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Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

 
On a parlé des relations sentimentales en Argentine dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 4 juin 2014

Toi qui me lis je ne t’ai certainement jamais rencontrée. Mais bizarrement, c’est un peu comme si je te connaissais déjà. Tu as la vingtaine ou la trentaine, tu penses venir un temps en Argentine, à moins que tu ne sois déjà de ce côté-ci de l’Atlantique. Et le titre de ce billet t’a interpellée, forcément. Tu as pipauté à tes proches que tu partais destino Buenos Aires pour la beauté des paysages, parce que tu voulais voir les Andes, pour t’empiffrer de viande, pour apprendre le tango ou l’espagnol etc. Mouaaaaaais… PVT, Erasmus, stage, nouvelle vie, nouveau travail… Je connais toutes ces sornettes ! Moi je sais qu’en vrai un argentin a croisé ta route, en Europe ou par ici, et que tu viens vérifier sur place s’ils étaient tous aussi charmants ou si celui rencontré valait vraiment le déplacement. Tu vois, tu glousses déjà devant ton écran parce que j’ai raison. Je le savais. C’est pour ça que je te connais, parce qu’on est toutes passé par là, TOUTES.
 
Tu as déjà peut être lu ce billet sur Etre femme à Buenos Aires mode d’emploi. Ou pas, et dans ce cas je te recommande de commencer par là, manière d’avoir une première idée de la chose. Voici donc cette fois-ci un autre mode d’emploi, un de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques. Lorsque je parle de “mode d’emploi” je pèse mes mots car oui, plus que sur un autre hémisphère, nous les femmes sommes vraiment sur une autre planète en Argentine. Quant aux relations avec le sexe opposé, nous sommes directement sur Mars. Et lorsque je cause de « survie sentimentale », je m’adresse aux âmes romantiques qui me lisent ici et qui sont malmenées sous cette latitude. Alors oublie ce que tu as vu et connu avant, efface ton disque dur et redémarre. Bienvenida en Argentina nena !
 
Règle numéro 1 : tu profiteras
Peu importe le temps que tu passeras ici, prend le comme une expérience sociologique enrichissante. Profite de ce rapport très étrange que tu entretiendras avec tous les hommes ici, ton voisin, ton patron, cet inconnu qui te reluque au fond du bar, ou ton amoureux. Je ne te demande pas non plus d’adorer les remarques salaces que tu pourras entendre dans la rue, ni de cautionner certaines attitudes bien machistes.  Non, prend juste le positif, les caresses à l’égo quand on te complimente, la galanterie, l’effusion et la démonstration sans pudeur des sentiments, la buena onda  avec laquelle on t’écoute ou on te reçoit, juste parce que tu as des seins et de bonnes fesses tu as lancé un sourire. Tu ne vas pas transformer la société argentine tu penses bien, donc adapte toi à elle et à ce qu’elle a de meilleur. La fascination que l’on engendre sur les mâles autochtones est quand même bien kiffante, avouons-le et assumons-le. Souviens-toi que dans ton pays d’origine c’est pas la même chanson alors enjoy.
 
Règle numéro 2 : les beaux gosses n’auront pas d’emprise sur toi
Pas facile tout ça car l’Argentine est une usine à beaux gosses. D’où ce paragraphe à part entière consacré à ce sujet. J’ignore si c’est le maté, le boeuf, les orignes italiennes. Mon dernier séjour en Italie me fait penser que la généalogie y est quand même pour quelque chose (por Diosssss !). Par ici les hommes comme les femmes sont très bien pourvus par Dame Nature, dixit les étrangers qui débarquent ici en vacances et ne sont pas habitués à ce choc visuel. Je ne compte pas les fois où j’ai entendu de la part de copines venues en visite “je comprends pourquoi tu vis ici”…
Donc oui, pour nous les femmes, le mix tête d’argentin + cheveux un peu longs + art de la séduction manié en maître + accent porteño + option guitariste (ils le sont presque tous ici) + le « tomas maté ? » dit bien droit dans les yeux, ben, oui, on craque. Mais j’ai une bonne nouvelle les meufs, des comme ça il y en a partout, ça pullule même ! Donc un beau gosse de perdu, 10 de retrouvés.
 
 
Règle numéro 3 : pas d’enflammade, pas d’énervement
Sois consciente que ce petit pouvoir que tu as ici, TOUTES tes congénères l’ont aussi. Ta collègue, ta coloc, ton amie, ta petite soeur et ta mère aussi. Donc on reste sur Terre. Je sais c’est dur, surtout lorsqu’on est habitué sur notre hémisphère à se sentir transparente. Ici le compliment, le “chamuyo” comme on dit ici et tout le jeu de séduction arrive très vite (et pas au bout de 3 ans, private joke avec celui qui se reconnaîtra), et surtout avec TOUTES, capito ?  Le “que linda que sos” parce que tu as eu la bonne idée de porter une robe courte, la prochaine le recevra aussi pour son décolleté. Tu n’as pas fini de sortir de la pièce que déjà les regards se portent sur la blonde qui arrive. Ici la drague est un sport national, rien de moins, et c’est l’illustration d’un besoin viscéral de séduire, toi, ta copine, ta soeur et ta mère et toutes à la fois si possible. Je séduis donc je suis. L’argentin t’embrouille le cerveau en moins de deux avec cette équation fatale : physique de winner dont on a déjà parlé plus haut + tchatche + art de te faire sentir unique et spéciale… Attention reste zen pour ne pas y perdre trop de plumes, je t’aurais prévenue. Je me suis amusée un jour à accompagner un ami argentin dans son quartier, et je me suis rendu compte qu’il adressait une blague, un compliment ou un mot gentil à toutes les femmes qu’il croisait: à la caissière du supermarché, à la nana du pressing et à sa boulangère. Comme ça, pour le fun. Autant te dire que la même boulangère en France elle n’en dort pas de la nuit. Ici c’est normal, cela fait partie des règles de la politesse.

