Archives du mot-clé Buenos Aires

La Villa 31, un des plus grands quartiers de bidonvilles de Buenos Aires

Un moment étrange la semaine dernière, dans le train de la ligne San Martin entre la station de Retiro et celle de Palermo, en plein centre de Buenos Aires. J’allais filmer le chanteur de folklore puis j’ai été happée par la vision des bidonvilles de la Villa 31 qui défilait sous mes yeux.

Le contraste entre la bande sonore et les images m’a troublée. Fruit du hasard, si j’avais été assise de l’autre côté du train, j’aurais filmé les beaux immeubles de Recoleta.

L’Argentine et ses extrêmes…

Pour en savoir plus sur le quartier de la Villa 31
en espagnol : http://es.wikipedia.org/wiki/Villa_31
http://es.wikipedia.org/wiki/Carlos_Mugica

en français : http://www.liberation.fr/monde/2014/08/31/buenos-aires-villas-au-bord-de-l-amer_1090853

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton

Le déclic, ou le jour où j’ai décidé de vivre en Argentine

 

 

Parfois il suffit de peu de choses, un déclic, un signe que l’on interprète dans le sens qui nous arrange, un destin qui nous semble tracé mais que nous dessinons nous-mêmes, finalement. Ce jour-là, le 15 août 2008, il y aura bientôt 6 ans de cela, j’ai vu une invitation, un appel, un panneau qui me disait « bienvenida ».  Je finissais mes courtes vacances de 2 petites semaines à Buenos Aires. C’était mon deuxième séjour en Argentine, et je me sentais en réalité « toute chose ». La première semaine avait été intense en retrouvailles et sorties nocturnes. La deuxième avait été plutôt mélancolique, anxieuse, avec des idées saugrenues qui m’assaillaient l’esprit, des questions bizarres du style « Et si je revenais à Buenos Aires pour de bon ? Cap ou pas cap ? ». Je m’apprêtais à retrouver à contre-coeur ma vie française, mes collègues, mon appartement, ma vie toulousaine un peu trop rose fané à mon goût. 30 ans c’était finalement bien jeune pour se résigner, non ?

Ce matin-là, le jour même de mon départ et à quelques heures de mon vol retour vers la France, je décidai de visiter l‘hôtel des immigrants, un bâtiment historique de 4 étages qui accueillit des milliers et des milliers de candidats à l’immigration de 1911 à 1953 (plus de 500 000, je cherche encore le chiffre exact). J’avais entendu parler de ce lieu et son histoire me semblait fascinante, comme celle d’Ellis Island à New York. Ce bâtiment étant reconverti en musée, je partis en cette journée d’hiver fraîche mais ensoleillée en direction du quartier de Retiro, toute curieuse de le découvrir. Sans le connaître encore, je devinais que je me rendais dans un lieu unique. J’avais la sensation de faire un pélerinage dans la maternité d’un pays, la salle d’accouchement d’un peuple dont les générations se comptent encore sur les doigts d’une seule main, chez une nounou qui aurait nourri tous ces aventuriers débarqués de paquebots avec la faim au ventre et des rêves de meilleure vie dans le coeur.

Argentine une terre à peupler, un Eldorado à conquérir pour ces hommes et ces femmes du vieux monde. A leur arrivée au port, une équipe de douaniers montait directement à bord des bateaux et vérifiait l’identité de chacun avant d’autoriser le débarquement. Un contrôle sanitaire se faisait également à bord. Après un contrôle des bagages les immigrants étaient dirigés vers les bureaux de travail destinés à faciliter leur recherche d’emploi et leur transfert sur le lieu de travail (Buenos Aires, province etc). On enseignait aux hommes l’usage de machines agricoles, les tâches domestiques aux femmes. Des interprètes étaient présents. On délivrait des papiers d’identité provisoires. Banco Nacion faisait des opérations de change. Un hôpital était également prévu pour soigner les éventuelles maladies dûes à la mauvaise alimentation et aux pénuries durant le voyage. Entre 1880 et 1930, l’immigration vers l’Argentine fut inférieure à celle en partance pour les Etats-Unis, mais en proportion par rapport à la population locale existante, de toute les Amériques c’est l’Argentine qui reçut la plus forte vague d’arrivée d’étrangers. Au recensement de 1914, soit il y a exactement un siècle, un tiers de la population de Buenos Aires était composésd’hommes et de femmes venus d’ailleurs. A 70 % d’Espagne et d’Italie, les 30 % restants de France (en 3ème position), Pologne, Russie, Arménie, Syrie etc.

