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Je suis une Provinciale ou la Province expliquée aux Parisiens


Provincial : selon le Larousse
– Qui est de la province, qui appartient à la province : Il a reçu une éducation provinciale.
– Qui marque une gaucherie, un manque d’aisance qu’on attribue, par opposition à Paris, à la province : Il avait un air provincial et maladroit.

« Le grand avantage des provinciaux, c’est qu’après avoir admiré Paris, ils peuvent le quitter. » 
Henri Rochefort

Je suis une Provinciale, avec un P majuscule. J’ai failli ne pas l’être, je suis née à Paris, mais mes parents ont rectifié le tir et vite pris la tangeante, fort heureusement. Sinon je ne parlerais pas avec mon bel accent du sud. J’ai juste eu le temps de faire mes premiers pas au Jardin des plantes, m’a-t-on dit.

J’ai le souvenir à l’école primaire de compléter des fiches pour chaque professeur à la rentrée des classes, et d’écrire consciensieusement « née à Paris le xx ». Etonnement dans la classe. « Woaw tu es née à Paris ??? » Surprise et admiration du public. Moi je n’en étais ni fière ni gênée, après tout Paris je ne la connaissais pas plus qu’eux. Ce lieu de naissance me laissait songeuse. Je savais que mes parents s’étaient connus dans la capitale, étant voisins ils s’étaient rencontrés dans le restaurant en bas de leur immeuble. Ils y avaient étudié, puis travaillé, s’y étaient aimés et m’avaient conçue, rue Saint-Maur. Tout cela faisait partie de la légende familiale.

Moi, mon horizon se limitait à ce que j’observais depuis les fenêtres de chez mon père, depuis cette vue panoramique dominant la basse-ville : très vite les maisons cédaient leur place aux champs de tournesols. End of the story. 

 
Cet horizon, je l’ai observé des heures et des dimanche durant. Mon frère était encore à l’âge où il jouait aux petits soldats. Mon père faisait sa traditionnelle sieste d’après manger. Moi je m’ennuyais ferme, je regardais par la fenêtre et me demandais ce qu’il y avait au-delà des champs, s’il y avait des villes où il passe davantage de voitures les dimanches après-midi. Parce qu’à Auch il n’en passait pas. Parfois je regardais la ville avec mon père à côté. Toujours intriguée par mon lieu de naissance, je lui demandais
– « Paris c’est grand comment ? »
– Il me répondait qu' »Auch est grand comme un arrondissement de Paris ».
– Mais alors « Paris a combien d’arrondissements ? »
– « 20 ». Stupeur, admiration. Une ville pouvait être 20 fois la mienne ! 

Etre Provinciale dans une petite ville, c’est cela, avoir le temps de s’ennuyer le dimanche et de rêver à d’autres contrées, à commencer par la capitale de son pays. C’est avoir l’imaginaire à bloc, et des projets de voyages déjà énoncés à 12 ans : « un jour j’irai à Paris ».
Aurais-je eu autant envie/besoin de voyager si j’avais grandi entourée de monuments et musées, pris le métro, vu/connu des étrangers avant mes 18 ans, entendu des langues étrangères dans la rue ? Je ne le crois pas. Dans mon cas être une Provinciale m’a donné une formidable énergie d’aller voir ailleurs.

Mon rêve d’aller à Paris fut réalisé je ne sais plus trop en quelle année. J’ai pris l’avion toute seule (Air Inter !), avec des papiers au tour du cou d' »Enfant non accompagné ». A Orly j’ai retrouvé ma tante et ma cousine, parisiennes, elles. A part la Tour Eiffel, je me souviens d’un seul autre moment, bien précis, 5 mn après les avoir retrouvées on s’est installé dans un café, on m’a demandé ce que je voulais, j’ai dit « un coca s’il vous plaît », ce à quoi le serveur m’a répondu : « ça s’entend que tu n’es pas d’ici toi ! ». J’ai donc compris très tôt que le Provincial du sud qui ouvre la bouche à Paris ne passe pas incognito.

