Archives du mot-clé best of

De l’importance du feu pour un Argentin (et d’être autorisé à en faire en pays étranger)

brasas

Mon ami argentin Roberto vit en France à Toulouse depuis une dizaine d’années. La faute à un voyage organisé avec ses amis de Buenos Aires pour aller voir la Coupe du Monde 98 en France. La faute à une française rencontrée à Toulouse. La faute à l’amour, le voilà depuis Toulousain et papa.

Il est plutôt heureux en France mais par moment il a le spleen. Il me raconte qu’il y a des choses qui ne passent pas. Notre esprit parfois trop étriqué, le trop de cases, d’étiquettes, de règles, de routes à suivre déjà toutes tracées. Parfois il voudrait juste suivre sa propre voie, aller dans la même direction que les autres mais emprunter un sentier parallèle. Malheureusement ce n’est pas trop possible.

Une chose toute simple qui le rend heureux, c’est faire un feu sur sa terrasse. Pas mettre le feu, non, faire un feu, nuance, avec ou sans viande par-dessus d’ailleurs. Son bonheur tient à peu de choses finalement : quelques planches, des branches mortes, des cageots et éventuellement des feuilles de papier journal pour que ça prenne plus vite.

En Argentine le feu remplit différentes fonctions:

  • faire un asado et donc faire griller la viande de bœuf. C’est l’usage le plus connu. Capital pour un argentin un dimanche pour déjeuner, en Argentine et où qu’il soit dans le monde.
  • se réchauffer à l’extérieur par temps de froid. Idéal, romantique, efficace, authentique. Le feu peut se faire bien sûr aussi à l’intérieur d’une maison dans une cheminée mais en Argentine j’en ai surtout vu à l’extérieur
  • parfumer. L’uruguayen qui fait battre mon cœur (et partage comme tous ses compatriotes beaucoup de coutumes argentines) laisse parfois ses habits près du feu pour qu’ils en prennent l’odeur. Sic.
  • crâner. Le même, à la fin de l’asado, aime également mettre la graisse de la viande sur les flammes -> la fumée et l’odeur de grillade deviennent alors encore plus fortes -> on s’assure ainsi que les voisins ont bien compris qu’il y avait un asado chez nous -> fierté de l’asador
    NB : ASADOR : terme qui désigne celui qui fait l’asado. Peut être une féminin, ma copine aux nouvaux seins est d’ailleurs une asador de puta madre mais c’est plus rare. On a l’habitude d’applaudir l’asador en début ou fin de repas en guise de remerciement « un aplauso para el asador »)
  • le plaisir

Le feu pour le PLAISIR

Ce dernier usage, si vous n’avez pas eu la chance comme moi d’être Scout (Eclaireuses de France pour être précise ie scoutisme laïc), peut sembler étrange, voire inutile, mais je vais tenter de vous expliquer le concept. Faire un feu est synonyme de fête, c’est le compagnon idéal pour célébrer le moment présent, communier avec la nature. Le feu apaise ceux qui le regardent, il les écoute, leur répond et les console avec le spectacle de ses flammes. Il se suffit à lui-même et ne nécessite pas de bande-sonore autre que des voix ou un grattement de guitare. Moi je l’aime silencieux, en fin de soirée, en petit comité.

Parfois le feu remplit plusieurs fonctions à la fois. On entretiendra les braises de l’asado pour se réchauffer après manger. Ou le feu nous réchauffe d’abord avant de devenir ensuite l’élément central de la fiesta. Je me souviens d’un nouvel an en Patagonie à Villa La Angostura près de Bariloche. Nous avions une magnifique maison pour rester au chaud mais durant toute la soirée, les conversations, les rires et les danses se sont finalement déroulés autour du feu, en manteau.

Ma théorie du feu 

J’ai souvent observé mes compagnons de feu argentins avec attendrissement. De tous les feux auxquels j’ai assistés, j’en ai déduit une théorie. L’argentin, surtout celui de province qui n’a pas grandi en appartement, entretient avec la nature un rapport différent de celui que nous avons en France. L’argentin vit dans un pays grand comme 5 fois le notre mais avec moitié-moins de population. Il a l’habitude des grands espaces, des no man’s land, des forêts, des lacs, des champs, des plaines, des collines et des montagnes A PERTE DE VUE. La nature est omniprésente, moins domptée, moins clôturée. Au cours de sa vie, l’argentin traverse les grands espaces de son pays durant des dizaines d’heures en bus ou en voiture.  Il ressent une sensation de vide, de liberté totale, loin de toute organisation, civilisation, ordre établi ou panneau d’interdiction. Quoi de mieux pour faire un feu ? De l’espace, de la liberté, de la convivialité… un cocktail difficilement imaginable pour nous, pauvre hexagonaux que nous sommes.

Le feu pour l’ASADO

En Argentine, le feu de l’asado est tout terrain. Dans la traditionnelle parilla (barbecue construit en dur) au fond du jardin, de la cour ou sur les toits des immeubles. Ou bien dans une parilla mobile (portative), ou bien dans un lieu improvisé, comme la rue (j’ai vu maintes dois des asados préparés sur les trottoirs à Buenos Aires), ou bien sur  un lopin de terre dans un jardin.

DSCN0491
Parilla dans la rue
DSC03550
Parilla personnelle avec des braises en dessous dans un restaurant, pour que la viande reste chaude
IMG_0838
Taille astronomique d’un bife de chorizo

On notera également la créativité extrême de l’Argentin pour fabriquer une parilla en moins de deux : 2 briques, une grille récupérée d’un vieux four, et l’affaire est dans le sac. Toute fascination féminine face à la dextérité du mâle allumant un feu est évidemment hors contexte ici, mais elle est toutefois indéniable, j’en conviens.

IMG_1563
Mon copain Alejandro utilisant un sèche-cheveux pour raviver le feu de l’asado, dans la parilla de son immeuble. Toujours créatifs les Argentins…

L’asado se fait avec des braises un point c’est tout. Il va sans dire que l’Argentin n’utilisera pas de barbecue électrique, sinon sous la torture, car c’est contraire à sa religion. Ne parlons même pas d’essence, ça c’est pour nous, sauvages européens. Non, l’argentin sait faire un feu dans les règles de l’art, c’est comme ça.

L’asado se fait dans les restaurants qui servent de la viande, les parillas (qui ont le même nom des barbecue construits en dur, pour ceux qui suivent). Midi et soir. Chez soi, midi (version famille le week-end) et soir (version festif entre amis n’importe quel jour de la la semaine). D’où cette odeur de braises permanente et unique, si caractéristique de Buenos Aires et dont je parle dans ce billet : Les bruits et les odeurs de Buenos Aires

L’argentin qui se respecte aura l’impérieuse nécessité de faire brûler un feu une fois par semaine. Chose on ne peut plus banale en Argentine comme on l’a vu, mais très difficile en France pour qui n’a pas de jardin. Roberto, du coup, avec son appart en rez-de-jardin dans sa copropriété proprette toulousaine, ben il est dans la mouïse. A chaque asado qu’il improvise sur sa terrasse avec sa parilla faite maison, un voisin grognon se plaint. Il laisse des mots de réprimande qu’il affiche dans les espaces communs de l’immeuble. Parce que vous comprenez, c’est INTERDIT, et l’odeur de la fumée le dérange.

1396917_10203827175031486_6188249329168464603_o

Récemment le voisin s’est vraiment fâché et a même commencé à faire du porte à porte pour monter les autres voisins contre Roberto. Evidemment, si un quidam faisait un barbecue dans son jardin de l’autre côté de la rue, le voisin devrait la boucler car la fumée et les odeurs de grillade n’ont pas de frontière, pas plus que la bêtise humaine. Mais Roberto, lui, a la malchance de faire son feu dans le mauvais pays, du mauvais côté de la rue, là où il  interdit de se faire plaisir.

Pour démontrer sa buena onda et tenter se convertir ses voisin en Argentins, Roberto a écrit ce message. L’#ArgentinAttitude ne pourrait pas mieux se résumer, non ?

ps : Promis, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de la suite des événements dans la copropriété de Roberto.

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

IMG_4596

Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

 
On a parlé des relations sentimentales en Argentine dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 4 juin 2014

Toi qui me lis je ne t’ai certainement jamais rencontrée. Mais bizarrement, c’est un peu comme si je te connaissais déjà. Tu as la vingtaine ou la trentaine, tu penses venir un temps en Argentine, à moins que tu ne sois déjà de ce côté-ci de l’Atlantique. Et le titre de ce billet t’a interpellée, forcément. Tu as pipauté à tes proches que tu partais destino Buenos Aires pour la beauté des paysages, parce que tu voulais voir les Andes, pour t’empiffrer de viande, pour apprendre le tango ou l’espagnol etc. Mouaaaaaais… PVT, Erasmus, stage, nouvelle vie, nouveau travail… Je connais toutes ces sornettes ! Moi je sais qu’en vrai un argentin a croisé ta route, en Europe ou par ici, et que tu viens vérifier sur place s’ils étaient tous aussi charmants ou si celui rencontré valait vraiment le déplacement. Tu vois, tu glousses déjà devant ton écran parce que j’ai raison. Je le savais. C’est pour ça que je te connais, parce qu’on est toutes passé par là, TOUTES.
 
Tu as déjà peut être lu ce billet sur Etre femme à Buenos Aires mode d’emploi. Ou pas, et dans ce cas je te recommande de commencer par là, manière d’avoir une première idée de la chose. Voici donc cette fois-ci un autre mode d’emploi, un de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques. Lorsque je parle de “mode d’emploi” je pèse mes mots car oui, plus que sur un autre hémisphère, nous les femmes sommes vraiment sur une autre planète en Argentine. Quant aux relations avec le sexe opposé, nous sommes directement sur Mars. Et lorsque je cause de « survie sentimentale », je m’adresse aux âmes romantiques qui me lisent ici et qui sont malmenées sous cette latitude. Alors oublie ce que tu as vu et connu avant, efface ton disque dur et redémarre. Bienvenida en Argentina nena !
 
