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Etrange concept que le bercail…

Photo de ma ville étriquée, un jour d’orage
Le bercail c’est le bled où tu as grandi, c’est la maison dont on reconnaît les odeurs, c’est la place de la Mairie où tu croises des gens que tu connais, même si tu es partie il y a 15 ans. C’est la personne qui sait que tu aimes le quignon de la baguette, que tu ne petit-déjeunes qu’avec des Rice Krispies et du chocolat Poulain. Et qui s’assure d’acheter tout ça avant ton arrivée.
Le bercail c’est le coin de la planète que tu as considéré étriqué, trop calme et tellement prévisible et qui t’a donné envie de partir. Plus tard, c’est pourtant le même coin dans lequel tu te réfugies et te sens chez toi. C’est tout ça le bercail.
Lorsqu’on ne rentre au bercail qu’une fois par an, qu’on vit loin très loin, on en viendrait presque à idéaliser les 2 petites rues commerçantes qui ont limité notre horizon durant nos 18 premières années. De retour en vacances, en arpentant ces rues si familières, on s’aperçoit qu’elles sont encore plus courtes que dans notre souvenir, et que oui vraiment, on n’en démordra pas, cette ville est définitivement un appel même à prendre un train ou un bus et plus vite que ça.
Puis, sournoisement, insidieusement, s’installe une autre sensation, un blues, une nostalgie, un saudade, pour les souvenirs passés, l’enfance et l’adolescence que l’on ne retrouvera jamais. Ce temps où le grand-père riait encore si fort avec la grand-mère, ce temps où l’on connaissait par cœur le numéro de téléphone de la maison de nos copines, ce temps sans portable, sans internet, tout juste une console de jeux, où nos conversations n’étaient pas interrompues par des messages, ce temps où l’une de mes seules distractions consistait à me battre avec mon frère.
Une évidence, après toutes ces années, c’est dans cette maison qui m’a vue grandir, dormir avec le frérot, me disputer avec tout le monde, faire mes devoirs, imploser à l’adolescence, pester contre les « vieux »et revenir en visite tant de fois, oui c’est encore dans cette maison que je me sens le plus chez moi, en sécurité, comme bercée dans un placenta de graisse de canard comme toute bonne gersoise qui se respecte.
Signe infaillible de l’âge adulte, on prend conscience de ceux que l’on a encore, ces êtres chers et indispensables qui nous font tenir droits et à l’aise dans nos tongues, même à 15.000 km de distance. On savoure la joie de retrouver encore, 36 ans plus tard, le même sourire + parfum qui nous attend à l’aéroport, ce pilier débordant de tout l’amour du monde, infaillible, no limit et for ever.  On reconnaît la patience infinie de celle qui ne compte pas les kilomètres parcourus, sûrement plus qu’un tour du monde, de celle qui m’a toujours et partout trimballée, installée, déménagée et transportée au gré de mes journées d’école, goûters d’anniversaires, loisirs, sorties et virées nocturnes (quand il fallait qu’elle me laisse assez près mais pas trop non plus, au cas où l’on s’aperçoive que c’était elle qui me conduisait), de celle qui plus tard m’a soutenue alors que je m’éloignais d’elle, et emmenée prendre mes trains, mes bus et mes avions… jusqu’à que sa fille indigne ne prenne son envol (j’ai dû prendre beaucoup d’élan, j’en conviens, car je n’aurais jamais pensé atterrir aussi loin).
A mes compagnons de bercail, je voudrais dire un muchas gracias du fond del corazon pour être encore là, alors que tant d’amis autour de moi n’ont pas la même chance. Les sourires + parfums nous lâchent parfois trop tôt, les salauds.
Il y a des jours comme ça où l’on voudrait stopper le temps, où l’on ne sait plus pourquoi au fond on est parti si loin, où l’on voudrait rester sous la couette, et que le même sourire + parfum nous fasse des câlins, for ever.

Je suis une Provinciale ou la Province expliquée aux Parisiens


Provincial : selon le Larousse
– Qui est de la province, qui appartient à la province : Il a reçu une éducation provinciale.
– Qui marque une gaucherie, un manque d’aisance qu’on attribue, par opposition à Paris, à la province : Il avait un air provincial et maladroit.

