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De l’importance du feu pour un Argentin (et d’être autorisé à en faire en pays étranger)

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Mon ami argentin Roberto vit en France à Toulouse depuis une dizaine d’années. La faute à un voyage organisé avec ses amis de Buenos Aires pour aller voir la Coupe du Monde 98 en France. La faute à une française rencontrée à Toulouse. La faute à l’amour, le voilà depuis Toulousain et papa.

Il est plutôt heureux en France mais par moment il a le spleen. Il me raconte qu’il y a des choses qui ne passent pas. Notre esprit parfois trop étriqué, le trop de cases, d’étiquettes, de règles, de routes à suivre déjà toutes tracées. Parfois il voudrait juste suivre sa propre voie, aller dans la même direction que les autres mais emprunter un sentier parallèle. Malheureusement ce n’est pas trop possible.

Une chose toute simple qui le rend heureux, c’est faire un feu sur sa terrasse. Pas mettre le feu, non, faire un feu, nuance, avec ou sans viande par-dessus d’ailleurs. Son bonheur tient à peu de choses finalement : quelques planches, des branches mortes, des cageots et éventuellement des feuilles de papier journal pour que ça prenne plus vite.

En Argentine le feu remplit différentes fonctions:

  • faire un asado et donc faire griller la viande de bœuf. C’est l’usage le plus connu. Capital pour un argentin un dimanche pour déjeuner, en Argentine et où qu’il soit dans le monde.
  • se réchauffer à l’extérieur par temps de froid. Idéal, romantique, efficace, authentique. Le feu peut se faire bien sûr aussi à l’intérieur d’une maison dans une cheminée mais en Argentine j’en ai surtout vu à l’extérieur
  • parfumer. L’uruguayen qui fait battre mon cœur (et partage comme tous ses compatriotes beaucoup de coutumes argentines) laisse parfois ses habits près du feu pour qu’ils en prennent l’odeur. Sic.
  • crâner. Le même, à la fin de l’asado, aime également mettre la graisse de la viande sur les flammes -> la fumée et l’odeur de grillade deviennent alors encore plus fortes -> on s’assure ainsi que les voisins ont bien compris qu’il y avait un asado chez nous -> fierté de l’asador
    NB : ASADOR : terme qui désigne celui qui fait l’asado. Peut être une féminin, ma copine aux nouvaux seins est d’ailleurs une asador de puta madre mais c’est plus rare. On a l’habitude d’applaudir l’asador en début ou fin de repas en guise de remerciement « un aplauso para el asador »)
  • le plaisir

Le feu pour le PLAISIR

Ce dernier usage, si vous n’avez pas eu la chance comme moi d’être Scout (Eclaireuses de France pour être précise ie scoutisme laïc), peut sembler étrange, voire inutile, mais je vais tenter de vous expliquer le concept. Faire un feu est synonyme de fête, c’est le compagnon idéal pour célébrer le moment présent, communier avec la nature. Le feu apaise ceux qui le regardent, il les écoute, leur répond et les console avec le spectacle de ses flammes. Il se suffit à lui-même et ne nécessite pas de bande-sonore autre que des voix ou un grattement de guitare. Moi je l’aime silencieux, en fin de soirée, en petit comité.

Parfois le feu remplit plusieurs fonctions à la fois. On entretiendra les braises de l’asado pour se réchauffer après manger. Ou le feu nous réchauffe d’abord avant de devenir ensuite l’élément central de la fiesta. Je me souviens d’un nouvel an en Patagonie à Villa La Angostura près de Bariloche. Nous avions une magnifique maison pour rester au chaud mais durant toute la soirée, les conversations, les rires et les danses se sont finalement déroulés autour du feu, en manteau.

Ma théorie du feu 

J’ai souvent observé mes compagnons de feu argentins avec attendrissement. De tous les feux auxquels j’ai assistés, j’en ai déduit une théorie. L’argentin, surtout celui de province qui n’a pas grandi en appartement, entretient avec la nature un rapport différent de celui que nous avons en France. L’argentin vit dans un pays grand comme 5 fois le notre mais avec moitié-moins de population. Il a l’habitude des grands espaces, des no man’s land, des forêts, des lacs, des champs, des plaines, des collines et des montagnes A PERTE DE VUE. La nature est omniprésente, moins domptée, moins clôturée. Au cours de sa vie, l’argentin traverse les grands espaces de son pays durant des dizaines d’heures en bus ou en voiture.  Il ressent une sensation de vide, de liberté totale, loin de toute organisation, civilisation, ordre établi ou panneau d’interdiction. Quoi de mieux pour faire un feu ? De l’espace, de la liberté, de la convivialité… un cocktail difficilement imaginable pour nous, pauvre hexagonaux que nous sommes.

Le feu pour l’ASADO

En Argentine, le feu de l’asado est tout terrain. Dans la traditionnelle parilla (barbecue construit en dur) au fond du jardin, de la cour ou sur les toits des immeubles. Ou bien dans une parilla mobile (portative), ou bien dans un lieu improvisé, comme la rue (j’ai vu maintes dois des asados préparés sur les trottoirs à Buenos Aires), ou bien sur  un lopin de terre dans un jardin.

