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Courriers du coeur

A l’origine j’ai commencé ce blog pour partager mon expérience argentine avec mes proches. J’étais tombée amoureuse de ce pays et de sa capitale lors de deux premiers voyages, et en février 2009 j’ai débarqué ici avec l’idée, comme en amour, de tenter l’épreuve de feu avec Buenos Aires: la cohabitation. Je pensais rester une année, finalement 4 de plus se sont ajoutées déjà.

Les années passant, je me suis rendu compte que ce blog m’aidait à me souvenir, à garder une trace de mes pensées et de mes anecdotes sur cette ville. Je souris souvent quand je relis mes observations du début, car je suis maintenant plus qu’habituée au tango du collectivo, aux bruits et aux odeurs.

A ma grande surprise, des lecteurs ont commencé à m’écrire, pour me demander des informations sur la ville, comment trouver du travail ici, un logement etc. Moi aussi, avant de faire le grand saut, j’avais contacté des bloggers français installés ici, avec les mêmes préoccupations de visa, d’emploi, et les mêmes questions sur la vie quotidienne. Alors à mon tour, j’ai répondu à ces courriers. Las vueltas de la vida…

Puis encore plus surprenant, des lecteurs m’ont proposé de prendre un café ! Des voyageurs juste de passage, ou de plus longue durée. J’ai rencontré entre autres Natacha, vécu quelques mois inoubliables avec Florianne et testé de nombreux restaurants avec ma chère Nina.  Et ces amitiés sont nées grâce à cette page.
Le summum de la buena onda fut atteint avec Cristina, une argentine vivant à Bordeaux. Avant même que nous nous rencontrions, elle m’a proposé tout simplement de m’installer dans un appartement qu’elle possédait à Buenos Aires et qui était inoccupé.

Pour la première fois, la semaine dernière, un fan d’Argentine, Jérôme, m’a écrit un poème et avec son autorisation je le publie ici. Parce qu’il prouve qu’un pays peut nous émouvoir à distance, avant même de fouler son sol et encore longtemps après en être reparti. Un pays peut nous rendre amoureux et changer le cours de notre vie.

A tous ces courrier de lecteurs et courriers du coeur, pour vos mots qui m’encouragent, MUCHISIMAS GRACIAS !

Bonjour Fanny !

En écho à ton poème , voici celui-ci qui t’expliquera pourquoi je t’écris aujourd’hui :


Un après-midi, à l’écoute d’Allo la planète [interview au sujet de l’ArgentinAttitude le 11/11/13]
Ta voix, d’Argentine entra par mes oreilles jusqu’à s’installer un moment dans ma tête.

Il faut te dire qu’il n’est pas une journée,
Sans que ce fantastique pays où tu vis,
Ne sois présent dans mon esprit,
Sans qu’en pensées, je retourne le contempler.

Mon histoire commence par une adresse mail griffonnée sur un bout de papier.
Celle de Susana, une porteña en visite à Disney.
Quelques mois plus tard, au comptoir d’une brasserie parisienne, cette fois-ci,
En compagnie de Susi, Flavio, et Dany,
Voici qu’elle arrive, sans prévenir, et au fil de nos discussions , 
Qu’elle ne cesse de grandir :                                                                                               
Cette furieuse envie  de Partir.

Partir, voir Boca et la bombonera, Palermo et le Tango
Partir pour ressentir l’immensité des paysages argentins :
Les chutes d’Iguazu, Ushuaia et le Perrito Moreno

Dans ce train de banlieue, qui à Lagny sur Marne me ramène
Par la fenêtre je regarde au loin, très loin.
Et déjà, rêve à ce périple dans l’hiver argentin.

 Puis ce 11 juin, tant attendu, finit par arriver.
Et malgré le brouillard  intense, l’avion sur la piste d’Ezeiza , par se poser.

Dès lors, tous ces lieux  sous mes yeux défilent :
Buenos Aires, Ushuaia, El Calafate
Puerto Madryn et ses baleines, San Rafael,
Salta et les routes sinueuses qui mènent à Punamarca.

D’humahuaca , emprunter  une piste vers la beauté du mont Hornocal.
A Iguazu , admirer les toucans et ces chutes majestueuses et puissantes.
Et en chaque endroit,  quelques secondes fermer les yeux,                                             
Pour à tout jamais fixer l’instant présent.

Amis et rencontres , rendent ce voyage encore plus beau.
A Buenos Aires, Dany , Susi, leurs parents et Flavio préparent l’Asado.
Avec Pierre, à San Rafael nous partageons un Mate.
Santos et ses llamas seront mon guide à Tilcara.
Et Alejandro et Ester me parlent  de la luxuriante foret subtropicale à Puerto Iguazu.

En cette après-midi d’automne,
De retour en Bretagne.
Pile au milieu  de cette année sabbatique 
Commencée à 11000 kilomètres  d’ici
De manière fantastique,
Fanny, je parcours ton blog, tes articles bien écrits.
Retrouve ce style de vie argentin,
Cet art qu’ils ont de profiter de la vie, 
Sans vraiment  penser au lendemain.

Merci de partager ta vie argentine.

Jérôme 

Toi mon tacho

Ce soir il fallait que je te le dise,
parce que tu es quasi-toujours une bonne surprise.
Avec toi où je me laisse (trans)porter
et regarde la ville sous mes yeux défiler.

J’adore lorsque tu m’autorises à fumer,
et me concèdes ce luxe le temps d’un petit trajet.
Alors je me sens libre et rebelle !
Merci pour cette petite subversion qui rend la vie plus belle.

