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Le déclic, ou le jour où j’ai décidé de vivre en Argentine

 

 

Parfois il suffit de peu de choses, un déclic, un signe que l’on interprète dans le sens qui nous arrange, un destin qui nous semble tracé mais que nous dessinons nous-mêmes, finalement. Ce jour-là, le 15 août 2008, il y aura bientôt 6 ans de cela, j’ai vu une invitation, un appel, un panneau qui me disait « bienvenida ».  Je finissais mes courtes vacances de 2 petites semaines à Buenos Aires. C’était mon deuxième séjour en Argentine, et je me sentais en réalité « toute chose ». La première semaine avait été intense en retrouvailles et sorties nocturnes. La deuxième avait été plutôt mélancolique, anxieuse, avec des idées saugrenues qui m’assaillaient l’esprit, des questions bizarres du style « Et si je revenais à Buenos Aires pour de bon ? Cap ou pas cap ? ». Je m’apprêtais à retrouver à contre-coeur ma vie française, mes collègues, mon appartement, ma vie toulousaine un peu trop rose fané à mon goût. 30 ans c’était finalement bien jeune pour se résigner, non ?

Ce matin-là, le jour même de mon départ et à quelques heures de mon vol retour vers la France, je décidai de visiter l‘hôtel des immigrants, un bâtiment historique de 4 étages qui accueillit des milliers et des milliers de candidats à l’immigration de 1911 à 1953 (plus de 500 000, je cherche encore le chiffre exact). J’avais entendu parler de ce lieu et son histoire me semblait fascinante, comme celle d’Ellis Island à New York. Ce bâtiment étant reconverti en musée, je partis en cette journée d’hiver fraîche mais ensoleillée en direction du quartier de Retiro, toute curieuse de le découvrir. Sans le connaître encore, je devinais que je me rendais dans un lieu unique. J’avais la sensation de faire un pélerinage dans la maternité d’un pays, la salle d’accouchement d’un peuple dont les générations se comptent encore sur les doigts d’une seule main, chez une nounou qui aurait nourri tous ces aventuriers débarqués de paquebots avec la faim au ventre et des rêves de meilleure vie dans le coeur.

Argentine une terre à peupler, un Eldorado à conquérir pour ces hommes et ces femmes du vieux monde. A leur arrivée au port, une équipe de douaniers montait directement à bord des bateaux et vérifiait l’identité de chacun avant d’autoriser le débarquement. Un contrôle sanitaire se faisait également à bord. Après un contrôle des bagages les immigrants étaient dirigés vers les bureaux de travail destinés à faciliter leur recherche d’emploi et leur transfert sur le lieu de travail (Buenos Aires, province etc). On enseignait aux hommes l’usage de machines agricoles, les tâches domestiques aux femmes. Des interprètes étaient présents. On délivrait des papiers d’identité provisoires. Banco Nacion faisait des opérations de change. Un hôpital était également prévu pour soigner les éventuelles maladies dûes à la mauvaise alimentation et aux pénuries durant le voyage. Entre 1880 et 1930, l’immigration vers l’Argentine fut inférieure à celle en partance pour les Etats-Unis, mais en proportion par rapport à la population locale existante, de toute les Amériques c’est l’Argentine qui reçut la plus forte vague d’arrivée d’étrangers. Au recensement de 1914, soit il y a exactement un siècle, un tiers de la population de Buenos Aires était composésd’hommes et de femmes venus d’ailleurs. A 70 % d’Espagne et d’Italie, les 30 % restants de France (en 3ème position), Pologne, Russie, Arménie, Syrie etc.

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L’hotel de los Inmigrantes, lui, comptait un immense réfectoire et des cuisines au rez-de-chaussée. Dans les étages des dortoirs étaient répartis par sexe, femmes et enfants au 1° etage, époux au 2°, hommes célibataires au 3°. Trois mille personnes pouvaient y être logées simultanément, hommes femmes et enfants. Petit déjeuner, déjeuner, goûter pour les enfants et dîner, toute une organisation était rodée pour offrir tous les repas à différents horaires par groupe de 1.000 personnes. Chaque nouvel arrivant avait le droit de rester 5 jours, gratuitement, et davantage s’il n’avait pas trouvé d’emploi. La majorité restait environ 2 semaines. L’histoire prouve que l’Argentine ne tint pas toute ses promesses car au fil des années la moitié des migrants revinrent finalement sur leur terre d’origine. Mais un siècle plus tard, combien de migrants, de Lampedusa, de Tijuana et d’ailleurs, rêveraient de pouvoir tenter leur chance dans de telles conditions ? Quel autre endroit au monde, avec Ellis Island aux Etats-Unis, a pu concentrer autant d’origines géographiques, de destins, d’espoir, de peur, de fatigue, de soulagement, de tristesse pour la terre et les familles laissées au pays, de courage, de rage de vaincre, d’esprit d’aventure ? Quelles pensées devaient s’échapper de ces dortoirs le soir venu, une fois la lumière éteinte ? Personnellement, tous les migrants de tous les temps me fascinent, leur histoire, leur déclic du départ, leur prise de risque, leur nouvelle vie, leurs joies et leurs désillusions.