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Parilla dans la rue
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Parilla personnelle avec des braises en dessous dans un restaurant, pour que la viande reste chaude
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Taille astronomique d’un bife de chorizo

On notera également la créativité extrême de l’Argentin pour fabriquer une parilla en moins de deux : 2 briques, une grille récupérée d’un vieux four, et l’affaire est dans le sac. Toute fascination féminine face à la dextérité du mâle allumant un feu est évidemment hors contexte ici, mais elle est toutefois indéniable, j’en conviens.

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Mon copain Alejandro utilisant un sèche-cheveux pour raviver le feu de l’asado, dans la parilla de son immeuble. Toujours créatifs les Argentins…

L’asado se fait avec des braises un point c’est tout. Il va sans dire que l’Argentin n’utilisera pas de barbecue électrique, sinon sous la torture, car c’est contraire à sa religion. Ne parlons même pas d’essence, ça c’est pour nous, sauvages européens. Non, l’argentin sait faire un feu dans les règles de l’art, c’est comme ça.

L’asado se fait dans les restaurants qui servent de la viande, les parillas (qui ont le même nom des barbecue construits en dur, pour ceux qui suivent). Midi et soir. Chez soi, midi (version famille le week-end) et soir (version festif entre amis n’importe quel jour de la la semaine). D’où cette odeur de braises permanente et unique, si caractéristique de Buenos Aires et dont je parle dans ce billet : Les bruits et les odeurs de Buenos Aires

L’argentin qui se respecte aura l’impérieuse nécessité de faire brûler un feu une fois par semaine. Chose on ne peut plus banale en Argentine comme on l’a vu, mais très difficile en France pour qui n’a pas de jardin. Roberto, du coup, avec son appart en rez-de-jardin dans sa copropriété proprette toulousaine, ben il est dans la mouïse. A chaque asado qu’il improvise sur sa terrasse avec sa parilla faite maison, un voisin grognon se plaint. Il laisse des mots de réprimande qu’il affiche dans les espaces communs de l’immeuble. Parce que vous comprenez, c’est INTERDIT, et l’odeur de la fumée le dérange.

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Récemment le voisin s’est vraiment fâché et a même commencé à faire du porte à porte pour monter les autres voisins contre Roberto. Evidemment, si un quidam faisait un barbecue dans son jardin de l’autre côté de la rue, le voisin devrait la boucler car la fumée et les odeurs de grillade n’ont pas de frontière, pas plus que la bêtise humaine. Mais Roberto, lui, a la malchance de faire son feu dans le mauvais pays, du mauvais côté de la rue, là où il  interdit de se faire plaisir.

Pour démontrer sa buena onda et tenter se convertir ses voisin en Argentins, Roberto a écrit ce message. L’#ArgentinAttitude ne pourrait pas mieux se résumer, non ?

ps : Promis, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de la suite des événements dans la copropriété de Roberto.

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3 expressions argentines « foutage de gueule »

 

 

L’autre soir, avec des amis argentins dont certains vivent en France et étaient de passage à Buenos Aires, on a exploré ces expressions typiquement argentines bien « foutage de gueule » (pardonnez moi le manque de poésie), une autre facette bien rigolote de l’ArgentinAttitude. En voici 3, largement employées, pour décrire des situations socialement acceptées ici mais qui rendraient chèvre n’importe quel français en France.

 

« Me colgue », littéralement « je me suis pendu »
Comprendre « j’ai été dans un état de lévitation, songe ou rêverie tel que j’ai oublié le monde qui m’entourait. Expression utilisée pour dire

  • que tu es resté faire quelque chose pendant longtemps (tu as passé 2 heures dans la salle de bain)
  • ou que tu as tardé ou oublié de faire quelque chose. Et c’est dans ce contexte que cette expression me rend dingue. Ce quelque chose pouvant être un service que l’on devait rendre à quelqu’un, un travail que l’on devait remettre, un rendez-vous où l’on est arrivé en retard, ou que l’on a directement oublié, un coup de téléphone que l’on devait passer. En français avouer que l’on a oublié c’est déjà admettre une faute, ici dire « me colgue » est comme une justification de l’oubli.
    Application dans la vie de tous les jours
    « Me colgue mirando la tele, perdon »: comprendre mon film était bien plus intéressant que ce que j’avais à faire, c’est à dire venir te voir à 15h, du coup c’est pour cela que j’arrive à 16h.
    « Uy, me colgue, me olvide de darte la plata, perdon »: comprendre je te prends pour un(e) con(nne) et je veux te faire croire que pendant 15 jours j’ai oublié de te rendre l’argent que je te devais

 

« Se me complico », littéralement « les choses se sont compliquées »
Comprendre « j’ai eu des problèmes mais je ne vais pas m’abaisser à te les raconter ».
Expression socialement acceptée et qui se suffit à elle-même. Encore plus forte que « me colgue ». Là, quand on te dit ça, tu ne demandes même plus d’explication, voir limite tu vas demander à ton interlocuteur s’il va bien. Il est déjà d’ailleurs tout à fait pardonné, il n’a pas à s’expliquer sur ce qui lui est arrivé. Se le complico, pobrecito. Punto. Expression encore plus foutage de gueule que la précédente. Mais personne n’insiste pour demander ce qui s’est passé exactement. Marche à tous les coups, à dire avec un air triste pour bien faire pitié et faire croire que tu as enterré 3 grand-mères dans la même semaine.