Le Provincial de la petite ville a un avantage. Il grandit dans un environnement libre de toute segmentation sociale. Je m’explique. Le Provincial va au lycée de la ville. Point. Dans mon cas, il y avait un seul lycée d’enseignement général. Il n’existe pas de bon ou mauvais lycée. Il n’existe pas d’établissement réservé à une certaine élite. Il va au lycée avec tout le monde, le fils de médecin, le fils d’agriculteurs, le fils de militaire, le fils de mère célibataire, la fille de fonctionnaire (mon cas). Tout ce petit monde vit à tout près les uns des autres, parfois dans la même rue, à l’adolescence tout le monde ira dans les mêmes cafés, soit 2 ou 3 cafés au choix, et dans la seule boîte de nuit de la ville (soit La Nuit, si des Auscitains me lisent!). Ici la mixité sociale avait tous son sens. C’est seulement à 20 ans, en arrivant à Paris, que j’ai découvert qu’il y avait les lycées chics et les lycées réputés moins bons, les quartiers de la banlieue Ouest et ceux de la banlieue Nord, les Yvelines et la Seine Saint-Denis, les bars et restaurants des Invalides et ceux de Belleville, la rive gauche et la rive droite. Choc et déception. Moi je remercie le ciel d’avoir expérimenté une autre vie durant mes 20 premières années, d’avoir grandi dans un autre contexte, plus égalitaire, plus ouvert et moins compartimenté.

Le Provincial de la petite ville a une autre chance, celle de déguerpir de chez les parents dès 18 ans, après le Bac, pour aller à la fac. Il sera autonome plus vite et se sentira le roi du monde, pour peu qu’il n’ait qu’une chambre de bonne. Le Parisien lui, prix des loyers oblige, attendra la fin de ses études, voir quelques années de plus, pour prendre son envol.

Lorsque le Provincial débarque à Paname, il a 2 options : s’adapter ou rentrer au bled. Donc il s’adapte. L’inverse, Paris > province est beaucoup plus difficile. Il parviendra à se sentir chez lui et connaîtra, comme les étrangers et immigrés, la formidable sensation de se sentir d’ici et d’ailleurs et de posséder 2 chez soi.

Le Provincial souffrira du cliché du « benet », a fortiori s’il a un accent prononcé, du quidam facilement perdu ou dépassé. Ce cliché est largement véhiculé par l’effet parisianisme # Paris=France # centre du monde # centre de l’Univers # we are the best qui m’horripile au plus haut point. Le Provincial vivant à la Capitale démontre plus de volonté et de sens de l’adaptation que n’importe quel Parisien qui n’est jamais sorti du périph. Et Dieu sait qu’il y en a.

Le Provincial vit la capitale de son pays comme un choix géographique. Vivre à Paris devient alors une aventure, un acte volontaire et pas une évidence, ni une fatalité ou une obligation. Il développe une énergie particulière face à la ville et à sa découverte. Une immensité d’options de sorties et de ballade s’offrent à lui. Je me souviens de mon excitation les samedi matin au moment d’ouvrir mon guide sur Paris et de choisir où j’allais partir me promener pendant le week-end. J’avais tout à découvrir et je me sentais touriste 2 jours par semaine. Découvrir un lieu avec un regard extérieur diffère toujours de la vision des locaux. Le Provincial, lui, n’est pas blasé, il peut encore s’émouvoir et s’émoustiller d’aller à Montmartre.

Le Provincial s’étonnera parfois des lacunes géographiques de ses interlocuteurs et écoutera les plus grosses conneries sur sa région d’origine, dites par celles et ceux qui connaissent mieux la carte du métro que celle de France. Non, à Toulouse il n’y a pas de plage.