Je rentrai donc dans le musée, enfin, je le croyais, mais la première salle que j’ai entrouverte était en réalité le bureau de Migraciones. Migraciones, salle où je me rendrai tant de fois pour mon visa de travail durant les années suivantes et mot que je prononcerai mille fois par la suite, souvent en soupirant. Mais cela je l’ignorais encore. J’ai jeté un oeil, curieuse, sur ces candidats qui avaient choisi d’émigrer dans un pays au drapeau bleu et blanc et un soleil souriant en son milieu. Avec le recul, j’aurais dû deviner que ça me ferait tomber dans le panneau, le coup du soleil souriant… J’ai finalement passé un porche, traversé une grande cour, pour finalement accéder à l’hôtel.

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La salle du rez-de-chaussée,
l’ancien réfectoire, était visiblement occupée par une réunion. J’aperçus un panneau qui mentionnait le nom de diverses associations italiennes de Buenos Aires. Cela semblait être une sorte de congrès, des chaises étaient installées, un video-projecteur, j’ai eu l’impression de déranger et je me suis vite engouffrée dans l’unique salle du musée. J’attendais mille et une merveilles, des objets d’époque exposés, une visite des étages… Que nenni. J’ai seulement pu voir  quelques reliques et surtout des photos d’époques et des panneaux qui relataient des histoires de plusieurs familles d’immigrants. J’ai passé environ une heure dans cette salle de musée déserte, temps amplement suffisant ( je crois que le musée est maintenant bien mieux présenté mais il faudra que j’aille vérifier cela par moi-même). Puis je repris le chemin de la sortie, bizarrement attirée par une bonne odeur qui chatouillait mes narines.

Photo d'époque, copyright Direccion National de Migraciones
Photo d’époque, copyright Direccion National de Migraciones

Je ne rêvais pas, le temps de ma visite, l’ancien réfectoire s’était littéralement reconverti en réfectoire. Les personnes qui assistaient à la réunion étaient en train de faire une file vers une large table où des cuisinières servaient des plats chauds. Un vrai service de restauration à leur disposition… et du coup à la mienne par la même occasion ! Ceux qui me connaissent savent que je ne refuse jamais un bon plat. C’est donc tout naturellement que j’ai rejoint la file et fait mine d’assister moi aussi d’appartenir à ces associations italiennes. Ni vue ni connue, j’ai remercié les cuisinières et je me suis assise sur un long banc, un peu à l’écart, pour déguster tranquillement ce déjeuner cadeau surprise. Puis j’ai levé les yeux, et j’ai vu cela, cette image qui occupait tout le mur latéral du réfectoire, cette photo prise à l’époque lorsque l’hôtel de los Inmigrantes servait à manger à des milliers d’hommes et de femmes venus commencer une nouvelle vie en Argentine.

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Je regardai de nouveau mon assiette, puis la photo, et je me suis vue, moi la Française pourrie gâtée du 21ème siècle, aucunement comparable avec ces vrais aventuriers, mais aspirante elle aussi à une nouvelle vie. Je me retrouvais fortuitement et gracieusement nourrie par l’Argentine, dans cette salle chargée d’histoire, avec un bon plat chaud au milieu de l’hiver porteño, face à la photo des premiers immigrants attablés dans ce même réfectoire. Et le déclic s’est produit. L’Argentine ce jour-là m’envoya un grand BIENVENIDA. Le soir je partis à l’aéroport, soulagée, le sourire aux lèvres, ma décision prise, et je me fendis d’un « hasta pronto » au douanier qui m’apposa un tampon Argentina sur mon passeport. Des tampons comme celui-là,  il y en aurait beaucoup encore, et cela je le savais déjà.

PS 1 – Depuis 6 ans, cette histoire, je l’ai racontée à plusieurs de mes amis porteños, et je ne comprends pas qu’ils ne connaissent pas l’existence de ce bâtiment, ou qu’ils en aient à peine entendu parler. Pourtant certains de leur grands-parents ou arrière grands-parents sont peut être passés par là et ils l’ignorent, comble de l’histoire.
PS 2 – A l’Hôtel de los Inmigrantes un bureau est à disposition de ceux qui recherchent la trace de l’arrivée de leurs ancêtres à Buenos Aires. Et ça marche ! Avec l’année de naissance, un nom et un prénom, à partir d’une certaine date toutes les personnes ayant désembarqué ont été répertoriées et on peut même se faire imprimer une copie de l’acte d’arrivée de son ancêtre.
PS 3 – Pour la petite histoire, lors de mon dernier passage à Migraciones en mars 2014, j’ai constaté que l’ex-réfectoire a été reconverti en de nouveaux bureaux de Migraciones. Et maintenant cette salle accueille les migrants latinos, asiatiques et africains. L’histoire est un éternel recommencement !
PS 4 – A l’heure où l’Argentine est soi-disant en « default »,  je tiens à souligner la qualité que j’admire le plus chez elle, c’est à dire sa politique migratoire, ouverte et généreuse comme il en existe peu dans le monde. L’Argentine aurait bien des leçons à donner en la matière à ceux qui lui en donnent en finances. Pour preuve ce panneau qui trône au-dessus du bâtiment de Migraciones. J’ai pris cette photo le jour où j’ai obtenu ma résidence permanente.
« Pour tous les hommes du monde qui veulent habiter le sol argentin » extrait du préambule de la constitution argentine
Nos, los Representantes del pueblo de la Confederacion Argentina, reunidos en Congreso General Constituyente por voluntad y eleccion de las Provincias que la componen, en cumplimiento de pactos preexistentes, con el objeto de constituir la union nacional, afianzar la justicia, consolidar la paz interior, proveer á la defensa comun, promover el bienestar general , y asegurar los beneficios de la libertad para nosotros, para nuestra posteridad, y para todos los hombres del mundo que quieran habitar el suelo argentino: invocando la proteccion de Dios, fuente de toda razon y justicia: ordenamos, decretamos y establecemos esta Constitucion para la Confederacion Argentina.

