Archives du mot-clé Expatriation

De l’importance du feu pour un Argentin (et d’être autorisé à en faire en pays étranger)

brasas

Mon ami argentin Roberto vit en France à Toulouse depuis une dizaine d’années. La faute à un voyage organisé avec ses amis de Buenos Aires pour aller voir la Coupe du Monde 98 en France. La faute à une française rencontrée à Toulouse. La faute à l’amour, le voilà depuis Toulousain et papa.

Il est plutôt heureux en France mais par moment il a le spleen. Il me raconte qu’il y a des choses qui ne passent pas. Notre esprit parfois trop étriqué, le trop de cases, d’étiquettes, de règles, de routes à suivre déjà toutes tracées. Parfois il voudrait juste suivre sa propre voie, aller dans la même direction que les autres mais emprunter un sentier parallèle. Malheureusement ce n’est pas trop possible.

Une chose toute simple qui le rend heureux, c’est faire un feu sur sa terrasse. Pas mettre le feu, non, faire un feu, nuance, avec ou sans viande par-dessus d’ailleurs. Son bonheur tient à peu de choses finalement : quelques planches, des branches mortes, des cageots et éventuellement des feuilles de papier journal pour que ça prenne plus vite.

En Argentine le feu remplit différentes fonctions:

  • faire un asado et donc faire griller la viande de bœuf. C’est l’usage le plus connu. Capital pour un argentin un dimanche pour déjeuner, en Argentine et où qu’il soit dans le monde.
  • se réchauffer à l’extérieur par temps de froid. Idéal, romantique, efficace, authentique. Le feu peut se faire bien sûr aussi à l’intérieur d’une maison dans une cheminée mais en Argentine j’en ai surtout vu à l’extérieur
  • parfumer. L’uruguayen qui fait battre mon cœur (et partage comme tous ses compatriotes beaucoup de coutumes argentines) laisse parfois ses habits près du feu pour qu’ils en prennent l’odeur. Sic.
  • crâner. Le même, à la fin de l’asado, aime également mettre la graisse de la viande sur les flammes -> la fumée et l’odeur de grillade deviennent alors encore plus fortes -> on s’assure ainsi que les voisins ont bien compris qu’il y avait un asado chez nous -> fierté de l’asador
    NB : ASADOR : terme qui désigne celui qui fait l’asado. Peut être une féminin, ma copine aux nouvaux seins est d’ailleurs une asador de puta madre mais c’est plus rare. On a l’habitude d’applaudir l’asador en début ou fin de repas en guise de remerciement « un aplauso para el asador »)
  • le plaisir

Le feu pour le PLAISIR

Ce dernier usage, si vous n’avez pas eu la chance comme moi d’être Scout (Eclaireuses de France pour être précise ie scoutisme laïc), peut sembler étrange, voire inutile, mais je vais tenter de vous expliquer le concept. Faire un feu est synonyme de fête, c’est le compagnon idéal pour célébrer le moment présent, communier avec la nature. Le feu apaise ceux qui le regardent, il les écoute, leur répond et les console avec le spectacle de ses flammes. Il se suffit à lui-même et ne nécessite pas de bande-sonore autre que des voix ou un grattement de guitare. Moi je l’aime silencieux, en fin de soirée, en petit comité.

Parfois le feu remplit plusieurs fonctions à la fois. On entretiendra les braises de l’asado pour se réchauffer après manger. Ou le feu nous réchauffe d’abord avant de devenir ensuite l’élément central de la fiesta. Je me souviens d’un nouvel an en Patagonie à Villa La Angostura près de Bariloche. Nous avions une magnifique maison pour rester au chaud mais durant toute la soirée, les conversations, les rires et les danses se sont finalement déroulés autour du feu, en manteau.

Ma théorie du feu 

J’ai souvent observé mes compagnons de feu argentins avec attendrissement. De tous les feux auxquels j’ai assistés, j’en ai déduit une théorie. L’argentin, surtout celui de province qui n’a pas grandi en appartement, entretient avec la nature un rapport différent de celui que nous avons en France. L’argentin vit dans un pays grand comme 5 fois le notre mais avec moitié-moins de population. Il a l’habitude des grands espaces, des no man’s land, des forêts, des lacs, des champs, des plaines, des collines et des montagnes A PERTE DE VUE. La nature est omniprésente, moins domptée, moins clôturée. Au cours de sa vie, l’argentin traverse les grands espaces de son pays durant des dizaines d’heures en bus ou en voiture.  Il ressent une sensation de vide, de liberté totale, loin de toute organisation, civilisation, ordre établi ou panneau d’interdiction. Quoi de mieux pour faire un feu ? De l’espace, de la liberté, de la convivialité… un cocktail difficilement imaginable pour nous, pauvre hexagonaux que nous sommes.

Le feu pour l’ASADO

En Argentine, le feu de l’asado est tout terrain. Dans la traditionnelle parilla (barbecue construit en dur) au fond du jardin, de la cour ou sur les toits des immeubles. Ou bien dans une parilla mobile (portative), ou bien dans un lieu improvisé, comme la rue (j’ai vu maintes dois des asados préparés sur les trottoirs à Buenos Aires), ou bien sur  un lopin de terre dans un jardin.

DSCN0491
Parilla dans la rue
DSC03550
Parilla personnelle avec des braises en dessous dans un restaurant, pour que la viande reste chaude
IMG_0838
Taille astronomique d’un bife de chorizo

On notera également la créativité extrême de l’Argentin pour fabriquer une parilla en moins de deux : 2 briques, une grille récupérée d’un vieux four, et l’affaire est dans le sac. Toute fascination féminine face à la dextérité du mâle allumant un feu est évidemment hors contexte ici, mais elle est toutefois indéniable, j’en conviens.

IMG_1563
Mon copain Alejandro utilisant un sèche-cheveux pour raviver le feu de l’asado, dans la parilla de son immeuble. Toujours créatifs les Argentins…

L’asado se fait avec des braises un point c’est tout. Il va sans dire que l’Argentin n’utilisera pas de barbecue électrique, sinon sous la torture, car c’est contraire à sa religion. Ne parlons même pas d’essence, ça c’est pour nous, sauvages européens. Non, l’argentin sait faire un feu dans les règles de l’art, c’est comme ça.

L’asado se fait dans les restaurants qui servent de la viande, les parillas (qui ont le même nom des barbecue construits en dur, pour ceux qui suivent). Midi et soir. Chez soi, midi (version famille le week-end) et soir (version festif entre amis n’importe quel jour de la la semaine). D’où cette odeur de braises permanente et unique, si caractéristique de Buenos Aires et dont je parle dans ce billet : Les bruits et les odeurs de Buenos Aires

L’argentin qui se respecte aura l’impérieuse nécessité de faire brûler un feu une fois par semaine. Chose on ne peut plus banale en Argentine comme on l’a vu, mais très difficile en France pour qui n’a pas de jardin. Roberto, du coup, avec son appart en rez-de-jardin dans sa copropriété proprette toulousaine, ben il est dans la mouïse. A chaque asado qu’il improvise sur sa terrasse avec sa parilla faite maison, un voisin grognon se plaint. Il laisse des mots de réprimande qu’il affiche dans les espaces communs de l’immeuble. Parce que vous comprenez, c’est INTERDIT, et l’odeur de la fumée le dérange.