« Le grand avantage des provinciaux, c’est qu’après avoir admiré Paris, ils peuvent le quitter. » 
Henri Rochefort

Je suis une Provinciale, avec un P majuscule. J’ai failli ne pas l’être, je suis née à Paris, mais mes parents ont rectifié le tir et vite pris la tangeante, fort heureusement. Sinon je ne parlerais pas avec mon bel accent du sud. J’ai juste eu le temps de faire mes premiers pas au Jardin des plantes, m’a-t-on dit.

J’ai le souvenir à l’école primaire de compléter des fiches pour chaque professeur à la rentrée des classes, et d’écrire consciensieusement « née à Paris le xx ». Etonnement dans la classe. « Woaw tu es née à Paris ??? » Surprise et admiration du public. Moi je n’en étais ni fière ni gênée, après tout Paris je ne la connaissais pas plus qu’eux. Ce lieu de naissance me laissait songeuse. Je savais que mes parents s’étaient connus dans la capitale, étant voisins ils s’étaient rencontrés dans le restaurant en bas de leur immeuble. Ils y avaient étudié, puis travaillé, s’y étaient aimés et m’avaient conçue, rue Saint-Maur. Tout cela faisait partie de la légende familiale.

Moi, mon horizon se limitait à ce que j’observais depuis les fenêtres de chez mon père, depuis cette vue panoramique dominant la basse-ville : très vite les maisons cédaient leur place aux champs de tournesols. End of the story. 

 
Cet horizon, je l’ai observé des heures et des dimanche durant. Mon frère était encore à l’âge où il jouait aux petits soldats. Mon père faisait sa traditionnelle sieste d’après manger. Moi je m’ennuyais ferme, je regardais par la fenêtre et me demandais ce qu’il y avait au-delà des champs, s’il y avait des villes où il passe davantage de voitures les dimanches après-midi. Parce qu’à Auch il n’en passait pas. Parfois je regardais la ville avec mon père à côté. Toujours intriguée par mon lieu de naissance, je lui demandais
– « Paris c’est grand comment ? »
– Il me répondait qu' »Auch est grand comme un arrondissement de Paris ».
– Mais alors « Paris a combien d’arrondissements ? »
– « 20 ». Stupeur, admiration. Une ville pouvait être 20 fois la mienne ! 

Etre Provinciale dans une petite ville, c’est cela, avoir le temps de s’ennuyer le dimanche et de rêver à d’autres contrées, à commencer par la capitale de son pays. C’est avoir l’imaginaire à bloc, et des projets de voyages déjà énoncés à 12 ans : « un jour j’irai à Paris ».
Aurais-je eu autant envie/besoin de voyager si j’avais grandi entourée de monuments et musées, pris le métro, vu/connu des étrangers avant mes 18 ans, entendu des langues étrangères dans la rue ? Je ne le crois pas. Dans mon cas être une Provinciale m’a donné une formidable énergie d’aller voir ailleurs.

Mon rêve d’aller à Paris fut réalisé je ne sais plus trop en quelle année. J’ai pris l’avion toute seule (Air Inter !), avec des papiers au tour du cou d' »Enfant non accompagné ». A Orly j’ai retrouvé ma tante et ma cousine, parisiennes, elles. A part la Tour Eiffel, je me souviens d’un seul autre moment, bien précis, 5 mn après les avoir retrouvées on s’est installé dans un café, on m’a demandé ce que je voulais, j’ai dit « un coca s’il vous plaît », ce à quoi le serveur m’a répondu : « ça s’entend que tu n’es pas d’ici toi ! ». J’ai donc compris très tôt que le Provincial du sud qui ouvre la bouche à Paris ne passe pas incognito.

Le Provincial de la petite ville a un avantage. Il grandit dans un environnement libre de toute segmentation sociale. Je m’explique. Le Provincial va au lycée de la ville. Point. Dans mon cas, il y avait un seul lycée d’enseignement général. Il n’existe pas de bon ou mauvais lycée. Il n’existe pas d’établissement réservé à une certaine élite. Il va au lycée avec tout le monde, le fils de médecin, le fils d’agriculteurs, le fils de militaire, le fils de mère célibataire, la fille de fonctionnaire (mon cas). Tout ce petit monde vit à tout près les uns des autres, parfois dans la même rue, à l’adolescence tout le monde ira dans les mêmes cafés, soit 2 ou 3 cafés au choix, et dans la seule boîte de nuit de la ville (soit La Nuit, si des Auscitains me lisent!). Ici la mixité sociale avait tous son sens. C’est seulement à 20 ans, en arrivant à Paris, que j’ai découvert qu’il y avait les lycées chics et les lycées réputés moins bons, les quartiers de la banlieue Ouest et ceux de la banlieue Nord, les Yvelines et la Seine Saint-Denis, les bars et restaurants des Invalides et ceux de Belleville, la rive gauche et la rive droite. Choc et déception. Moi je remercie le ciel d’avoir expérimenté une autre vie durant mes 20 premières années, d’avoir grandi dans un autre contexte, plus égalitaire, plus ouvert et moins compartimenté.