 

« Se cayo el systema« , littéralement « le système (informatique) est tombé »
Comprendre « mon ordinateur rame, il y a un bug, je vais devoir redémarrer, je ne sais pas si ça va marcher après, mais dans le doute que je te dis « se cayo el systema » pour que tu rentres chez toi car j’ai pas envie d’avoir 10 clients qui attendent dans mon bureau ».
Cela arrive tous les jours à Buenos Aires, à la banque, lorsque tu viens payer une facture de gaz, électricité, à une billeterie de spectacle, dans n’importe quel magasin qui facture depuis un ordinateur. Quand on te dit ça, après 30 mn d’attente debout, sans climatisation, quand la transpiration commence à dessiner un petit ruisseau dans ton dos, tu peux

  • faire la française, gueuler pour te décharger, menacer de mettre le feu et rentrer chez toi.
  • ou bien faire à l’Argentine, plaisanter avec ton voisin dans la file que décidément c’est pas ta journée et rentrer chez toi.
    La solution 2 te prenant moins d’énergie, c’est bien évidemment celle qui est la plus répandue ici.

Cela ne viendra à l’esprit de personne de rester un peu dans le bureau en question pour voir si éventuellement le système informatique ne redémarre pas dans 5 mn. C’est socialement accepté que le problème ne sera pas résolu avant le lendemain et que donc il faut rentrer chez soi, c’est comme ça.

 

Conclusion, avec le temps, on s’argentinise, après s’être énervé contre ces expressions on apprend à les utiliser soi-même, et lorsqu’on voit que ça passe comme une lettre à la poste, j’avoue qu’on jubile un peu de l’intérieur…

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Buenos Aires à vélo c’est rigolo, preuve en photos et vidéos

 

Je dois confesser qu’il y a un moment dans le mois qui me fait complètement régresser mentalement, c’est régulier, ça tombe toujours au même moment, le premier dimanche de chaque mois. Je redeviens alors comme une gosse de 6 ans qu’on emmène pour la première fois à Disney (démonstration en vidéo tout en bas, avec en cadeau mon rire discret). Ce moment bien précis correspond à la masa critica, version argentine que ce que l’on appelle masse critique en français ou Vélorution, c’est à dire ce regroupement de cyclistes qui se retrouvent pour le plaisir de pédaler ensemble pendant quelques heures dans la ville. Ces regroupements existent d’ailleurs dans toutes de nombreuses capitales de par le monde et, ce n’est pas un hasard, ce mouvement est né dans les années 90 à San Francisco.

A Buenos Aires le cérémonial est toujours le même. On se retrouve à l’Obelisco, j’ai entendu dire que nous sommes environ 2000, en fait je n’en sais rien, mais on est nombreux, très nombreux. Il existe aussi des Masa Critica nocturnes, une fois par mois, à la pleine lune.

Voici donc l’Obelisco de jour et de nuit

Les masa critica, de jour comme de nuit, font environ 40 km et durent 4 heures, donc de 17h30 à 21h30 le 1er dimanche de chaque mois ou de 22h30 à 02h30 du matin une fois par mois pour les masa nocturnes.

Départ et retour à l’Obelisco mais bien sûr on peut la quitter quand on veut.
Renseignements sur https://www.facebook.com/groups/masacriticabuenosaires/?fref=ts

Se croisent tous les profils, un peu hippies avec des fleurs sur les vélos, des fumeurs d’herbe qui s’en fument un dernier avant l’effort, certains vendant des « brownies feliz », comprendre des brownies qui rendent heureux grâce à des substances magiques, ou autres sandwichs et gâteaux fait maison. On voit des cyclistes qui ont des vélos de compétition, limite tunnés, et qui doivent coûter mon salaire mensuel. Certains mecs se la jouent pro, jambes rasées de près, mollets affutés et casques aérodynamiques. Et puis la majorité sont des cyclistes du dimanche, comme moi. Avant de partir ça boit de l’eau, de la bière, du coca-fernet, au choix. Puis au bout d’une heure, le son des klaxons de vélo commence à se faire entendre, on s’impatiente, puis finalement on se met en marche, tous ensemble. Le trajet est décidé sur le moment par une petite équipe de meneurs qui sont tout devant. Alors la meute que nous formons s’avance et s’engouffre dans les rues de Buenos Aires, sans s’arrêter, en les suivant.

La dernière masa critica nocturne fut vendredi soir dernier pour la Saint Valentin. Muy romantico !

En video de départ de l’Obelisco, nous occupons toute l’avenue de la 9 de Julio,  la plus grande artère de la ville.

La rue est à nous !  
 
 Tout est dans le style
 Voir le panneau de la rue JD Peron, avec Eva Peron dessinée sur l’immeuble blanc en fond
Une autre équipe s’occupe de couper les rues perpendiculaires pour que nous passions sans danger. Bien évidemment nous coupons le trafic quelques minutes, le temps que toute la meute passe. Une organisation parfaite qui nous permet de profiter des rues de Buenos Aires sans voiture, sans bruit.
Une sensation de liberté, une occasion  de profiter de la ville librement et une douce revanche sur les voitures: pour une fois ce sont elles qui doivent nous laisser passer et attendre et pas l’inverse. En plus Buenos Aires est tout plate donc c’est idéal à vélo.
On croise la route de quelques personnages un peu loufoques et originaux. On voit ceux qui pédalent avec le maillot de leur équipe de foot, puisque c’est aussi une occasion de parader dans la ville et de promouvoir son club et puis ça déchaîne des commentaires des passants qui supportent le même club.