15792533

L’hotel de los Inmigrantes, lui, comptait un immense réfectoire et des cuisines au rez-de-chaussée. Dans les étages des dortoirs étaient répartis par sexe, femmes et enfants au 1° etage, époux au 2°, hommes célibataires au 3°. Trois mille personnes pouvaient y être logées simultanément, hommes femmes et enfants. Petit déjeuner, déjeuner, goûter pour les enfants et dîner, toute une organisation était rodée pour offrir tous les repas à différents horaires par groupe de 1.000 personnes. Chaque nouvel arrivant avait le droit de rester 5 jours, gratuitement, et davantage s’il n’avait pas trouvé d’emploi. La majorité restait environ 2 semaines. L’histoire prouve que l’Argentine ne tint pas toute ses promesses car au fil des années la moitié des migrants revinrent finalement sur leur terre d’origine. Mais un siècle plus tard, combien de migrants, de Lampedusa, de Tijuana et d’ailleurs, rêveraient de pouvoir tenter leur chance dans de telles conditions ? Quel autre endroit au monde, avec Ellis Island aux Etats-Unis, a pu concentrer autant d’origines géographiques, de destins, d’espoir, de peur, de fatigue, de soulagement, de tristesse pour la terre et les familles laissées au pays, de courage, de rage de vaincre, d’esprit d’aventure ? Quelles pensées devaient s’échapper de ces dortoirs le soir venu, une fois la lumière éteinte ? Personnellement, tous les migrants de tous les temps me fascinent, leur histoire, leur déclic du départ, leur prise de risque, leur nouvelle vie, leurs joies et leurs désillusions.

Je rentrai donc dans le musée, enfin, je le croyais, mais la première salle que j’ai entrouverte était en réalité le bureau de Migraciones. Migraciones, salle où je me rendrai tant de fois pour mon visa de travail durant les années suivantes et mot que je prononcerai mille fois par la suite, souvent en soupirant. Mais cela je l’ignorais encore. J’ai jeté un oeil, curieuse, sur ces candidats qui avaient choisi d’émigrer dans un pays au drapeau bleu et blanc et un soleil souriant en son milieu. Avec le recul, j’aurais dû deviner que ça me ferait tomber dans le panneau, le coup du soleil souriant… J’ai finalement passé un porche, traversé une grande cour, pour finalement accéder à l’hôtel.

DSC01985


La salle du rez-de-chaussée,
l’ancien réfectoire, était visiblement occupée par une réunion. J’aperçus un panneau qui mentionnait le nom de diverses associations italiennes de Buenos Aires. Cela semblait être une sorte de congrès, des chaises étaient installées, un video-projecteur, j’ai eu l’impression de déranger et je me suis vite engouffrée dans l’unique salle du musée. J’attendais mille et une merveilles, des objets d’époque exposés, une visite des étages… Que nenni. J’ai seulement pu voir  quelques reliques et surtout des photos d’époques et des panneaux qui relataient des histoires de plusieurs familles d’immigrants. J’ai passé environ une heure dans cette salle de musée déserte, temps amplement suffisant ( je crois que le musée est maintenant bien mieux présenté mais il faudra que j’aille vérifier cela par moi-même). Puis je repris le chemin de la sortie, bizarrement attirée par une bonne odeur qui chatouillait mes narines.

Photo d'époque, copyright Direccion National de Migraciones
Photo d’époque, copyright Direccion National de Migraciones

Je ne rêvais pas, le temps de ma visite, l’ancien réfectoire s’était littéralement reconverti en réfectoire. Les personnes qui assistaient à la réunion étaient en train de faire une file vers une large table où des cuisinières servaient des plats chauds. Un vrai service de restauration à leur disposition… et du coup à la mienne par la même occasion ! Ceux qui me connaissent savent que je ne refuse jamais un bon plat. C’est donc tout naturellement que j’ai rejoint la file et fait mine d’assister moi aussi d’appartenir à ces associations italiennes. Ni vue ni connue, j’ai remercié les cuisinières et je me suis assise sur un long banc, un peu à l’écart, pour déguster tranquillement ce déjeuner cadeau surprise. Puis j’ai levé les yeux, et j’ai vu cela, cette image qui occupait tout le mur latéral du réfectoire, cette photo prise à l’époque lorsque l’hôtel de los Inmigrantes servait à manger à des milliers d’hommes et de femmes venus commencer une nouvelle vie en Argentine.