Même après toutes ces années passées ailleurs, je me sens encore une Provinciale, avec un P majuscule (comme Paris). J’ai conservé la même fascination pour les villes où il passe beaucoup de voitures le dimanche et où les maisons ne cèdent pas si vite la place aux champs de tournesols. Puissent les petits parisiens grandissant dans les années 2010 connaître un dixième de cette douceur de vie qui m’a bercée!

Provincialement vôtre,
une Auscitaine de coeur

France needed

Il y a des moments comme ça, la fin de l’année, l’approche des fêtes, les aléas de la vida, où un petit aller/retour Buenos Aires > Gers ne serait pas de trop. France needed, j’avoue.

Il y a des moments comme ça plus fatigants que d’autres. Aimer un autre pays en plus que le sien, c’est comme avoir à la fois un mari rassurant, un peu ennuyant, et un amant passionné qui nous fait vibrer davantage, parfois un peu trop. L’adultère géographique est grisant, fait littéralement perdre la tête et c’est ça qui est bon. Oui mais il y a des moments, comme maintenant, où on voudrait bien faire un petit « rewind » comme sur les walkman et revenir au début de la chanson. Là tout de suite je rentrerais bien juste pour respirer l’odeur de la soupe paternelle qui m’a fait grandir et l’odeur des platanes après la pluie. Juste pour m’assoir à ma place attitrée à table, sentir la chaleur des abrazos de là-bas qui font oublier l’hiver. Juste pour aller voir un film au ciné avec la mama…

Ames sensibles expatriées (je m’y inclus): desserrez un peu la gorge et respirez bien fort. La fin d’année n’est qu’un mauvais moment à passer. Rappelons-nous surtout : on l’a bien cherché et personne ne nous a forcé. C’est le prix à payer pour avoir quitté la Mère-Patrie et notre mère tout-court, une sorte de taxe d’habitation un peu plus salée, notre TVA : Taxe pour Vivre Ailleurs, notre impôt sur l’Aventure.

Comme d’habitude

C’est vrai que sans s’en apercevoir on s’adapte, on change, on perd les anciennes habitudes et on en prend de nouvelles, on les fait siennes, parce que les mois et les années passent de ce côté-ci de l’océan. On n’oublie pas pas pour autant comment c’est, là-bas, à 15h d’avion, mais les références passées sont un peu rangées dans un tiroir à coté du passeport. Je remarque que je remarque de moins en moins justement, et que je ne m’étonne déjà plus de beaucoup de choses. J’avoue que ça me fait perdre un peu l’inspiration pour ce blog. Signe d’intégration comme dirait mon cher Sarko.

Mais lorsqu’une visite de France s’immisce dans ma vie porteña quelques jours, je revois la ville avec un regard de touriste.
– Oui la population est très jeune ici, par rapport à chez nous. Oui on se demande où ils ont mis leurs vieux.
– Oui l’extrême pauvreté côtoie les beaux quartiers. On « s’habitue » aux cartoneros triant les poubelles sur le trottoir, et remplissant leurs carrioles – parfois tirées par des ânes- avec leurs enfants dedans.
– Oui on ne peut pas marcher plus de 3 mètres sur le trottoir sans contourner un petit trou, ou un gros, les déblais des travaux continuels, petits ou grands, qui font partie du paysage urbain.
– Oui l’architecture de la ville est un melting-pot étrange. Coupole Art-nouveau à côté d’un immeuble style parisien devant une église coloniale derrière une tour de verre…
– Oui au supermarché ce n’est pas vraiment comme chez nous. Oui on achète le lait en sachet souple. Comme le jus de fruit, qui existe en version chimique à diluer. Une variété de courgettes ont la forme de petite boule ronde. Ici la coquille des oeufs est toujours blanche.
– Oui c’est un combat lorsqu’on a des grosses coupures car personne n’accepte les gros billet, personne n’a jamais de monnaie.
– Oui les portions ici sont souvent pour 2 dans les restaurants.
– Oui on paye toujours tout en cash car la CB n’est quasi jamais acceptée.
– Oui les Argentins sont vraiment très sympa et buena onda.
– Oui les hommes ont ce je ne sais quoi qui manquent aux Français.
– Oui les filles sont très féminines, ont souvent les ongles faits et les cheveux longs immanquablement.