1396917_10203827175031486_6188249329168464603_o

Récemment le voisin s’est vraiment fâché et a même commencé à faire du porte à porte pour monter les autres voisins contre Roberto. Evidemment, si un quidam faisait un barbecue dans son jardin de l’autre côté de la rue, le voisin devrait la boucler car la fumée et les odeurs de grillade n’ont pas de frontière, pas plus que la bêtise humaine. Mais Roberto, lui, a la malchance de faire son feu dans le mauvais pays, du mauvais côté de la rue, là où il  interdit de se faire plaisir.

Pour démontrer sa buena onda et tenter se convertir ses voisin en Argentins, Roberto a écrit ce message. L’#ArgentinAttitude ne pourrait pas mieux se résumer, non ?

ps : Promis, je ne manquerai pas de vous tenir au courant de la suite des événements dans la copropriété de Roberto.

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

IMG_4596

Le déclic, ou le jour où j’ai décidé de vivre en Argentine

 

 

Parfois il suffit de peu de choses, un déclic, un signe que l’on interprète dans le sens qui nous arrange, un destin qui nous semble tracé mais que nous dessinons nous-mêmes, finalement. Ce jour-là, le 15 août 2008, il y aura bientôt 6 ans de cela, j’ai vu une invitation, un appel, un panneau qui me disait « bienvenida ».  Je finissais mes courtes vacances de 2 petites semaines à Buenos Aires. C’était mon deuxième séjour en Argentine, et je me sentais en réalité « toute chose ». La première semaine avait été intense en retrouvailles et sorties nocturnes. La deuxième avait été plutôt mélancolique, anxieuse, avec des idées saugrenues qui m’assaillaient l’esprit, des questions bizarres du style « Et si je revenais à Buenos Aires pour de bon ? Cap ou pas cap ? ». Je m’apprêtais à retrouver à contre-coeur ma vie française, mes collègues, mon appartement, ma vie toulousaine un peu trop rose fané à mon goût. 30 ans c’était finalement bien jeune pour se résigner, non ?

Ce matin-là, le jour même de mon départ et à quelques heures de mon vol retour vers la France, je décidai de visiter l‘hôtel des immigrants, un bâtiment historique de 4 étages qui accueillit des milliers et des milliers de candidats à l’immigration de 1911 à 1953 (plus de 500 000, je cherche encore le chiffre exact). J’avais entendu parler de ce lieu et son histoire me semblait fascinante, comme celle d’Ellis Island à New York. Ce bâtiment étant reconverti en musée, je partis en cette journée d’hiver fraîche mais ensoleillée en direction du quartier de Retiro, toute curieuse de le découvrir. Sans le connaître encore, je devinais que je me rendais dans un lieu unique. J’avais la sensation de faire un pélerinage dans la maternité d’un pays, la salle d’accouchement d’un peuple dont les générations se comptent encore sur les doigts d’une seule main, chez une nounou qui aurait nourri tous ces aventuriers débarqués de paquebots avec la faim au ventre et des rêves de meilleure vie dans le coeur.

Argentine une terre à peupler, un Eldorado à conquérir pour ces hommes et ces femmes du vieux monde. A leur arrivée au port, une équipe de douaniers montait directement à bord des bateaux et vérifiait l’identité de chacun avant d’autoriser le débarquement. Un contrôle sanitaire se faisait également à bord. Après un contrôle des bagages les immigrants étaient dirigés vers les bureaux de travail destinés à faciliter leur recherche d’emploi et leur transfert sur le lieu de travail (Buenos Aires, province etc). On enseignait aux hommes l’usage de machines agricoles, les tâches domestiques aux femmes. Des interprètes étaient présents. On délivrait des papiers d’identité provisoires. Banco Nacion faisait des opérations de change. Un hôpital était également prévu pour soigner les éventuelles maladies dûes à la mauvaise alimentation et aux pénuries durant le voyage. Entre 1880 et 1930, l’immigration vers l’Argentine fut inférieure à celle en partance pour les Etats-Unis, mais en proportion par rapport à la population locale existante, de toute les Amériques c’est l’Argentine qui reçut la plus forte vague d’arrivée d’étrangers. Au recensement de 1914, soit il y a exactement un siècle, un tiers de la population de Buenos Aires était composésd’hommes et de femmes venus d’ailleurs. A 70 % d’Espagne et d’Italie, les 30 % restants de France (en 3ème position), Pologne, Russie, Arménie, Syrie etc.

15792533

L’hotel de los Inmigrantes, lui, comptait un immense réfectoire et des cuisines au rez-de-chaussée. Dans les étages des dortoirs étaient répartis par sexe, femmes et enfants au 1° etage, époux au 2°, hommes célibataires au 3°. Trois mille personnes pouvaient y être logées simultanément, hommes femmes et enfants. Petit déjeuner, déjeuner, goûter pour les enfants et dîner, toute une organisation était rodée pour offrir tous les repas à différents horaires par groupe de 1.000 personnes. Chaque nouvel arrivant avait le droit de rester 5 jours, gratuitement, et davantage s’il n’avait pas trouvé d’emploi. La majorité restait environ 2 semaines. L’histoire prouve que l’Argentine ne tint pas toute ses promesses car au fil des années la moitié des migrants revinrent finalement sur leur terre d’origine. Mais un siècle plus tard, combien de migrants, de Lampedusa, de Tijuana et d’ailleurs, rêveraient de pouvoir tenter leur chance dans de telles conditions ? Quel autre endroit au monde, avec Ellis Island aux Etats-Unis, a pu concentrer autant d’origines géographiques, de destins, d’espoir, de peur, de fatigue, de soulagement, de tristesse pour la terre et les familles laissées au pays, de courage, de rage de vaincre, d’esprit d’aventure ? Quelles pensées devaient s’échapper de ces dortoirs le soir venu, une fois la lumière éteinte ? Personnellement, tous les migrants de tous les temps me fascinent, leur histoire, leur déclic du départ, leur prise de risque, leur nouvelle vie, leurs joies et leurs désillusions.

Je rentrai donc dans le musée, enfin, je le croyais, mais la première salle que j’ai entrouverte était en réalité le bureau de Migraciones. Migraciones, salle où je me rendrai tant de fois pour mon visa de travail durant les années suivantes et mot que je prononcerai mille fois par la suite, souvent en soupirant. Mais cela je l’ignorais encore. J’ai jeté un oeil, curieuse, sur ces candidats qui avaient choisi d’émigrer dans un pays au drapeau bleu et blanc et un soleil souriant en son milieu. Avec le recul, j’aurais dû deviner que ça me ferait tomber dans le panneau, le coup du soleil souriant… J’ai finalement passé un porche, traversé une grande cour, pour finalement accéder à l’hôtel.

DSC01985


La salle du rez-de-chaussée,
l’ancien réfectoire, était visiblement occupée par une réunion. J’aperçus un panneau qui mentionnait le nom de diverses associations italiennes de Buenos Aires. Cela semblait être une sorte de congrès, des chaises étaient installées, un video-projecteur, j’ai eu l’impression de déranger et je me suis vite engouffrée dans l’unique salle du musée. J’attendais mille et une merveilles, des objets d’époque exposés, une visite des étages… Que nenni. J’ai seulement pu voir  quelques reliques et surtout des photos d’époques et des panneaux qui relataient des histoires de plusieurs familles d’immigrants. J’ai passé environ une heure dans cette salle de musée déserte, temps amplement suffisant ( je crois que le musée est maintenant bien mieux présenté mais il faudra que j’aille vérifier cela par moi-même). Puis je repris le chemin de la sortie, bizarrement attirée par une bonne odeur qui chatouillait mes narines.