museo-del-inmigrante-comedor DSC01986

Je regardai de nouveau mon assiette, puis la photo, et je me suis vue, moi la Française pourrie gâtée du 21ème siècle, aucunement comparable avec ces vrais aventuriers, mais aspirante elle aussi à une nouvelle vie. Je me retrouvais fortuitement et gracieusement nourrie par l’Argentine, dans cette salle chargée d’histoire, avec un bon plat chaud au milieu de l’hiver porteño, face à la photo des premiers immigrants attablés dans ce même réfectoire. Et le déclic s’est produit. L’Argentine ce jour-là m’envoya un grand BIENVENIDA. Le soir je partis à l’aéroport, soulagée, le sourire aux lèvres, ma décision prise, et je me fendis d’un « hasta pronto » au douanier qui m’apposa un tampon Argentina sur mon passeport. Des tampons comme celui-là,  il y en aurait beaucoup encore, et cela je le savais déjà.

PS 1 – Depuis 6 ans, cette histoire, je l’ai racontée à plusieurs de mes amis porteños, et je ne comprends pas qu’ils ne connaissent pas l’existence de ce bâtiment, ou qu’ils en aient à peine entendu parler. Pourtant certains de leur grands-parents ou arrière grands-parents sont peut être passés par là et ils l’ignorent, comble de l’histoire.
PS 2 – A l’Hôtel de los Inmigrantes un bureau est à disposition de ceux qui recherchent la trace de l’arrivée de leurs ancêtres à Buenos Aires. Et ça marche ! Avec l’année de naissance, un nom et un prénom, à partir d’une certaine date toutes les personnes ayant désembarqué ont été répertoriées et on peut même se faire imprimer une copie de l’acte d’arrivée de son ancêtre.
PS 3 – Pour la petite histoire, lors de mon dernier passage à Migraciones en mars 2014, j’ai constaté que l’ex-réfectoire a été reconverti en de nouveaux bureaux de Migraciones. Et maintenant cette salle accueille les migrants latinos, asiatiques et africains. L’histoire est un éternel recommencement !
PS 4 – A l’heure où l’Argentine est soi-disant en « default »,  je tiens à souligner la qualité que j’admire le plus chez elle, c’est à dire sa politique migratoire, ouverte et généreuse comme il en existe peu dans le monde. L’Argentine aurait bien des leçons à donner en la matière à ceux qui lui en donnent en finances. Pour preuve ce panneau qui trône au-dessus du bâtiment de Migraciones. J’ai pris cette photo le jour où j’ai obtenu ma résidence permanente.
« Pour tous les hommes du monde qui veulent habiter le sol argentin » extrait du préambule de la constitution argentine
Nos, los Representantes del pueblo de la Confederacion Argentina, reunidos en Congreso General Constituyente por voluntad y eleccion de las Provincias que la componen, en cumplimiento de pactos preexistentes, con el objeto de constituir la union nacional, afianzar la justicia, consolidar la paz interior, proveer á la defensa comun, promover el bienestar general , y asegurar los beneficios de la libertad para nosotros, para nuestra posteridad, y para todos los hombres del mundo que quieran habitar el suelo argentino: invocando la proteccion de Dios, fuente de toda razon y justicia: ordenamos, decretamos y establecemos esta Constitucion para la Confederacion Argentina.

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

IMG_1585

Pour en savoir plus :

– http://www.argentina.gob.ar/pais/poblacion/49-inmigraci%C3%B3n.php

hotel de los Inmigrantes / wikipedia

– http://buenosairesconnect.com/hotel-immigrants-histoire-argentine/

nos ancêtres les gascons

– http://www.histoire-tango.fr/grands%20themes/immigration%20argentine.htm

Nationalités en Argentine – https://argentin.wordpress.com/tag/immigration/

– http://www.sciencespo.fr/opalc/content/prologue-i-l-immigration-europeenne-en-argentine-un-phenomene-controverse

– http://fr.wikipedia.org/wiki/Franco-Argentins

Lire entre les lignes en Argentine ou ce que Google Translator ne te dira jamais

aprender-castellano

 

Qui aime bien châtie bien comme on dit, et comme je n’ai plus à prouver que j’aime l’Argentine depuis le premier jour, je m’auto-proclame le droit de charrier un peu les autochtones. Après les 3 expressions foutages de gueule, j’étais un peu restée sur ma faim… alors j’ai eu envie de recommencer de plus belle. C’est parti mon kiki.