Règle numéro 1 : tu profiteras
Peu importe le temps que tu passeras ici, prend le comme une expérience sociologique enrichissante. Profite de ce rapport très étrange que tu entretiendras avec tous les hommes ici, ton voisin, ton patron, cet inconnu qui te reluque au fond du bar, ou ton amoureux. Je ne te demande pas non plus d’adorer les remarques salaces que tu pourras entendre dans la rue, ni de cautionner certaines attitudes bien machistes.  Non, prend juste le positif, les caresses à l’égo quand on te complimente, la galanterie, l’effusion et la démonstration sans pudeur des sentiments, la buena onda  avec laquelle on t’écoute ou on te reçoit, juste parce que tu as des seins et de bonnes fesses tu as lancé un sourire. Tu ne vas pas transformer la société argentine tu penses bien, donc adapte toi à elle et à ce qu’elle a de meilleur. La fascination que l’on engendre sur les mâles autochtones est quand même bien kiffante, avouons-le et assumons-le. Souviens-toi que dans ton pays d’origine c’est pas la même chanson alors enjoy.
 
Règle numéro 2 : les beaux gosses n’auront pas d’emprise sur toi
Pas facile tout ça car l’Argentine est une usine à beaux gosses. D’où ce paragraphe à part entière consacré à ce sujet. J’ignore si c’est le maté, le boeuf, les orignes italiennes. Mon dernier séjour en Italie me fait penser que la généalogie y est quand même pour quelque chose (por Diosssss !). Par ici les hommes comme les femmes sont très bien pourvus par Dame Nature, dixit les étrangers qui débarquent ici en vacances et ne sont pas habitués à ce choc visuel. Je ne compte pas les fois où j’ai entendu de la part de copines venues en visite “je comprends pourquoi tu vis ici”…
Donc oui, pour nous les femmes, le mix tête d’argentin + cheveux un peu longs + art de la séduction manié en maître + accent porteño + option guitariste (ils le sont presque tous ici) + le « tomas maté ? » dit bien droit dans les yeux, ben, oui, on craque. Mais j’ai une bonne nouvelle les meufs, des comme ça il y en a partout, ça pullule même ! Donc un beau gosse de perdu, 10 de retrouvés.
 
 
Règle numéro 3 : pas d’enflammade, pas d’énervement
Sois consciente que ce petit pouvoir que tu as ici, TOUTES tes congénères l’ont aussi. Ta collègue, ta coloc, ton amie, ta petite soeur et ta mère aussi. Donc on reste sur Terre. Je sais c’est dur, surtout lorsqu’on est habitué sur notre hémisphère à se sentir transparente. Ici le compliment, le “chamuyo” comme on dit ici et tout le jeu de séduction arrive très vite (et pas au bout de 3 ans, private joke avec celui qui se reconnaîtra), et surtout avec TOUTES, capito ?  Le “que linda que sos” parce que tu as eu la bonne idée de porter une robe courte, la prochaine le recevra aussi pour son décolleté. Tu n’as pas fini de sortir de la pièce que déjà les regards se portent sur la blonde qui arrive. Ici la drague est un sport national, rien de moins, et c’est l’illustration d’un besoin viscéral de séduire, toi, ta copine, ta soeur et ta mère et toutes à la fois si possible. Je séduis donc je suis. L’argentin t’embrouille le cerveau en moins de deux avec cette équation fatale : physique de winner dont on a déjà parlé plus haut + tchatche + art de te faire sentir unique et spéciale… Attention reste zen pour ne pas y perdre trop de plumes, je t’aurais prévenue. Je me suis amusée un jour à accompagner un ami argentin dans son quartier, et je me suis rendu compte qu’il adressait une blague, un compliment ou un mot gentil à toutes les femmes qu’il croisait: à la caissière du supermarché, à la nana du pressing et à sa boulangère. Comme ça, pour le fun. Autant te dire que la même boulangère en France elle n’en dort pas de la nuit. Ici c’est normal, cela fait partie des règles de la politesse.

Je te conseille aussi de ne pas t’offusquer lorsque tu recevras des texto à 3h du matin, de type « en que andas ? » ou « durmiendo? ». Non vraiment, ne le prend pas personnellement, cela n’a rien à voir avec l’image que tu peux renvoyer, sinon avec l’opportunité que tu représentes pour lui de passer la fin de la nuit au chaud. Comprend-le, le mâle argentin souffre souvent de crises de solitude aiguës au moment de rentrer se coucher, et il en appelle à ton hospitalité et à ton bon coeur.
De même, ne pense pas qu’il te prend pour une boluda lorsqu’il te propose au 1er/2ème rencard de venir boire un maté/regarder un film/dîner/manger de la glace CHEZ LUI. Non vraiment, cela n’a rien à voir avec ce que tu penses, c’est juste une preuve d’hospitalité et de son sens de l’accueil envers toi, pauvre petite étrangère sans famille que tu es. 
Il faut avoir vu une fois dans sa vie le naturel avec lequel l’argentin arrive à te placer une invitation à aller chez lui, là tout de suite maintenant, quand tu ne t’y attends pas. Je me souviens particulièrement d’un dîner au restaurant, suivi de la traditionnelle glace (que l’on va toujours manger chez un glacier), et de la question au moment où je choisissais les parfums: « la glace on la mange ici ou on l’emporte ? » Un maestro celui-là !
 
Règle numéro 4 : apprend à “histeriquear”
Tout d’abord, petite définition. Tu te rendras compte rapidement en écoutant les argentin/es que le premier mot qui leur vient à la bouche lorsqu’ils doivent se plaindre du sexe opposé est “es un/a histerico/a”, d’où le verbe “histeriquear”. Quesako ? C’est un jeu bien rôdé auquel réellement seuls les argentins et argentines savent bien jouer. Mais ça vaut quand même la peine d’essayer et de passer le niveau 1. Etre “histerico/a” est un mal dont tout le monde s’accuse, parce que Fulano t’aime bien mais n’est pas non plus transi pour toi, parce que Fulana ne veut pas s’allonger le premier soir.
Illustrations concrètes:
– Tu es un homme et invite Mariana à sortir, vous faites un resto, échangez quelques besos mais elle te dit qu’elle va rentrer dormir chez elle et tu retrouve planté là comme un boludo -> es una histerica (de mierda)
– Juanito te court après, il a dépassé le stade des compliments, il s’intéresse à toi visiblement, mais ne prend pas forcément d’initiative -> Te esta histeriqueando, à toi et à d’autres aussi certainement.
– Marcos t’envoie souvent des messages, tu lui réponds puis il ne te dit plus rien pendant 4h ou 4 jours ->Te esta histeriqueando. Il te répondra d’ailleurs sûrement après “perdon, me colgue”. (celle-là prépare-toi ils vont te la sortir à tous les coups). A noter que la technique du message non-répondu est également bien maîtrisée par les nanas (mea culpa).
– Tu passes avec Diego une soirée/nuit exceptionnelle puis il ne te donne plus aucune nouvelle, et réapparaît enfin, enthousiaste comme au premier jour (il peut se passer 2 semaines). ->Te esta histeriqueando, avec option “submarino”. C’est à dire je fais le sous-marin entre chaque rencard, j’apparais, je disparais, j’apparais, je disparais….C’est un grand classique.
Et même dans le cas où Nacho ou Paola t’ait retourné le cerveau, tu laisseras passer un délai légal de plusieurs jours avant de réapparaître, manière de montrer que tu es un/e dur/e à cuire. Feindre l’indifférence, c’est un art. Quand on vient d’ailleurs on peut voir ça comme un jeu puéril et pas très productif, mais ici ça les rend dingues de 7 à 77 ans, c’est comme ça.
Un ami au Brésil m’a fait remarquer qu’il est facile de reconnaître la nationalité d’un groupe de filles sur la plage. Si elles sourient et regardent autour d’elles, ce sont des brésiliennes, si elles se regardent entre elles et ne lancent aucun regard à personne ce sont des argentines. CQFD
La solution pour les victimes ? Faire pareil. Prétendre que ton coeur est solide comme le granit et qu’il ne te fait pas plus d’effet qu’une goutte d’eau tombant dans les chutes d’Iguazu. Ce n’est pas Tatie Fanny qui le dit, même dans la pub ça marche comme ça
DSCN9508
Oui même les soldes peuvent être « histericos ». Comprenne qui pourra…
 
 
Règle numéro 5 : déchiffre le vocabulaire*
« Vamos hablando » = éventuellement je te rappellerai un soir à 4 h du mat
« Te voy avisando » = c’était sympa, mais jamais plus tu n’auras de mes nouvelles
« Se me complico » = oublie moi
« No soy el tipico argentino chamuyero » = Je sais mieux cacher mon jeu que les autres et tu t’en rendras compte avec le temps
« Hola linda ! » = Hola

« Hola linda ! como te extrane ! » = Hola
« Hola linda ! te queda divino este vestido » = Hola, te quiero dar
« Hola ! de donde sos ? » = Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
« Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento » = Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
« Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? » = Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
« Y te gusta Argentina ? » = S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
« Y que te gusta de Argentina ? » Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
« Te tratan bien ? » = Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ? 
(Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)

*Ici un grand gracias a MdB pour sa contribution 

 
 
Règle numéro 6: distinguer “salir” et “estar de novio”
Tu sors avec un argentin depuis quelques semaines ou quelques mois, la pasas bomba, il t’appelle, te propose des sorties, il connaît peut-être certains de tes copains (mais toi bizzarement tu ne connais pas les siens). Il te dit “te quiero mucho”, mais, petit détail qui a toute son importance, vous n’avez jamais parlé d’être “novio”. Tu n’es pas au bout du tunnel ma fille !  Tu veux savoir ce que tu es pour lui sur une échelle de 0 à 5 ? 1.5. C’est injuste et cruel mais c’est la triste réalité. Tu pensais bêtement que vous “étiez ensemble”? Non, tu n’es qu’avec toi-même, sorry.