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Pour en savoir plus :

– http://www.argentina.gob.ar/pais/poblacion/49-inmigraci%C3%B3n.php

hotel de los Inmigrantes / wikipedia

– http://buenosairesconnect.com/hotel-immigrants-histoire-argentine/

nos ancêtres les gascons

– http://www.histoire-tango.fr/grands%20themes/immigration%20argentine.htm

Nationalités en Argentine – https://argentin.wordpress.com/tag/immigration/

– http://www.sciencespo.fr/opalc/content/prologue-i-l-immigration-europeenne-en-argentine-un-phenomene-controverse

– http://fr.wikipedia.org/wiki/Franco-Argentins

Etrange concept que le bercail…

Photo de ma ville étriquée, un jour d’orage
Le bercail c’est le bled où tu as grandi, c’est la maison dont on reconnaît les odeurs, c’est la place de la Mairie où tu croises des gens que tu connais, même si tu es partie il y a 15 ans. C’est la personne qui sait que tu aimes le quignon de la baguette, que tu ne petit-déjeunes qu’avec des Rice Krispies et du chocolat Poulain. Et qui s’assure d’acheter tout ça avant ton arrivée.
Le bercail c’est le coin de la planète que tu as considéré étriqué, trop calme et tellement prévisible et qui t’a donné envie de partir. Plus tard, c’est pourtant le même coin dans lequel tu te réfugies et te sens chez toi. C’est tout ça le bercail.
Lorsqu’on ne rentre au bercail qu’une fois par an, qu’on vit loin très loin, on en viendrait presque à idéaliser les 2 petites rues commerçantes qui ont limité notre horizon durant nos 18 premières années. De retour en vacances, en arpentant ces rues si familières, on s’aperçoit qu’elles sont encore plus courtes que dans notre souvenir, et que oui vraiment, on n’en démordra pas, cette ville est définitivement un appel même à prendre un train ou un bus et plus vite que ça.
Puis, sournoisement, insidieusement, s’installe une autre sensation, un blues, une nostalgie, un saudade, pour les souvenirs passés, l’enfance et l’adolescence que l’on ne retrouvera jamais. Ce temps où le grand-père riait encore si fort avec la grand-mère, ce temps où l’on connaissait par cœur le numéro de téléphone de la maison de nos copines, ce temps sans portable, sans internet, tout juste une console de jeux, où nos conversations n’étaient pas interrompues par des messages, ce temps où l’une de mes seules distractions consistait à me battre avec mon frère.
Une évidence, après toutes ces années, c’est dans cette maison qui m’a vue grandir, dormir avec le frérot, me disputer avec tout le monde, faire mes devoirs, imploser à l’adolescence, pester contre les « vieux »et revenir en visite tant de fois, oui c’est encore dans cette maison que je me sens le plus chez moi, en sécurité, comme bercée dans un placenta de graisse de canard comme toute bonne gersoise qui se respecte.
Signe infaillible de l’âge adulte, on prend conscience de ceux que l’on a encore, ces êtres chers et indispensables qui nous font tenir droits et à l’aise dans nos tongues, même à 15.000 km de distance. On savoure la joie de retrouver encore, 36 ans plus tard, le même sourire + parfum qui nous attend à l’aéroport, ce pilier débordant de tout l’amour du monde, infaillible, no limit et for ever.  On reconnaît la patience infinie de celle qui ne compte pas les kilomètres parcourus, sûrement plus qu’un tour du monde, de celle qui m’a toujours et partout trimballée, installée, déménagée et transportée au gré de mes journées d’école, goûters d’anniversaires, loisirs, sorties et virées nocturnes (quand il fallait qu’elle me laisse assez près mais pas trop non plus, au cas où l’on s’aperçoive que c’était elle qui me conduisait), de celle qui plus tard m’a soutenue alors que je m’éloignais d’elle, et emmenée prendre mes trains, mes bus et mes avions… jusqu’à que sa fille indigne ne prenne son envol (j’ai dû prendre beaucoup d’élan, j’en conviens, car je n’aurais jamais pensé atterrir aussi loin).
A mes compagnons de bercail, je voudrais dire un muchas gracias du fond del corazon pour être encore là, alors que tant d’amis autour de moi n’ont pas la même chance. Les sourires + parfums nous lâchent parfois trop tôt, les salauds.
Il y a des jours comme ça où l’on voudrait stopper le temps, où l’on ne sait plus pourquoi au fond on est parti si loin, où l’on voudrait rester sous la couette, et que le même sourire + parfum nous fasse des câlins, for ever.

