère, qu’il existe des argentins “différents”, qu’ils ne sont pas tous “comme ça” etc, je répondrai que je vis à Buenos Aires depuis 5 ans, avec tout ce que cela sous-entend de kleenex que j’ai pu user moi-même ou tendre à mes copines lorsqu’elles me racontaient leurs histoires (copines argentines et étrangères, même combat). Je prétends donc en connaître un rayon. Mon étude n’est qu’empirique, je l’assume. Maintenant j’attends vos témoignages avec impatience !

PS 1 : je conseille sur le même sujet l’excellent témoignage de Maeva JOSSE que j’ai découvert après avoir écrit mon billet
http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

PS 2 : à celles et ceux que l’espoir a abandonné et songent à se faire curé/soeur, il existe une alternative testée et approuvée personnellement que je recommande de tout <3 

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Mundial 2014 – Ambiance foot à fond les ballons #vamosArgentina !

Beaucoup d’humour, du sentimentalisme toujours, de l’amitié, la famille, les belles femmes, de l’orgueil, du patriotisme, de la vantardise, parfois un zeste de machisme, voici un mix assumé par les grandes marques argentines dans leurs publicités.

Comme j’en ai déjà parlé sur le blog, je suis une grande fan et je ne me lasse pas d’en regarder certaines, encore et encore. Ces pubs reflètent bien le pays, les Argentins et leur créativité, leur humour, leur gouaille, leurs expressions et leur langage imagé.

Le Mundial c’est évidemment l’événement à ne pas manquer pour les publicistes.Voici une sélection de celles déjà sorties pour motiver les foules à J-quelques semaines du Mundial

Voir ici pour celles d’il y a 4 ans à l’occasion du Mundial 2010

 


 

 

Voici unbestof des meilleurs spots de pub sur l’équipe de foot argentine

Darin le retour

Après une première photo il y a quelques mois… Aujourd’hui le revoici dans le restaurant où je déjeunais ! J’avoue que je fais un peu une fixation sur ce Monsieur, ces dames me comprendront. Je l’ai croisé 4 fois dans mon quartier, pour la 2ème fois j’ai réussi à demander une photo, enfin plus exactement la personne qui m’accompagnait a demandé une photo pour moi.

Cette fois-ci, je me suis sentie complètement impressionnée quand Ricardo m’a fait signe de m’approcher et de prendre une photo avec lui. Je ne sais même plus si je lui ai fait la bise ou non, si je lui ai parlé ou non.

En revanche je me souviens parfaitement de me rendre compte, lorsque j’ai voulu enclencher l’appareil photo depuis mon téléphone portable et que Ricardo était exactement contre moi, que sur ce même téléphone j’avais notre première photo en fond d’écran… Ou comment j’ai failli avoir la honte de ma vie s’il s’en était aperçu. Je pense que même sa femme, qui était à côté, ne pousse pas le romantisme jusque là. Moi si.

J’ai donc très vite donné mon téléphone à quelqu’un, j’ignore encore qui, j’ai souri comme une gamine à côté de Mickey, brouillard total, j’ai remercié, je crois, suis revenue à ma table et j’ai demandé à mon compagnon de déjeuner si on pouvait sortir. J’avais les joues en feu et besoin d’air frais.

Alors voilà, il fallait que je partage cette 2ème photo…juste pour me faire des ennemies 🙂

Je compte d’ailleurs en faire une série. On parie que j’aurai une 3ème photo avec lui très bientôt  ?

Me encanto !

Un jour une copine t’envoie un message pour te dire que tu apparais dans une vidéo réalisée par la Mairie de Buenos Aires en 2012 sur leur festival de Tango.

– option nº1 : Tu es la reine de la milonga, et tu danses tellement bien le tango que tu t’es fait filmer > impossible
– option nº2 : Ta copine prend des substances étranges > option écartée, elle ne boit que du maté
– option nº3 : Tu as un sosie dans la ville > Why not ?

 En fait non, c’est bien toi, sortant d’un spectacle dont tu ne te souviens même plus et tu deviens célèbre en seulement 2 mots « me encanto », à la 1mn15