Je te conseille aussi de ne pas t’offusquer lorsque tu recevras des texto à 3h du matin, de type « en que andas ? » ou « durmiendo? ». Non vraiment, ne le prend pas personnellement, cela n’a rien à voir avec l’image que tu peux renvoyer, sinon avec l’opportunité que tu représentes pour lui de passer la fin de la nuit au chaud. Comprend-le, le mâle argentin souffre souvent de crises de solitude aiguës au moment de rentrer se coucher, et il en appelle à ton hospitalité et à ton bon coeur.
De même, ne pense pas qu’il te prend pour une boluda lorsqu’il te propose au 1er/2ème rencard de venir boire un maté/regarder un film/dîner/manger de la glace CHEZ LUI. Non vraiment, cela n’a rien à voir avec ce que tu penses, c’est juste une preuve d’hospitalité et de son sens de l’accueil envers toi, pauvre petite étrangère sans famille que tu es. 
Il faut avoir vu une fois dans sa vie le naturel avec lequel l’argentin arrive à te placer une invitation à aller chez lui, là tout de suite maintenant, quand tu ne t’y attends pas. Je me souviens particulièrement d’un dîner au restaurant, suivi de la traditionnelle glace (que l’on va toujours manger chez un glacier), et de la question au moment où je choisissais les parfums: « la glace on la mange ici ou on l’emporte ? » Un maestro celui-là !
 
Règle numéro 4 : apprend à “histeriquear”
Tout d’abord, petite définition. Tu te rendras compte rapidement en écoutant les argentin/es que le premier mot qui leur vient à la bouche lorsqu’ils doivent se plaindre du sexe opposé est “es un/a histerico/a”, d’où le verbe “histeriquear”. Quesako ? C’est un jeu bien rôdé auquel réellement seuls les argentins et argentines savent bien jouer. Mais ça vaut quand même la peine d’essayer et de passer le niveau 1. Etre “histerico/a” est un mal dont tout le monde s’accuse, parce que Fulano t’aime bien mais n’est pas non plus transi pour toi, parce que Fulana ne veut pas s’allonger le premier soir.
Illustrations concrètes:
– Tu es un homme et invite Mariana à sortir, vous faites un resto, échangez quelques besos mais elle te dit qu’elle va rentrer dormir chez elle et tu retrouve planté là comme un boludo -> es una histerica (de mierda)
– Juanito te court après, il a dépassé le stade des compliments, il s’intéresse à toi visiblement, mais ne prend pas forcément d’initiative -> Te esta histeriqueando, à toi et à d’autres aussi certainement.
– Marcos t’envoie souvent des messages, tu lui réponds puis il ne te dit plus rien pendant 4h ou 4 jours ->Te esta histeriqueando. Il te répondra d’ailleurs sûrement après “perdon, me colgue”. (celle-là prépare-toi ils vont te la sortir à tous les coups). A noter que la technique du message non-répondu est également bien maîtrisée par les nanas (mea culpa).
– Tu passes avec Diego une soirée/nuit exceptionnelle puis il ne te donne plus aucune nouvelle, et réapparaît enfin, enthousiaste comme au premier jour (il peut se passer 2 semaines). ->Te esta histeriqueando, avec option “submarino”. C’est à dire je fais le sous-marin entre chaque rencard, j’apparais, je disparais, j’apparais, je disparais….C’est un grand classique.
Et même dans le cas où Nacho ou Paola t’ait retourné le cerveau, tu laisseras passer un délai légal de plusieurs jours avant de réapparaître, manière de montrer que tu es un/e dur/e à cuire. Feindre l’indifférence, c’est un art. Quand on vient d’ailleurs on peut voir ça comme un jeu puéril et pas très productif, mais ici ça les rend dingues de 7 à 77 ans, c’est comme ça.
Un ami au Brésil m’a fait remarquer qu’il est facile de reconnaître la nationalité d’un groupe de filles sur la plage. Si elles sourient et regardent autour d’elles, ce sont des brésiliennes, si elles se regardent entre elles et ne lancent aucun regard à personne ce sont des argentines. CQFD
La solution pour les victimes ? Faire pareil. Prétendre que ton coeur est solide comme le granit et qu’il ne te fait pas plus d’effet qu’une goutte d’eau tombant dans les chutes d’Iguazu. Ce n’est pas Tatie Fanny qui le dit, même dans la pub ça marche comme ça
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Oui même les soldes peuvent être « histericos ». Comprenne qui pourra…
 