Ma plus belle rencontre, perdue un soir dans Mexico D.F

Place du Zocalo, Mexico, D.F, durant mon voyage pélerinage en 2007- FD

C’est rigolo quand même l’inspiration. Ce matin, 8h, réveillée par la chaleur (aujourd’hui il va faire 36°C), j’ai ouvert un oeil, puis le deuxième, j’ai entendu le doux vrombissement du ventilateur, senti et apprécié sa douce brise, puis j’ai pensé à cette vieille histoire. J’ai appelé ma mère en France pour qu’elle m’aide à retrouver ces vieilles photos qui finalement étaient à quelques mètres de moi, dans ma chambre à Buenos Aires. Ce matin il m’a pris une envie urgente de vous parler de Mexico, de cette année passée là-bas, dans la fraîcheur de mes 21 printemps, de mes retrouvailles avec cette ville 7 ans plus tard, et de ma plus belle rencontre, un soir, perdue dans la ville.

En 1999/2000, moi la Gersoise 100 % coeur de canard, j’étais une « chilanga », une habitante de Mexico D.F. Le Mexique est entré dans ma vie telle une tornade de découvertes et de joies:
– l’espagnol, une nouvelle langue pour moi, l’accent mexicain que j’adopterai et qui me vaudrait plus tard les rires de mes amis espagnols, les fameuses expressions mexicaines : ahoritita, mande, orale guey, pinche cabron, chinga tu madre, los nacos, los fresas etc.
– les ruines et pyramides des cultures aztèques et mayas, et la conscience que non, les Gallo-Romains n’ont pas tout inventé
– les musiques, la cumbia, la salsa (qui deviendra une passion), toutes ces chansons romantico diffusées à tue-tête dans les peseros (les bus de ville de Mexico)
– l’artisanat mexicain, le plus beau et le plus varié que je n’ai jamais vu, inégalable à mes yeux
– l’architecture coloniale espagnole et ses maisons colorées, des joyaux disséminés dans toute la ville
– ce truc étrange que l’on appelle « abrazo », qui consiste à serrer quelqu’un dans ses bras pour le saluer
– Frida Kahlo, Diego Rivera, Carlos Fuentes et beaucoup d’autres artistes mexicains
– les odeurs de tacos dans la rue, les saveurs de cette cuisine unique, les petites sauces piquantes vertes et rouges toujours posées sur les tables des restaurants, les jus de mille et un fruits  préparés dans la rue, les mangues, avec ou sans sauce piquante, coupées et vendues dans des gobelets en plastique, tous ces piments dont je suis devenue folle
– les innombrables escapades à quelques heures de Mexico le temps d’un week-end : montagne, plage, villes coloniales. 15 ans plus tard, le Mexique reste le plus beau pays que j’ai visité.
– le paradis sur terre: les plages du sud de Oaxaca, Puerto Escondido, Mazunte, ou Pie de la Cuesta près d’Acapulco
– des amis que je garderai pour la vie, des rencontres avec des femmes très inspirantes (certaines de mes élèves et toi ma cricri)
– un visa de résidence, le FM3, gagné toute seule comme une grande

Mexico ce fut aussi une grande gifle, de celles qui changent la façon de voir le monde. Je découvrai un écart de richesse inimaginable à mes yeux d’européenne, d’un côté des femmes et des enfants mendiant dans la rue, des quartiers avec des bidonvilles à perte de vue, de l’autre une ostentation indécente, sans gêne ni retenue, une conscience sociale inexistante de la part de certains qui avaient tout. Pour moi la provinciale, Mexico ce fut aussi le choc des dimensions tentaculaires de cette capitale de 25 millions d’habitants et le challenge de la traverser plusieurs fois par jour en transports en commun pour aller travailler. Plus tard Paris me semblera très petit ! Je m’adaptai à un nouveau concept, l’insécurité, et intégrai de nouvelles habitudes, toujours faire attention,  tout le temps, en retirant de l’argent à un guichet bancaire (regarder autour de soi, parfois mettre l’argent dans les chaussettes), ou en montant dans un taxi (distinguer les vrais des faux). Si personne n’était attendu, ne jamais ouvrir sa porte d’entrée, même si quelqu’un sonnait, dans le doute… Enfin, en un an je connu 2 tremblements de terre, en pleine nuit, un moyen et un petit, et j’appris à me rendormir juste après.