 

SALUTATIONS Je reprends ici certaines expressions déjà utilisées dans le Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques
Hola linda ! = Hola ma jolie = Hola
Hola linda ! como te extrañe ! = Hola, comme tu m’as manqué = Hola
Hola linda ! te queda divino este vestido = Hola, cette robe te va super bien
= Hola, ta robe me donne envie de la soulever

 

DRAGUE
Hola ! de donde sos ?  = Hola, d’où viens tu ?
= Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento = Tu parles très bien espagnol
= Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? = Combien de temps restes-tu en Argentine ?
= Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
Y te gusta Argentina ? = L’Argentine te plaît ?
= S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
Y que te gusta de Argentina ? = Qu’est-ce que tu aimes en Argentine ?
= Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
Y como te tratan, bien ? = Comment mes compatriotes t’accueillent-ils, bien ?
= Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ?  (Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)
Sos una buena mina / Tu es adorable
= Tu es adorable mais il ne va rien se passer de plus entre nous
Estas buena = Tu es sexy/bonne (d’où la méga-importance entre « ser buena » y « estar buena »)
Te acompaño hasta tu puerta = Je t’accompagne jusqu’à ta porte
= Je t’accompagne jusqu’à ta porte genre je suis galant mais je tenterai une fois de plus devant ton palier
Tomas mate ¿ Queres venir a casa a tomar uno ¿ = Tu bois du maté, tu veux venir en boire un à la maison ¿
= Invitation déguisée pour te faire aller chez lui/elle. (Je me demande encore s’il reste une seule étrangère à Buenos Aires à qui on n’ait pas fait le coup du maté à la maison)

 

ARGENT
A cuanto me haces el dollar ? = à quel taux tu me fais le dollar ?
= à combien de pesos tu me vends le dollar au marché parallèle et de combien tu comptes m’enfler sur une échelle de 1 à 5. Si la réponse est « Mira…. » ça sent déjà mauvais cette histoire.
Estoy sin un mango, estoy en rojo, estoy en pelotas = je n’ai plus d’argent

 

HORAIRES et REPAS/PREVIAS/SOIREES
Nos vemos mañana si o si = On se voit demain dans tous les cas
= Rappelle moi demain pour confirmer
Tipo 7
> vers 7 heures = A partir de 8h30
Venis a comer a casa ¿ = Tu viens manger à la maison ?
= tu viens manger à la maison à partir de 13h30 (déjeuner) ou 21h30 (dîner)?
Venis para el asado ¿ = Tu viens pour le barbecue ?
= flou artistique total se faire toujours préciser l’horaire
Hacemos una previa en casa = on fait une pré-fiesta chez moi
= Ramène-toi avec des bouteilles, on va boire de 22h à 24h, avant de sortir dans les bars
Salimos en boliche = On va en boîte
= Entrée prévue en boîte entre 2h et 3h30 du matin, en gros, fais une sieste comme les argentins de 20h à 22h
Pedimos para comer = On se fait livrer ?
= On se fait livrer de la pizza ou des empanadas?
Tengo hambre = j’ai faim
= tu ne vas pas me nourrir d’une salade et j’ai besoin de viande grillée ou de milanesa
Tengo ganas de postre = j’ai envie d’un dessert
= J’ai envie d’un flan au dulce de leche, seul dessert que je connaisse en fait
No me gusta el pescado = Je n’aime pas le poisson
= Je n’ai pas besoin d’avoir goûté le poisson une fois dans ma vie pour savoir que je préfère la viande
Quiero una guarnicion = Je veux un accompagnement avec ma viande
= Je veux des frites ou de la salade avec ma viande et j’ignore de toute façon s’il existe d’autres alternatives
Tengo ganas de un helado = J’ai envie d’une glace
= je veux mon quart de kilo de glace à moi tout(e) seule et je ne compte évidemment pas le partager
A mi no me gusta el picante = je n’aime pas le piquant
= je n’aime pas le piquant et mon expérience en la matière s’arrête de toute façon au chimichuri
Que queres tomar ? = Que veux tu boire ?
= Que veux tu boire ? Il y a de la bière Quilmès, du Fernet avec du coca cola, au choix.