Photo d'époque, copyright Direccion National de Migraciones
Photo d’époque, copyright Direccion National de Migraciones

Je ne rêvais pas, le temps de ma visite, l’ancien réfectoire s’était littéralement reconverti en réfectoire. Les personnes qui assistaient à la réunion étaient en train de faire une file vers une large table où des cuisinières servaient des plats chauds. Un vrai service de restauration à leur disposition… et du coup à la mienne par la même occasion ! Ceux qui me connaissent savent que je ne refuse jamais un bon plat. C’est donc tout naturellement que j’ai rejoint la file et fait mine d’assister moi aussi d’appartenir à ces associations italiennes. Ni vue ni connue, j’ai remercié les cuisinières et je me suis assise sur un long banc, un peu à l’écart, pour déguster tranquillement ce déjeuner cadeau surprise. Puis j’ai levé les yeux, et j’ai vu cela, cette image qui occupait tout le mur latéral du réfectoire, cette photo prise à l’époque lorsque l’hôtel de los Inmigrantes servait à manger à des milliers d’hommes et de femmes venus commencer une nouvelle vie en Argentine.

museo-del-inmigrante-comedor DSC01986

Je regardai de nouveau mon assiette, puis la photo, et je me suis vue, moi la Française pourrie gâtée du 21ème siècle, aucunement comparable avec ces vrais aventuriers, mais aspirante elle aussi à une nouvelle vie. Je me retrouvais fortuitement et gracieusement nourrie par l’Argentine, dans cette salle chargée d’histoire, avec un bon plat chaud au milieu de l’hiver porteño, face à la photo des premiers immigrants attablés dans ce même réfectoire. Et le déclic s’est produit. L’Argentine ce jour-là m’envoya un grand BIENVENIDA. Le soir je partis à l’aéroport, soulagée, le sourire aux lèvres, ma décision prise, et je me fendis d’un « hasta pronto » au douanier qui m’apposa un tampon Argentina sur mon passeport. Des tampons comme celui-là,  il y en aurait beaucoup encore, et cela je le savais déjà.

PS 1 – Depuis 6 ans, cette histoire, je l’ai racontée à plusieurs de mes amis porteños, et je ne comprends pas qu’ils ne connaissent pas l’existence de ce bâtiment, ou qu’ils en aient à peine entendu parler. Pourtant certains de leur grands-parents ou arrière grands-parents sont peut être passés par là et ils l’ignorent, comble de l’histoire.
PS 2 – A l’Hôtel de los Inmigrantes un bureau est à disposition de ceux qui recherchent la trace de l’arrivée de leurs ancêtres à Buenos Aires. Et ça marche ! Avec l’année de naissance, un nom et un prénom, à partir d’une certaine date toutes les personnes ayant désembarqué ont été répertoriées et on peut même se faire imprimer une copie de l’acte d’arrivée de son ancêtre.
PS 3 – Pour la petite histoire, lors de mon dernier passage à Migraciones en mars 2014, j’ai constaté que l’ex-réfectoire a été reconverti en de nouveaux bureaux de Migraciones. Et maintenant cette salle accueille les migrants latinos, asiatiques et africains. L’histoire est un éternel recommencement !
PS 4 – A l’heure où l’Argentine est soi-disant en « default »,  je tiens à souligner la qualité que j’admire le plus chez elle, c’est à dire sa politique migratoire, ouverte et généreuse comme il en existe peu dans le monde. L’Argentine aurait bien des leçons à donner en la matière à ceux qui lui en donnent en finances. Pour preuve ce panneau qui trône au-dessus du bâtiment de Migraciones. J’ai pris cette photo le jour où j’ai obtenu ma résidence permanente.
« Pour tous les hommes du monde qui veulent habiter le sol argentin » extrait du préambule de la constitution argentine
Nos, los Representantes del pueblo de la Confederacion Argentina, reunidos en Congreso General Constituyente por voluntad y eleccion de las Provincias que la componen, en cumplimiento de pactos preexistentes, con el objeto de constituir la union nacional, afianzar la justicia, consolidar la paz interior, proveer á la defensa comun, promover el bienestar general , y asegurar los beneficios de la libertad para nosotros, para nuestra posteridad, y para todos los hombres del mundo que quieran habitar el suelo argentino: invocando la proteccion de Dios, fuente de toda razon y justicia: ordenamos, decretamos y establecemos esta Constitucion para la Confederacion Argentina.

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

IMG_1585

Pour en savoir plus :

– http://www.argentina.gob.ar/pais/poblacion/49-inmigraci%C3%B3n.php

hotel de los Inmigrantes / wikipedia

– http://buenosairesconnect.com/hotel-immigrants-histoire-argentine/

nos ancêtres les gascons

– http://www.histoire-tango.fr/grands%20themes/immigration%20argentine.htm

Nationalités en Argentine – https://argentin.wordpress.com/tag/immigration/

– http://www.sciencespo.fr/opalc/content/prologue-i-l-immigration-europeenne-en-argentine-un-phenomene-controverse

– http://fr.wikipedia.org/wiki/Franco-Argentins

Lire entre les lignes en Argentine ou ce que Google Translator ne te dira jamais

aprender-castellano

 

Qui aime bien châtie bien comme on dit, et comme je n’ai plus à prouver que j’aime l’Argentine depuis le premier jour, je m’auto-proclame le droit de charrier un peu les autochtones. Après les 3 expressions foutages de gueule, j’étais un peu restée sur ma faim… alors j’ai eu envie de recommencer de plus belle. C’est parti mon kiki.

 

SALUTATIONS Je reprends ici certaines expressions déjà utilisées dans le Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques
Hola linda ! = Hola ma jolie = Hola
Hola linda ! como te extrañe ! = Hola, comme tu m’as manqué = Hola
Hola linda ! te queda divino este vestido = Hola, cette robe te va super bien
= Hola, ta robe me donne envie de la soulever

 

DRAGUE
Hola ! de donde sos ?  = Hola, d’où viens tu ?
= Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento = Tu parles très bien espagnol
= Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? = Combien de temps restes-tu en Argentine ?
= Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
Y te gusta Argentina ? = L’Argentine te plaît ?
= S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
Y que te gusta de Argentina ? = Qu’est-ce que tu aimes en Argentine ?
= Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
Y como te tratan, bien ? = Comment mes compatriotes t’accueillent-ils, bien ?
= Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ?  (Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)
Sos una buena mina / Tu es adorable
= Tu es adorable mais il ne va rien se passer de plus entre nous
Estas buena = Tu es sexy/bonne (d’où la méga-importance entre « ser buena » y « estar buena »)
Te acompaño hasta tu puerta = Je t’accompagne jusqu’à ta porte
= Je t’accompagne jusqu’à ta porte genre je suis galant mais je tenterai une fois de plus devant ton palier
Tomas mate ¿ Queres venir a casa a tomar uno ¿ = Tu bois du maté, tu veux venir en boire un à la maison ¿
= Invitation déguisée pour te faire aller chez lui/elle. (Je me demande encore s’il reste une seule étrangère à Buenos Aires à qui on n’ait pas fait le coup du maté à la maison)