Illustrations concrètes:

– Tu ne t’étonneras pas que Fulano que tu as invité à domicile t’annonce en pleine nuit qu’il va rentrer dormir chez lui parce que il préfère dormir seul, ou qu’il dort mal quand il dort avec quelqu’un.
– Pire dans le genre, et summum de la goujaterie et de l’hijo-de-puta-attitude (on sent le vécu là), le coup de l’argentin qui te propose gentiment en pleine nuit de t’appeler un taxi pour rentrer chez toi, alors que tu es déjà chez lui. Sic.
On couche avec une chica mais on dort avec la novia, tu comprends la nuance ?
Il va de soi qu’aucun argentin n’apprécierait que leur soeur soit traitée de la sorte mais c’est étrangement une pensée qui ne leur vient pas à l’esprit à l’instant T.
Avoir un rencard avec un/e argentin/e pendant plusieurs semaines ou quelques mois n’implique aucune continuité ni aucune exclusivité. On est en plein dans le cadre de la “date” à l’anglo-saxonne. C’est à dire que tu “sors” avec l’autre personne jusqu’au moment où tu refranchis ton pallier. Ensuite libre à toi la nuit suivante de t’attaquer au voisin, à la collègue, tu ne dois rien à personne. Cela change seulement à partir du moment où tu passes du stade “chica con quien esta saliendo” à celui de “novia”. Cela s’officialise dans une conversation et là oui il y a exclusivité. Pas avant. Tu étais donc jusqu’alors dans une relation polygame sans le savoir, c’est ça qui est bon !
Illustration : si un jour, alors que tu passes déjà toutes tes nuits avec lui depuis un bail, et que tu as même un petit sac d’affaires installé dans son placard, et qu’il te demande pompeusement d’être sa novia, n’explose pas de rire (ne fais pas comme moi, ça tue un peu le romantisme). Prend ta respiration, pense que pour lui c’est un énorme pas en avant et répond lui comme dans les télénovelas “si mi amor”. Ne fais pas ta relou, ne commence pas à psychoter, ne réfléchis pas au fait que jusqu’alors, si tu n’étais pas encore la novia, il t’a certainementpeut-être fréquentée en même temps que d’autres. Tu pensais naïvement que tu “étais/sortais avec lui” depuis des lustres. Que nenni,votre histoire vient tout juste de commencer. Bienvenida en Argentina nena.
 

 
Règle numéro 7 : accepte ta vie de “novia”
Tu as donc suivi tous mes conseils, tu as décidé de profiter de ton séjour en Argentine, tu es restée digne face aux bombonazos, tu ne t’es pas enflammée inutilement, tu as joué à l’histerica, tu as commencé à sortir avec Martin et maintenant vous êtes novios, buenisimo. Tu pensais peut-être avoir décroché le jackpot mais tu n’y es pas encore. Car maintenant aussi le choc culturel se fait sentir. Le statut de novia est pris très au sérieux en général. Toi européenne tu noteras même une certaine notion de « couple à l’ancienne », ton novio te consultera pour des décisions là où un français serait plus indépendant. Il te proposera de t’accompagner partout quand toi, femme indépendante que tu es, tu n’aurais même pas songé à le lui demander. ll paiera les additions plus souvent qu’à son tour, il considère que c’est son rôle de mâle. Certains au début de la relation ne tolèrent pas que tu sortes le porte-feuille, c’est clair et net. Présentation à la famille, aux amis.Tu vas être invitée aux asados familiaux et amicaux le dimanche et tout ça. Tu vas alors découvrir le monde des novias, des femmes qui restent entre elles et préparent la ensalada mixta pendant que les hommes boivent de la Quilmes entre eux autour de la parilla. Tu vas te rendre compte qu’il existe tout un tas de règles pré-établies et que ce n’est pas toi l’étrangère qui va les révolutionner. Le Porteño a souvent son emploi du temps réglé comme du papier à musique. Ton novio t’expliquera que tous les jeudi soirs il a un repas avec ses amis du foot/quartier/fac et que les novias ne sont pas invitées. Pas parce que c’est une soirée de mecs ce soir-là. Non, elles ne le sont jamais. Welcome dans la société compartimentée. Tu organiseras alors des soirées de filles avec des copines et tu perdras alors petit à petit tout contact avec les hommes qui n’appartiennent pas au cercle novio, frères et amis du novio et novio de tes copines.

Ici tu n’as pas d’ami(e) du sexe opposé car la seule option de relation envisagée est « tinderisée » : le das o no le das, il/elle te plaît ou il/elle ne te fait aucun effet et tu continues ton chemin. L’amitié homme/femme est très compliquée partout sur la planète mais ici elle est quasiment mission impossible, pas comprise comme chez nous et rarement valorisée. Quand tu es célibataire, tu sors et tu fréquentes la gent masculine. Tu peux rencontrer des chicos simpaticos, avoir des conversations intéressantes même si la séduction est toujours sous-jacente. Mais quand tu es de novia, ton monde se rétrécit soudainement. Un novio pourra voir d’un mauvais œil que tu lui parles d’ami du sexe masculin, surtout si l’ami en question est argentin. Lui-même n’aura peut-être aucune amie fille, hormis sa cousine. C’est pas de la mauvaise volonté, mais comment pourrait-il te comprendre ? Il pourra suspecter ton « ami » d’avoir déjà tenté de te séduire ou de vouloir le faire dès qu’il aura le dos tourné. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace… La solution, parler beaucoup et parler encore, sans garantie que ça marche, et tenter de décaper un peu les stéréotypes. Pas facile, mais j’en ai vu chez qui ça marchait !

 
NB: Pour devancer les futures remarques de celles et ceux qui me diront que j’exagère, qu’il existe des argentins “différents”, qu’ils ne sont pas tous “comme ça” etc, je répondrai que je vis à Buenos Aires depuis 5 ans, avec tout ce que cela sous-entend de kleenex que j’ai pu user moi-même ou tendre à mes copines lorsqu’elles me racontaient leurs histoires (copines argentines et étrangères, même combat). Je prétends donc en connaître un rayon. Mon étude n’est qu’empirique, je l’assume. Maintenant j’attends vos témoignages avec impatience !

PS 1 : je conseille sur le même sujet l’excellent témoignage de Maeva JOSSE que j’ai découvert après avoir écrit mon billet
http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

PS 2 : à celles et ceux que l’espoir a abandonné et songent à se faire curé/soeur, il existe une alternative testée et approuvée personnellement que je recommande de tout <3 

9894fb70fd8d62caed413d6ca4b2c33e

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton
 

Ma plus belle rencontre, perdue un soir dans Mexico D.F

Place du Zocalo, Mexico, D.F, durant mon voyage pélerinage en 2007- FD

C’est rigolo quand même l’inspiration. Ce matin, 8h, réveillée par la chaleur (aujourd’hui il va faire 36°C), j’ai ouvert un oeil, puis le deuxième, j’ai entendu le doux vrombissement du ventilateur, senti et apprécié sa douce brise, puis j’ai pensé à cette vieille histoire. J’ai appelé ma mère en France pour qu’elle m’aide à retrouver ces vieilles photos qui finalement étaient à quelques mètres de moi, dans ma chambre à Buenos Aires. Ce matin il m’a pris une envie urgente de vous parler de Mexico, de cette année passée là-bas, dans la fraîcheur de mes 21 printemps, de mes retrouvailles avec cette ville 7 ans plus tard, et de ma plus belle rencontre, un soir, perdue dans la ville.

En 1999/2000, moi la Gersoise 100 % coeur de canard, j’étais une « chilanga », une habitante de Mexico D.F. Le Mexique est entré dans ma vie telle une tornade de découvertes et de joies:
– l’espagnol, une nouvelle langue pour moi, l’accent mexicain que j’adopterai et qui me vaudrait plus tard les rires de mes amis espagnols, les fameuses expressions mexicaines : ahoritita, mande, orale guey, pinche cabron, chinga tu madre, los nacos, los fresas etc.
– les ruines et pyramides des cultures aztèques et mayas, et la conscience que non, les Gallo-Romains n’ont pas tout inventé
– les musiques, la cumbia, la salsa (qui deviendra une passion), toutes ces chansons romantico diffusées à tue-tête dans les peseros (les bus de ville de Mexico)
– l’artisanat mexicain, le plus beau et le plus varié que je n’ai jamais vu, inégalable à mes yeux
– l’architecture coloniale espagnole et ses maisons colorées, des joyaux disséminés dans toute la ville
– ce truc étrange que l’on appelle « abrazo », qui consiste à serrer quelqu’un dans ses bras pour le saluer
– Frida Kahlo, Diego Rivera, Carlos Fuentes et beaucoup d’autres artistes mexicains
– les odeurs de tacos dans la rue, les saveurs de cette cuisine unique, les petites sauces piquantes vertes et rouges toujours posées sur les tables des restaurants, les jus de mille et un fruits  préparés dans la rue, les mangues, avec ou sans sauce piquante, coupées et vendues dans des gobelets en plastique, tous ces piments dont je suis devenue folle
– les innombrables escapades à quelques heures de Mexico le temps d’un week-end : montagne, plage, villes coloniales. 15 ans plus tard, le Mexique reste le plus beau pays que j’ai visité.
– le paradis sur terre: les plages du sud de Oaxaca, Puerto Escondido, Mazunte, ou Pie de la Cuesta près d’Acapulco
– des amis que je garderai pour la vie, des rencontres avec des femmes très inspirantes (certaines de mes élèves et toi ma cricri)
– un visa de résidence, le FM3, gagné toute seule comme une grande

Mexico ce fut aussi une grande gifle, de celles qui changent la façon de voir le monde. Je découvrai un écart de richesse inimaginable à mes yeux d’européenne, d’un côté des femmes et des enfants mendiant dans la rue, des quartiers avec des bidonvilles à perte de vue, de l’autre une ostentation indécente, sans gêne ni retenue, une conscience sociale inexistante de la part de certains qui avaient tout. Pour moi la provinciale, Mexico ce fut aussi le choc des dimensions tentaculaires de cette capitale de 25 millions d’habitants et le challenge de la traverser plusieurs fois par jour en transports en commun pour aller travailler. Plus tard Paris me semblera très petit ! Je m’adaptai à un nouveau concept, l’insécurité, et intégrai de nouvelles habitudes, toujours faire attention,  tout le temps, en retirant de l’argent à un guichet bancaire (regarder autour de soi, parfois mettre l’argent dans les chaussettes), ou en montant dans un taxi (distinguer les vrais des faux). Si personne n’était attendu, ne jamais ouvrir sa porte d’entrée, même si quelqu’un sonnait, dans le doute… Enfin, en un an je connu 2 tremblements de terre, en pleine nuit, un moyen et un petit, et j’appris à me rendormir juste après.