C’est un peu les impressions des nouveaux arrivés que j’entends à chaque fois et qui me rafraîchissent la mémoire. Moi aussi lors de mon premier séjour ici en 2006, tout ceci m’étonnait. Mais je n’aurai jamais parié que ces détails feraient partie de mon quotidien un jour !

Hermano

Certains en ont plusieurs, 2, 3, 4, au féminin ou au masculin
D’autres, les pauvres, n’en ont pas
Dans mon cas j’en ai un seul, un hermano et c’est toi

Je me souviens de tes bouclettes blondes,
de tes joues ultra potelées que j’embrassais à perdre respiration
de comment tu gambadais avec ton atèle après une opération
de comment je savais te faire des grimaces et te rendre fou
de Samantha, ta première fiancée, quand t’avais 4 ans
de notre chambre partagée des années durant
de tes petits soldats, de tes avions,
des bruitages que tu faisais quand tu simulais une explosion
des tes vélos successifs, puis des coupes rapportées à la maison
de notre première console Nintendo achetée en amoureux
de nos batailles, disputes, crises qui exaspéraient nos vieux
puis vinrent la guitare, la musique électro et débats musicaux
nos confidences adolescentes et nos secrets d’hermanos.

Je ne suis pas sûre de t’avoir vraiment désiré,
à l’époque on m’avait rien demandé !
Pourtant un hermano comme toi est un des meilleurs cadeaux de la vie
un confident, une famille, un repère, un ami,
la même maison, les même parents, une enfance et le même sang.

Il y 30 ans aujourd’hui tu t’es incrusté dans la famille
Fini mon statut de Queen,  l’attention unique, l’exclusivité,
Tu as fait de moi une grande fille, une aînée,
Une soeur for ever, pour mon plus grand bonheur.

Feliz cumple hermano querido !

La mozaïque

mes nuits dans ma nouvelle maison

Une des choses que je préfère de mon nouveau chez moi à Buenos Aires, ce sont les petits carrés qui s’allument sur mes murs, sitôt ma lampe de chevet éteinte. Je m’explique : chaque nuit, en baissant le store d’une certaine façon, l’éclairage du jardin crée comme une mozaïque, une multitude de carrés noirs et blancs sur les murs de ma chambre. Un petit bonheur avant de m’endormir, qui a changé du tout au tout ces courts instants de flottement avant de rejoindre Morphée. Car comment ne pas penser à vous ?

Celles et ceux ceux qui sont là-bas, à 5h de différence, dans leurs lits eux aussi. Vous prendrez votre café quand je dormirai à poings fermés. Vous ne le savez pas mais j’ai pensé à vous pendant votre sommeil. J’ai observé chacun de ces petits carrés blancs, comme si vous étiez tous là tous en rang d’oignons alignés devant moi ! Je me demande quand est-ce que vous viendrez me voir, si vous viendrez un jour, et quand est-ce que je repasserai vers chez vous. Je me promets de vous écrire bientôt, de vous téléphoner… Je fais même des plans sur la comète de futures vacances ensemble.  Je vous sens tout autour de moi dans cette mozaïque, c’est vous tous, mes petites lueurs nocturnes, mes vers fluorescents,  mes phares de mer agitée, mes lampes de poche, mes bougies, mes loupiotes, mes étoiles, ma constellation.

Ce soir, ou plutôt ce matin, j’allais enfin me coucher mais l’envie de raconter était trop forte. Parce que le temps passe, et que je ne veux pas tarder à dire à Alice et Zoë (nées en 1917) de ne pas s’inquiéter, que Buenos Aires, c’est comme si elles y étaient !
Buenas noches a todos, maintenant je vais éteindre pour de bon et je vous retrouve dans quelques secondes !