 

ARGENT
A cuanto me haces el dollar ? = à quel taux tu me fais le dollar ?
= à combien de pesos tu me vends le dollar au marché parallèle et de combien tu comptes m’enfler sur une échelle de 1 à 5. Si la réponse est « Mira…. » ça sent déjà mauvais cette histoire.
Estoy sin un mango, estoy en rojo, estoy en pelotas = je n’ai plus d’argent

 

HORAIRES et REPAS/PREVIAS/SOIREES
Nos vemos mañana si o si = On se voit demain dans tous les cas
= Rappelle moi demain pour confirmer
Tipo 7
> vers 7 heures = A partir de 8h30
Venis a comer a casa ¿ = Tu viens manger à la maison ?
= tu viens manger à la maison à partir de 13h30 (déjeuner) ou 21h30 (dîner)?
Venis para el asado ¿ = Tu viens pour le barbecue ?
= flou artistique total se faire toujours préciser l’horaire
Hacemos una previa en casa = on fait une pré-fiesta chez moi
= Ramène-toi avec des bouteilles, on va boire de 22h à 24h, avant de sortir dans les bars
Salimos en boliche = On va en boîte
= Entrée prévue en boîte entre 2h et 3h30 du matin, en gros, fais une sieste comme les argentins de 20h à 22h
Pedimos para comer = On se fait livrer ?
= On se fait livrer de la pizza ou des empanadas?
Tengo hambre = j’ai faim
= tu ne vas pas me nourrir d’une salade et j’ai besoin de viande grillée ou de milanesa
Tengo ganas de postre = j’ai envie d’un dessert
= J’ai envie d’un flan au dulce de leche, seul dessert que je connaisse en fait
No me gusta el pescado = Je n’aime pas le poisson
= Je n’ai pas besoin d’avoir goûté le poisson une fois dans ma vie pour savoir que je préfère la viande
Quiero una guarnicion = Je veux un accompagnement avec ma viande
= Je veux des frites ou de la salade avec ma viande et j’ignore de toute façon s’il existe d’autres alternatives
Tengo ganas de un helado = J’ai envie d’une glace
= je veux mon quart de kilo de glace à moi tout(e) seule et je ne compte évidemment pas le partager
A mi no me gusta el picante = je n’aime pas le piquant
= je n’aime pas le piquant et mon expérience en la matière s’arrête de toute façon au chimichuri
Que queres tomar ? = Que veux tu boire ?
= Que veux tu boire ? Il y a de la bière Quilmès, du Fernet avec du coca cola, au choix.

 

AMBIANCE au TRAVAIL 
Buenisimo = Fanstastique = c’est bien
Sos un capo
= Tu es un as = c’est bien
Nos llego una carta del AFIP =
On a reçu un courrier des impôts = alerte générale
Viene un inspector del AFIP =
Un inspecteur des impôts va venir = sauve qui peut !

 

ETUDES
Estudio psychologia, cine, teatro ect = J’étudie la psycho, le cinéma, le théâtre
Tout d’abord, non, tu n’as pas forcément en face de toi un post-pubère de 18 à 25 ans, non, l’autochtone en question peut avoir 40 piges. A Buenos Aires on étudie de tout et toute sa vie, toutes les matières s’enseignent de jour comme en soirée. En gros ici l’inculture n’est pas pardonnable. « Estudio » veut dire que tu vas à la fac 3 fois par semaine le soir après le travail ou que tu prends des cours sur tes temps de loisirs 2 heures par semaines. Donc « estudiar » est à « relativizar », capito ? Ce point éclairci, passons aux sujets des études. Tu remarqueras dans tes conversations une forte recrudescence de sciences humaines : sociologie, psychologie, et de matières artistiques : cinéma, théâtre…. Bienvenue en Argentine. C’est hyyyyyper à la mode à Buenos Aires de prendre des cours de théâtre, de cirque, de clown, de tout ce qui peut paraître singulier et original, et bien sûr de langues. Autour de moi  j’en connais 2 qui étudient le russe, et juste pour l’amour de l’art. En revanche, je n’ai jamais encore entendu quelqu’un me dire qu’il prenait des cours de physique ou de mathématiques. Sûrement pas assez funky.

 

LOISIRS / PROFESSION
Tu auras l’impression en arrivant à Buenos Aires d’être un gros/se nul/le. C’est normal, à les entendre tu as l’impression que tout le monde
– est multi-casquette,
– étudie 2  filières universitaires à la fois : genre droit + psycho ou histoire + psycho (beaucoup de psycho toujours, ça fera l’objet d’un prochain billet)
– a 2 métiers : agent d’assurances + photographe, chef + réalisateur de ciné.
– a plusieurs talents dont il semble vivre : « soy fotografo y guitarista » ou « soy profe de yoga y actriz… »
Tu te diras du coup que tu n’es finalement qu’un gros naze à n’avoir étudié que la mécanique, que l’hôtellerie ou que les sciences. Même en cherchant bien tu ne te souviendras plus de  la dernière fois où tu as exercé un quelconque talent artistique (la vidéo pourrie que tu as réalisée au mariage de ton cousin ne compte pas, non). Tu comptes d’ailleurs bientôt faire un procès à tes parents. C’est vrai quoi, ils auraient dû te mettre à l’école du cirque, à la guitare et en cours d’art plastique tout en même temps  dès 6 ans et tu serais peut être arrivé/e à la cheville des Argentins, ces surdoués de la life. Alors je t’arrête tout de suite, halte-là l’auto-lynchage, reprenons du début.
– Soy fotografo = je suis photographe = j’aime prendre des photos et j’ai un appareil qui va bien. A ne pas confondre avec la version française : je suis photographe et j’en vis. Tu vois la nuance ? En France on relie l’art à l’argent et à sa capacité à remplir son frigo. En Argentine on revendique un goût pour un art et on le fait sien. Dans beaucoup de cas, la seule fois que le soit-disant photographe a vendu donné une de ses « œuvres », c’était pour le journal du lycée, tu vois le délire ? Bon j’exagère un brin peut-être mais l’idée est là quand même. En plus, par chance, la part de subjectivité est quand même énorme en photo, un peu de chamuyo et on te fait croire que tu parles à un/e avant-gardiste.  
– Soy guitarista
= je suis guitariste. Là encore, on parle de loisirs. Comprendre, à 90% de probabilité : je joue avec mes potes du lycée tous les samedis après midi et on fait 5 dates par an (pour les anniversaires des gars du groupe)
– Soy escritor = je suis écrivain = j’ai un blog sur lequel j’écris et toute ma famille me lit
– Soy artista = je suis un/artiste = je n’ai pas beaucoup de blé, ne t’enflamme pas poulette, on ira davantage au bar qu’au resto.