Le Provincial de la petite ville a une autre chance, celle de déguerpir de chez les parents dès 18 ans, après le Bac, pour aller à la fac. Il sera autonome plus vite et se sentira le roi du monde, pour peu qu’il n’ait qu’une chambre de bonne. Le Parisien lui, prix des loyers oblige, attendra la fin de ses études, voir quelques années de plus, pour prendre son envol.

Lorsque le Provincial débarque à Paname, il a 2 options : s’adapter ou rentrer au bled. Donc il s’adapte. L’inverse, Paris > province est beaucoup plus difficile. Il parviendra à se sentir chez lui et connaîtra, comme les étrangers et immigrés, la formidable sensation de se sentir d’ici et d’ailleurs et de posséder 2 chez soi.

Le Provincial souffrira du cliché du « benet », a fortiori s’il a un accent prononcé, du quidam facilement perdu ou dépassé. Ce cliché est largement véhiculé par l’effet parisianisme # Paris=France # centre du monde # centre de l’Univers # we are the best qui m’horripile au plus haut point. Le Provincial vivant à la Capitale démontre plus de volonté et de sens de l’adaptation que n’importe quel Parisien qui n’est jamais sorti du périph. Et Dieu sait qu’il y en a.

Le Provincial vit la capitale de son pays comme un choix géographique. Vivre à Paris devient alors une aventure, un acte volontaire et pas une évidence, ni une fatalité ou une obligation. Il développe une énergie particulière face à la ville et à sa découverte. Une immensité d’options de sorties et de ballade s’offrent à lui. Je me souviens de mon excitation les samedi matin au moment d’ouvrir mon guide sur Paris et de choisir où j’allais partir me promener pendant le week-end. J’avais tout à découvrir et je me sentais touriste 2 jours par semaine. Découvrir un lieu avec un regard extérieur diffère toujours de la vision des locaux. Le Provincial, lui, n’est pas blasé, il peut encore s’émouvoir et s’émoustiller d’aller à Montmartre.

Le Provincial s’étonnera parfois des lacunes géographiques de ses interlocuteurs et écoutera les plus grosses conneries sur sa région d’origine, dites par celles et ceux qui connaissent mieux la carte du métro que celle de France. Non, à Toulouse il n’y a pas de plage.

Même après toutes ces années passées ailleurs, je me sens encore une Provinciale, avec un P majuscule (comme Paris). J’ai conservé la même fascination pour les villes où il passe beaucoup de voitures le dimanche et où les maisons ne cèdent pas si vite la place aux champs de tournesols. Puissent les petits parisiens grandissant dans les années 2010 connaître un dixième de cette douceur de vie qui m’a bercée!

Provincialement vôtre,
une Auscitaine de coeur

France needed

Il y a des moments comme ça, la fin de l’année, l’approche des fêtes, les aléas de la vida, où un petit aller/retour Buenos Aires > Gers ne serait pas de trop. France needed, j’avoue.

Il y a des moments comme ça plus fatigants que d’autres. Aimer un autre pays en plus que le sien, c’est comme avoir à la fois un mari rassurant, un peu ennuyant, et un amant passionné qui nous fait vibrer davantage, parfois un peu trop. L’adultère géographique est grisant, fait littéralement perdre la tête et c’est ça qui est bon. Oui mais il y a des moments, comme maintenant, où on voudrait bien faire un petit « rewind » comme sur les walkman et revenir au début de la chanson. Là tout de suite je rentrerais bien juste pour respirer l’odeur de la soupe paternelle qui m’a fait grandir et l’odeur des platanes après la pluie. Juste pour m’assoir à ma place attitrée à table, sentir la chaleur des abrazos de là-bas qui font oublier l’hiver. Juste pour aller voir un film au ciné avec la mama…

Ames sensibles expatriées (je m’y inclus): desserrez un peu la gorge et respirez bien fort. La fin d’année n’est qu’un mauvais moment à passer. Rappelons-nous surtout : on l’a bien cherché et personne ne nous a forcé. C’est le prix à payer pour avoir quitté la Mère-Patrie et notre mère tout-court, une sorte de taxe d’habitation un peu plus salée, notre TVA : Taxe pour Vivre Ailleurs, notre impôt sur l’Aventure.