 

AMBIANCE au TRAVAIL 
Buenisimo = Fanstastique = c’est bien
Sos un capo
= Tu es un as = c’est bien
Nos llego una carta del AFIP =
On a reçu un courrier des impôts = alerte générale
Viene un inspector del AFIP =
Un inspecteur des impôts va venir = sauve qui peut !

 

ETUDES
Estudio psychologia, cine, teatro ect = J’étudie la psycho, le cinéma, le théâtre
Tout d’abord, non, tu n’as pas forcément en face de toi un post-pubère de 18 à 25 ans, non, l’autochtone en question peut avoir 40 piges. A Buenos Aires on étudie de tout et toute sa vie, toutes les matières s’enseignent de jour comme en soirée. En gros ici l’inculture n’est pas pardonnable. « Estudio » veut dire que tu vas à la fac 3 fois par semaine le soir après le travail ou que tu prends des cours sur tes temps de loisirs 2 heures par semaines. Donc « estudiar » est à « relativizar », capito ? Ce point éclairci, passons aux sujets des études. Tu remarqueras dans tes conversations une forte recrudescence de sciences humaines : sociologie, psychologie, et de matières artistiques : cinéma, théâtre…. Bienvenue en Argentine. C’est hyyyyyper à la mode à Buenos Aires de prendre des cours de théâtre, de cirque, de clown, de tout ce qui peut paraître singulier et original, et bien sûr de langues. Autour de moi  j’en connais 2 qui étudient le russe, et juste pour l’amour de l’art. En revanche, je n’ai jamais encore entendu quelqu’un me dire qu’il prenait des cours de physique ou de mathématiques. Sûrement pas assez funky.

 

LOISIRS / PROFESSION
Tu auras l’impression en arrivant à Buenos Aires d’être un gros/se nul/le. C’est normal, à les entendre tu as l’impression que tout le monde
– est multi-casquette,
– étudie 2  filières universitaires à la fois : genre droit + psycho ou histoire + psycho (beaucoup de psycho toujours, ça fera l’objet d’un prochain billet)
– a 2 métiers : agent d’assurances + photographe, chef + réalisateur de ciné.
– a plusieurs talents dont il semble vivre : « soy fotografo y guitarista » ou « soy profe de yoga y actriz… »
Tu te diras du coup que tu n’es finalement qu’un gros naze à n’avoir étudié que la mécanique, que l’hôtellerie ou que les sciences. Même en cherchant bien tu ne te souviendras plus de  la dernière fois où tu as exercé un quelconque talent artistique (la vidéo pourrie que tu as réalisée au mariage de ton cousin ne compte pas, non). Tu comptes d’ailleurs bientôt faire un procès à tes parents. C’est vrai quoi, ils auraient dû te mettre à l’école du cirque, à la guitare et en cours d’art plastique tout en même temps  dès 6 ans et tu serais peut être arrivé/e à la cheville des Argentins, ces surdoués de la life. Alors je t’arrête tout de suite, halte-là l’auto-lynchage, reprenons du début.
– Soy fotografo = je suis photographe = j’aime prendre des photos et j’ai un appareil qui va bien. A ne pas confondre avec la version française : je suis photographe et j’en vis. Tu vois la nuance ? En France on relie l’art à l’argent et à sa capacité à remplir son frigo. En Argentine on revendique un goût pour un art et on le fait sien. Dans beaucoup de cas, la seule fois que le soit-disant photographe a vendu donné une de ses « œuvres », c’était pour le journal du lycée, tu vois le délire ? Bon j’exagère un brin peut-être mais l’idée est là quand même. En plus, par chance, la part de subjectivité est quand même énorme en photo, un peu de chamuyo et on te fait croire que tu parles à un/e avant-gardiste.  
– Soy guitarista
= je suis guitariste. Là encore, on parle de loisirs. Comprendre, à 90% de probabilité : je joue avec mes potes du lycée tous les samedis après midi et on fait 5 dates par an (pour les anniversaires des gars du groupe)
– Soy escritor = je suis écrivain = j’ai un blog sur lequel j’écris et toute ma famille me lit
– Soy artista = je suis un/artiste = je n’ai pas beaucoup de blé, ne t’enflamme pas poulette, on ira davantage au bar qu’au resto.