Enfin, pour clore le sujet, si tu dois faire un CV en Argentine, souviens-toi, ici tout le mode prétend être Musclor ou SuperWoman alors vas-y balance la sauce et argentinise-toi 🙂
ps : retrouvez ici un très bon article de Chmily sur le même sujet

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

Le syndrome du retour annuel en France

meme

 

J’avais déjà commencé ici quelques réflexions sur l’expatriation. Aujourd’hui je souhaitais explorer le rapport à la mère patrie, selon la distance avec le pays d’adoption. Je sens souvent que ma vie d’expatriée en Amérique du sud n’a strictement rien à voir avec  celle de mes amis expatriés en Europe. L’expatriation à 2 heures d’avion, c’est l’expatriation light, c’est avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier. Tu troques les parisiens têtes de chien pour les belges sympas à Bruxelles, les anglais relax à Londres ou les tapas à Madrid. Tu rentres au pays plusieurs fois par an, tu connais les horaires d’Easyjet par coeur. Et en plus tu as droit au foie gras à Noël en famille. Veinard, je t’envie en fait.

L’expatriation longue distance (à une journée d’avion), tout de suite, change la donne. Pour rentrer au pays tu dois t’organiser, prendre des vacances, voir la totalité de tes congés de l’année. Tu oublies l’improvisation, la spontanéité, le coup de tête, le « et si je partais ce week-end ? ».  A toi l’anticipation, l’agenda dans une main et la carte de France dans l’autre. Tout ce que tu aimes… Car oui, quand tu es expatrié longue distance tu passes tes vacances en France presque à tous les coups. Tu savais pas ? Dommage… :-)Toi qui partais à l’étranger pour voyager et voir du pays, ben on t’a menti en fait. Surtout, en cas de grosse frustration de passer 2 semaines en Creuse, ne pas écouter les récits de tes amis qui sont restés vivre en France mais qui ont fait 3 voyages dans l’année grâce à leur 42 jours de RTT. Non, non, pas bon, ceux-là évite-les.

L’expatriation longue distance version « occidentale », par exemple aux Etats-Unis, au Japon, à Singapour ou à Dubaï, c’est à dire dans des pays avec une monnaie et une économie stable, peut te donner un bon « pouvoir d’achat de billet d’avion » qui te permettra peut-être de rentrer 2 fois dans l’année. A voir.

A contrario, l’expatriation longue distance version « pour l’amour du risque », c’est à dire dans un pays « en voie de développement » où tu gagnes 800 euros par mois, ne te donnera qu’une occasion par an d’aller en France. Et encore, c’est pas gagné, tout dépend de la configuration. Bien des familles ne peuvent pas payer 4 billets d’avion par an pour l’Europe. Quand on combine comme moi l’équation Amérique du sud + économie couci-couça + dévaluation de peso à fond les ballons, on se demande comment on fera l’année prochaine. Puis on arrête d’y penser parce qu’à quoi bon. 

Le syndrome du retour annuel en France… Je pense sincèrement qu’il faut avoir une fois dans sa vie quitté son pays et ses proches pendant 12 mois pour comprendre ce qui arrive à l’expatrié longue distance avant, pendant et après ce retour au pays. Mais je vais tout de même tenter de l’expliquer ici.

Pendant l’année, beaucoup de choses se passent au pays en ton absence :  mariages, naissances, obsèques, week-end retrouvailles de tes potes qui sont tous sur la photo sauf toi. Tu as beau suivre, liker et commenter les heureux événements sur Facebook, envoyer des messages, des mails, skyper, viberiser, whatsapper, il n’empêche, t’es pas là. Et il en sera ainsi tant qu’on aura pas inventé la télétransportation, donc en attendant habitue-toi et fais avec.

A J-1 mois du départ en France se produit un savant cocktail d’excitation, de joie, d’anxiété, de décompte jusqu’au moment où l’on monte dans l’avion.  Ces semaines avant le départ sont consacrées à l’organisation à distance des vacances, qui voir et où. Mentalement, dans mon cas du moins, je suis déjà en France et plus trop déjà à Buenos Aires. Ou disons que je suis dans l’avion exactement, ni dans un pays ni dans l’autre. Un no man’s land, un temps pendant lequel tout m’est un peu égal car dans x jours « JE RENTRE EN FRANCE » !

En France, lorsque finalement tu foules  le sol de la mère-patrie, c’est le comité d’accueil à l’aéroport, la séquence émotion, le quart d’heure de gloire, les effusions et les embrassades avec tes proches. De très forts moments, des larmes à l’oeil. Le sentiment d’être la star. Illustration concrète, ma mère me prend chaque année en photo à l’aéroport le jour de mon retour, quand elle me voit au loin pousser mon chariot avec mes valises. Sic.  Mais que puis-je faire ? Respirer le cou de sa maman au bout d’un an, ça n’a pas de prix.

Une fois l’émotion passée, en regardant de plus près ceux qui sont venus te chercher, tu observes des cheveux blancs qui n’étaient pas là l’année d’avant, des rides autour des yeux qui te rappellent que tes parents ne rajeunissent pas, pas plus que tes amis d’ailleurs, et pas plus que toi, du coup.
Le syndrome du retour annuel en France est alors à son paroxysme pendant ces quelques semaines. Voici quelques symptômes récurrents:
– la sensation que le temps passe trèèèès vite, du coup tu penses qu’en ne dormant pas la nuit tu doubles la durée de tes vacances. Pas bête, mais tu ne tiens pas plus d’une semaine. La solution : profite de chaque seconde.
– des pics d’émotion , de joie et de crise de pleurs tristesse un peu incontrôlables, qui peuvent te faire passer pour un/e déséquilibré/e. Mais on t’aime comme tu es donc un kleenex et ça repart.
– des situations irréalistes comme des retrouvailles et des adieux à quelques heures d’intervalle avec les mêmes personnes, le temps d’un dîner en fait.
– des phrases surréalistes comme « à l’année prochaine » alors qu’on est encore en juillet.
– des tentatives de rattraper 12 mois ou 24 mois en une soirée, pauvres naïf/ve que tu es. Tu demandes à tes amis de te faire un petit résumé de leur vie, exercice que tu fais à ton tour. « Alors voilà l’année dernière, j’ai changé d’appart, de mec et de boulot, et ça va bien. Et toi ? Euh pardon, et vous ? »
– des hallucinations de voir tes copines encore célibataires l’année dernière te parler mariage avec l’heureux élu à côté que tu vois pour la première fois
– d’autres hallucination, celles de voir des bébés qui n’étaient même pas encore conçus lorsque tu avais vu ses parents l’année d’avant.
Souviens-toi le paragraphe plus haut, pendant l’année, tu étais loin, et il s’en est passé des choses, mais sans toi.

Au retour dans ton pays d’adoption, effet Duracell.

Tu as la sensation d’avoir rechargé les batteries, tu es souvent même content de revenir et de retrouver ton chez toi. Tu n’as eu que le bon de la France, la famille réunie pour l’occasion, les fêtes de Noël ou les vacances d’été. C’est reparti mon kiki pour une autre année. Tu kiffes ta vie d’expatrié… jusqu’au prochain coup de blues. Reprendre alors la lecture à partir de « Pendant l’année »…

Et vous, ça vous fait quoi l’expatriation ?

ps : Mes autres billets sur l’expatriation sont ici

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton ♥

Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

 
On a parlé des relations sentimentales en Argentine dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 4 juin 2014

Toi qui me lis je ne t’ai certainement jamais rencontrée. Mais bizarrement, c’est un peu comme si je te connaissais déjà. Tu as la vingtaine ou la trentaine, tu penses venir un temps en Argentine, à moins que tu ne sois déjà de ce côté-ci de l’Atlantique. Et le titre de ce billet t’a interpellée, forcément. Tu as pipauté à tes proches que tu partais destino Buenos Aires pour la beauté des paysages, parce que tu voulais voir les Andes, pour t’empiffrer de viande, pour apprendre le tango ou l’espagnol etc. Mouaaaaaais… PVT, Erasmus, stage, nouvelle vie, nouveau travail… Je connais toutes ces sornettes ! Moi je sais qu’en vrai un argentin a croisé ta route, en Europe ou par ici, et que tu viens vérifier sur place s’ils étaient tous aussi charmants ou si celui rencontré valait vraiment le déplacement. Tu vois, tu glousses déjà devant ton écran parce que j’ai raison. Je le savais. C’est pour ça que je te connais, parce qu’on est toutes passé par là, TOUTES.
 