Le Sud-ouest est magnifique

Parce que je suis très fière de mon premier article rédigé en espagnol publié dans la Guia Vulevu et dédié à ma terre d’origine, voilà… Un peu d’autopromotion ne fait pas de mal à l’autoestime !
Bonne lecture

Le Sud-Ouest est magnifique

20/10/10

En el sudoeste de Francia, entre Océano y Mediterráneo, entre Toulouse, Bordeaux y las montañas de los Pirineos, existe un rincón desconocido fuera del circuito clásico.
Muy pocos son los que tienen el privilegio de pasear en esta Francia verdadera, tradicional y auténtica, tierra de “bons vivants”, de gastronomía y de vinos. Hoy queremos hacerles descubrir la región histórica de la Gascuña, tierra de D’Artagnan y de los mosqueteros, esta provincia llamada Gers, cuya capital es la ciudad de Auch.

El Gers posee unos paisajes ondulados y luminosos que le dieron el sobrenombre de Toscana francesa. Paseando por el Gers, uno se enloquece mirando estas colinas cubiertas de girasoles en época de verano. El verde de los árboles, el amarillo de los campos y el azul del cielo dan una paleta de colores única, que los nativos de allá extrañan mucho cuando están afuera. En la guiavulevu lo sabemos bien.
En esta tierra, toda la historia francesa dejó sus huellas: ruinas de edificios romanos, la catedral de Auch, Patrimonio de la Humanidad, castillos de la época de la edad media. Los visitantes se enamoran de los «castelnaux», «bastides» y «sauvetés », pueblos típicos fundados en los siglos XII y XIII, con una arquitectura muy bien conservada.

Acá en el Gers, estamos lejos de las luces de Paris, del ambiente glamour y chic de la Côte d’Azur. Acá los famosos no son las estrellas de cine, sino los patos y los gansos criados en la región y que se cocinan de mil y una maneras. El Gers tiene una gran tradición de gastronomía, y muchos productos gozan de una fama en todo el país y también afuera.
Estas recetas toman el nombre de “foie gras” (de pato o ganso), “paté”, “confit”, “magret”, “aiguillettes”. Uno no se puede ir del Gers sin haber probado las especialidades: las aves de corral, pollo, gallina de Guinea, los patos y gansos conservados en su grasa, el ajo, el melón y el pastel gascón.
Los amantes del vino pueden probar el Saint-Mont, el Madiran, les Côtes de Gascogne, Côtes du Condomois. Acá una buena comida se empieza con el aperitivo Floc de Gascogne y se termina con el aguardiente Armagnac.

Quizá no es una buena idea decir mucho sobre este paraíso, muchos quieren que el Gers permanezca secreto… Pero estamos entre gente de confianza, verdad, entonces les pido ¡que quede entre nosotros!

Oficina de turismo del Gers
Oficina de turismo de Auch

La Gascuña en Buenos Aires
– La calle Gascón
Semana Viví Francia en Buenos Aires
– Clase de cocina El Foie Gras : mitos y modos de preparación super faciles, maridajes y ideas de combinaciones
Restaurant LE SUD Sofitel Arroyo: el chef Olivier Falchi hace honor a sus raíces presentando “Le Sud Ouest est Magnifique”, un festival de lujo para disfrutar de la auténtica gastronomía francesa de su Gers natal.

La mozaïque

mes nuits dans ma nouvelle maison

Une des choses que je préfère de mon nouveau chez moi à Buenos Aires, ce sont les petits carrés qui s’allument sur mes murs, sitôt ma lampe de chevet éteinte. Je m’explique : chaque nuit, en baissant le store d’une certaine façon, l’éclairage du jardin crée comme une mozaïque, une multitude de carrés noirs et blancs sur les murs de ma chambre. Un petit bonheur avant de m’endormir, qui a changé du tout au tout ces courts instants de flottement avant de rejoindre Morphée. Car comment ne pas penser à vous ?