 

Supporters du club San LorenzoD’autres se déguisent, mettent des perruques.
Photo de Giancarlo León PHIl y en a un qui est immanquablement en costard cravate.

D’autres d’un troisième genre se joignent à nous, des rollers, pas trop car beaucoup de rues sont pavées et c’est pas idéal, mais aussi des skateurs.

Photo de Giancarlo León PH

San Valentin oblige, vendredi dernier un gros coeur rouge faisait partie de la troupe
 

Photo de Alejandro C. Bermejo

Un ange blond était sur un mini-vélo traîné par un autre vélo

 

Enfin, pour le plaisir de tous, certains amènent à l’arrière de leur vélo une énorme radio qui nous permet de faire la masa critica en musique, ce qui, entre les cris, les klaxons de vélo et la musique fait que l’on se fait légèrement remarquer, c’est aussi un peu le but. La majorité des porteños ignore l’existence de cette manifestation et les passants et la badauds nous regardent passer sans trop y croire. On se fait photoghraphier et filmer avec les téléphones, c’est notre quart d’heure de gloire.

Pendant ces 4 heures, on pédale, on transpire bien sûr, on discute avec d’autres cyclistes, on regarde ceux qui sont déguisés et on se convainc qu’à la prochaine masa on osera sortir la perruque platine qui croupit dans le placard. On voit quelques chutes, on boit beaucoup d’eau, on prend des photos, on filme, en essayant de ne pas tomber accessoirement. Vendredi j’ai innové, j’ai réussi à faire une halte en route dans une heladeria (magasin de glace) et repartir sur mon vélo avec mon pot de glace, le but étant de la manger tout en pédalant. Je tenais d’une main mon guidon et de l’autre ma petite cuillère qui cherchait le pot que mon ami me tendait en l’air. Un peu périlleux mais on y est arrivé. Et surtout on a fait des envieux. Bici + helado = un buen combo !

Pour conclure cet hommage à la masa critica, vidéo souvenir du 2 février, un moment où nous étions arrêtés, ça arrive quand la masa s’est trop étendue et l’on attend alors quelques minutes que tous les cyclistes se regroupent. Ce jour-là, il faisait très chaud, c’est le coeur de l’été ici. On avait de chaque côté des immeubles et une bonne dizaine de personnes qui nous regardaient depuis leurs balcons. Certains cyclistes ont commencé à leur crier de nous asperger d’eau. On entend « Agua, agua » et même « cerveza ». De l’eau ou de la bière donc. Les voisins ont mis quelques secondes à comprendre puis ils se sont exécutés. Moi je regardais et filmais la scène, incrédule, jusqu’à que les premières trombes d’eau s’abattent sur nous. Un moment jamais vécu encore et une crise de rire irrépressible. 

Pour ceux qui en douteraient encore, on s’amuse bien en vélo àBuenos Aires !

Pétards de Noël

Pour faire suite à mon récit de Noël, ici démonstration en image.

Petite envie de faire voler des fusées et de faire éclater quelques pétards pour fêter Noël ?
Pas de problème, ici on en trouve en vente dans la rue jusqu’à la nuit tombée.
ce soir Buenos Aires va nous mettre le feu, pendant des heures…

Noël à Buenos Aires… calor, fusées, pétards et gouttes pour le chien

Mon chien Salvador, décoré pour l’occasion

Noël à Buenos Aires, pour qui a passé ses 30 premières années dans l’hémisphère Nord, est un peu un non-événement, un No-Noël. C’est finalement davantage de savoir comment ça se passe au pays qui donne le bourdon. Car ici rien ne le rappelle vraiment. Décorations et éclairages dans la ville inexistants. Le concept de vitrine de magasins décorés pour l’occasion n’existe pratiquement pas. Et surtout, même quand on essaie de faire comme si, avec 3 stickers de Papa Noël qui se battent en duels collés aux fenêtres, ben ça donne pas grand chose…. Parce qu’il fait chaud, 50% d’humidité minimum, tu en viens en bénir les magasins climatisés où tu ne mets pas les pieds le reste de l’année.

C’est le mois où tu fais tes courses de Noël en fonction des partenariats entre les centres commerciaux et les banques. Les réductions sont annoncées dans les média quelques jours avant, le centre comercial Truc offre 30% de réduction tel jour pour les clients de la banque Machin. Au début tu trouves ça bizarre comme système, mais tu t’y fais, et tu te retrouves comme les autres, tels les boeufs, à passer ton dimanche dans le magasin, à claquer des centaines de pesos, parce que c’est ce jour-là et pas un autre, et que les rois du marketing t’ont convaincue qu’en fait, tu ne dépenses pas ton argent, au contraire, tu fais des économies…

Décembre est un mois qui ressemble à une dernière ligne droite avant l’explosion générale, Noël, le Nouvel An et les vacances d’été. Ici la fin de l’année civile marque à la fois la fin de l’année scolaire, universitaire (qui reprendra en février/mars), la fin de l’année pour les entreprises. Tu enchaînes le pot de Noël avec les collègues, les spectacles de fin d’année des écoles, la pièce de théâtre que ta copine a préparé toute l’année, les fêtes avec tes amis que tu ne reverras pas de quelques temps car ils partiront en vacances

C’est le mois où tout le monde ne parle que de ça, des vacances
– quand ? janvier, février, mars. La question est de savoir également si tu pars avant Noël, ou après, avant ou après le Nouvel An.
– où et comment, en bus ou en avion ? détail important quand on sait qu’ici on met 20h de bus pour arriver à Bariloche ou à Salta. Côté plage, ça de divise entre la côte atlantique archi bondée (qui ressemblerait aux Landes pour les paysages avec la fréquentation de la côte d’Azur au mois d’août), l’Uruguay, ou le Brésil pour les plus fortunés.