Tu as déjà peut être lu ce billet sur Etre femme à Buenos Aires mode d’emploi. Ou pas, et dans ce cas je te recommande de commencer par là, manière d’avoir une première idée de la chose. Voici donc cette fois-ci un autre mode d’emploi, un de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques. Lorsque je parle de “mode d’emploi” je pèse mes mots car oui, plus que sur un autre hémisphère, nous les femmes sommes vraiment sur une autre planète en Argentine. Quant aux relations avec le sexe opposé, nous sommes directement sur Mars. Et lorsque je cause de « survie sentimentale », je m’adresse aux âmes romantiques qui me lisent ici et qui sont malmenées sous cette latitude. Alors oublie ce que tu as vu et connu avant, efface ton disque dur et redémarre. Bienvenida en Argentina nena !
 
Règle numéro 1 : tu profiteras
Peu importe le temps que tu passeras ici, prend le comme une expérience sociologique enrichissante. Profite de ce rapport très étrange que tu entretiendras avec tous les hommes ici, ton voisin, ton patron, cet inconnu qui te reluque au fond du bar, ou ton amoureux. Je ne te demande pas non plus d’adorer les remarques salaces que tu pourras entendre dans la rue, ni de cautionner certaines attitudes bien machistes.  Non, prend juste le positif, les caresses à l’égo quand on te complimente, la galanterie, l’effusion et la démonstration sans pudeur des sentiments, la buena onda  avec laquelle on t’écoute ou on te reçoit, juste parce que tu as des seins et de bonnes fesses tu as lancé un sourire. Tu ne vas pas transformer la société argentine tu penses bien, donc adapte toi à elle et à ce qu’elle a de meilleur. La fascination que l’on engendre sur les mâles autochtones est quand même bien kiffante, avouons-le et assumons-le. Souviens-toi que dans ton pays d’origine c’est pas la même chanson alors enjoy.
 
Règle numéro 2 : les beaux gosses n’auront pas d’emprise sur toi
Pas facile tout ça car l’Argentine est une usine à beaux gosses. D’où ce paragraphe à part entière consacré à ce sujet. J’ignore si c’est le maté, le boeuf, les orignes italiennes. Mon dernier séjour en Italie me fait penser que la généalogie y est quand même pour quelque chose (por Diosssss !). Par ici les hommes comme les femmes sont très bien pourvus par Dame Nature, dixit les étrangers qui débarquent ici en vacances et ne sont pas habitués à ce choc visuel. Je ne compte pas les fois où j’ai entendu de la part de copines venues en visite “je comprends pourquoi tu vis ici”…
Donc oui, pour nous les femmes, le mix tête d’argentin + cheveux un peu longs + art de la séduction manié en maître + accent porteño + option guitariste (ils le sont presque tous ici) + le « tomas maté ? » dit bien droit dans les yeux, ben, oui, on craque. Mais j’ai une bonne nouvelle les meufs, des comme ça il y en a partout, ça pullule même ! Donc un beau gosse de perdu, 10 de retrouvés.
 
 
Règle numéro 3 : pas d’enflammade, pas d’énervement
Sois consciente que ce petit pouvoir que tu as ici, TOUTES tes congénères l’ont aussi. Ta collègue, ta coloc, ton amie, ta petite soeur et ta mère aussi. Donc on reste sur Terre. Je sais c’est dur, surtout lorsqu’on est habitué sur notre hémisphère à se sentir transparente. Ici le compliment, le “chamuyo” comme on dit ici et tout le jeu de séduction arrive très vite (et pas au bout de 3 ans, private joke avec celui qui se reconnaîtra), et surtout avec TOUTES, capito ?  Le “que linda que sos” parce que tu as eu la bonne idée de porter une robe courte, la prochaine le recevra aussi pour son décolleté. Tu n’as pas fini de sortir de la pièce que déjà les regards se portent sur la blonde qui arrive. Ici la drague est un sport national, rien de moins, et c’est l’illustration d’un besoin viscéral de séduire, toi, ta copine, ta soeur et ta mère et toutes à la fois si possible. Je séduis donc je suis. L’argentin t’embrouille le cerveau en moins de deux avec cette équation fatale : physique de winner dont on a déjà parlé plus haut + tchatche + art de te faire sentir unique et spéciale… Attention reste zen pour ne pas y perdre trop de plumes, je t’aurais prévenue. Je me suis amusée un jour à accompagner un ami argentin dans son quartier, et je me suis rendu compte qu’il adressait une blague, un compliment ou un mot gentil à toutes les femmes qu’il croisait: à la caissière du supermarché, à la nana du pressing et à sa boulangère. Comme ça, pour le fun. Autant te dire que la même boulangère en France elle n’en dort pas de la nuit. Ici c’est normal, cela fait partie des règles de la politesse.

Je te conseille aussi de ne pas t’offusquer lorsque tu recevras des texto à 3h du matin, de type « en que andas ? » ou « durmiendo? ». Non vraiment, ne le prend pas personnellement, cela n’a rien à voir avec l’image que tu peux renvoyer, sinon avec l’opportunité que tu représentes pour lui de passer la fin de la nuit au chaud. Comprend-le, le mâle argentin souffre souvent de crises de solitude aiguës au moment de rentrer se coucher, et il en appelle à ton hospitalité et à ton bon coeur.
De même, ne pense pas qu’il te prend pour une boluda lorsqu’il te propose au 1er/2ème rencard de venir boire un maté/regarder un film/dîner/manger de la glace CHEZ LUI. Non vraiment, cela n’a rien à voir avec ce que tu penses, c’est juste une preuve d’hospitalité et de son sens de l’accueil envers toi, pauvre petite étrangère sans famille que tu es. 
Il faut avoir vu une fois dans sa vie le naturel avec lequel l’argentin arrive à te placer une invitation à aller chez lui, là tout de suite maintenant, quand tu ne t’y attends pas. Je me souviens particulièrement d’un dîner au restaurant, suivi de la traditionnelle glace (que l’on va toujours manger chez un glacier), et de la question au moment où je choisissais les parfums: « la glace on la mange ici ou on l’emporte ? » Un maestro celui-là !
 