Celles et ceux ceux qui sont là-bas, à 5h de différence, dans leurs lits eux aussi. Vous prendrez votre café quand je dormirai à poings fermés. Vous ne le savez pas mais j’ai pensé à vous pendant votre sommeil. J’ai observé chacun de ces petits carrés blancs, comme si vous étiez tous là tous en rang d’oignons alignés devant moi ! Je me demande quand est-ce que vous viendrez me voir, si vous viendrez un jour, et quand est-ce que je repasserai vers chez vous. Je me promets de vous écrire bientôt, de vous téléphoner… Je fais même des plans sur la comète de futures vacances ensemble.  Je vous sens tout autour de moi dans cette mozaïque, c’est vous tous, mes petites lueurs nocturnes, mes vers fluorescents,  mes phares de mer agitée, mes lampes de poche, mes bougies, mes loupiotes, mes étoiles, ma constellation.

Ce soir, ou plutôt ce matin, j’allais enfin me coucher mais l’envie de raconter était trop forte. Parce que le temps passe, et que je ne veux pas tarder à dire à Alice et Zoë (nées en 1917) de ne pas s’inquiéter, que Buenos Aires, c’est comme si elles y étaient !
Buenas noches a todos, maintenant je vais éteindre pour de bon et je vous retrouve dans quelques secondes !

Racines

Arroser les tomates dans le jardin
Trouver le sucre au même endroit à la cuisine, les yeux fermés
mais ne plus se souvenir de la place du trousseau de clés à l’entrée
Nouvelle gazinière, mais même mama cuisinière
Même odeur, mêmes bruits
L’éblouissement annuel devant les champs de tournesols,
Les mêmes marques achetées depuis des années, que l’on avait eu le temps d’oublier
Des émissions télé retrouvées
Le chat qui ne semble pas me reconnaître et m’ignore superbement
l’écran LCD qui a remplacé la vieille télé
La sensation de ne jamais être partie
mais ne plus reconnaître personne sur les terrasses de cafés
C’est le come back tant espéré, la casa, la maison,
C’est simple et c’est bon

Ah mais t’es française !!!!

La journée commence bien. Samedi matin 11h, après 4 toasts de Nutella et 3 oranges pressées, 31 degrés prévus pour la journée, le boliche (discothèque) d’en-bas toujours ouvert qui me fait me trémousser sur ma chaise avec sa salsa et sa bachata que je peux entendre 6 étages plus haut. Je repense à la soirée d’hier, qui aurait pu se passer à 11 000 km d’ici dans un bar parisien.

J’oublie en effet, ne fréquentant pas beaucoup de compatriotes, que je parle français avec un accent, mes origines me suivent et me collent à la langue. Hier soir donc soirée avec beaucoup de français. Et qu’est-ce que tu fais ici, et ça fait combien de temps que t’es là, ah tu voyages bla bla bla. Les questions et réponses habituelles. Personne ne demande à personne de quel coin il est, mais à moi oui.
– Mais, tu viens d’où ?
Et là, je souris comme d’hab…
– Non je ne viens pas de Dunkerque, rires, oui je viens de Toulouse, d’à côté, je sais, ça s’entend. Rires.
La conversation peut reprendre son cours. 5 minutes plus tard, un autre groupe, plus grand, on est tous assis, et même question, qui m’intimide car 5/6 personnes écoutent la réponse. Rires.
– Ah parce que je croyais que tu étais argentine. Rires.
Rires spécialement de mon copain David à côté de moi qui m’avait fait le même coup quand je l’ai connu ici, et avait cru lui aussi que j’étais une argentine qui parlait bien français à cause de mon accent.
– On t’a pas déjà dit que tu parles français avec un accent espagnol ?
– Tu dis que tu viens de Toulousa et pas de Toulouz.
Rires, d’eux, pas les miens. Moi ça commence à m’exaspérer sérieux
Et le meilleur pour la fin.
– Et puis c’est vrai, t’as l’air d’une Argentine, tu fais latine !
Le cliché, le pompon. Quel fin observateur mon gars, sérieux, t’as pas cru que j’étais suédoise ? Remarque totalement débile sachant que les habitants de Buenos aires sont pour la majorité d’origine européenne, avec peut-être une plus forte proportion de bruns et brunes qu’à Lille, mais pas plus qu’à Toulouse. Alors oui, je suis châtain aux cheveux longs, j’ai des bras dodus, des bonnes joues, un décolleté qui fait pas pitié, j’ai des anneaux aux oreilles, ça doit être ça, les anneaux, ça fait Jennifer Lopez…

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai compris pour la première fois que je parlais pas comme à la télé quand j’avais une dizaine d’années. J’avais pris l’avion Air Inter comme une grande toute seule pour aller voir les cousins parisiens. Première fois que je partais si loin de mon Gers. Je me souviens être arrivée à l’aéroport, être allée dans un café avec tante et cousine, et un serveur m’a demandé ce que je voulais. 3 mots ont suffit :
– « Eing coca s’il-vous-plé ».
Et là, le serveur qui me répond en rigolant
– Ah toi ça s’entend que t’es pas d’ici !
Rire de la famille parisienne. Moi j’ai pas compris tout de suite.