Enfin, pour clore le sujet, si tu dois faire un CV en Argentine, souviens-toi, ici tout le mode prétend être Musclor ou SuperWoman alors vas-y balance la sauce et argentinise-toi 🙂
ps : retrouvez ici un très bon article de Chmily sur le même sujet

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

Le syndrome du retour annuel en France

meme

 

J’avais déjà commencé ici quelques réflexions sur l’expatriation. Aujourd’hui je souhaitais explorer le rapport à la mère patrie, selon la distance avec le pays d’adoption. Je sens souvent que ma vie d’expatriée en Amérique du sud n’a strictement rien à voir avec  celle de mes amis expatriés en Europe. L’expatriation à 2 heures d’avion, c’est l’expatriation light, c’est avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier. Tu troques les parisiens têtes de chien pour les belges sympas à Bruxelles, les anglais relax à Londres ou les tapas à Madrid. Tu rentres au pays plusieurs fois par an, tu connais les horaires d’Easyjet par coeur. Et en plus tu as droit au foie gras à Noël en famille. Veinard, je t’envie en fait.

L’expatriation longue distance (à une journée d’avion), tout de suite, change la donne. Pour rentrer au pays tu dois t’organiser, prendre des vacances, voir la totalité de tes congés de l’année. Tu oublies l’improvisation, la spontanéité, le coup de tête, le « et si je partais ce week-end ? ».  A toi l’anticipation, l’agenda dans une main et la carte de France dans l’autre. Tout ce que tu aimes… Car oui, quand tu es expatrié longue distance tu passes tes vacances en France presque à tous les coups. Tu savais pas ? Dommage… :-)Toi qui partais à l’étranger pour voyager et voir du pays, ben on t’a menti en fait. Surtout, en cas de grosse frustration de passer 2 semaines en Creuse, ne pas écouter les récits de tes amis qui sont restés vivre en France mais qui ont fait 3 voyages dans l’année grâce à leur 42 jours de RTT. Non, non, pas bon, ceux-là évite-les.

L’expatriation longue distance version « occidentale », par exemple aux Etats-Unis, au Japon, à Singapour ou à Dubaï, c’est à dire dans des pays avec une monnaie et une économie stable, peut te donner un bon « pouvoir d’achat de billet d’avion » qui te permettra peut-être de rentrer 2 fois dans l’année. A voir.

A contrario, l’expatriation longue distance version « pour l’amour du risque », c’est à dire dans un pays « en voie de développement » où tu gagnes 800 euros par mois, ne te donnera qu’une occasion par an d’aller en France. Et encore, c’est pas gagné, tout dépend de la configuration. Bien des familles ne peuvent pas payer 4 billets d’avion par an pour l’Europe. Quand on combine comme moi l’équation Amérique du sud + économie couci-couça + dévaluation de peso à fond les ballons, on se demande comment on fera l’année prochaine. Puis on arrête d’y penser parce qu’à quoi bon. 

Le syndrome du retour annuel en France… Je pense sincèrement qu’il faut avoir une fois dans sa vie quitté son pays et ses proches pendant 12 mois pour comprendre ce qui arrive à l’expatrié longue distance avant, pendant et après ce retour au pays. Mais je vais tout de même tenter de l’expliquer ici.

Pendant l’année, beaucoup de choses se passent au pays en ton absence :  mariages, naissances, obsèques, week-end retrouvailles de tes potes qui sont tous sur la photo sauf toi. Tu as beau suivre, liker et commenter les heureux événements sur Facebook, envoyer des messages, des mails, skyper, viberiser, whatsapper, il n’empêche, t’es pas là. Et il en sera ainsi tant qu’on aura pas inventé la télétransportation, donc en attendant habitue-toi et fais avec.

A J-1 mois du départ en France se produit un savant cocktail d’excitation, de joie, d’anxiété, de décompte jusqu’au moment où l’on monte dans l’avion.  Ces semaines avant le départ sont consacrées à l’organisation à distance des vacances, qui voir et où. Mentalement, dans mon cas du moins, je suis déjà en France et plus trop déjà à Buenos Aires. Ou disons que je suis dans l’avion exactement, ni dans un pays ni dans l’autre. Un no man’s land, un temps pendant lequel tout m’est un peu égal car dans x jours « JE RENTRE EN FRANCE » !