Cette année on prie tous pour ne pas avoir de nouveau le record de chaleur que l’on a connu le 24 décembre dernier, 40ºC et 45ºC de sensation thermique. Je me souviens l’année dernière d’avoir transpiré tout en mangeant, et en étant à côté de la clim, charmant.

Le 24 décembre est comme un jour férié, il faut gérer les magasins qui ne vont ouvrir que jusqu’à midi, les transports qui vont s’arrêter vers 16h, 17h, tu ne sais pas. Il faut prévoir comment se rendre là où tu dîneras. Si tu n’as pas de véhicule, tu dormiras certainement sur place car seuls quelques taxis travailleront cette nuit-là.

Le 24 au soir, si tu pars de chez toi, il faudra bien fermer les fenêtres avant de partir, car comme le 31 décembre, les pétards vont fuser et peuvent rentrer accidentellement dans les maisons. Pour comprendre cela, il faut expliquer qu’ici il existe un goût prononcé, voire une passion, n’ayons pas peur des mots, pour tout ce qui est pétards, fusées, ballons montgolfières et autres gadgets et accessoires qui volent dans le ciel et/ou font du bruit et de la fumée, et ce de 7 ans à 77 ans. Il me semble qu’en France on arrête d’y jouer vers les 17 ans (sauf mon ami John qui se reconnaîtra…), mais ici les pères de familles autant que leurs fistons, les filles et les plus grands s’y donnent à coeur joie. Les magasins remplissent leurs stocks et on achète sa fusée volante tout comme sa crèche ou sa petite étoile argentée pour le (faux) sapin.
Ca donne une cacophonie de pétards dès le 24 (ou 31) au matin, puis de fusées éclairantes et feux d’artifices à la nuit tombée. L’heure de pointe est de 23h à 1h du matin, et là, c’est la folie. Le ciel de Buenos Aires s’embrase. On ne s’entend plus, ça résonne dans les manzanas, les pleurs des bébés et jeunes enfants s’échappent des fenêtres.Ca commence à s’engueuler aussi, de balcon à balcon, on demande que ça s’arrête, qu’il y a des enfants ici qui ne peuvent pas dormir. Sauf que Gustavo et son fiston sur la terrasse d’à côté, il sont au taquet depuis 1 an. Il a fait le plein à Cotto (le supermarché) de tous ces gadgets, des nouvelles fusées volantes « encore plus de bruit encore plus loin »…et que cette année il veut en mettre plein la vue et plein les oreilles à ses voisins… Le bordel bien latino comme je les aime. Il faut le voir et surtout l’entendre pour le croire. A côté nos fêtes sont bien silencieuses en comparaison.

Comme chaque année, vers le coup des 22h, la chaîne Chronica à la télé parlera de tel père de famille qui se sera fait arracher la main en allumant sa fusée volante, l’enfant de 5 ans qui aura reçu un pétard dans l’oeil, l’incendie accidentel de la maison qui aura reçu une torche volante par la fenêtre, le folklore habituel quoi !
Et bien entendu, il faudra ajouter à cela le bruit des sirènes des ambulances, mains arrachées obligent, et le tableau sera complet. La bande sonore de la soirée sera digne d’un film de guerre.
Souvenir du nouvel an sur une terrasse d’Almagro…mais qui aurait pu être aussi un 24 décembre

Détail amusant, le 24 tout comme le 31, les animaux vont se terrer sous le lit toute la journée à cause du bruit et vont vivre une journée et une nuit apocalyptiques. On leur donnera donc des gouttes anti-stress, ou des somnifères, pour ne pas trop les traumatiser. Si tu oublies, pas de problème, il paraît que les promeneurs de chiens leur en donne dans tous les cas, véridique. Only en Buenos Aires !

Preuve que les Argentins se préoccupent de leurs chiens pendant les fêtes

Des (nouveaux) seins, ça se fête !

Quel est le point commun entre Buenos Aires et New York ?
– On confie son chien tous les matins à un promeneur de chien,
– On va chez le psy toutes les semaines et on le dit sans honte,
– On se fait refaire les seins et on le fête entre amis ! Ce dernier point sera le sujet du jour.

Ici en Argentine, comme je l’ai déjà expliqué, on vit très décomplexé, fait nº1.
On aime célébrer un peu tout et n’importe quoi, fait nº2.
Les femmes argentines sont bien plus soumises que les françaises au dictat de la femme jolie / cheveux longs / minces / seins qui tiennent droit jusqu’à 50 ans. Du coup les opérations esthétiques sont très répandues, fait nº3.
Ajoutez  nº1+ nº2+ nº3 et vous obtiendrez un résultat étonnant: de nouveaux seins, c’est banal et ça se fête !