 
Règle numéro 5 : déchiffre le vocabulaire*
« Vamos hablando » = éventuellement je te rappellerai un soir à 4 h du mat
« Te voy avisando » = c’était sympa, mais jamais plus tu n’auras de mes nouvelles
« Se me complico » = oublie moi
« No soy el tipico argentino chamuyero » = Je sais mieux cacher mon jeu que les autres et tu t’en rendras compte avec le temps
« Hola linda ! » = Hola

« Hola linda ! como te extrane ! » = Hola
« Hola linda ! te queda divino este vestido » = Hola, te quiero dar
« Hola ! de donde sos ? » = Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
« Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento » = Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
« Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? » = Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
« Y te gusta Argentina ? » = S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
« Y que te gusta de Argentina ? » Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
« Te tratan bien ? » = Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ? 
(Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)

*Ici un grand gracias a MdB pour sa contribution 

 
 
Règle numéro 6: distinguer “salir” et “estar de novio”
Tu sors avec un argentin depuis quelques semaines ou quelques mois, la pasas bomba, il t’appelle, te propose des sorties, il connaît peut-être certains de tes copains (mais toi bizzarement tu ne connais pas les siens). Il te dit “te quiero mucho”, mais, petit détail qui a toute son importance, vous n’avez jamais parlé d’être “novio”. Tu n’es pas au bout du tunnel ma fille !  Tu veux savoir ce que tu es pour lui sur une échelle de 0 à 5 ? 1.5. C’est injuste et cruel mais c’est la triste réalité. Tu pensais bêtement que vous “étiez ensemble”? Non, tu n’es qu’avec toi-même, sorry.

Illustrations concrètes:

– Tu ne t’étonneras pas que Fulano que tu as invité à domicile t’annonce en pleine nuit qu’il va rentrer dormir chez lui parce que il préfère dormir seul, ou qu’il dort mal quand il dort avec quelqu’un.
– Pire dans le genre, et summum de la goujaterie et de l’hijo-de-puta-attitude (on sent le vécu là), le coup de l’argentin qui te propose gentiment en pleine nuit de t’appeler un taxi pour rentrer chez toi, alors que tu es déjà chez lui. Sic.
On couche avec une chica mais on dort avec la novia, tu comprends la nuance ?
Il va de soi qu’aucun argentin n’apprécierait que leur soeur soit traitée de la sorte mais c’est étrangement une pensée qui ne leur vient pas à l’esprit à l’instant T.
Avoir un rencard avec un/e argentin/e pendant plusieurs semaines ou quelques mois n’implique aucune continuité ni aucune exclusivité. On est en plein dans le cadre de la “date” à l’anglo-saxonne. C’est à dire que tu “sors” avec l’autre personne jusqu’au moment où tu refranchis ton pallier. Ensuite libre à toi la nuit suivante de t’attaquer au voisin, à la collègue, tu ne dois rien à personne. Cela change seulement à partir du moment où tu passes du stade “chica con quien esta saliendo” à celui de “novia”. Cela s’officialise dans une conversation et là oui il y a exclusivité. Pas avant. Tu étais donc jusqu’alors dans une relation polygame sans le savoir, c’est ça qui est bon !
Illustration : si un jour, alors que tu passes déjà toutes tes nuits avec lui depuis un bail, et que tu as même un petit sac d’affaires installé dans son placard, et qu’il te demande pompeusement d’être sa novia, n’explose pas de rire (ne fais pas comme moi, ça tue un peu le romantisme). Prend ta respiration, pense que pour lui c’est un énorme pas en avant et répond lui comme dans les télénovelas “si mi amor”. Ne fais pas ta relou, ne commence pas à psychoter, ne réfléchis pas au fait que jusqu’alors, si tu n’étais pas encore la novia, il t’a certainementpeut-être fréquentée en même temps que d’autres. Tu pensais naïvement que tu “étais/sortais avec lui” depuis des lustres. Que nenni,votre histoire vient tout juste de commencer. Bienvenida en Argentina nena.
 