Avec les années quand je me retrouvais avec mes cousins parisiens il répétaient ce que je disais, en accentuant un max chaque mot, et ça les faisait marrer et moi aussi, ça n’arrivait qu’une fois par an.

A Mexico, une Parisienne Stéphanie m’expliqua le jour où je l’ai rencontrée que la FNAC était un magasin où on vendait des livres et des CD. Je me suis dit la pouffiasse elle me prend vraiment pour une paysanne. Et elle persiste et signe en me parlant encore d’un autre magasin du genre. Je lui explique poliment que je connais.
– Ah tu es déjà venue en France ?
Euh oui, comment te dire… ? Et elle se confond en excuse car elle pensait que j’étais une mexicaine qui parlait bien français, comme j’avais un accent… On ne m’avait encore jamais dit ça, et pourtant, c’était prémonitoire…

A Paris à mon boulot une seule nana vient du Sud-Ouest, mais ce n’est pas vraiment une alliée, elle ne l’a pas trop, pas comme moi. L’accent. L’accent qui fait que tout le monde se marre, parce que c’est « trop » mignon, que ça fait vacances, soleil, que t’inquiète pas les gens rigolent mais en fait ils aimeraient avoir le même. De tout j’ai entendu. Au bureau quand je téléphonais à ma famille, on devinait que je parlais à mes semblables car paraît-il mon accent décuplait. Des petits merdeuses de stagiaires de 20 ans me coupent carrément la parole pour me demander « mais tu viens d’où? ». En réunion certains clients ne disent rien, mais sourient dès que j’ouvre la bouche. Et là je comprends, je ne parle pas et ne parlerai jamais comme Claire Chazal, d’ailleurs Claire Chazal ne pourrait pas parler comme moi, sinon on ne la prendrait pas au sérieux. C’est la triste vérité.
Je visite des apparts, on me demande si je suis espagnole ou italienne.
Une fois on m’a demandé à Paris d’où je venais.
– Je réponds du sud-ouest.
– Et là on me demande oui mais de quel pays ?
Véridique. Je suis pourtant 100% française, élevée et nourrie au bon maïs du Gers, d’ancêtres béarno-corréziens gardiens de vaches. Je peux pas mieux faire !

Je me suis souvent demandé, si j’avais eu les yeux un peu bridés, si des inconnus me poseraient la même question, aussi vite, dans la conversation ? Est-ce qu’on demande à Fatima en 15 secondes si elle est d’origine marocaine ou algérienne ? Pas une fois en 5 ans à Paris en parlant avec des inconnus, la boulangère, au téléphone, des amis d’amis qui ne me connaissaient pas, j’ai pu éviter les questions.
– Non parce que ton accent il est pas comme à Marseille, il est différent…
Ben ouais, bravo, c’est pas comme Pagnol et Manon des Sources ou FR3 Marseille, non.
– Ah ouais parce que quand je vais en vacances dans le Sud (comprendre dans ce cas le sud-est car le sud-ouest n’est pas sur leur carte), ils parlent pas pareil.
C’est pas méchant, c’est pas mal intentionné, mais ça pue le parisianisme, parfois un peu le snobisme et surtout l’ignorance. Le sourire attendri quand je raconte une histoire, quand un putaing m’échappe, ou une expression bien de chez moi, comme quand un enfant fait des fautes de français ou emploie un mot dans un mauvais contexte
– Ah mais t’as pas perdu ton accent depuis tout ce temps!
Des claques !!!!

Tellement de remarques entendues depuis 10 ans que je suis sortie de mon bercail que c’est vrai, je me sens plus à l’aise pour parler avec des gens du sud, de Biarritz à Nice, qui ne me poseront pas de questions et ne relèveront pas cette différence. Hier soir, à 11 000 km de la France, je me suis encore sentie à part des autres compatriotes. Ne pourrait-on pas considérer ici qu’on vient tous du même pays ? On est quand même plus petit que la Patagonie argentine !