On encourage, on rassure et on se file les bonnes adresses
Je ne parle pas des miens, non, mais ceux de ma chère E, que je considère comme ma soeur argentine. E a informé sa famille de sa décision de se faire poser des implants mammaires, puis l’a raconté à ses ami(e)s proches, qui l’ont tous encouragée. Elle aurait obtenu un nouveau job ou une promotion que les félicitations auraient été les mêmes. Puis elle a expliqué à son chef, sans sourciller, qu’elle serait absente 2 jours du travail pour une opération de ce type.
Nombre de ses copines lui ont donné multitudes d’exemples d’autres amies, de soeurs ou de cousines qui étaient passées par la même opération, et qui en étaient très satisfaites. A les écouter, j’avais l’impression qu’elles se recommandaient le meilleur coiffeur ou le meilleur masseur de la ville. Non, elles parlaient juste d’un chirurgien qui découpe tes 2 tétons pour pouvoir faire passer 2 prothèses idéalement situées sous tes glandes mammaires, puis qui recoud tes 2 tétons par dessus, ni vu ni connu. Une chose très courante en somme…

Après l’opération, c’est un sujet de conversation comme un autre, on en parle, on le commente, on en rit et on trinque. Quelques jours après son opération, nous étions invitées à un mariage, et les amis de E qui étaient dans la confidence, hommes et femmes, lui ont demandé comment elle allait, si elle était contente du résultat, lui ont fait quelques blagues bon enfant au passage et tout le monde rigolait. J’en ai conclu que j’étais résolument française de mentalité, soit une sacrée coincée du string, et que si j’avais étais à la place de E j’aurais préféré l’écartelation en public plutôt que de répondre à des questions sur mes seins. La différence entre E et moi, est qu’E, elle, est argentine. Du coup avec ses amis on a trinqué à ses nouveaux seins (cf #ArgentinAttitude).

Pourquoi s’en priver quand la mutuelle offre l’opération !
Je fus l’une des premières personnes à être au courant du projet de E. J’étais assez perplexe, grande chochotte que je suis devant le bistouri, mais mon amie m’a expliqué qu’en cotisant auprès de sa mutuelle à un forfait un peu plus élevé que le mien (nous avons la même mutuelle), elle « avait droit » au bout d’un an à une opération esthétique. Elle dit vrai, voir ici l’offre de sa mutuelle. Alors pourquoi s’en priver ! Ses nouveaux seins lui ont coûté environ 12.000 pesos (à raison de 1.000 pesos par mois pour une couverture de santé complète pendant 1 an), soit 1.500 euros (au taux de change officiel, donc beaucoup moins encore au taux de change parallèle), et elle fut opérée dans l’une des meilleures cliniques du pays. Vus les tarifs, on comprend donc qu’il existe un tourisme de chirurgie esthétique, comme au Brésil, du genre package « Nouveau seins + 4 cours de tango » ou quelque chose dans le genre.

La médecine publique ici est excellente, et j’ai entièrement confiance en les hôpitaux publics de Buenos Aires en cas d’urgence. Les médecins argentins possèdent l’équivalence pour travailler dans les hôpitaux espagnols, et la médecine argentine est à la pointe en plusieurs domaines dont entre autres la chirurgie esthétique et les traitements de fertilité.
En revanche, consulter un spécialiste ou une opération non urgente demande une attente de plusieurs mois dans un hôpital public. Aussi, comme de nombreux argentins, je paie un forfait mensuel auprès d’une mutuelle qui me permet de consulter tous les médecins que je veux (parmi une liste immense de spécialistes agréés), autant que je veux et quand je veux (délais d’attentre très courts, bien plus courts qu’en France). Ce forfait prend également en charge tous les examens (prise de sang, scanner, radiographie, échographies ect), l’hospitalisation parmi une sélection des meilleures cliniques de la ville et pour les forfaits les plus onéreux les opérations de chirurgie esthétique, comme pour E.

Les cliniques privées, pour qui est habitué(e) aux hôpitaux français, sont un concentré de luxe difficilement imaginable. Ce qui m’a marquée à l’Hospital Suizo ou à l’Hospital Diagnostico, ce sont les halls de réception, les chambres spatieuses avec suite, le personnel soignant en uniforme tout droit sortis d’un grand hôtel, les mille et un services proposés aux patients. On choisit son menu ainsi que celui de la personne accompagnante. Cette dernière aura droit à un lit dans la même chambre, à un dîner et à un petit-déjeuner. Lorsqu’on quitte la maternité, on offre « un livre du bébé » aux parents, on peut choisir des photos parmi celles que le photographe de l’hôpital a prise de votre enfant. Et la liste de ces petites faveurs est encore longue.
Anecdote rigolote, le jour de l’opération de E à l’Hospital Diagnostico, comme toutes les chambres étaient occupées, on a lui donné la suite présidentielle, rien que ça ! C’est donc là où j’ai dormi pour l’aider pendant la nuit. Démonstration en image ci-dessous (photos de la suite, la chambre elle était dans une autre pièce à côté). Avec cela, Mesdames, vous prendrez bien une petite opération esthétique, non ?

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ArgentinAttitude ou quelques trucs pour se sentir mieux

On a parlé de l’ArgentinAttitude dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 11 novembre 2013

 

Depuis presque 5 années passées en Argentine, j’ai souvent été inspirée et admirative devant certaines attitudes que je qualifierais d' »argentines », bien différentes de celles qui sont les miennes et celles de  mes compatriotes, plutôt « françaises » donc. J’ai souvent eu la sensation que la vie était différente ici, même si nous jonglons tous, et partout sur la planète, avec l’amour, le boulot, la santé ect. Ici l’ArgentinAttitude rend la vie plus légère, plus intense, et moins angoissante. Je le vérifie tous les jours et ça marche !