Règle numéro 4 : apprend à “histeriquear”
Tout d’abord, petite définition. Tu te rendras compte rapidement en écoutant les argentin/es que le premier mot qui leur vient à la bouche lorsqu’ils doivent se plaindre du sexe opposé est “es un/a histerico/a”, d’où le verbe “histeriquear”. Quesako ? C’est un jeu bien rôdé auquel réellement seuls les argentins et argentines savent bien jouer. Mais ça vaut quand même la peine d’essayer et de passer le niveau 1. Etre “histerico/a” est un mal dont tout le monde s’accuse, parce que Fulano t’aime bien mais n’est pas non plus transi pour toi, parce que Fulana ne veut pas s’allonger le premier soir.
Illustrations concrètes:
– Tu es un homme et invite Mariana à sortir, vous faites un resto, échangez quelques besos mais elle te dit qu’elle va rentrer dormir chez elle et tu retrouve planté là comme un boludo -> es una histerica (de mierda)
– Juanito te court après, il a dépassé le stade des compliments, il s’intéresse à toi visiblement, mais ne prend pas forcément d’initiative -> Te esta histeriqueando, à toi et à d’autres aussi certainement.
– Marcos t’envoie souvent des messages, tu lui réponds puis il ne te dit plus rien pendant 4h ou 4 jours ->Te esta histeriqueando. Il te répondra d’ailleurs sûrement après “perdon, me colgue”. (celle-là prépare-toi ils vont te la sortir à tous les coups). A noter que la technique du message non-répondu est également bien maîtrisée par les nanas (mea culpa).
– Tu passes avec Diego une soirée/nuit exceptionnelle puis il ne te donne plus aucune nouvelle, et réapparaît enfin, enthousiaste comme au premier jour (il peut se passer 2 semaines). ->Te esta histeriqueando, avec option “submarino”. C’est à dire je fais le sous-marin entre chaque rencard, j’apparais, je disparais, j’apparais, je disparais….C’est un grand classique.
Et même dans le cas où Nacho ou Paola t’ait retourné le cerveau, tu laisseras passer un délai légal de plusieurs jours avant de réapparaître, manière de montrer que tu es un/e dur/e à cuire. Feindre l’indifférence, c’est un art. Quand on vient d’ailleurs on peut voir ça comme un jeu puéril et pas très productif, mais ici ça les rend dingues de 7 à 77 ans, c’est comme ça.
Un ami au Brésil m’a fait remarquer qu’il est facile de reconnaître la nationalité d’un groupe de filles sur la plage. Si elles sourient et regardent autour d’elles, ce sont des brésiliennes, si elles se regardent entre elles et ne lancent aucun regard à personne ce sont des argentines. CQFD
La solution pour les victimes ? Faire pareil. Prétendre que ton coeur est solide comme le granit et qu’il ne te fait pas plus d’effet qu’une goutte d’eau tombant dans les chutes d’Iguazu. Ce n’est pas Tatie Fanny qui le dit, même dans la pub ça marche comme ça
DSCN9508
Oui même les soldes peuvent être « histericos ». Comprenne qui pourra…
 
 
Règle numéro 5 : déchiffre le vocabulaire*
« Vamos hablando » = éventuellement je te rappellerai un soir à 4 h du mat
« Te voy avisando » = c’était sympa, mais jamais plus tu n’auras de mes nouvelles
« Se me complico » = oublie moi
« No soy el tipico argentino chamuyero » = Je sais mieux cacher mon jeu que les autres et tu t’en rendras compte avec le temps
« Hola linda ! » = Hola

« Hola linda ! como te extrane ! » = Hola
« Hola linda ! te queda divino este vestido » = Hola, te quiero dar
« Hola ! de donde sos ? » = Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
« Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento » = Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
« Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? » = Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
« Y te gusta Argentina ? » = S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
« Y que te gusta de Argentina ? » Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
« Te tratan bien ? » = Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ? 
(Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)

*Ici un grand gracias a MdB pour sa contribution 

 
 
Règle numéro 6: distinguer “salir” et “estar de novio”
Tu sors avec un argentin depuis quelques semaines ou quelques mois, la pasas bomba, il t’appelle, te propose des sorties, il connaît peut-être certains de tes copains (mais toi bizzarement tu ne connais pas les siens). Il te dit “te quiero mucho”, mais, petit détail qui a toute son importance, vous n’avez jamais parlé d’être “novio”. Tu n’es pas au bout du tunnel ma fille !  Tu veux savoir ce que tu es pour lui sur une échelle de 0 à 5 ? 1.5. C’est injuste et cruel mais c’est la triste réalité. Tu pensais bêtement que vous “étiez ensemble”? Non, tu n’es qu’avec toi-même, sorry.

Illustrations concrètes:

– Tu ne t’étonneras pas que Fulano que tu as invité à domicile t’annonce en pleine nuit qu’il va rentrer dormir chez lui parce que il préfère dormir seul, ou qu’il dort mal quand il dort avec quelqu’un.
– Pire dans le genre, et summum de la goujaterie et de l’hijo-de-puta-attitude (on sent le vécu là), le coup de l’argentin qui te propose gentiment en pleine nuit de t’appeler un taxi pour rentrer chez toi, alors que tu es déjà chez lui. Sic.
On couche avec une chica mais on dort avec la novia, tu comprends la nuance ?
Il va de soi qu’aucun argentin n’apprécierait que leur soeur soit traitée de la sorte mais c’est étrangement une pensée qui ne leur vient pas à l’esprit à l’instant T.
Avoir un rencard avec un/e argentin/e pendant plusieurs semaines ou quelques mois n’implique aucune continuité ni aucune exclusivité. On est en plein dans le cadre de la “date” à l’anglo-saxonne. C’est à dire que tu “sors” avec l’autre personne jusqu’au moment où tu refranchis ton pallier. Ensuite libre à toi la nuit suivante de t’attaquer au voisin, à la collègue, tu ne dois rien à personne. Cela change seulement à partir du moment où tu passes du stade “chica con quien esta saliendo” à celui de “novia”. Cela s’officialise dans une conversation et là oui il y a exclusivité. Pas avant. Tu étais donc jusqu’alors dans une relation polygame sans le savoir, c’est ça qui est bon !
Illustration : si un jour, alors que tu passes déjà toutes tes nuits avec lui depuis un bail, et que tu as même un petit sac d’affaires installé dans son placard, et qu’il te demande pompeusement d’être sa novia, n’explose pas de rire (ne fais pas comme moi, ça tue un peu le romantisme). Prend ta respiration, pense que pour lui c’est un énorme pas en avant et répond lui comme dans les télénovelas “si mi amor”. Ne fais pas ta relou, ne commence pas à psychoter, ne réfléchis pas au fait que jusqu’alors, si tu n’étais pas encore la novia, il t’a certainementpeut-être fréquentée en même temps que d’autres. Tu pensais naïvement que tu “étais/sortais avec lui” depuis des lustres. Que nenni,votre histoire vient tout juste de commencer. Bienvenida en Argentina nena.
 