En France, lorsque finalement tu foules  le sol de la mère-patrie, c’est le comité d’accueil à l’aéroport, la séquence émotion, le quart d’heure de gloire, les effusions et les embrassades avec tes proches. De très forts moments, des larmes à l’oeil. Le sentiment d’être la star. Illustration concrète, ma mère me prend chaque année en photo à l’aéroport le jour de mon retour, quand elle me voit au loin pousser mon chariot avec mes valises. Sic.  Mais que puis-je faire ? Respirer le cou de sa maman au bout d’un an, ça n’a pas de prix.

Une fois l’émotion passée, en regardant de plus près ceux qui sont venus te chercher, tu observes des cheveux blancs qui n’étaient pas là l’année d’avant, des rides autour des yeux qui te rappellent que tes parents ne rajeunissent pas, pas plus que tes amis d’ailleurs, et pas plus que toi, du coup.
Le syndrome du retour annuel en France est alors à son paroxysme pendant ces quelques semaines. Voici quelques symptômes récurrents:
– la sensation que le temps passe trèèèès vite, du coup tu penses qu’en ne dormant pas la nuit tu doubles la durée de tes vacances. Pas bête, mais tu ne tiens pas plus d’une semaine. La solution : profite de chaque seconde.
– des pics d’émotion , de joie et de crise de pleurs tristesse un peu incontrôlables, qui peuvent te faire passer pour un/e déséquilibré/e. Mais on t’aime comme tu es donc un kleenex et ça repart.
– des situations irréalistes comme des retrouvailles et des adieux à quelques heures d’intervalle avec les mêmes personnes, le temps d’un dîner en fait.
– des phrases surréalistes comme « à l’année prochaine » alors qu’on est encore en juillet.
– des tentatives de rattraper 12 mois ou 24 mois en une soirée, pauvres naïf/ve que tu es. Tu demandes à tes amis de te faire un petit résumé de leur vie, exercice que tu fais à ton tour. « Alors voilà l’année dernière, j’ai changé d’appart, de mec et de boulot, et ça va bien. Et toi ? Euh pardon, et vous ? »
– des hallucinations de voir tes copines encore célibataires l’année dernière te parler mariage avec l’heureux élu à côté que tu vois pour la première fois
– d’autres hallucination, celles de voir des bébés qui n’étaient même pas encore conçus lorsque tu avais vu ses parents l’année d’avant.
Souviens-toi le paragraphe plus haut, pendant l’année, tu étais loin, et il s’en est passé des choses, mais sans toi.

Au retour dans ton pays d’adoption, effet Duracell.

Tu as la sensation d’avoir rechargé les batteries, tu es souvent même content de revenir et de retrouver ton chez toi. Tu n’as eu que le bon de la France, la famille réunie pour l’occasion, les fêtes de Noël ou les vacances d’été. C’est reparti mon kiki pour une autre année. Tu kiffes ta vie d’expatrié… jusqu’au prochain coup de blues. Reprendre alors la lecture à partir de « Pendant l’année »…

Et vous, ça vous fait quoi l’expatriation ?

ps : Mes autres billets sur l’expatriation sont ici

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

Mundial 2014 – Pensées sur le foot made in Argentina

Destino Buenos Aires

Avec les années on prend l’Argentine pour acquise, on pense qu’on la connaît par coeur et qu’elle ne peut plus nous surprendre… Sauf que  le Mundial ranime les passions, un peu comme une lune de miel à laquelle on ne s’attendait pas.  Et lorsque ces 7 lettres résonnent dans les conversations, c’est l’esprit argentin qui resurgit comme jamais.