Le virus de l’Amérique du sud me fut injecté cette année-là et je n’ai pas été encore vaccinée à ce jour. J’avais touché du bout des pieds la pointe nord d’un monde différent, hispanique, communément appelé « latino » et réalisai qu’il me restait à découvrir toute une immensité s’étendant de Tijuana à Ushuaia, rien que ça. Sur ces 10.000 km, des millions d’habitants priaient le même dieu, parlaient la même langue et pouvaient s’émouvoir des mêmes chansons. En 2000 on écoutait Manu Tchao, Mana et Shakira, encore brune et pas encore à poil dans les clips. Déjà tout le continent chantonnait « si es cuestion de confesar, no se preparar cafe« . 
Plus tard, en voyageant en d’Amérique du sud, je découvrirai qu’au-delà de la langue, mille et une coutumes et traditions se retrouvent chez les uns et les autres, bien au delà des drapeaux et des frontières. La convivialité, la simplicité dans les rapports entre les gens, un sens relatif du temps et des horaires, la vie au jour le jour, l’usage de l’espace public, les places où l’on se retrouve, les rues où l’on discute, mange, boit des jus de fruits, achète tout et n’importe quoi, les marchands ambulants, le doux bordel latino, la Pachamama, le culte des morts, les piments et le coriandre dans la cuisine, l’abrazo, la tactilité entre les gens, la cumbia, les compliments lancés aux filles dans la rue, le machisme, le tutoiement, le sens de la fiesta, la musique et la danse qui coulent dans le sang.

J’en reviens à Mexico. Pour gagner ma vie je m’étais improvisée professeur de français. J’enseignais à des adultes, des cadres en entreprises et des enfants de bonnes familles « fresa ». Parmi mes employeurs, je me choquais du train de vie d’une famille en particulier, qui disposait de divers chauffeurs, garde du corps, voitures blindées et d’innombrables « muchachas » (servantes) vivant à domicile. Pour l’anecdote, j’ai toujours soupçonné le père d’être plutôt louche. Je n’avais pas tort, l’année dernière il faisait la une des journaux pour un pot de vin de 2,6 millions de dollars. 
Un jour une femme à l’accent bizarre (elle était polonaise) m’avait appelée pour donner des cours particuliers à son fils de 7 ans, Ulises. C’était Jolanta, une artiste plasticienne, dont la maison était décorée de ses peintures et sculptures, terrifiantes à mes yeux. Plus tard j’apprendrai que ses oeuvres, tout aussi terrifiantes qu’elles étaient, s’exposaient et se vendaient jusqu’aux Etats-Unis. Ulises était un petit ange blond, gentil et bien élevé, transi d’admiration pour son papa, un homme que je n’ai jamais croisé, sinon en portrait dans une toile de Jolanta accrochée dans le salon. Il faisait beaucoup d’efforts en cours, alors que comme tous les gosses, il aurait certainement préféré regarder la télé plutôt que de subir une heure de français. Souvent après les cours je restais discuter avec sa mère. Elle avait échappé à la Pologne communiste, littéralement échappé. L’histoire de sa fuite de Pologne était digne d’un film. Elle avait finalement pu émigrer aux Etats-Unis, et de là elle était arrivée au Mexique.

Ulises en 2000 chez lui avant un cours de français

En 2007, je décidai de revenir en voyage pélerinage à Mexico D.F. Le Mexique m’avait beaucoup manqué pendant toutes ces années. Mon retour en France, l’arrivée et l’adaptation à Paris ne s’étaient pas fait sans heurt et j’avais gardé une nostalgie inépuisable pour le Mexique. Comme un premier amour, il n’avait jamais quitté mon coeur, ni mes pensées, ni mes sens. Aussi lorsque 7 ans plus tard je foulai de nouveau cette terre, j’exultai ! Je retrouvai mes amis tout d’abord, qui avaient la gentillesse de me recevoir chez eux. Puis mes sens se réactivèrent. Je réécoutai ces bruits : la cumbia dans les bus, l’accent mexicain qui m’avait tant manqué, je sentai ces odeurs : les tacos dans la rue et celle de la braise. Je respirai de nouveau cet air sec et pollué et ressentai enfin cette douceur unique, cette température parfaite. Jamais je n’ai retrouvé un tel climat ailleurs, fruit de la latitude et l’altitude particulière de la ville (2.500 m). Je reconnaîtrai toujours l’air de Mexico, même les yeux bandés.

J’ai souhaité évidemment revoir mes anciens élèves, dont bien sûr Ulises et Jolanta. J’avais gardé un mail qui n’était plus valide, mais les années 2000 aidant, Jolanta avait désormais une page internet en tant qu’artiste et il me fut aisé de la retrouver et de la recontacter. Elle me répondit qu’elle vivait toujours dans le même appartement, mais seulement elle et Ulises, le papa était parti. Je parlai avec Jolanta au téléphone, elle me passa quelques secondes Ulises pour le saluer personnellement, nous étions très impatientes de nous revoir. La veille du jour où je devais déjeuner chez eux, je sortis de chez mes amis pour acheter des cigarettes, vers minuit. Une rue, puis une suivante, je finis par me perdre et ne plus retrouver mon chemin. Pas d’affolement, j’étais dans la Condesa, un quartier très animé avec de nombreux restaurants et bars. Je demandai plusieurs fois mon chemin aux gens que je croisais, personne ne savait me répondre; ou sinon m’indiquait n’importe quelle direction (grande spécialité mexicaine que j’avais oubliée :-). Alors j’eus l’idée lumineuse de demander le chemin du métro car de là je savais m’orienter. La personne suivante que j’ai interpellée, un ado qui marchait seul, me répondit que lui aussi s’était perdu et cherchait le métro. On en rit puis on décida de le chercher ensemble. Je l’ai alors observé de plus près. Il avait bien grandi, il faisait presque ma taille, mais son sourire, celui de la photo avec son petit piano, l’avait trahi. Je l’ai trouvé touchant avec sa voix muée. 7 ans étaient passés et il devait donc avoir 14 ans.
– « Tu t’appelles Ulises n’est-ce pas ? Moi je suis Fanny, ta prof, tu te souviens ? Celle qui doit venir chez toi demain. » Silence… Il me regarda sans rien dire, ni lui ni moi ne pouvions le croire ! Il finit par me sourire, puis je lui ai donné mon premier abrazo.
– « Qu’est ce que tu fais ici à cette heure-là ? Ce n’est pas ton quartier par ici ! »
Il m’expliqua qu’il était venu rendre visite à sa petite copine qui habitait par là, puis qu’il s’était perdu et que sa mère allait s’inquiéter. On marcha ensemble jusqu’au métro qu’on finit par retrouver, puis on s’est dit « à demain ». Cette nuit-là il me fut impossible de m’endormir, j’étais submergée par l’émotion, j’avais l’impression étrange que Mexico m’avait attendue et que pour mon retour elle m’avait concocté cette surprise, ces retrouvailles improbables avec mon petit Ulises, 7 ans plus tard, les 2 perdus dans une rue de Mexico, à minuit, parmi 25 millions d’habitants.

Le lendemain j’arrivai chez Jolanta, elle aussi très chamboulée par cette histoire. Ce jour-là, l’abrazo dura très très longtemps avec elle, avec Ulises, puis tous les trois.

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

Réflexions sur l’expatriation

 

Ce doit être pour la fin de l’année, l’heure des bilans, toussa toussa, beaucoup de chiffres me viennent en tête. J’ai 35 ans. Le mois prochain je fêterai mes 5 ans à Buenos Aires, soit déjà plus de temps que j’ai vécu à Paris, la capitale de mon pays. Je réalise qu’en comptant l’année passée à Mexico D.F. et celle à Londres, j’ai vécu et travaillé 7 ans hors de mes frontières, soit exactement le même temps que j’ai été employée en France. J’atteins donc un espèce d’équilibre France/étranger, fifty fifty balle au centre. Et maintenant ?

Vivre ailleurs, loin de ses repères, de sa langue et de ses proches apporte un sens de l’adaptation qui, bien davantage qu’une qualité, devient une façon de vivre. On s’habitue aux nouveaux usages, aux nouvelles lois, c’est la règle du jeu, tant que l’on fait durer l’expérience. On s’y fait sans s’y faire car on vit sur une échelle de temps temporaire, tant que l’expatriation durera. A moins que l’on décide de rester dans le pays choisi, mais ça c’est une autre histoire. L’expatriation fait relativiser et devenir plus tolérant, plus souple. On en perd l’envie de critiquer car, après tout, on n’est pas vraiment chez nous. On sent que l’on a une expérience plus « light » de la vie locale, la politique ne nous touche pas, au contraire on développe toute la candeur nécessaire pour s’émerveiller face aux nouvelles coutumes, aux nouvelles traditions, aux différences. On a envie d’aimer le nouveau pays car on a perdu celui d’origine et on a besoin de se sentir conforté dans notre choix. On vit une double vie, à la fois ici et là-bas, dans le pays d’élection et celui d’origine. On vit dans l’un mais on essaie de rester présent dans l’autre, du moins virtuellement.

Vivre dans une autre langue, lorsque la nouvelle famille créée (mari, femme, amis) ne parle pas celle de Molière, c’est accepter que l’on sera toujours différent avec notre accent, que l’on aura un niveau peut-être très bon mais difficilement parfait. Idem à l’écrit. Parfois on réalise que l’on n’a pas parlé un seul mot de français pendant une semaine, deux semaines. C’est bizarre de délaisser aussi longtemps sa langue. Encore plus étrange est de commencer à utiliser les expressions locales lorsqu’on parle en français. Parce ce que les mots n’ont pas toujours leurs équivalents et que le concept de « buena onda » n’est tout simplement pas traduisible.