Le virus de l’Amérique du sud me fut injecté cette année-là et je n’ai pas été encore vaccinée à ce jour. J’avais touché du bout des pieds la pointe nord d’un monde différent, hispanique, communément appelé « latino » et réalisai qu’il me restait à découvrir toute une immensité s’étendant de Tijuana à Ushuaia, rien que ça. Sur ces 10.000 km, des millions d’habitants priaient le même dieu, parlaient la même langue et pouvaient s’émouvoir des mêmes chansons. En 2000 on écoutait Manu Tchao, Mana et Shakira, encore brune et pas encore à poil dans les clips. Déjà tout le continent chantonnait « si es cuestion de confesar, no se preparar cafe« . 
Plus tard, en voyageant en d’Amérique du sud, je découvrirai qu’au-delà de la langue, mille et une coutumes et traditions se retrouvent chez les uns et les autres, bien au delà des drapeaux et des frontières. La convivialité, la simplicité dans les rapports entre les gens, un sens relatif du temps et des horaires, la vie au jour le jour, l’usage de l’espace public, les places où l’on se retrouve, les rues où l’on discute, mange, boit des jus de fruits, achète tout et n’importe quoi, les marchands ambulants, le doux bordel latino, la Pachamama, le culte des morts, les piments et le coriandre dans la cuisine, l’abrazo, la tactilité entre les gens, la cumbia, les compliments lancés aux filles dans la rue, le machisme, le tutoiement, le sens de la fiesta, la musique et la danse qui coulent dans le sang.

J’en reviens à Mexico. Pour gagner ma vie je m’étais improvisée professeur de français. J’enseignais à des adultes, des cadres en entreprises et des enfants de bonnes familles « fresa ». Parmi mes employeurs, je me choquais du train de vie d’une famille en particulier, qui disposait de divers chauffeurs, garde du corps, voitures blindées et d’innombrables « muchachas » (servantes) vivant à domicile. Pour l’anecdote, j’ai toujours soupçonné le père d’être plutôt louche. Je n’avais pas tort, l’année dernière il faisait la une des journaux pour un pot de vin de 2,6 millions de dollars. 
Un jour une femme à l’accent bizarre (elle était polonaise) m’avait appelée pour donner des cours particuliers à son fils de 7 ans, Ulises. C’était Jolanta, une artiste plasticienne, dont la maison était décorée de ses peintures et sculptures, terrifiantes à mes yeux. Plus tard j’apprendrai que ses oeuvres, tout aussi terrifiantes qu’elles étaient, s’exposaient et se vendaient jusqu’aux Etats-Unis. Ulises était un petit ange blond, gentil et bien élevé, transi d’admiration pour son papa, un homme que je n’ai jamais croisé, sinon en portrait dans une toile de Jolanta accrochée dans le salon. Il faisait beaucoup d’efforts en cours, alors que comme tous les gosses, il aurait certainement préféré regarder la télé plutôt que de subir une heure de français. Souvent après les cours je restais discuter avec sa mère. Elle avait échappé à la Pologne communiste, littéralement échappé. L’histoire de sa fuite de Pologne était digne d’un film. Elle avait finalement pu émigrer aux Etats-Unis, et de là elle était arrivée au Mexique.

Ulises en 2000 chez lui avant un cours de français

En 2007, je décidai de revenir en voyage pélerinage à Mexico D.F. Le Mexique m’avait beaucoup manqué pendant toutes ces années. Mon retour en France, l’arrivée et l’adaptation à Paris ne s’étaient pas fait sans heurt et j’avais gardé une nostalgie inépuisable pour le Mexique. Comme un premier amour, il n’avait jamais quitté mon coeur, ni mes pensées, ni mes sens. Aussi lorsque 7 ans plus tard je foulai de nouveau cette terre, j’exultai ! Je retrouvai mes amis tout d’abord, qui avaient la gentillesse de me recevoir chez eux. Puis mes sens se réactivèrent. Je réécoutai ces bruits : la cumbia dans les bus, l’accent mexicain qui m’avait tant manqué, je sentai ces odeurs : les tacos dans la rue et celle de la braise. Je respirai de nouveau cet air sec et pollué et ressentai enfin cette douceur unique, cette température parfaite. Jamais je n’ai retrouvé un tel climat ailleurs, fruit de la latitude et l’altitude particulière de la ville (2.500 m). Je reconnaîtrai toujours l’air de Mexico, même les yeux bandés.