 
Règle numéro 7 : accepte ta vie de “novia”
Tu as donc suivi tous mes conseils, tu as décidé de profiter de ton séjour en Argentine, tu es restée digne face aux bombonazos, tu ne t’es pas enflammée inutilement, tu as joué à l’histerica, tu as commencé à sortir avec Martin et maintenant vous êtes novios, buenisimo. Tu pensais peut-être avoir décroché le jackpot mais tu n’y es pas encore. Car maintenant aussi le choc culturel se fait sentir. Le statut de novia est pris très au sérieux en général. Toi européenne tu noteras même une certaine notion de « couple à l’ancienne », ton novio te consultera pour des décisions là où un français serait plus indépendant. Il te proposera de t’accompagner partout quand toi, femme indépendante que tu es, tu n’aurais même pas songé à le lui demander. ll paiera les additions plus souvent qu’à son tour, il considère que c’est son rôle de mâle. Certains au début de la relation ne tolèrent pas que tu sortes le porte-feuille, c’est clair et net. Présentation à la famille, aux amis.Tu vas être invitée aux asados familiaux et amicaux le dimanche et tout ça. Tu vas alors découvrir le monde des novias, des femmes qui restent entre elles et préparent la ensalada mixta pendant que les hommes boivent de la Quilmes entre eux autour de la parilla. Tu vas te rendre compte qu’il existe tout un tas de règles pré-établies et que ce n’est pas toi l’étrangère qui va les révolutionner. Le Porteño a souvent son emploi du temps réglé comme du papier à musique. Ton novio t’expliquera que tous les jeudi soirs il a un repas avec ses amis du foot/quartier/fac et que les novias ne sont pas invitées. Pas parce que c’est une soirée de mecs ce soir-là. Non, elles ne le sont jamais. Welcome dans la société compartimentée. Tu organiseras alors des soirées de filles avec des copines et tu perdras alors petit à petit tout contact avec les hommes qui n’appartiennent pas au cercle novio, frères et amis du novio et novio de tes copines.

Ici tu n’as pas d’ami(e) du sexe opposé car la seule option de relation envisagée est « tinderisée » : le das o no le das, il/elle te plaît ou il/elle ne te fait aucun effet et tu continues ton chemin. L’amitié homme/femme est très compliquée partout sur la planète mais ici elle est quasiment mission impossible, pas comprise comme chez nous et rarement valorisée. Quand tu es célibataire, tu sors et tu fréquentes la gent masculine. Tu peux rencontrer des chicos simpaticos, avoir des conversations intéressantes même si la séduction est toujours sous-jacente. Mais quand tu es de novia, ton monde se rétrécit soudainement. Un novio pourra voir d’un mauvais œil que tu lui parles d’ami du sexe masculin, surtout si l’ami en question est argentin. Lui-même n’aura peut-être aucune amie fille, hormis sa cousine. C’est pas de la mauvaise volonté, mais comment pourrait-il te comprendre ? Il pourra suspecter ton « ami » d’avoir déjà tenté de te séduire ou de vouloir le faire dès qu’il aura le dos tourné. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace… La solution, parler beaucoup et parler encore, sans garantie que ça marche, et tenter de décaper un peu les stéréotypes. Pas facile, mais j’en ai vu chez qui ça marchait !

 
NB: Pour devancer les futures remarques de celles et ceux qui me diront que j’exagère, qu’il existe des argentins “différents”, qu’ils ne sont pas tous “comme ça” etc, je répondrai que je vis à Buenos Aires depuis 5 ans, avec tout ce que cela sous-entend de kleenex que j’ai pu user moi-même ou tendre à mes copines lorsqu’elles me racontaient leurs histoires (copines argentines et étrangères, même combat). Je prétends donc en connaître un rayon. Mon étude n’est qu’empirique, je l’assume. Maintenant j’attends vos témoignages avec impatience !

PS 1 : je conseille sur le même sujet l’excellent témoignage de Maeva JOSSE que j’ai découvert après avoir écrit mon billet
http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

PS 2 : à celles et ceux que l’espoir a abandonné et songent à se faire curé/soeur, il existe une alternative testée et approuvée personnellement que je recommande de tout <3 

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Etre une femme à Buenos Aires, mode d’emploi

PIERNAS Y BANDONEON © 2004 por daniel machado

Parlons des femmes, des hommes, d’amour, de drague, de sexe et de rock’n’roll ! Beaucoup à dire, beaucoup à raconter, mais commençons par le commencement.

« Femmes je vous aime » pourrait bien résumer mon propos.
1- Ici femme tu es, de l’instant que tu franchis la porte de chez toi le matin et jusqu’au soir. Tu n’es pas dans le métro à Paris. Te ne passeras jamais inaperçue. Transparente tu ne seras pas, même pas la nuit sur un trottoir mal éclairé.
2 – Ici tu es una mina, una piba, una chica, una mujer, una señorita, una señora. Ici ta féminité prend tout son sens, prépare-toi. En ton honneur on a même appelé le pont le plus célèbre de la ville le « puente de la Mujer ». Pour te dire.
3 – Si tu es jolie et/ou que tu as de bonnes fesses (una linda cola), et/ou des seins (lolas) qui se remarquent tous seuls ou que tu montres un tant soit peu, tu es hermosa, muy linda, un bombon
4 – Tous les hommes de 7 à 77 ans te perçoivent, te voient et te regardent. Tous. C’est la tradition, la culture, dans les gênes, comme tu voudras mais c’est un fait. Si tu es déjà allée un jour en Italie du sud, dans des pays sud-américains ou arabes, tu sais ce que je veux dire.