 

Vis le moment présent
L’Argentin compte beaucoup moins de certitudes que nous. Pour son histoire, la politique, l’économie, les prix du supermarché, tout cela change d’un mois à l’autre. Les alarmistes parlent depuis 10 ans de la forte probabilité d’une nouvelle dévaluation… Alors, qu’est-ce qu’on fait face à l’avenir incertain ? On s’assoit et on pleure ? L’Argentin, lui, vit le moment présent.
L’Argentin ne prévoit pas 6 mois avant où passer sa 5ème ou 6ème semaine de vacances, car il n’en a généralement que 2, et ne pourra peut-être finalement pas partir, ou peut-être que si, il le verra sur le moment. Le résultat est qu’en ayant beaucoup moins d’expectatives sur le futur, il sera d’autant plus motivé pour profiter de son mardi soir et pour organiser un dîner de dernière minute. Il aura donc un effet de surprise, lui et ses amis, qui n’avaient pas non plus prévu quoi que ce soit ce soir-là. L’imprévu apporte son lot d’adrénaline et rompt avec la routine. On ne parle pas trop en général de ce qu’on pourrait faire le mois prochain, mais plutôt de quoi faire dans les 3 jours. Du coup pas besoin d’agenda. Il est dur de convenir un lundi ou un mardi  d’un programme pour le week-end. Tu peux essayer, envoyer un mail à tes amis argentins, proposer une sortie pour le dimanche, bide assuré. Réessaie plutôt vendredi. En revanche, tu peux annoncer le jour même que c’est ton anniversaire. Et 80% des invités seront présents. Parce qu’ils sont flexibles, ce qui m’amène au point n°2.

 

Flexible tu seras, et les autres le seront avec toi
Face aux événements de la vie, chômage, crise économique, que fait-on face à l’adversité ? On s’assoit et on pleure ? L’Argentin, lui, s’adapte.  Il ne pensera pas à demander une aide des allocs ou une subvention, parce que ça n’existe pas. L’Argentin lui, recycle, répare, invente, change de métier, entreprend, accepte que cela ne se passe pas comme c’était prévu. Preuve en est la remarquable inventivité argentine (empreintes digitales, le stylo, la transfusion sanguine, l’hélicoptère, les dessins animés, les feux rouges et la canne blanche pour les non-voyants, le déodorant à bille, la seringue jetable, le briquet allume-gaz et le fameux dulce de leche!)
Un article récent de la Nacion illustre justement cette extraordinaire faculté. On appelle ça aussi la « viveza criolla », concept qui a même sa page sur Wikipedia. Attention ce terme est aussi utilisé dans le mauvais sens, pour expliquer la tendance à contourner la loi. On dit « Hecha la ley, hecha la trampa » pour dire que dès qu’il y a une loi, il existe le moyen de passer outre. Et oui, la flexibilité et l’inventivité argentine peut avoir aussi ses mauvais côtés. Moi je dirais que la viveza criolla pourrait se résumer à « Hecha la vida, hecha la vuelta ». C’est un art de vivre et une philosophie de vie, et une qualité de survivance admirable.
La flexibilité se ressent également par rapport aux impératifs que nous nous mettons en tête, nous Français. Ici on ressent ce confort de pouvoir prendre le train en cours de route, d’en descendre et d’y remonter plus tard. Pas d’obligation de finir tes études à 23 ans. Tu as besoin d’argent et dois travailler, et tu n’as plus le temps d’étudier pour la fac ? C’est pas grave, tu arrêtes une année, ou plus, ou tu décides de ne passer que quelques matières. Tu finis ta « carrera » (ton diplôme universitaire) à 30 passés ? Il est où le problème ? Personne ne jugera que tu es un fainéant. Tu t’es adapté aux circonstances de la vie, comme tout le monde. Et ton employeur comprendra.
Tu veux changer de voie à 25 ans ? A 30 ans ? Vas-y, fais le test, et annonce à tes amis en France que tu veux repartir à zéro et étudier le mandarin. Ici, au contraire, tu sens que quelque soit ton âge ta vie n’est pas encore figée et que tu as droit non pas à l’erreur (pensée française), mais au changement. Tu ne passeras pas pour le débile de ton groupe d’amis, personne ne considérera que tu as « perdu » ton temps.

 