J’ai souhaité évidemment revoir mes anciens élèves, dont bien sûr Ulises et Jolanta. J’avais gardé un mail qui n’était plus valide, mais les années 2000 aidant, Jolanta avait désormais une page internet en tant qu’artiste et il me fut aisé de la retrouver et de la recontacter. Elle me répondit qu’elle vivait toujours dans le même appartement, mais seulement elle et Ulises, le papa était parti. Je parlai avec Jolanta au téléphone, elle me passa quelques secondes Ulises pour le saluer personnellement, nous étions très impatientes de nous revoir. La veille du jour où je devais déjeuner chez eux, je sortis de chez mes amis pour acheter des cigarettes, vers minuit. Une rue, puis une suivante, je finis par me perdre et ne plus retrouver mon chemin. Pas d’affolement, j’étais dans la Condesa, un quartier très animé avec de nombreux restaurants et bars. Je demandai plusieurs fois mon chemin aux gens que je croisais, personne ne savait me répondre; ou sinon m’indiquait n’importe quelle direction (grande spécialité mexicaine que j’avais oubliée :-). Alors j’eus l’idée lumineuse de demander le chemin du métro car de là je savais m’orienter. La personne suivante que j’ai interpellée, un ado qui marchait seul, me répondit que lui aussi s’était perdu et cherchait le métro. On en rit puis on décida de le chercher ensemble. Je l’ai alors observé de plus près. Il avait bien grandi, il faisait presque ma taille, mais son sourire, celui de la photo avec son petit piano, l’avait trahi. Je l’ai trouvé touchant avec sa voix muée. 7 ans étaient passés et il devait donc avoir 14 ans.
– « Tu t’appelles Ulises n’est-ce pas ? Moi je suis Fanny, ta prof, tu te souviens ? Celle qui doit venir chez toi demain. » Silence… Il me regarda sans rien dire, ni lui ni moi ne pouvions le croire ! Il finit par me sourire, puis je lui ai donné mon premier abrazo.
– « Qu’est ce que tu fais ici à cette heure-là ? Ce n’est pas ton quartier par ici ! »
Il m’expliqua qu’il était venu rendre visite à sa petite copine qui habitait par là, puis qu’il s’était perdu et que sa mère allait s’inquiéter. On marcha ensemble jusqu’au métro qu’on finit par retrouver, puis on s’est dit « à demain ». Cette nuit-là il me fut impossible de m’endormir, j’étais submergée par l’émotion, j’avais l’impression étrange que Mexico m’avait attendue et que pour mon retour elle m’avait concocté cette surprise, ces retrouvailles improbables avec mon petit Ulises, 7 ans plus tard, les 2 perdus dans une rue de Mexico, à minuit, parmi 25 millions d’habitants.

Le lendemain j’arrivai chez Jolanta, elle aussi très chamboulée par cette histoire. Ce jour-là, l’abrazo dura très très longtemps avec elle, avec Ulises, puis tous les trois.

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Courriers du coeur

A l’origine j’ai commencé ce blog pour partager mon expérience argentine avec mes proches. J’étais tombée amoureuse de ce pays et de sa capitale lors de deux premiers voyages, et en février 2009 j’ai débarqué ici avec l’idée, comme en amour, de tenter l’épreuve de feu avec Buenos Aires: la cohabitation. Je pensais rester une année, finalement 4 de plus se sont ajoutées déjà.

Les années passant, je me suis rendu compte que ce blog m’aidait à me souvenir, à garder une trace de mes pensées et de mes anecdotes sur cette ville. Je souris souvent quand je relis mes observations du début, car je suis maintenant plus qu’habituée au tango du collectivo, aux bruits et aux odeurs.

A ma grande surprise, des lecteurs ont commencé à m’écrire, pour me demander des informations sur la ville, comment trouver du travail ici, un logement etc. Moi aussi, avant de faire le grand saut, j’avais contacté des bloggers français installés ici, avec les mêmes préoccupations de visa, d’emploi, et les mêmes questions sur la vie quotidienne. Alors à mon tour, j’ai répondu à ces courriers. Las vueltas de la vida…

Puis encore plus surprenant, des lecteurs m’ont proposé de prendre un café ! Des voyageurs juste de passage, ou de plus longue durée. J’ai rencontré entre autres Natacha, vécu quelques mois inoubliables avec Florianne et testé de nombreux restaurants avec ma chère Nina.  Et ces amitiés sont nées grâce à cette page.
Le summum de la buena onda fut atteint avec Cristina, une argentine vivant à Bordeaux. Avant même que nous nous rencontrions, elle m’a proposé tout simplement de m’installer dans un appartement qu’elle possédait à Buenos Aires et qui était inoccupé.

Pour la première fois, la semaine dernière, un fan d’Argentine, Jérôme, m’a écrit un poème et avec son autorisation je le publie ici. Parce qu’il prouve qu’un pays peut nous émouvoir à distance, avant même de fouler son sol et encore longtemps après en être reparti. Un pays peut nous rendre amoureux et changer le cours de notre vie.

A tous ces courrier de lecteurs et courriers du coeur, pour vos mots qui m’encouragent, MUCHISIMAS GRACIAS !

Bonjour Fanny !

En écho à ton poème , voici celui-ci qui t’expliquera pourquoi je t’écris aujourd’hui :


Un après-midi, à l’écoute d’Allo la planète [interview au sujet de l’ArgentinAttitude le 11/11/13]
Ta voix, d’Argentine entra par mes oreilles jusqu’à s’installer un moment dans ma tête.

Il faut te dire qu’il n’est pas une journée,
Sans que ce fantastique pays où tu vis,
Ne sois présent dans mon esprit,
Sans qu’en pensées, je retourne le contempler.