Vivre dans une autre culture, a fortiori lorsque celle du pays de destination nous convient, c’est changer d’habitudes et se créer sa propre culture, soit un mix des deux, et tenter de prendre le meilleur de chacune. Je revendique aujourd’hui une bonne dose d’ArgentinAttitude, car je suis admirative des qualités intrinsèques des Argentins. Cependant, même si je bois le maté et dîne à partir de 22h, je reste française : je ne suis pas aussi extravertie, et je me sens beaucoup moins conservatrice.

Etre un étranger, comme son nom l’indique, c’est ne rien piger au début aux impôts, à la santé, aux banques, à la justice, à la location d’un appart. Parfois c’est déjà compliqué pour les locaux, alors pour les étrangers c’est une montagne infranchissable. Si quelqu’un parmi vous s’ennuie dans sa vie je lui propose d’expérimenter la prise de tête de l’étranger : les RDV chez un médecin spécialiste en Angleterre, un procès au Mexique, un divorce ou l’obtention d’un visa de travail aux US, se faire installer internet à Buenos Aires ou louer un appart à Paris.
Etre un étranger, c’est n’avoir qu’une carte de débit et attendre 5 ans pour avoir une carte de crédit (vécu). C’est se rendre souvent, et y passer beaucoup d’heures, au service/bureau de l’immigration, se faire répartir par nationalité (en Argentine, les Européens sont avec les asiatiques et tous les non- Mercosur, c’est rigolo), c’est se faire traiter plus ou moins bien selon la couleur de peau, son pays d’origine ect. Inutile de préciser qu’il vaut mieux être une française en Argentine qu’un malien en France. C’est pleurer quand on nous dit qu’il manque des papiers, beaucoup pleurer (en Argentine ça marche et ça les attendrit, je vous le conseille). C’est fêter l’obtention de son visa, être fier lorsqu’on obtient le fameux papier et le garder, même périmé, en souvenir. Je garde encore précieusement mes cartes de sécu irlandaise et anglaise, et mon FM3 mexicain, comme des reliques.
Etre un étranger c’est être et se sentir plus fragile, et plus seul en cas de coup dur. Chômage, passage à vide, problème de travail, de couple, rupture amoureuse… c’est pas bon, pas bon. Dans ces cas-là, on se dit parfois « qu’est-ce que je fais là  » ou « et si je rentrais « ?. Pour tous les petits et grands tracas qu’il n’aurait eu pas s’il était resté dans son pays, l’étranger a tout intérêt à s’armer de patience et de beaucoup beaucoup d’énergie.

Je distingue 3 types d’expatriations possibles, je les ai expérimentées toutes les 3, dans cet ordre, et j’en suis arrivé à ces conclusions.

  • l’expatriation « j’accompagne »//Degré de difficulté : fastoche
    Le/la chérie(e) a un travail qui l’attend et on part dans la valise. On n’a pas forcément choisi la destination. C’est tombé comme ça. On a acheté le Routard Futé du pays en question et on est monté dans l’avion. Cela ne veut pas dire que l’on ne galèrera pas pour obtenir un visa de travail mais si financièrement le salaire du conjoint est convenable, on peut se permettre d’accepter un job même mal payé, voir de se reconvertir et repartir de zéro dans un nouveau domaine, même sans expérience, chose que souvent la France ne nous permet pas de faire. Ou même de ne pas travailler du tout. La sociabilisation peut être lente si on ne parle pas la langue locale. A début on dépend des relations du conjoint pour connaître des gens. L’expatriation sans travailler peut s’avérer être une jolie bulle rose loin des préoccupations de la vie courante ou une source de solitude et d’ennui.

  • l’expatriation « je viens pour travailler »// Degré de difficulté : semi-fastoche
    On a décroché un job depuis la France. On a choisi sa destination puisque on a cherché le job et postulé en connaissance de cause. Dans ces cas-là on doit se débrouiller dans la langue du pays ou du moins en anglais. On ne s’inquiète pas de savoir si un salaire va tomber à la fin du mois, car on sait qu’il va tomber. Il ne reste plus qu’à prendre des verres avec ses collègues à la sortie du bureau et de voir avec qui on s’entend le mieux. La socialisation va vite. On se sent un touriste chaque week-end et on a une motivation et un intérêt dingue pour tout découvrir. On a la tête libre car les conditions matérielles essentielles sont solutionnées par notre salaire.

  • l’expatriation « free-style » ou « je viens voir ce qui se passe » // Degré de difficulté : pas fastoche du tout mais tellement bon putain
    C’est celle qui nécessite une bonne paire d’ovaires le plus de courage ou d’inconscience, selon comment on voit la chose. C’est celle aussi qui résulte d’un fort intérêt pour le pays d’élection, d’une passion ou d’un coup de foudre pour la destination choisie. Si on ne parle pas la langue on a tout intérêt à s’y mettre, et vite. Je pense que c’est l’expatriation la plus difficilement imaginable, surtout lorsqu’on a été bien formaté par le modèle étudie#travailletoutdesuiteaprès#cotisepourtaretraitecestimportant. Et il faut reconnaître qu’en France, ce modèle de pensée est bien implanté, beaucoup trop. Les Anglais par exemple sont bien plus ouverts sur le concept de vivre à l’étranger un moment, prendre un congé sabatique ect
    Pour l’avoir fait, à 30 ans passés, en quittant un job « sûr » en France, je ne peux que recommander l’expatriation « free-style », parce qu’on s’en balance de perdre 6 mois ou 1 an de cotisation retraite. Il faut le tenter (et ici je dédicace ce paragraphe aux lecteurs qui me racontent qu’ils songent à le faire mais n’en sont pas sûrs). Rien de tel que cette mise à nu, cette prise de risque, ce départ de zéro, pour se connaître et se révéler dans un monde différent. Le seul risque est de rentrer chez papa maman une fois l’expérience terminée. Autant dire, en comparaison de ce que vit le commun des mortels sur cette planète, que le risque est nul.
    Que l’aventure dure quelques mois, le temps que les économies permettent de rester, un an, deux ans ou davantage, cette expérience est unique car pour la première fois nous seuls construisons notre vie. Tout est à trouver : un job, une maison, des amis. Rien que ça. Pour l’emploi, une règle d’or, restons humble car personne ne nous attend et surtout dans les capitales qui ont de nombreuses universités. Personne ne nous attend, c’est à nous à faire notre trou. L’emploi que l’on décroche, on sent qu’on l’a obtenu à la tchatche car l’employeur local peut difficilement nous sonder, culture et langue différentes obligent. De toute façon un employeur du bout du monde ne connaîtra pas le nom de notre prépa ou université (hormis la Sorbonne qui fait toujours classe sur le CV), ne saura même pas prononcer leur nom et se contre-fichera des éventuels classements d’écoles siglées (tu sais l’école de commerce que papa-maman t’ont payée pendant 3 ans ou, pire, que tu dois rembourser). Donc Charles-Henri de la Tour, Paris 16, qui sort du lycée Louis Legrand et de Sciences-Pô ou de l’ESSEC ne part pas forcément plus gagnant que Fanny Dumond du lycée Pardailhan d’Auch et de l’université de Toulouse. Et c’est ça qui est bon ;-). On n’aura pas ou très peu de « réseau » et on fera sans piston. L’expatriation a ceci de juste qu’elle remet les compteurs à zéro en quelque sorte, et que le meilleur gagne. C’est l’expatriation donne des ailes et l’envie de tout déchirer, de frapper à toutes les portes. On développe un tel instinct de survie que l’on se sent un peu Britney Spears chantant Womanizer (pour les femmes j’entends).

Déracinement oblige, l’expatrié a des chances de rencontrer des personnes très différentes de celles laissées au pays ou qu’il fréquentait jusqu’alors. Et c’est tant mieux, il a tout intérêt à s’ouvrir aux locaux. Il possèdera aussi certainement un cercle parallèle composé d’autres expatriés qui lui font réaliser que l’on n’est pas le/la seul(e) taré(e) à avoir eu la folle envie de venir voir ce qui se passait par ici.

Par effet de contraste, tous les efforts déployés par un expatrié dans sa nouvelle vie lui fait voir la mère Patrie comme le pays des Bisounours. On a davantage de mal à critiquer la France ensuite, pour peu que l’on ait eu à tester la médecine, les hôpitaux ou le chômage à l’étranger… On réalise, enfin, que l’on a été très très choyé par notre système. Du coup, les éternelles plaintes, grèves et manifs franco-françaises nous semblent parfois déplacées en comparaison de ce que l’on a expérimenté ailleurs.

Les moments vécus dans un nouveau contexte, les rencontres, les voyages effectués depuis notre nouvelle base, les galères et les moments de solitude, tout cela forge et fait grandir. Attention non plus à ne pas prendre le melon et se souvenir que si nous sommes loin, c’est que la santé le permet, c’est qu’éventuellement les autres frères et soeurs sont là pour les parents et nous déculpabilisent un peu, c’est que les planètes se sont alignées(avec notre aide, certes) au moment indiqué pour pouvoir partir.

L’expatriation est un beau paquet cadeau, un Maxi-Kinder avec une surprise à l’intérieur. Nul ne sait ce qu’il contient, il faut l’ouvrir pour savoir et le contenu dépend de qui l’ouvre…
Goût du risque, optimisme, et ouverture d’esprit indispensables. Energie à toute épreuve recommandée. Sensations fortes garanties.

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

Article repris le 20 janvier 2014 dans le Petit Journal, le média des français et francophones à l’étranger
http://www.lepetitjournal.com/expat/s-installer-a-l-etranger/174332-billet-reflexions-sur-l-expatriation 

 

Des (nouveaux) seins, ça se fête !

Quel est le point commun entre Buenos Aires et New York ?
– On confie son chien tous les matins à un promeneur de chien,
– On va chez le psy toutes les semaines et on le dit sans honte,
– On se fait refaire les seins et on le fête entre amis ! Ce dernier point sera le sujet du jour.