Argentine anti-blues

photo de linternaute.com

Si un jour cela doit t’arriver toi aussi,
prendre un avion sans trop savoir pourquoi,
traverser l’océan et laissser derrière tes parents, tes mamies, ton brother et tes meilleurs amis
voyager toujours seul(e) sans personne à côté
savoir qu’à l’aéroport personne ne t’attend,
ressentir le blues du gitan, le vague à l’âme du voyageur, le tournis,
arrange-toi ce jour-là pour que ce soit destino Buenos Aires, aéroport d’Ezeiza.

 

Démonstration n°1:
Me voilà de retour après une longue pause estivale, chaude et régénératrice made in France. Arrivée à l’aéroport de Buenos Aires à 4.25 du matin, un peu défoncée, triste, mauvaise humeur, froid soudain (10°C) après la chaleur de Barcelone, envie de me coucher, c’est tout.
Je me dirige vers la douane et me rends compte que j’ai oublié le petit papier distribué dans l’avion pour l’immigration. C’est mon tour, je passe devant la cage en verre du douanier, et lui dis que je n’ai pas le formulaire, j’ai dû le laisser dans l’avion.
De l’autre côté du verre il y a Pablo le douanier, appelons-le Pablo, d’une cinquantaine d’année, qui voit passer la 200ème touriste de la nuit, moi. Il a dû se lever à 2h du mat peut-être, ou il ne s’est pas couché du tout. Il ne fait pas un boulot passionnant, tamponner des passeports dans une cage en verre. Toute sa vie il aura vu passer des voyageurs qui sortent de l’avion, avion qu’il n’a certainement jamais pu prendre vu ce qu’il doit gagner. Mais il s’en fout, parce que Pablo, même un matin d’hiver à 5h du mat, il a le SMILE, la patate, l’envie de déconner, la gentillesse, le mot qui fait rire, il est argentin.
Il a dû penser que j’avais un air de chien battu, alors il s’est dit qu’il allait essayer de me dérider.
Il me regarde et me dis :
– « Ah toi, je sais, t’as perdu la tête, t’es amoureuse, et du coup tu perds tout, les papiers etc » !
Il guette ma réaction et évidemment je souris, il m’a eue. Je ne m’y attendais pas à celle-là. Je ne rentre pas dans les explications du pourquoi je perds tout et que c’est héréditaire et que y’a qu’à voir ma mère et ma grand-mère et que mon frère a le pompon de la famille, non, il s’en fout.
Je souris, et il me dit
– « Ma poupée t’en fais pas, prends ce papier et complète-le moi ».
Je le remercie d’être si gentil. Un peu de réconfort ce matin-là n’était pas de trop.
Je lui ramène le papier et il me demande combien de temps je reste. Ayant mon visa de travail périmé, je suis cette fois-ci touriste (charme de la bureaucratie argentine) et demande poliment d’avoir 3 mois, le maximum.
Et là Pablo il se dit qu’il a tout compris, on la lui fait pas à lui, la nana seule qui débarque et qui demande 3 mois, et s’écrie
– « Ca y est, j’ai compris, tu as trouvé un fiancé argentin !!! Bravo !!! Je te félicite ! T’es trop forte ! Mais attention aux fiancés argentins, c’est des filous, je t’aurais prévenue ! Vraiment je te félicite ! Bravo ! Je suis content pour toi !  »
Ses collègues des cages en verre à côté se retournent, me regardent, je ne sais pas trop où me mettre, et ils me sourient, rient en regardant Pablo, et reprennent leur tamponnage de passeport.
Et là je me suis franchement marrée, à 5h05 un matin d’hiver, un peu défoncée, triste, mauvaise humeur, froid soudain et envie de me coucher. Pablo, il était trop fort. Ici tu ne peux pas être triste, c’est pas admis et ils ont bien raison. Car à la réflexion, mes petits soucis ce matin-là n’étaient juste qu’une petite fatigue d’une nana bien gâtée par la vie.