Mon histoire commence par une adresse mail griffonnée sur un bout de papier.
Celle de Susana, une porteña en visite à Disney.
Quelques mois plus tard, au comptoir d’une brasserie parisienne, cette fois-ci,
En compagnie de Susi, Flavio, et Dany,
Voici qu’elle arrive, sans prévenir, et au fil de nos discussions , 
Qu’elle ne cesse de grandir :                                                                                               
Cette furieuse envie  de Partir.

Partir, voir Boca et la bombonera, Palermo et le Tango
Partir pour ressentir l’immensité des paysages argentins :
Les chutes d’Iguazu, Ushuaia et le Perrito Moreno

Dans ce train de banlieue, qui à Lagny sur Marne me ramène
Par la fenêtre je regarde au loin, très loin.
Et déjà, rêve à ce périple dans l’hiver argentin.

 Puis ce 11 juin, tant attendu, finit par arriver.
Et malgré le brouillard  intense, l’avion sur la piste d’Ezeiza , par se poser.

Dès lors, tous ces lieux  sous mes yeux défilent :
Buenos Aires, Ushuaia, El Calafate
Puerto Madryn et ses baleines, San Rafael,
Salta et les routes sinueuses qui mènent à Punamarca.

D’humahuaca , emprunter  une piste vers la beauté du mont Hornocal.
A Iguazu , admirer les toucans et ces chutes majestueuses et puissantes.
Et en chaque endroit,  quelques secondes fermer les yeux,                                             
Pour à tout jamais fixer l’instant présent.

Amis et rencontres , rendent ce voyage encore plus beau.
A Buenos Aires, Dany , Susi, leurs parents et Flavio préparent l’Asado.
Avec Pierre, à San Rafael nous partageons un Mate.
Santos et ses llamas seront mon guide à Tilcara.
Et Alejandro et Ester me parlent  de la luxuriante foret subtropicale à Puerto Iguazu.

En cette après-midi d’automne,
De retour en Bretagne.
Pile au milieu  de cette année sabbatique 
Commencée à 11000 kilomètres  d’ici
De manière fantastique,
Fanny, je parcours ton blog, tes articles bien écrits.
Retrouve ce style de vie argentin,
Cet art qu’ils ont de profiter de la vie, 
Sans vraiment  penser au lendemain.

Merci de partager ta vie argentine.

Jérôme 

Rafael, viens vite !!!

Rafael, je me dépêche, je veux être la première à t’écrire. Je pense que je vais gagner mon pari et que je le serai. Tu pourras te vanter d’avoir déjà reçu une lettre avant de pousser ton premier cri. Et pas de n’importe où s’il te plaît, d’Argentine. Oui Monsieur.

Comme j’aime ta mama comme j’ai rarement aimé quelqu’un, je me sentais ce soir l’envie de te dire quelques choses sur la vie qui t’attend. Sache qu’à 20 ans on a tout un tas de certitudes et que la vie se charge bien de te les faire voler à 10000 km. Donc ne te stresse pas, tranquilo hijito, vis le moment présent, ne t’en fais pas, ce qui compte c’est de garder le cap et de garder le sourire comme ta mère.

Voyage Rafael, surtout, ouvre-toi, je te conseille de passer par Londres et de là tu verras le monde sera à toi. Pars sur les traces de ta mama et découvre l’amérique du sud, le Mexique, le Pérou. Apprend l’espagnol et glisse quelques mots de cette langue à son oreille, rien ne la rendra plus heureuse.

Les amours iront et viendront mais l’Amitié, Rafael, est un cadeau du ciel à toujours chérir et entretenir. Tu croiras que tes meilleurs amis seront ceux que tu as déjà à 15 ans, mais tu te rendras compte qu’une amitié indestructible peut aussi naître autour d’une machine à café, dans un pays qui n’est pas le tien, à 30 ans. Demande à ta mama.

Rafael je pense que vu tes parents tu ne passeras inaperçu. Un cocktail détonnant de fiesta et d’appétit féroce de vivre, ça va donner. Ton père est un très bon musicien, ta mère a la danse dans le sang, je ne sais pas pourquoi, quelque chose me dit que tu vas aimer la nuit ! Et Scorpion avec ça, pour tout arranger…

Allez sois sympa, viens vite et ne te fais pas attendre, ta mère est en train de passer un sale quart d’heure je pense. Mais c’est pour la bonne cause, pour toi, parce que qu’elle t’attend déjà depuis 9 mois. Et ton père n’en parlons pas… Je le sens tout fébrile, même d’ici là !

Ta mamie de Grasse t’a préparé un berceau à faire pâlir le prince George d’Angleterre, sans blague, elle me l’a montré l’été dernier. Ta Tatie Nelle vient te voir d’Istambul, rien que ça, et moi à Buenos Aires je vais me languir plusieurs mois avant de te serrer dans mes bras, mais je viendrai te voir, mon petit gaucho.