Ici en Argentine, comme je l’ai déjà expliqué, on vit très décomplexé, fait nº1.
On aime célébrer un peu tout et n’importe quoi, fait nº2.
Les femmes argentines sont bien plus soumises que les françaises au dictat de la femme jolie / cheveux longs / minces / seins qui tiennent droit jusqu’à 50 ans. Du coup les opérations esthétiques sont très répandues, fait nº3.
Ajoutez  nº1+ nº2+ nº3 et vous obtiendrez un résultat étonnant: de nouveaux seins, c’est banal et ça se fête !

On encourage, on rassure et on se file les bonnes adresses
Je ne parle pas des miens, non, mais ceux de ma chère E, que je considère comme ma soeur argentine. E a informé sa famille de sa décision de se faire poser des implants mammaires, puis l’a raconté à ses ami(e)s proches, qui l’ont tous encouragée. Elle aurait obtenu un nouveau job ou une promotion que les félicitations auraient été les mêmes. Puis elle a expliqué à son chef, sans sourciller, qu’elle serait absente 2 jours du travail pour une opération de ce type.
Nombre de ses copines lui ont donné multitudes d’exemples d’autres amies, de soeurs ou de cousines qui étaient passées par la même opération, et qui en étaient très satisfaites. A les écouter, j’avais l’impression qu’elles se recommandaient le meilleur coiffeur ou le meilleur masseur de la ville. Non, elles parlaient juste d’un chirurgien qui découpe tes 2 tétons pour pouvoir faire passer 2 prothèses idéalement situées sous tes glandes mammaires, puis qui recoud tes 2 tétons par dessus, ni vu ni connu. Une chose très courante en somme…

Après l’opération, c’est un sujet de conversation comme un autre, on en parle, on le commente, on en rit et on trinque. Quelques jours après son opération, nous étions invitées à un mariage, et les amis de E qui étaient dans la confidence, hommes et femmes, lui ont demandé comment elle allait, si elle était contente du résultat, lui ont fait quelques blagues bon enfant au passage et tout le monde rigolait. J’en ai conclu que j’étais résolument française de mentalité, soit une sacrée coincée du string, et que si j’avais étais à la place de E j’aurais préféré l’écartelation en public plutôt que de répondre à des questions sur mes seins. La différence entre E et moi, est qu’E, elle, est argentine. Du coup avec ses amis on a trinqué à ses nouveaux seins (cf #ArgentinAttitude).

Pourquoi s’en priver quand la mutuelle offre l’opération !
Je fus l’une des premières personnes à être au courant du projet de E. J’étais assez perplexe, grande chochotte que je suis devant le bistouri, mais mon amie m’a expliqué qu’en cotisant auprès de sa mutuelle à un forfait un peu plus élevé que le mien (nous avons la même mutuelle), elle « avait droit » au bout d’un an à une opération esthétique. Elle dit vrai, voir ici l’offre de sa mutuelle. Alors pourquoi s’en priver ! Ses nouveaux seins lui ont coûté environ 12.000 pesos (à raison de 1.000 pesos par mois pour une couverture de santé complète pendant 1 an), soit 1.500 euros (au taux de change officiel, donc beaucoup moins encore au taux de change parallèle), et elle fut opérée dans l’une des meilleures cliniques du pays. Vus les tarifs, on comprend donc qu’il existe un tourisme de chirurgie esthétique, comme au Brésil, du genre package « Nouveau seins + 4 cours de tango » ou quelque chose dans le genre.

La médecine publique ici est excellente, et j’ai entièrement confiance en les hôpitaux publics de Buenos Aires en cas d’urgence. Les médecins argentins possèdent l’équivalence pour travailler dans les hôpitaux espagnols, et la médecine argentine est à la pointe en plusieurs domaines dont entre autres la chirurgie esthétique et les traitements de fertilité.
En revanche, consulter un spécialiste ou une opération non urgente demande une attente de plusieurs mois dans un hôpital public. Aussi, comme de nombreux argentins, je paie un forfait mensuel auprès d’une mutuelle qui me permet de consulter tous les médecins que je veux (parmi une liste immense de spécialistes agréés), autant que je veux et quand je veux (délais d’attentre très courts, bien plus courts qu’en France). Ce forfait prend également en charge tous les examens (prise de sang, scanner, radiographie, échographies ect), l’hospitalisation parmi une sélection des meilleures cliniques de la ville et pour les forfaits les plus onéreux les opérations de chirurgie esthétique, comme pour E.

Les cliniques privées, pour qui est habitué(e) aux hôpitaux français, sont un concentré de luxe difficilement imaginable. Ce qui m’a marquée à l’Hospital Suizo ou à l’Hospital Diagnostico, ce sont les halls de réception, les chambres spatieuses avec suite, le personnel soignant en uniforme tout droit sortis d’un grand hôtel, les mille et un services proposés aux patients. On choisit son menu ainsi que celui de la personne accompagnante. Cette dernière aura droit à un lit dans la même chambre, à un dîner et à un petit-déjeuner. Lorsqu’on quitte la maternité, on offre « un livre du bébé » aux parents, on peut choisir des photos parmi celles que le photographe de l’hôpital a prise de votre enfant. Et la liste de ces petites faveurs est encore longue.
Anecdote rigolote, le jour de l’opération de E à l’Hospital Diagnostico, comme toutes les chambres étaient occupées, on a lui donné la suite présidentielle, rien que ça ! C’est donc là où j’ai dormi pour l’aider pendant la nuit. Démonstration en image ci-dessous (photos de la suite, la chambre elle était dans une autre pièce à côté). Avec cela, Mesdames, vous prendrez bien une petite opération esthétique, non ?

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

ArgentinAttitude ou quelques trucs pour se sentir mieux

On a parlé de l’ArgentinAttitude dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 11 novembre 2013

 

Depuis presque 5 années passées en Argentine, j’ai souvent été inspirée et admirative devant certaines attitudes que je qualifierais d' »argentines », bien différentes de celles qui sont les miennes et celles de  mes compatriotes, plutôt « françaises » donc. J’ai souvent eu la sensation que la vie était différente ici, même si nous jonglons tous, et partout sur la planète, avec l’amour, le boulot, la santé ect. Ici l’ArgentinAttitude rend la vie plus légère, plus intense, et moins angoissante. Je le vérifie tous les jours et ça marche !

 

Vis le moment présent
L’Argentin compte beaucoup moins de certitudes que nous. Pour son histoire, la politique, l’économie, les prix du supermarché, tout cela change d’un mois à l’autre. Les alarmistes parlent depuis 10 ans de la forte probabilité d’une nouvelle dévaluation… Alors, qu’est-ce qu’on fait face à l’avenir incertain ? On s’assoit et on pleure ? L’Argentin, lui, vit le moment présent.
L’Argentin ne prévoit pas 6 mois avant où passer sa 5ème ou 6ème semaine de vacances, car il n’en a généralement que 2, et ne pourra peut-être finalement pas partir, ou peut-être que si, il le verra sur le moment. Le résultat est qu’en ayant beaucoup moins d’expectatives sur le futur, il sera d’autant plus motivé pour profiter de son mardi soir et pour organiser un dîner de dernière minute. Il aura donc un effet de surprise, lui et ses amis, qui n’avaient pas non plus prévu quoi que ce soit ce soir-là. L’imprévu apporte son lot d’adrénaline et rompt avec la routine. On ne parle pas trop en général de ce qu’on pourrait faire le mois prochain, mais plutôt de quoi faire dans les 3 jours. Du coup pas besoin d’agenda. Il est dur de convenir un lundi ou un mardi  d’un programme pour le week-end. Tu peux essayer, envoyer un mail à tes amis argentins, proposer une sortie pour le dimanche, bide assuré. Réessaie plutôt vendredi. En revanche, tu peux annoncer le jour même que c’est ton anniversaire. Et 80% des invités seront présents. Parce qu’ils sont flexibles, ce qui m’amène au point n°2.

 

Flexible tu seras, et les autres le seront avec toi
Face aux événements de la vie, chômage, crise économique, que fait-on face à l’adversité ? On s’assoit et on pleure ? L’Argentin, lui, s’adapte.  Il ne pensera pas à demander une aide des allocs ou une subvention, parce que ça n’existe pas. L’Argentin lui, recycle, répare, invente, change de métier, entreprend, accepte que cela ne se passe pas comme c’était prévu. Preuve en est la remarquable inventivité argentine (empreintes digitales, le stylo, la transfusion sanguine, l’hélicoptère, les dessins animés, les feux rouges et la canne blanche pour les non-voyants, le déodorant à bille, la seringue jetable, le briquet allume-gaz et le fameux dulce de leche!)
Un article récent de la Nacion illustre justement cette extraordinaire faculté. On appelle ça aussi la « viveza criolla », concept qui a même sa page sur Wikipedia. Attention ce terme est aussi utilisé dans le mauvais sens, pour expliquer la tendance à contourner la loi. On dit « Hecha la ley, hecha la trampa » pour dire que dès qu’il y a une loi, il existe le moyen de passer outre. Et oui, la flexibilité et l’inventivité argentine peut avoir aussi ses mauvais côtés. Moi je dirais que la viveza criolla pourrait se résumer à « Hecha la vida, hecha la vuelta ». C’est un art de vivre et une philosophie de vie, et une qualité de survivance admirable.
La flexibilité se ressent également par rapport aux impératifs que nous nous mettons en tête, nous Français. Ici on ressent ce confort de pouvoir prendre le train en cours de route, d’en descendre et d’y remonter plus tard. Pas d’obligation de finir tes études à 23 ans. Tu as besoin d’argent et dois travailler, et tu n’as plus le temps d’étudier pour la fac ? C’est pas grave, tu arrêtes une année, ou plus, ou tu décides de ne passer que quelques matières. Tu finis ta « carrera » (ton diplôme universitaire) à 30 passés ? Il est où le problème ? Personne ne jugera que tu es un fainéant. Tu t’es adapté aux circonstances de la vie, comme tout le monde. Et ton employeur comprendra.
Tu veux changer de voie à 25 ans ? A 30 ans ? Vas-y, fais le test, et annonce à tes amis en France que tu veux repartir à zéro et étudier le mandarin. Ici, au contraire, tu sens que quelque soit ton âge ta vie n’est pas encore figée et que tu as droit non pas à l’erreur (pensée française), mais au changement. Tu ne passeras pas pour le débile de ton groupe d’amis, personne ne considérera que tu as « perdu » ton temps.