Etre une femme te donne donc quelques avantages et passe-droits, alors autant en user.
– on te cède facilement la place dans le métro ou dans le bus
– on te laisse monter la première dans le wagon de métro ou dans le bus
– parfois le chauffeur de colectivo veut te montrer que tu ne lui déplais pas et ne te fait pas payer le ticket (vécu)
– ou il s’arrête pour te faire descendre juste là où tu lui as dit que tu comptais aller, même s’il n’y a pas d’arrêt (vécu)
– ou il s’arrête dans la rue pour te faire monter, même s’il n’y a pas d’arrêt (vécu)
Ceci est aussi possible pour les hommes mais ça marche moins systématiquement. D’ailleurs, sans réfléchir, j’ai voulu tenter la même chose lors de mon dernier séjour en France, tellement habituée, j’ai voulu héler un bus dans la rue comme on hèlerait un taxi ! Je me suis bien ramassée comme une vieille chaussette
– tu peux négocier de super tarifs au vidéoclub, et rendre les films plus tard que prévu, avec un sourire ça s’arrange toujours (vécu)
– d’une manière générale, personne ne te parle mal ou n’est agressif.

Tous les hommes argentins de 7 à 77 ans donc, potentiellement, peuvent se retourner sur ton passage, arrêter  deux secondes leur conversation, te lancer un compliment, te demander un numéro de téléphone, te suivre quelques mètres dans la rue…. Ils ont partout dans le monde cette réputation de tombeurs et après 2 ans ici je peux témoigner que c’est bien mérité. On l’aura compris, inactif et timide, l’homme argentin n’est pas. Bien au contraire, il avance et ne recule jamais de peur de se prendre un « NO ». Ici  un dicton célèbre dit « El no ya lo tenes », littéralement « Le non tu l’as déjà », donc tu ne peux que gagner un oui. Bien vu, non ? Donc pas d’orgueil mal placé, ou de peur du ridicule, on essaie, on tente, et que le meilleur séducteur gagne. Te voilà prévenue.
Illustrations concrètes : tu ne seras pas surprise que ton élève de français de 24 ans tente sa chance auprès de toi, prof trentenaire, tout comme celui qui en a 60 (vécu). Pas plus que si un médecin te propose à la fin de la consultation d’aller boire une bière un de ces 4, tout en portant une belle alliance (vécu). Ou qu’un fonctionnaire te cherche et te rajoute en ami sur Facebook environ 2h après l’avoir vu dans un bureau (vécu).

Les argentins, homme et femmes, ont un don inné pour la conversation, ils s’intéressent à toi, te posent toujours des questions etc. Donc le séducteur argentin n’a aucun mal à nouer le contact, imagine-toi. Tu ne l’as pas vu arriver qu’il est déjà à côté de toi. (Il faut savoir par ailleurs qu’il peut disparaître aussi vite qu’il est rentré dans ta vie, mais là n’est pas le sujet). Il vient généralement t’aborder sans trop attendre, seul, ou en groupe accompagné de congénères. Je n’ai jamais encore entendu ici l’histoire d’une fille qui ait eu besoin de faire le premier pas. Pour les timides, c’est assez pratique. Il paraît même qu’avant les hommes étaient encore plus entreprenants. 2 amis m’ont raconté comme s’étaient connus leur parents. Pour l’un, le père a flashé sur la mère dans le colectivo, est descendu au même arrêt qu’elle et l’a suivie dans la rue pour lui demander son numéro de téléphone. Pour l’autre, son père était en train de conduire quand il a vu sa mère rentrer dans un magasin, s’est arrêté, y est rentré lui aussi, s’est rendu compte qu’elle y travaillait et l’a attendue le soir à la sortie. Ca laisse rêveur non ?

Le prédateur argentin est toujours très démonstratif, très expressif, toujours. Ajoutez à cela que l’argentin moyen a oublié d’être moche (c’est mon avis), cela crée parfois un cocktail explosif. Attention aux nouvelles arrivées (et mêmes aux vétérantes), risque accru de perdre la tête, gardez la tête froide ! Il embrasse sans gêne (qui n’a pas vu un couple de porteños se rouler des pelles en public n’a rien vu). Et il aime embrasser. J’ai remarqué d’ailleurs une certaine obsession pour le « beso ». On entendra facilement « me das un beso ? » ou « te puedo robar un beso ? ». Cela semble au début un peu enfantin, passé l’âge de la puberté, mais on s’y habitue. Le premier beso accordé lui donne un avant-goût de victoire.

L’argentin manie l’art du piropo, du compliment, plus ou moins subtilement, mais toujours très spontanément (et avec toutes les nanas tu penses bien). Que lindos ojos, que boca preciosa, sos mas linda que el Obelisco, du plus classique au plus kitch.
L’apothéose de cet art se démontre tous les jours dans la rue. Tu t’habitues aux sifflements et commentaires du style « me enamore », « me caso con vos », « te quiero dar 3 hijos » bla bla bla. Un test qui réussit à tous les coup, tu passes devant un chantier en construction. Effet push-up auto-estime assuré ! Si aucun homme ne te fait de commentaire, de compliment ou ne te siffle, alors fais-toi du soucis.(voir liste plus bas de compliments à la sauce argentine )