Allez Rafael, viens vite. On t’attend. On trépigne, on applaudit, la salle est pleine, la tension du public à son comble. On va te prendre en photo, on va te coucouner, t’embrasser, te carresser, t’admirer, tu seras la star aujourd’hui 04 novembre 2013. On dira de toi dans quelques heures « a star is born ! »

On te pardonnera du coup, parce que c’est toi, de venir au monde le même jour de calendrier que ta mère, qui se souviendra pour toujours de son anniversaire. Quel culot quand même, tu lui voles déjà la vedette…

Et moi ici sur mon fuseau horaire, tu vas m’empêcher de dormir, je le sais. Comment trouver le sommeil en sachant que ta mama querida te donne la vie ?

Allez Rafael, viens vite. On t’attend.

Amitiés expatriées

Une chose à laquelle il faut bien s’habituer, quand on vit loin de chez soi, c’est de voir partir ses Amis, ceux qui sont comme nous, des pigeons voyageurs, des oiseaux migrateurs. Rien ne peut les arrêter, ils ont déjà pris un billet aller pour venir ici et tenter l’aventure. Alors vous pensez bien qu’un autre départ ne les effraie pas. Certains partent pour de nouveaux horizons, d’autres rentrent au pays. C’est comme ça, ce sont les amitiés expatriées.

Peu importe leur lieu de naissance, on les a connus sur un autre territoire, à l’âge adulte, loin des bancs de l’école ou de la fac. La nationalité inscrite sur leur passeport est un simple détail et on finit par l’oublier. On a chacun sa famille, son passé, sa région et son pays, son milieu, sa culture, sa religion, ses études et sa langue, et on s’en balance. C’est ça qui est bon. Comme par magie, tous ces paramètres qui en général rassemblent ou divisent les êtres ici ne comptent pas. On s’aime juste pour ce que l’on est, maintenant, c’est l’amitié choisie et pas circonstancielle, pas celle que l’on a maintenue par ce qu’il fallait, parce que cela faisait 10 ans que l’on se connaissait ou qu’on était ensemble à l’école primaire. Non, ce qui nous rassemble, ce ne sont pas les souvenirs, mais bien le présent. Ce présent que l’on a choisi, cette ville, ce pays, où l’on ne vient pas pour faire fortune mais pour vivre autrement. Et si l’on s’est rencontré à Buenos Aires, et pas à Genève ou à Manhattan, ce n’est pas un hasard: on a forcément un petit grain de folie en commun.

On communique parfois avec ces Amis dans une troisième langue, ni la nôtre ni la leur, on s’aime, on se confie et on rit en espagnol, qui devient alors une langue intermédiaire, avec des accents différents et des mots piochés de-ci de-là, et tout ce petit monde se comprend. On fait certainement marrer les locaux qui nous écoutent. On forme une communauté pendant plusieurs années, comme une famille, on forme des liens uniques, incomparables avec ceux tissés avec les amis de toujours de la mère patrie, ni plus ni moins forts, mais différents.

Les Amitiés expatriées ont aussi un rôle réconfortant. Très souvent, du moins dans mon cas, on se sent un peu l’original de son groupe d’amis et de sa famille en annonçant qu’on a décidé de partir seule « à l’autre bout de la planète », comme ça, manière de voir ce qui s’y passe. A fortiori passés 30 ans. On a beau avoir les encouragements de tout le monde avant de partir, entendre « c’est génial que tu le tentes », il n’empêche que personne ne nous accompagne jusque dans l’avion le jour J. En vivant à Buenos Aires, on rencontre d’autres foufous et fofolles d’Argentine et d’Amérique latine en général, qui ont eu la même idée, la même envie, et qui ont pris un aller simple eux aussi. Parmi eux les Amitiés Expatriées que j’ai nouées me confortent dans mon choix et me rassurent.  On n’est pas si original que ça finalement, pas si bizarre, et nous sommes même toute une communauté !

Pour ces Amis avec qui l’on passe des Noëls, que l’on a appelle sans problème de fuseau horaire, qui nous comprennent sans besoin de sous-titre car on se ressemble tellement, le mot Ami même avec un A majuscule reste trop faible.
A ces Amis Expatriés qui m’accompagnent ici je veux leur dire que sans eux la vie à Buenos Aires n’aurait pas la même saveur et que sans leur soutien je ne serai peut être pas encore porteña aujourd’hui. Restez encore un peu por favor !
A ceux qui sont déjà partis (la hdp tana, Flo, Vicky, Sophie et Shirly), ils savent qu’ils sont à jamais en mi corazon.
Et à ma chère carioca Aline, qui est dans son avion de retour à Rio ce soir, même si elle ne me lira jamais car elle ne comprend pas le français, je lui souhaite uma boa viagem ! Hasta la vista baby !

Guitareada

Un terme qui n’existe pas en français, pour indiquer ces moments où quelqu’un qui joue de la guitarre et parfois chante, on appelle faire une guitareada.

Voici des chansons chantées par mes amies.

Cancion del remanso / Jorge Fandermole

D’autres exemples de guitareadas

Cancion del pinar / Jorge Fandermole

Et le meilleur pour la fin avec Ana, voix soprano, a capella.