 

Sois enthousiaste ou mets de la « buena onda » dans ta vie
Comment dit-on en français que l’on a passé un bon moment ? C’était « super », « top », »génial » ou « chanmé » (si tu as moins de 25 ans). Ici c’est barbaro, (muy/re) bueno (isimo),  (muy/re) lindo (isimo), genial, increible, de puta madre, lo pasaste bomba, te encanto. Comptez-les, avec les variantes « muy » ou »re »avant ou « isimo » à la fin, on a déjà plus de 10 possibilités. Tout est dit. L’Argentin n’hésite pas à se montrer enthousiaste, quand le Français, lui, a du mal à exprimer son contentement et se sentira « cool » de faire son blasé. On l’entendra souvent dire cette expression horrible « c’est pas mal » (penses-y la prochaine fois que cette expression te viendra à l’esprit, fais l’exercice de dire que c’était « très bien »).
L’enthousiasme argentin est une sorte de candeur (pas de naïveté, non), d’attitude positive innée, une désinhibition, une propension à se laisser agréablement surprendre et à célébrer les bonnes choses (voir Faites la fête). C’est une passion pour le footles femmes,  pour la vie en général. Et la passion c’est bon !
On pourra rapprocher l’enthousiasme argentin à la tendance anglo-saxonne à dire « amazing » ou « great » à tout bout de champ, ou à applaudir le pilote quand l’avion atterrit (qui ne s’est pas déjà moqué des gringos qui font à ça, levez le doigt !)
Dans la vie de tous les jours, l’enthousiasme se traduit par une volonté d’aller de l’avant, une facilité à se lâcher, à parler un peu fort sans gêne, à parler dans une langue étrangère sans honte et même avec un accent à couper au couteau, à sourire spontanément, à recevoir un inconnu avec le sourire et en partant de l’apriori que tu t’entendras bien avec lui, à s’intéresser à son interlocuteur et avoir envie de partager un bon moment, même éphémère et sans lendemain (voir Argentine anti-blues). C’est un peu tout ça la buena onda.
Leur enthousiasme et leur désinhibition  se retrouvent mêlés dans les contacts physiques. Ici on n’a pas peur de se toucher, de se prendre dans les bras. L' »abrazo », équivalent du « hug » anglo-saxon, mais en plus câlin encore, est de règle lorsqu’on retrouve un ami. Il n’y a qu’à faire le test de l’aéroport, chose qu’il m’amuse de faire lorsque je voyage. Observer les gens qui se retrouvent ou se séparent. En France 2 bises vite fait. En Argentine : une avalanche d’abrazos et de besos (le Brésil a tout de même la palme en la matière). Pour l’anecdote, ici on fera la bise à son chef, au médecin ou au dentiste, sic, bref aux inconnus. Et on se sentira très conne lorsque, de retour en France en vacances, spontanément on ira taper la bise au voisin ou à sa boulangère, du jamais vu ! Le réflexe de la bise à tout le monde est dur à perdre.

 

Cultive ton jardin 
Une facette argentine que j’adore, c’est bien ce soucis de remplir sa vie personnelle. Cela passe par une curiosité intellectuelle étonnante, quel que soit l’âge, la situation de famille, sa condition sociale. Ici tu trouveras normal que le menuisier de 50 ans prenne des cours d’italien avec toi, trentenaire désoeuvrée (vécu), ou que ta collègue mère de 3 enfants prenne des cours de danse orientale (vécu). Du coup tu te retrouveras toi-même à prendre des cours de claquettes, comme ça du jour au lendemain (vécu). Il faut dire aussi que l’offre culturelle pléthorique de Buenos Aires aide beaucoup, mais quand même. L’attitude est indéniable. On ne choisit pas forcément son job, son gagne-pain, mais occuper son temps libre si dépend de chacun. Pour cette raison, on te demandera souvent ce que tu fais, à côté de ton travail. Car c’est un concept en soi, l’activité, le passe-temps ou la passion, et cela te définit tout autant que tes études ou ton job actuel.
Une autre façon de décompresser, et de cultiver sa vie sociale, quand on ne choisit pas ses journées, c’est sortir la nuit. J’ai en déjà parlé ici. Ici les nuits sont longues et intenses, et Buenos Aires offre mille et une possibilité pour tous les âges. Un simple exemple, ici les séniors tangueros se mettent sur leur 31 et peuvent taquiner la piste de danse tous les soirs de la semaine jusqu’à 5h du matin. C’est pas beau ça ? Maintenant, pensez à vos (grands)mères, en France, qu’est-ce qu’elles donneraient pour connaître ce frisson nocturne et musical ?
L’Argentin cultive aussi ses amitiés. A Buenos Aires, c’est assez frappant de voir que les porteños ayant grandi dans la capitale possèdent facilement plusieurs groupes d’amis depuis l’enfance ou l’adolescence. Chose qu’en France, mobilité oblige, il serait bien plus difficile de conserver. Il ou elle aura donc ses amis du colegio, de la fac, du football, du quartier, du travail. A noter que les groupes ne seront pas mixtes  car malheureusement, l’amitié homme/femme n’est pas le point fort des Argentins, il faut le reconnaître. Tous ces groupes se fréquentent donc, de près ou de loin, des années durant. C’est parfois vécu comme un cérémonial obligé, mais la tradition veut qu’on garde contact. Le point d’orgue de cette amistadmania est le fameux Dia del Amigo. On pourra dire que c’est artificiel, marketing, ce qu’on voudra, n’empêche, l’intention est là et recevoir un petit texto ce jour-là est savoureux.
Enfin, en plus de ses amis, de la famille, l’Argentin, et ce en province comme dans la capitale, sait cultiver le lien social en général, il discutera avec le papi qui attend le bus, ou en traversant la rue, ou en en faisant la queue, écoutera les anecdotes du chauffeur de taxi, bref saura parler avec un inconnu et même y prendre plaisir. Un truc de dingue quand on y pense : nouer une conversation avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, rendez-vous compte !! Vas-y, fais le test et ta mission sera de parler 4 phrases avec un inconnu. Tu te sens capable ? Ou tu as peur de faire peur à ton interlocuteur ? Haha, bonne question ! Bon pour les trouillard(e)s, j’ai un plan, ça s’appelle faire un stage, destino Buenos Aires 🙂

 

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

Bersuit Vergarabat – La Argentinidad al Palo – voir paroles ici

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

article repris sur Le Petit Hergé / Agoravox

Buenos Aires by night

buenos-aires2

Une des choses qui m’a le plus marquée dès mon premier séjour à Buenos Aires fut la vie nocturne. Et j’insiste sur la « vie » car c’est bien ainsi que je l’ai ressentie. J’ai été plus d’une fois été déçue et frustrée de la nuit à Paris, de ses codes, de ses horaires rigides, de ses prix, des transports inexistants (c’était avant l’ère du Velib), des taxis rarissimes, de ses mastodontes à l’entrée des boîtes ou bars de nuits qui ont le droit de refuser l’entrée parce qu’il n’y a pas assez de filles dans le groupe, parce que l’un n’a pas les chaussures/la gueule qu’il faut, des « vous êtes sur la liste ? » est ect. La nuit à Paris peut être tellement décevante pour qui n’est pas copain du patron/videur/gérant et qui surtout n’a pas beaucoup d’argent à dépenser.

Buenos Aires est à 15 000 km kilométres de la nuit parienne, c’est le cas de le dire. Le plus surprenant est sa diversité et l’existence de cette nuit parallèle, hors du circuit commercial.

Prenons l’exemple d’un vendredi soir « type » à Buenos Aires. Tu arrives chez toi vers les 19h. Tu ne sais pas ce que tu vas faire ce soir. C’est normal, ici on décide au dernier moment. Tu auras peut-être une invitation à un anniversaire, reçue seulement le lundi ou mardi, voire la veille. Ici le concept de plannification prend en général son sens à partir de J-2, voire J-1, voire n’existe pas du tout. Si tu as une invitation à plus d’une semaine, c’est souvent la soirée d’un étranger.
Il est donc vers les 20h /21h lorsque
– tu mates un film / la télé
– tu vas faire du sport, va courir, va au gymnasium (ca pullule dans la ville et j’en ai 3 dans un rayon de 500 m)
– tu fais une sieste « previa », c’est à dire que tu prends des forces pour ce qui va suivre. Ceux qui liront jusqu’a la fin comprendront pourquoi.