 
Règle numéro 7 : accepte ta vie de “novia”
Tu as donc suivi tous mes conseils, tu as décidé de profiter de ton séjour en Argentine, tu es restée digne face aux bombonazos, tu ne t’es pas enflammée inutilement, tu as joué à l’histerica, tu as commencé à sortir avec Martin et maintenant vous êtes novios, buenisimo. Tu pensais peut-être avoir décroché le jackpot mais tu n’y es pas encore. Car maintenant aussi le choc culturel se fait sentir. Le statut de novia est pris très au sérieux en général. Toi européenne tu noteras même une certaine notion de « couple à l’ancienne », ton novio te consultera pour des décisions là où un français serait plus indépendant. Il te proposera de t’accompagner partout quand toi, femme indépendante que tu es, tu n’aurais même pas songé à le lui demander. ll paiera les additions plus souvent qu’à son tour, il considère que c’est son rôle de mâle. Certains au début de la relation ne tolèrent pas que tu sortes le porte-feuille, c’est clair et net. Présentation à la famille, aux amis.Tu vas être invitée aux asados familiaux et amicaux le dimanche et tout ça. Tu vas alors découvrir le monde des novias, des femmes qui restent entre elles et préparent la ensalada mixta pendant que les hommes boivent de la Quilmes entre eux autour de la parilla. Tu vas te rendre compte qu’il existe tout un tas de règles pré-établies et que ce n’est pas toi l’étrangère qui va les révolutionner. Le Porteño a souvent son emploi du temps réglé comme du papier à musique. Ton novio t’expliquera que tous les jeudi soirs il a un repas avec ses amis du foot/quartier/fac et que les novias ne sont pas invitées. Pas parce que c’est une soirée de mecs ce soir-là. Non, elles ne le sont jamais. Welcome dans la société compartimentée. Tu organiseras alors des soirées de filles avec des copines et tu perdras alors petit à petit tout contact avec les hommes qui n’appartiennent pas au cercle novio, frères et amis du novio et novio de tes copines.

Ici tu n’as pas d’ami(e) du sexe opposé car la seule option de relation envisagée est « tinderisée » : le das o no le das, il/elle te plaît ou il/elle ne te fait aucun effet et tu continues ton chemin. L’amitié homme/femme est très compliquée partout sur la planète mais ici elle est quasiment mission impossible, pas comprise comme chez nous et rarement valorisée. Quand tu es célibataire, tu sors et tu fréquentes la gent masculine. Tu peux rencontrer des chicos simpaticos, avoir des conversations intéressantes même si la séduction est toujours sous-jacente. Mais quand tu es de novia, ton monde se rétrécit soudainement. Un novio pourra voir d’un mauvais œil que tu lui parles d’ami du sexe masculin, surtout si l’ami en question est argentin. Lui-même n’aura peut-être aucune amie fille, hormis sa cousine. C’est pas de la mauvaise volonté, mais comment pourrait-il te comprendre ? Il pourra suspecter ton « ami » d’avoir déjà tenté de te séduire ou de vouloir le faire dès qu’il aura le dos tourné. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace… La solution, parler beaucoup et parler encore, sans garantie que ça marche, et tenter de décaper un peu les stéréotypes. Pas facile, mais j’en ai vu chez qui ça marchait !

 
NB: Pour devancer les futures remarques de celles et ceux qui me diront que j’exagère, qu’il existe des argentins “différents”, qu’ils ne sont pas tous “comme ça” etc, je répondrai que je vis à Buenos Aires depuis 5 ans, avec tout ce que cela sous-entend de kleenex que j’ai pu user moi-même ou tendre à mes copines lorsqu’elles me racontaient leurs histoires (copines argentines et étrangères, même combat). Je prétends donc en connaître un rayon. Mon étude n’est qu’empirique, je l’assume. Maintenant j’attends vos témoignages avec impatience !

PS 1 : je conseille sur le même sujet l’excellent témoignage de Maeva JOSSE que j’ai découvert après avoir écrit mon billet
http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

PS 2 : à celles et ceux que l’espoir a abandonné et songent à se faire curé/soeur, il existe une alternative testée et approuvée personnellement que je recommande de tout <3 

9894fb70fd8d62caed413d6ca4b2c33e

♥ Retrouve le blog Destino Buenos Aires sur la page Facebook – Twitter – Google + – Hello Cotton
 

Etrange concept que le bercail…

Photo de ma ville étriquée, un jour d’orage
Le bercail c’est le bled où tu as grandi, c’est la maison dont on reconnaît les odeurs, c’est la place de la Mairie où tu croises des gens que tu connais, même si tu es partie il y a 15 ans. C’est la personne qui sait que tu aimes le quignon de la baguette, que tu ne petit-déjeunes qu’avec des Rice Krispies et du chocolat Poulain. Et qui s’assure d’acheter tout ça avant ton arrivée.
Le bercail c’est le coin de la planète que tu as considéré étriqué, trop calme et tellement prévisible et qui t’a donné envie de partir. Plus tard, c’est pourtant le même coin dans lequel tu te réfugies et te sens chez toi. C’est tout ça le bercail.
Lorsqu’on ne rentre au bercail qu’une fois par an, qu’on vit loin très loin, on en viendrait presque à idéaliser les 2 petites rues commerçantes qui ont limité notre horizon durant nos 18 premières années. De retour en vacances, en arpentant ces rues si familières, on s’aperçoit qu’elles sont encore plus courtes que dans notre souvenir, et que oui vraiment, on n’en démordra pas, cette ville est définitivement un appel même à prendre un train ou un bus et plus vite que ça.
Puis, sournoisement, insidieusement, s’installe une autre sensation, un blues, une nostalgie, un saudade, pour les souvenirs passés, l’enfance et l’adolescence que l’on ne retrouvera jamais. Ce temps où le grand-père riait encore si fort avec la grand-mère, ce temps où l’on connaissait par cœur le numéro de téléphone de la maison de nos copines, ce temps sans portable, sans internet, tout juste une console de jeux, où nos conversations n’étaient pas interrompues par des messages, ce temps où l’une de mes seules distractions consistait à me battre avec mon frère.
Une évidence, après toutes ces années, c’est dans cette maison qui m’a vue grandir, dormir avec le frérot, me disputer avec tout le monde, faire mes devoirs, imploser à l’adolescence, pester contre les « vieux »et revenir en visite tant de fois, oui c’est encore dans cette maison que je me sens le plus chez moi, en sécurité, comme bercée dans un placenta de graisse de canard comme toute bonne gersoise qui se respecte.
Signe infaillible de l’âge adulte, on prend conscience de ceux que l’on a encore, ces êtres chers et indispensables qui nous font tenir droits et à l’aise dans nos tongues, même à 15.000 km de distance. On savoure la joie de retrouver encore, 36 ans plus tard, le même sourire + parfum qui nous attend à l’aéroport, ce pilier débordant de tout l’amour du monde, infaillible, no limit et for ever.  On reconnaît la patience infinie de celle qui ne compte pas les kilomètres parcourus, sûrement plus qu’un tour du monde, de celle qui m’a toujours et partout trimballée, installée, déménagée et transportée au gré de mes journées d’école, goûters d’anniversaires, loisirs, sorties et virées nocturnes (quand il fallait qu’elle me laisse assez près mais pas trop non plus, au cas où l’on s’aperçoive que c’était elle qui me conduisait), de celle qui plus tard m’a soutenue alors que je m’éloignais d’elle, et emmenée prendre mes trains, mes bus et mes avions… jusqu’à que sa fille indigne ne prenne son envol (j’ai dû prendre beaucoup d’élan, j’en conviens, car je n’aurais jamais pensé atterrir aussi loin).
A mes compagnons de bercail, je voudrais dire un muchas gracias du fond del corazon pour être encore là, alors que tant d’amis autour de moi n’ont pas la même chance. Les sourires + parfums nous lâchent parfois trop tôt, les salauds.
Il y a des jours comme ça où l’on voudrait stopper le temps, où l’on ne sait plus pourquoi au fond on est parti si loin, où l’on voudrait rester sous la couette, et que le même sourire + parfum nous fasse des câlins, for ever.