 

Démonstration n°2
5 mn après avoir laissé Pablo et retrouvé mes bagages, je pars dans un taxi. J’ai le temps de marcher quelques mètres et de ressentir le charme des températures hivernales de Buenos Aires, en d’autres mots de me cailler les miches, et là je tombe sur le taxi Jorge, avec sa doudoune et sa bonne bouille. Sitôt démarré qu’il allume le poste radio et met un CD d’Aventura, la bachata dominicaine qui me fait toujours si chaud au coeur. J’hallucine, car en Argentine ce n’est pas hyper courant, et voilà qu’une grande conversation s’engage avec Jorge après l’avoir félicité pour sa musique.
– « Mais oui je les adore aussi, Aventura c’est les meilleurs, je les ai vus en concert au Luna Park en juin, tu y es allée aussi ? Tu sais qu’ils vont se séparer, c’était leur dernière tournée ensemble ! »
Je réponds que je les ai ratés, je suis dégoutée, il me dit qu’il va me mettre le dernier CD. Là il baisse le pare-soileil, et je vois une rangée de 15 CD gravés, que de la bachata. Il en prend un, le passe et me dit
– « Ecoute ça ma chérie ! »
Et là c’est parti mon kiki, 5h30, Aventura au taquet dans la voiture, et Jorge qui chante  » mi amor, mi corazon », emmitouflé dans sa doudoune, en conduisant son taxi pourri. Lui non plus il n’a peut-être pas dormi de la nuit, pas plus que Pablo, il prendra jamais l’avion non plus. Mais ici, y’a pas d’heure pour être heureux. Je me pince, me dis que l’Argentine me donne une bienvenue incroyable et que j’ai trop de chance.
Je lui demande de me passer « Alexandra ». Pas de soucis, il change de CD, prend le 9ème sur la gauche derrière son pare-soleil, sans se tromper, et me la passe. Oui, ma chanson adorée !
Et là ben comme il la chante, je la chante aussi, bref nous chantons. Il est 6h, Buenos Aires s’éveille, le jour se lève et dans un taxi jaune 2 fans de bachata s’éclatent, Jorge et moi. Moi qui pourtant une heure avant était un peu défoncée, triste, mauvaise humeur, froid envie de me coucher c’est tout, ben ça y est, je suis contaminée à mon tour, j’ai moi aussi le SMILE, la patate, l’envie de déconner, la gentillesse, le mot qui fait rire ! S’en suivent un échange de mail, la promesse qu’il va m’envoyer les prochaines soirées de salsa et bachata dont il entend parler, les dates des concerts du groupe de salsa dans lequel il joue…. et le CD.
Ben oui, parce que Jorge il est content, il m’a dit qu’il n’avait jamais chanté de bachata avec un passager, et encore moins si tôt un matin, alors le CD il me me l’offre et que c’est lui qui me remercie. Jorge il est comme ça, ici c’est comme ça, des fois ça me donnerait envie de chialer.

 

Des anecdotes comme ça chacun ici en a 10 000. J’ai encore la chance de m’en émouvoir à chaque fois, d’observer ces Argentins à la façon d’un anthropologue car l’Argentine me fascine toujours et encore. Et du coup je me suis souvenue de pourquoi j’avais pris cet avion.

 

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Racines

Arroser les tomates dans le jardin
Trouver le sucre au même endroit à la cuisine, les yeux fermés
mais ne plus se souvenir de la place du trousseau de clés à l’entrée
Nouvelle gazinière, mais même mama cuisinière
Même odeur, mêmes bruits
L’éblouissement annuel devant les champs de tournesols,
Les mêmes marques achetées depuis des années, que l’on avait eu le temps d’oublier
Des émissions télé retrouvées
Le chat qui ne semble pas me reconnaître et m’ignore superbement
l’écran LCD qui a remplacé la vieille télé
La sensation de ne jamais être partie
mais ne plus reconnaître personne sur les terrasses de cafés
C’est le come back tant espéré, la casa, la maison,
C’est simple et c’est bon