L’Argentine n’a pas la meilleure équipe, mais avec le Brésil je pense que c’est celle qui la défend le mieux. Durant ce mois le patriotisme footballistique est injecté en intra-veineuse à tous les argentins, à n’importe quelle heure de la journée : une conversation avec des amis, la presse, les images à la télé, les commentaires à la radio, les pubs faites spécialement pour le Mundial par les grandes marques, des messages, gags et blagues sur internet. Les couleurs du drapeau, omniprésentes, les drapeaux qui flottent aux balcons. Les enfants qui portent déjà le maillot en guise de tee-shirt, 1 mois avant. Football, Mundial, Messi, Di Maria, Lavezzi, Fantino, Iran, Suisse, Brésil, Maradonna, des mots vus, lus, entendus, écoutés et répétés tant de fois, comme si tout le reste n’existait pas. C’est merveilleux, c’est à croire qu’en juin/juillet il n’y a pas eu d’inflation et plus de problème avec les fonds vautour. Nous vivons en ce moment dans un monde blanc et bleu, avec un soleil au milieu.  Tout n’est que football, Quilmes, asados et célébrations. Pendant 4 semaines, tous les 4 ans, tout un peuple est suspendu à un ballon rond. Et il adore ça.

Le football, c’est avant, pendant et après le match. C’est une influence 24h24. C’est les magasins qui ferment 1h avant les matches parce que le business reste moins fort que ce sport. C’est le trafic de voitures qu devient inexistant. C’est les réunions qui sautent, les cours qui s’annulent. C’est un stress latent, des prédictions, des paris, des « Où vas-tu regarder le match ? », « Avec qui ? ». Le lieu et la compagnie, rien n’est laissé au hasard.

Pendant les matches, je souffre à l’unisson, jure, insulte, exulte et hurle en parfaite synchronisation. La passion des argentins pour le foot est très contagieuse. Leur équipe me fait me ronger tous les ongles quand Messi attend la 88ème minute avant de marquer le but contre l’Iran, ou quand Di Maria attend les 3 dernières minutes avant les tirs au but pour marquer contre la Suisse.  Pendant ce temps-là, les chats et les chiens se cachent sous les lits, terrassés de peur par les cris.

Séquence filmée à Buenos Aires lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre la Suisse hier.

J’aime leur enthousiasme, leur joie, leurs chansons. J’aime leurs colères, leurs insultes, leur passion. Parce que le football fait ressortir les enfants qui sommeillent en eux, parce qu’ils s’abandonnent complètement, parce que l’équipe représente leur pays, exulte leur fierté, leur honneur. Parce qu’un but marqué leur donne des souvenirs et de la joie pendant 4 ans en attendant le prochain Mundial.

Commentaires du célèbre journaliste sportif argentin Fantino,  lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre l’Iran

Commentaires de Fantino,  lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre la Suisse

Commentaires de Fantino,  lorsque l’équipe d’Argentine marqua contre la Belgique

Quant aux brésiliens, je les maudis lorsqu’ils affichent les couleurs des équipes adverses à l’Argentine. Ce rapport de force Argentine/Brésil, cette concurrence de deux géants sud-américains et quasi-voisins touche à son paroxysme cette année avec un Mundial côté brésilien. Côté Brésil, la défaite est tout simplement inenvisageable mais si défaite il y a, l’humiliation suprême serait que ce soit les Argentins qui remportent la coupe. Côté argentin, une victoire volée aux brésiliens serait un jour qui deviendrait férié et  jour national ! Que dire des milliers d’argentins qui ont littéralement envahi les villes où se jouaient les matches de l’Argentine et qui ont carrément inventé une chanson « Brazil decime que se siente » pour narguer les brésiliens ?

Le jour d’après les matches, vient le moment du debriefing et des blagues. Comme après la nomination du pape François, la créativité et l’humour argentin envahissent la toile en moins de 24 heures. 996132_524396934357020_5043702493510749293_n 10448829_10203190370912612_1614683485688662816_n 10456054_524397027690344_1860882517589659098_n 10510312_10152345537784219_1515630128_n 10487368_723473481023410_5553406383433204024_n
Le football made in Argentina, ça marche même à distance, depuis la France. Quand les bars argentins réunissent leurs compatriotes et que durant 90mn on se sent comme au pays, sur cette terre du bout du monde.

Séquence filmée au bar argentin « Volver » à Paris lors du match de l’équipe d’Argentine  contre la Suisse hier

En conclusion, je reprendrais simplement les mots d’un chroniqueur de foot qui a écrit aujourd’hui : « Personne ne les aime, personne ne les admire. Leur huitième finale contre la Suisse ne méritait pas qu’on en fasse des favoris à la victoire finale. Mais les Argentins s’en fichent, ils sont déjà champions du monde. Du style. »

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