Détail croustillant, comme partout en Amérique du sud, il existe à Buenos Aires une offre pléthorique de « télos » (verlan de hôtel), qui se reconnaissent aux néons rouges le soir et à leur entrée de parking souterrain, toute en discrétion. Dans ses hôtels on loue des chambres à l’heure, à la demi-nuit, à la nuit. des hôtels de passe on dirait chez nous, saut que c’est pour Monsieur et Madame tout le monde. Du plus basique au plus chic, avec jacuzzi, matelas à eau, miroir au plafond, chambres à thème. Tout est question de budget. On en trouve dans tous les quartiers, avec une forte proportion dans les quartiers de bureaux, comme par hasard. Tout le monde y va, le petit frère de 16 ans qui n’a nulle part où emmener sa petite amie, les jeunes adultes qui n’ont pas les moyens de quitter la maison de papa maman, le couple qui vient de se rencontrer en boîte, les amants, maîtresses, patrons, secrétaires, collègues de bureau de 5 à 7. Amours adolescentes, amours fugaces, amours clandestines, amours occasionnelles ou histoires fraîches, tout le monde va au télo. Toi parfois tu marches dans la ville, tu reconnais leur devanture si spéciale, tu penses à ce qui se passe à l’intérieur et ça te fait sourire…
Tu vas voir, Sexy Aires va te plaire, on parie !

ps : Voir la suite de ce billet : le Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

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L’art du piropo
Trouvés sur internet, les meilleurs « piropos » (compliments) argentins:
Detrás de una mujer hay un enigma y vos tenés un flor de misterio.
¿Vos existís o yo te estoy inventando?
Por vos subiría al cielo en bicicleta y bajaría sin frenos.
Dejaré de volar el día que aterrices en mi vida.
¡Nena, con esa delantera ganamos el mundial!
Estoy con fiebre y encontré el antibiótico justo
Si no creés en el amor a primera vista esperá que vuelvo a pasar
Encandilame con esos faroles así chocamos de frente.
Tus ojos son dos luceros que iluminan mi camino, pero un día los cerraste y me hice bosta contra un pino
Esta maceta necesita de una flor como vos
Realmente estoy luchando contra la necesidad de hacerte esta noche la mujer más feliz del mundo.
Estoy buscando Diosas para una nueva religión… Y acabo de elegirte.
Hola. Soy un ladrón y lo primero que quiero robar es tu corazón.
Perdona, ¿no tendremos algún amigo en común para que nos pueda presentar?
Sos el complemento ideal para terminar de decorar mi dormitorio.
¿Me dejás sacarte una foto?
Quiero enviársela a mis amigos y demostrarles que los ángeles existen.
Hermosa, Tienes que estar mareada de dar tantas vueltas en mi cabeza.
Tengo que comprarme un diccionario, desde que te vi me he quedado sin palabras!
 ¿Te molesta si te observo un ratito?
Es que quiero recordar bien tu cara para mis sueños.
Sos tan dulce, que solo con mirarte me duele la muela.
Disculpa, ¿Vos existís o yo te estoy inventando?
Quisiera ser gato, para pasar 7 vidas a tu lado.
¿Te hiciste daño al caer del cielo?
¡Vos con esas curvas y yo sin frenos!
Eres tan dulce que sólo con mirarte engordo.
 ¿De qué juguetería te escapaste muñeca?
¡Cómo avanza la tecnología… porque hasta las flores caminan!
 Sos la rueda de auxilio de mi corazón en llanta.
¡Policía, policía! No persigan al ladrón, persigan a ese chico que me ha robado el corazón.
En que estarían pensando los piratas, cuando abandonaron semejante tesoro.
 ¿Sabes que es lo más bonito de dormir?… El saber que puedo soñar contigo…. Y lo más bonito de despertar es que no eres un sueño, sino que eres real.
Si la felicidad es agua y el amor es fuego,
¡Como me gustaría ser tu bombero!
Me gustaría ser tu ropa para poderte abrazar y decirte todos los días lo buena que estás.
Si tuviera que regalarte algo te regalaría un espejo por que después de ti lo mas hermoso es tu reflejo.
Rubita, sol de los soles, tu cara es una custodia; y tu pecho una escalera para subir a la gloria.
Se te cayó un papel.El que te envuelve, bombón.
Ser esclavo de tu amor, es tener como prisión el Paraíso.
Sources
http://www.foroamor.com/piropos-argentinos-25756/
http://chenegro.com.ar/2009/02/coleccion-de-piropos-argentinos.html
http://www.piroposcortos.com/piropo/category/piropos-argentinos/