Sois enthousiaste ou mets de la « buena onda » dans ta vie
Comment dit-on en français que l’on a passé un bon moment ? C’était « super », « top », »génial » ou « chanmé » (si tu as moins de 25 ans). Ici c’est barbaro, (muy/re) bueno (isimo),  (muy/re) lindo (isimo), genial, increible, de puta madre, lo pasaste bomba, te encanto. Comptez-les, avec les variantes « muy » ou »re »avant ou « isimo » à la fin, on a déjà plus de 10 possibilités. Tout est dit. L’Argentin n’hésite pas à se montrer enthousiaste, quand le Français, lui, a du mal à exprimer son contentement et se sentira « cool » de faire son blasé. On l’entendra souvent dire cette expression horrible « c’est pas mal » (penses-y la prochaine fois que cette expression te viendra à l’esprit, fais l’exercice de dire que c’était « très bien »).
L’enthousiasme argentin est une sorte de candeur (pas de naïveté, non), d’attitude positive innée, une désinhibition, une propension à se laisser agréablement surprendre et à célébrer les bonnes choses (voir Faites la fête). C’est une passion pour le footles femmes,  pour la vie en général. Et la passion c’est bon !
On pourra rapprocher l’enthousiasme argentin à la tendance anglo-saxonne à dire « amazing » ou « great » à tout bout de champ, ou à applaudir le pilote quand l’avion atterrit (qui ne s’est pas déjà moqué des gringos qui font à ça, levez le doigt !)
Dans la vie de tous les jours, l’enthousiasme se traduit par une volonté d’aller de l’avant, une facilité à se lâcher, à parler un peu fort sans gêne, à parler dans une langue étrangère sans honte et même avec un accent à couper au couteau, à sourire spontanément, à recevoir un inconnu avec le sourire et en partant de l’apriori que tu t’entendras bien avec lui, à s’intéresser à son interlocuteur et avoir envie de partager un bon moment, même éphémère et sans lendemain (voir Argentine anti-blues). C’est un peu tout ça la buena onda.
Leur enthousiasme et leur désinhibition  se retrouvent mêlés dans les contacts physiques. Ici on n’a pas peur de se toucher, de se prendre dans les bras. L' »abrazo », équivalent du « hug » anglo-saxon, mais en plus câlin encore, est de règle lorsqu’on retrouve un ami. Il n’y a qu’à faire le test de l’aéroport, chose qu’il m’amuse de faire lorsque je voyage. Observer les gens qui se retrouvent ou se séparent. En France 2 bises vite fait. En Argentine : une avalanche d’abrazos et de besos (le Brésil a tout de même la palme en la matière). Pour l’anecdote, ici on fera la bise à son chef, au médecin ou au dentiste, sic, bref aux inconnus. Et on se sentira très conne lorsque, de retour en France en vacances, spontanément on ira taper la bise au voisin ou à sa boulangère, du jamais vu ! Le réflexe de la bise à tout le monde est dur à perdre.

 

Cultive ton jardin 
Une facette argentine que j’adore, c’est bien ce soucis de remplir sa vie personnelle. Cela passe par une curiosité intellectuelle étonnante, quel que soit l’âge, la situation de famille, sa condition sociale. Ici tu trouveras normal que le menuisier de 50 ans prenne des cours d’italien avec toi, trentenaire désoeuvrée (vécu), ou que ta collègue mère de 3 enfants prenne des cours de danse orientale (vécu). Du coup tu te retrouveras toi-même à prendre des cours de claquettes, comme ça du jour au lendemain (vécu). Il faut dire aussi que l’offre culturelle pléthorique de Buenos Aires aide beaucoup, mais quand même. L’attitude est indéniable. On ne choisit pas forcément son job, son gagne-pain, mais occuper son temps libre si dépend de chacun. Pour cette raison, on te demandera souvent ce que tu fais, à côté de ton travail. Car c’est un concept en soi, l’activité, le passe-temps ou la passion, et cela te définit tout autant que tes études ou ton job actuel.
Une autre façon de décompresser, et de cultiver sa vie sociale, quand on ne choisit pas ses journées, c’est sortir la nuit. J’ai en déjà parlé ici. Ici les nuits sont longues et intenses, et Buenos Aires offre mille et une possibilité pour tous les âges. Un simple exemple, ici les séniors tangueros se mettent sur leur 31 et peuvent taquiner la piste de danse tous les soirs de la semaine jusqu’à 5h du matin. C’est pas beau ça ? Maintenant, pensez à vos (grands)mères, en France, qu’est-ce qu’elles donneraient pour connaître ce frisson nocturne et musical ?
L’Argentin cultive aussi ses amitiés. A Buenos Aires, c’est assez frappant de voir que les porteños ayant grandi dans la capitale possèdent facilement plusieurs groupes d’amis depuis l’enfance ou l’adolescence. Chose qu’en France, mobilité oblige, il serait bien plus difficile de conserver. Il ou elle aura donc ses amis du colegio, de la fac, du football, du quartier, du travail. A noter que les groupes ne seront pas mixtes  car malheureusement, l’amitié homme/femme n’est pas le point fort des Argentins, il faut le reconnaître. Tous ces groupes se fréquentent donc, de près ou de loin, des années durant. C’est parfois vécu comme un cérémonial obligé, mais la tradition veut qu’on garde contact. Le point d’orgue de cette amistadmania est le fameux Dia del Amigo. On pourra dire que c’est artificiel, marketing, ce qu’on voudra, n’empêche, l’intention est là et recevoir un petit texto ce jour-là est savoureux.
Enfin, en plus de ses amis, de la famille, l’Argentin, et ce en province comme dans la capitale, sait cultiver le lien social en général, il discutera avec le papi qui attend le bus, ou en traversant la rue, ou en en faisant la queue, écoutera les anecdotes du chauffeur de taxi, bref saura parler avec un inconnu et même y prendre plaisir. Un truc de dingue quand on y pense : nouer une conversation avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, rendez-vous compte !! Vas-y, fais le test et ta mission sera de parler 4 phrases avec un inconnu. Tu te sens capable ? Ou tu as peur de faire peur à ton interlocuteur ? Haha, bonne question ! Bon pour les trouillard(e)s, j’ai un plan, ça s’appelle faire un stage, destino Buenos Aires 🙂

 

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Bersuit Vergarabat – La Argentinidad al Palo – voir paroles ici

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article repris sur Le Petit Hergé / Agoravox