A 22h tu as finis ta sieste/jogging/film, tu penses à manger / « comer »
– tu commences à cuisiner
– tu dînes au restaurant. Dans ce cas tu auras certainement arrangé un rendez-vous avec tes potes « vers les 22h/22h30 ». Comprendre si le dernier arrive à 23h, c’est bon aussi, « esta todo bien ». Tu mangeras alors de la viande, des pizza, des empanadas, pâtes/raviolis ou alors des pizzas, pâtes/raviolis, des empanadas ou de la viande, capito ? Rarement des sushis, et ça sera certainement une soirée fille dans ce cas. On oublie le réflexe manger dans un resto indien, thai, chinois, arabe…. Ils existent mais ils sont très peu nombreux, putôt chers et fréquentés par une minorité d’argentins, par une clientèle étrangère ou touriste. Le plus original sera à tout casser la cuisine orientale dans un restaurant arménien. Mais à 80% tu mangeras de la viande, donc du boeuf (anecdote rigolote, ici on te demande si tu veux du poulet ou de la viande. Comprendre le poulet c’est sympa mais pas assez pour mériter le nom sacré de viande / « carne »). Bref dans le resto de base tu mangeras du boeuf grillé et tu ne t’en plaindras pas. Comme accompagnement tu auras des frites / »papas fritas » ou salade/ »ensalada mixta ». Comprendre laitue, tomates, oignons, dans l’ordre que tu veux. Si tu as de la chance des oeufs durs et des carottes. Des légumes ? Non ici c’est pas trop le style de la maison.
Tu sais qu’il n’y a pas de problème dans tous les cas pour manger jusqu’à minuit, voire 1h du mat. Tu prends pour acquis qu’on t’accueillera avec un grand sourire quelque soit l’heure et tu auras raison parce que c’est comme ça qu’on te recevra. La gueule de 3 km de long / « cara de orto » du restaurateur français qui te voit arriver à 22h n’existe pas. Les tables sont espacées, le concept parisien d’entendre les conversations des voisins n’existe pas, sauf peut-être parce qu’ils parlent fort mais vu que toi aussi c’est pas un problème.
– Tu invites chez toi. A savoir Buenos Aires est la capitale mondiale du « delivery », de la livraison à domicile. Jusqu’à 1h00 du mat tu peux te faire livrer facilement chez toi les plats précédemment cités, de la glace, des clopes, des boissons. Jusqu’à 23h/minuit des DVD, et même le Mac Donald. Ou tu organises un asado, donc un barcebue, avec devinez quoi ? Viande, poulet, parfois des abats. Il est courant alors de diviser la note à la fin du repas si tu as acheté de la viande, car tu peux facilement être 10 personnes invitées, ou 15. Pour les petits budgets on commande des empanadas à la viande, jambon fromage ou poulet, mais certainement à la viande.
– Tu invites ou es invité dans un ZUM. Le SUM est quelque chose que j’ai découvert ici. Ce sont les immeubles modernes et chers de la ville qui ont une salle commune, souvent au dernier étage, avec une terrasse et une parilla /barbecue en dur intégré dans la salle, une grande table et des chaises. Les habitants de l’immeuble peuvent ainsi recevoir des amis et organiser des asados, activité essentielle au bien-être de tout Argentin qui se respecte. Ca se réserve à l’avance auprès concierge de l’immeuble. Ce que je trouve extraordinaire est que ces salles sont souvent très grandes, parfois elles prennent la place d’un demi-appartement mais les promoteurs immobiliers les intègrent dans leur plan comme un élément normal. Si on ne peut plus faire un asado chez soi parce qu’on habite en ville où va-t-on ?
– Tu dînes parfois dans des restaurants « a puertas cerradas », à portes fermées donc. C’est la mode, les Argentins adorent ce qui peut paraître clandestin, caché, connu de peu et par le bouche à oreille. Et comme ils n’aiment pas non plus payer beaucoup d’impôts, c’est facile, on fait des restaurants chez soi et si c’est bon ça se remplit très vite.

Tu finis de dîner donc entre 23h30/minuit/1h00. Là tu sais comment la soirée continue, ou pas. Si tu n’as pas de plan défini, et c’est souvent le cas, tu appelles sans problème tes copains pour savoir ce qu’ils font ce soir, « en que andan ». Oui oui, il peut être 1h du mat un vendredi ou un samedi, « esta todo bien ».

Du coup si tu n’as pas eu de plan en première partie de soirée, c’est parfois trop long et bien pénible d’attendre minuit/1h avant de sortir de chez toi. Le coup classique est que tu t’endors chez toi à force d’attendre et ne te relève plus avant de lendemain (vécu).

A minuit l’hyme national résonne sur toutes les radios.

A minuit/1h00 tu vas donc aller prendre un verre. Les gens commencent à arriver. La soirée commence véritablement à partir d’1h je dirais. Tu attendras volontairement cet horaire avant de te rendre à une fiesta chez quelqu’un car tu sais qu’avant il n’y a personne. La plupart des soirées organisées et promues sur des flyer indiquent toujours « à partir de minuit ». Comprendre si tu te pointes à minuit tu es un gros naze. A 1h c’est normal. 2h c’est nickel, t’as tout bon. L’offre de bars cafés avec terrasse est immense.

Tu iras à un concert/ »recital » dans un bar ou « centro cultural » comme ils l’appellent, qui a de « cultural » qu’ils organisent des concerts, mais ce sont surtout des bars à concert. Ils ferment vers les 5h ou 6h ou plus. Tu peux parfois payer un droit d’entrée, genre 20 pesos (le prix de 2 coca-colas) ou tu rentres gratuitement. Le prix des boissons est raisonnable.

Tu iras quelques fois à un « salon de fiesta », ces lieux qui se louent pour des événements . Il y en a dans toute la ville et tous les quartiers. Ca se loue avec parfois DJ et serveurs intégrés pour des anniversaires, événements familiaux…Tu rentres sur liste et tu connais forcément l’organisateur de la soirée.

Ou tu iras dans ces lieux que je ne saurai nommer mais qui sont tout sauf « déclarés » et ici vient le charme de Buenos Aires. Tu connais facilement ou as entendu parler, toi ou tes potes, de la maison d’untel « reconvertie » en lieu de concert/bar/restaurant (empanadas ou pizzas), avec une terrasse, un patio. Ici l’espace n’est pas un problème, c’est l’avantage des villes « jeunes » et qui n’ont pas été construites depuis 4 siècles. Les Argentins adorent reconvertir des lieux quelconques en lieu de nuit. On est à mi-chemin entre le petit business pour s’arrondir les fins de mois et la soirée entre amis à la maison. L’un n’empêche pas l’autre disons et tout le monde y trouve son compte. C’est surtout aussi l’envie d’organiser un événement sans dépendre de la programation culturelle, musicale ou théâtrale des lieux commerciaux.  Ici aussi tu paieras 20 pesos max ou rien du tout. Tu as évidemment un bar qui te sert les boissons de base, éventuellement on te vend quelques empanadas. Tu peux avoir un DJ toute la nuit. Ou c’est plus varié et se succèdent des groupes de rock, de tango, un spectacle de stand-up humouristique. Entre chaque représentation un clown peut être amené a assurer l’animation et amuser la galerie. Buenos Aires a une très forte culture du clown / « pallaso », d’écoles de clowns ect. A tout les coups il y a une expo de photos, de peinture du cousin, de l’ami d’ami. On s’invite par Facebook, par connaissance, mais aucun de ces lieux n’est officiel, ne paie d’impôts, n’a la licence pour vendre de l’alcool, cela va s’en dire, ni n’est habilité par quelconque administration. Tu dois connaître l’adresse, et sonner. Tu rentreras même si personne ne te connaît. Le prix des boissons ou des empanadas est le même que celui d’un bar normal en journée. Si c’est une grosse fiesta une personne est embauchée pour la « sécurité » mais c’est en fait pour s’assurer que personne ne fait de bruit à la sortie et donc ne pas attirer l’attention des voisins et des flics. Il n’y a pas d’horaire de fermeture, ça finit quand la dernière personne part. La recette du bar est partagée par le propriétaire des lieux, l’organisateur de la soirée et ses potes qui sont venus l’aider. Cette offre comble tous les goûts et les porte-monnaie.

Tu veux aller danser ? A 2h commencent la queue pour rentrer en boîte, et ce jusqu’à 4h. 2h30/3h est la bonne heure pour rentrer. Tu rentreras toujours, même si tu n’es qu’un groupe de mecs, même si tu n’as pas le look à la dernière page. J’ai entendu parler seulement de 2 boîtes dans tout Buenos Aires avec un « physio » qui décide de te faire rentrer ou pas. Oui certaines ont des colosses à l’entrée mais qui s’en tiennent à la sécurité et pas au contrôle de faciès ou de tes chaussures. Ou tu iras dans ces bars dansants dont certains sont gratuits ou moins chers que les boîtes. Les uns comme les autres ferment à l’aube ou encore un peu plus tard. Tu passeras devant les discothèques / »boliches » de Palermo et trouveras normal que 50 personnes soient agglutinées devant l’antrée à 3.30 du matin. A 7h ou plus les gens rentrent chex eux.
A savoir que les boîtes, mis à part les boîtes électro les tubes internationaux classiques, du rock argentin et surout de la musique latino sud-américaine, reggaeton, cumbia et compagnie et 2/3 tubes brésiliens en fin de soirée. Elle ne passent aucunement les musiques actuelles alnlo-saxonnes que l’on écouteraient en France. Dans mon cas cela fait 3 ans que je n’ai aucune idée de ce qui se fait en Europe mis a part les 3 dernières chansons de David Guetta, un peu la honte 🙁
Ici les gens dansent, hommes comme femmes, les hommes ne sont pas cloués au bar comme chez nous.

Les boissons proposés de base sont : coca, bière, fernet coca cola. Le fernet cola est LA boisson indispensable à la nuit argentine. Dans les boîtes et bars plus évolués on sert les autres alcools les cocktails classiques

Tu veux acheter des cigarettes ? Pas de problème tu trouveras un « kiosco » ouvert toute la nuit, à 500 m maximum de là où tu es.

Tu veux te déplacer ? des centaines de lignes de bus fonctionnent 24h24 et quadrillent la ville. Coût du bus et du métro : 1.25 pesos par trajet, soit 20 centimes d’euros grâce à l’Etat argentin et la ville de Buenos Aires qui suvbventionne les transports. Les bus sont pris par tout le monde est est à moitié plein toute la nuit. Tu ne te sens aucunement en danger.
Tu veux prendre un taxi ? Dans les rues ou avenues passantes le temps d’attente est d’une minute au grand max, 24h24, et les prix en proportion sont une blague en comparaison de Paris, Londres… Tu t’habitueras au trafic, klaxons et aux embouteillages à 4h du matin sur l’avenue Corrientes ou Cordoba, ou dans les rues de Palermo. Comme tu peux te déplacer très facilement dans la ville et que tu peux rentrer dans beaucoup d’endroits sans payer, tu pourras aller dans 2 ou 3 lieux aisément dans la même soirée. Tu quittes sans peine un endroit puisque tu as d’autres alternatives gratuites ou pas chères si tu veux. Du coups les gens se mélangent et chaque lieu brasse des publics différents .

Le samedi matin à l’aube, vers les 06h/7h, quand tu rentres chez toi tu t’endors fatigué forcément mais content/e.Les nuits de Buenos Aires ont ce goût de liberté unique et tu penses en t’endormant que, comme le dit un dicton célèbre ici, « en Europa no se consigue ».
Dans mon cas personnel j’ai pas pu dormir ce matin avant de raconter tout ça. Maintenant il est 7h, Buenos Aires s’éveille et il est temps d’aller dormir !

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