la Mama en Argentina

La Mama, avant de sauter en parapente à la Cumbre, province de Cordoba.
A l’heure où j’écris ces lignes, ma mère vole très haut dans le ciel et retourne au bercail, dans notre Gascogne. 17 jours et nuits avec moi à parcourir Buenos Aires, un peu d’Uruguay, Cordoba et les terres de la pampa argentine.
Drôle de sensation que de recevoir ma mère dans un nouveau chez moi, dans cette ville qui ne m’est pas complètement familière.
Drôle de sensation que de faire la mama à mon tour, de la surveiller, de la contrôler « Et tu sais aller là-bas toute seule ? Tu ne vas pas te perdre? Tu ne sais même pas demander ton chemin ! »
Mais surtout quelle fierté de la voir venir jusqu’ici, toute seule comme une grande qu’elle est, du haut de ses 1,50m !
– « Fanny un vol à 500 euros je ne vais pas rater ça !!! Je viens maintenant même si tu n’es partie qu’il y a 3 mois !
-Oui maman… »
Pour la famille et les amis, je dresse un résumé best-of de son séjour mémorable ! Pour les autres, vous allez connaître le phénomène…
Ma mère
– a eu l’extrême gentillesse de venir la valise pleine de toutes les bonnes choses ou presque que j’avais commandées à Maman Noël
– a enfin laissé friser ses cheveux, fini les éternels brushings, vive les boucles, et ça lui va carrément bien. Ce qui est bizzare, c’est qu’il s’est passé la même chose pour moi ici et que c’est depuis que je suis à Buenos Aires que je fais un peu Tina Turner au réveil…
– a pris son premier repas en Argentine dans mon restaurant péruvien préféré, pas très typique argentin tout ça mais c’est mon resto QG, kitsch et traditionnel à souhait, idéal pour s’en mettre plein le cornet d’un bon ceviche (Sophie je t’y emmèrerai c’est promis!)
– a adoré mes colocs italiennes Carmen et Nicla, a longuement écouté nos histoires de coeur et autres égarements avec les mâles autochtones, a connu mes amis et dîné chez M qu’elle avait reçu chez elle 2 ans plus tôt
– s’est sentie comme une reine dans sa chambre rose et comme chez elle à Buenos Aires dès le 2ème jour « Fanny c’est très facile Buenos Aires ! » me dit-elle après s’être promenée toute seule une matinée
– a adoré l’Ateneo, ce magnifique théâtre reconverti en une des plus belles librairies du monde, où l’on peut prendre un café sur la scène
– en bonne bibliothécaire, a pris en photos toutes les bibliothèques qu’elle a croisées sur son chemin
– a bénéficié chez Carrefour sans le faire exprès de 10% de réduc accordés aux retraités « Comment ? Je fais si retraitée que ça ? » Elle a tiré un peu la tronche mais après elle en a bien rigolé
– a fait une cure de viande et a élu la pizza Ideal Guerin la meilleure de sa vie
– a aussi trouvé que les Argentins sont d’une gentillesse et d’un accueil hors du commun
– s’est parfois sentie comme au Mexique, lorsqu’elle était venue me voir là-bas il y a 9 ans déjà
– a enfin connu la famille de sa belle-fille, les cousins éloignés des Rigou mais n’a pas trouvé la trace de l’oncle de son père parti en Argentine au début du siècle dernier
– a découvert en vrac San Telmo, le Micro Centro, le quartier du Congreso, Recoleta, la Boca, la feria du livre, le jardin botanique de Palermo, Puero Madero, les îles du Tigre, le Malba, le musée de l’Immigration, le musée d’Eva Peron, Colonia en Uruguay, Cordoba, Alta Gracia, le musée du Che Guevara « Mais qu’est-ce qu’il était beau quand il était jeune ! » et le village de la Cumbre
– a bien rigolé des Uruguayens qui se baladent tous avec leur thermos d’eau chaude et leur maté
a eu droit a une visite privée d’une estancia jésuite fermée au public, juste parce qu’on a sympatisé avec la directrice qui voyageait dans le même bus que « ça n’arrive qu’à nous ces choses là ! »
– s’est fait draguer ouvertement !
– a assité à des spectacles de tango, de flamenco, de folklore argentin, a écouté du jazz et même ma copine Laura chanter a la Catedral !
– a pris le métro, le taxi, le collectivo (bus de ville), le ferry pour aller en Uruguay, la péniche sur le delta du Tigre, le bus de luxe pour aller à Cordoba « Mais c’est mieux que l’avion ! Un repas chaud, un steward, des sièges inclinables à 180 ° et même un whisky avant de dormir ! »
– malgré son dictionnaire de poche, n’a appris que 2 mots d’espagnols en 17 jours : « hola », « gracias »… Bientôt bilingue la madre ! Elle s’est un peu perdue aussi à la maison entre l’italien et l’espagnol
– est dégoûtée parce qu’elle n’a pas ramené d’artisanat « Non Maman, ici ce n’est pas Madagascar, mais tes copines comprendront »
internaute assidue depuis 10 ans, a pu se connecter tous les jours à Wanadoo et à Facebook, à son grand soulagement
– la soixantaine pimpante, a voulu sortir et faire qqch tous les soirs, TOUS, quand moi je m’écroulais, et me décrétait à 8h30 tous les matins, TOUS, qu’elle n’était pas en vacances pour dormir.
– se porte aussi comme un charme après une nuit en bus « Comment, tu veux faire une sieste maintenant ? » et ne connaît pas le décalage horaire ou la fatigue après un voyage de 14h en avion. Elle me met KO !
a pris une montagne de photos que je devais systématiquement tous les jours copier sur mon ordinateur et sa clé USB au cas où…Vous avez dit ch…? Nooooo !
– a connu une panne de péniche à Tigre et le trajet de collectivo le plus long de l’histoire (2h) par la faute de sa fille qui s’était mélangé les pédales dans son guia T
– a envoyé 21 cartes postales. 21. « Parce que tu comprends, moi j’en reçois toujours de X, Y… »
– pensait qu’elle ne referait plus de cheval (la dernière fois c’était il y a 30 ans) et n’aurait jamais cru non plus qu’elle ferait un jour du parapente avec sa fille. Et pourtant…
– va se moucher en me lisant, je la connais, j’ai hérité de cette même incontinence lacrymale, récurrente et irrépressible, si incommodante parfois et malheureusement incurable ! Tsimanin !
– va crâner un max à son retour c’est certain, et elle aura de quoi
Maman je ne dirai qu’un seul mot qui marche dans les 2 langues : BRAVO !!! Et un dernier pour la route : TE QUIERO ! (cherche un peu dans ton dictionnaire, ça te fera les pieds…)
PS : Merci aux Blanchets et à Michèle qui me lisent pour veiller toujours sur Zoë et François en son absence

PS bis : pour en savoir plus sur la Mama de l’Expat, lire Patxi ici et , si bien écrit et tellement drôle, ma mère aussi est fan et s’est reconnue !

Promotetas

Surtout tu ne t’éloignes pas trop du stand, c’est pas grave si tu es habillée ridiculement court, que ta jupe est vulgaire, tu fais un grand sourire aux Monsieurs, c’est même pour ça qu’on te (sous)paye, même si tu as encore un appareil dentaire, que ta décoloration mériterait une retouche aux racines, que tes seins débordent un peu trop du décolleté, mieux vaut trop que pas assez comme on dit, hein !

Cet après-midi je me suis retrouvée, j’ai pas encore vraiment compris ni comment ni pourquoi, à accompagner une collègue à l’EMAQH 09 « Exposicion Internacional de laMaquina Herramienta, Herramientas y Afines », en gros un salon industriel présentant des machines énormes dont j’ignore totalement l’usage. Un salon destiné aux ingénieurs et techniciens je présume, un monde d’hommes qui vend à des hommes. Térésa et moi nous sentions comme des OVNIS et une race à part au milieu d’eux et de cet univers de mâles. Jusqu’à que je les vois, elles, ces créatures sorties de série Z ou de clips de reggaeton. Et là je me suis sentie appartenir à une espèce à « protéger », du moins à réhabiliter, les femmes.

Chaque stand en avait, la « sienne », les « leurs », car on parle bien d’ici d’un outil, de vente et de décoration. Ce n’est pas une exclusivité argentine, j’ai vu les mêmes en France, elles sont dans tous les salons de la planète, sauf dans les pays arabes peut-être. Avec divers degrés de classe, de subtilité. La finalité reste la même malgré tout : une femme fait vendre, des yaourts, des voitures, même des machines outils, la preuve. Elle ne saura peut-être même pas le nom du produit, on ne lui a pas demandé de le retenir de toute façon, ni en quoi il est soi-disant meilleur que les autres, mais elle sait vous sourire, vous donner une petite décharge d’émotion pour vous Messieurs, vous faire oublier 2 secondes pourquoi vous êtes là, et c’est déjà pas mal. Elle saura s’effacer une fois le chaland appaté, et laisser les hommes travailler tranquilles.
Pas une femme en tailleur, ou dans une tenue qui puisse laisser penser qu’elle travaille dans ce domaine. Pas une de plus de 25 ans, pas une habillée autrement qu’en mini-mini-jupe ou en legging ultra moulant (c’est la dernière mode), avec des talons haut, une épaisse couche de maquillage pour masquer l’acné persistant de certaines post-pubères. Et surtout des seins, des seins et encore des seins à revendre, à pleine vue et à plein nez, tels des aimants, des bornes GPS, des phares pour bateaux perdus en mer, un petit souvenir qui vous rappellera ceux de maman et vous fera venir sur le stands à coup sûr, bouche ouverte, soudainement intéressé par la nouvelle fonction rotative de la perceuse Machin. Vous accepterez sans vous en rendre compte le prospectus qu’elle vous tend, et qui finira à l’arrière de votre voiture à côté su siège bébé. Le pire, c’est que ça marche, depuis la nuit des temps, que toute la planète l’a compris, et en Amérique du Sud un peu plus qu’ailleurs.

On les appelle ici « promotoras », elles promeuvent donc, sont sensées promouvoir une entreprise et ses produits, des « hôtesses » comme on dirait chez nous. Moi je pense qu’elles promeuvent surtout une image des femmes dépassée, très années 50, et qu’il serait temps de changer de tactique commerciale. Ce spectacle affligeant façon latino-kitch de cette minorité très très visible nous a bien fait rigoler, on a décerné la palme des plus gros seins, des meilleurs seins refaits, de la plus vulgaire, et le choix a été difficile car il y avait du niveau ! Mais au fond de moi je suis quand même attristée par ce machisme ambiant persistant. Les hormones doivent elles aller de pair avec le business?