J’aime lorsque tu m’interromps dans mes pensées
les rares fois où je n’ai pas envie de causer,
et que tu me parles d’amour, de foot, de politique,
comme si j’étais une porteña véridique.

Fidèle compagnon de jour mais surtout de nuit,
infaillible, toujours là pour moi et mes amis.
Royal, je n’ai qu’à lever le petit doigt
et tu apparais au coin de la cuadra.

Tu te prends souvent pour Fangio,
ignores les stops, les feux rouges, les panneaux.
Quand tu es « libre », c’est avec toi que je prends la fuite,
toi mon as de la conduite.

Tu as plusieurs noms d’oiseaux: chofer, taxista, tacho.
Merci pour toute ta gouaille et tes bons mots.
Mon petit luxe, mon petit plaisir dans ma vie à Buenos Aires,
sur ta banquette arrière j’oublie toutes mes misères.

Hermano

Certains en ont plusieurs, 2, 3, 4, au féminin ou au masculin
D’autres, les pauvres, n’en ont pas
Dans mon cas j’en ai un seul, un hermano et c’est toi

Je me souviens de tes bouclettes blondes,
de tes joues ultra potelées que j’embrassais à perdre respiration
de comment tu gambadais avec ton atèle après une opération
de comment je savais te faire des grimaces et te rendre fou
de Samantha, ta première fiancée, quand t’avais 4 ans
de notre chambre partagée des années durant
de tes petits soldats, de tes avions,
des bruitages que tu faisais quand tu simulais une explosion
des tes vélos successifs, puis des coupes rapportées à la maison
de notre première console Nintendo achetée en amoureux
de nos batailles, disputes, crises qui exaspéraient nos vieux
puis vinrent la guitare, la musique électro et débats musicaux
nos confidences adolescentes et nos secrets d’hermanos.

Je ne suis pas sûre de t’avoir vraiment désiré,
à l’époque on m’avait rien demandé !
Pourtant un hermano comme toi est un des meilleurs cadeaux de la vie
un confident, une famille, un repère, un ami,
la même maison, les même parents, une enfance et le même sang.

Il y 30 ans aujourd’hui tu t’es incrusté dans la famille
Fini mon statut de Queen,  l’attention unique, l’exclusivité,
Tu as fait de moi une grande fille, une aînée,
Une soeur for ever, pour mon plus grand bonheur.

Feliz cumple hermano querido !

Tant qu’il y aura des jacarandas…

Fotografía: Francois Toutssaint LaFayette

J’attends avec impatience, chaque année,
cette floraison superbe avant l’été.

Histoire en trois temps, en octobre je les guette,
en novembre les admire, en décembre les regrette.

J’en aperçois, bien charnus et bourgeonnant de beauté,
des rangées entières ou parfois isolés.

Dépassant d’un jardin, d’un muret, ils défient les règles de voisinage
et colorient la ville de son plus beau maquillage.

Ils livrent leur pétales mauves, parsèment les allées et les trottoirs,
embaument les rues, mes sens et chassent les idées noires.

Victoire absolue de Dame Nature sur la jungle urbaine,
un réel instant de poésie lorsque je me promène.

Buenos Aires, tant qu’il y aura des jacarandas, tu me retiendras.





Les trentenaires


A 30 ans, on se dit que dans 10 ans on en a 40 putain !
On va au mariage des copains,
On est témoin
On se dit que la robe blanche à nous aussi nous irait bien

Certains achètent un plasma, une Scenic
d’autres lâchent le job et prennent une année sabbatique
Certaines pensent à l’horloge biologique
Arrêtent les pilules chimiques

Les copines tombent enceinte, accouchent du 1er
ou du 2ème pour les plus pressées,
Ont des problèmes de nounou, de crèche, de garderie
Leurs enfants s’appellent Hugo, Matéo, Enzo y tutti quanti

Certains se séparent, divorcent, recommencent en solo
Ou passent chez le notaire, font des prêts, font des travaux
Achètent un appart, font construire une maison
tandis que d’autres vivent – encore – en colocation

La trentenaire s’accepte enfin,
ses petits seins et son nez qui l’est moins
Elle arrache en cachette ses premiers cheveux blancs
Constate qu’elle n’a plus le corps de ses 20 ans

On dit qu’elle est au top de sa vie de femme,
que c’est une madame
Que ses hormones, sa libido font des ravages
Mais elle s’effraye déjà des effets de l’âge

Elle laisse tomber Biba et achète Marie-Claire
cherche des conseils pour ne pas rester célibataire
Elle prend un chat, commence la salsa
Et déprime de tous ces couples qu’elle voit à Ikea

Il aime la jeunette étudiante
Pas pressante, pas chiante
Il se dit qu’il peut encore profiter de la vie
De ses soirées tranquilles avec ses amis…

Il ne veut pas d’engagement, pas d’hystérique
Mais en est à sa troisième année sur Meetic
Drague sur Match, Zoosk, Facebook
Et se sent au fond de lui un plouc

Age bizarre et tant contradictoire
Tellement de voies, différentes histoires,
Déjà sur des rails ou un peu perdus,
Pour tous destination inconnue.

No te salves

No te quedes inmóvil
al borde del camino
no congeles el júbilo
no quieras con desgana
no te salves ahora
ni nunca
no te salves
no te llenes de calma
no reserves del mundo
sólo un rincón tranquilo
no dejes caer los párpados
pesados como juicios
no te quedes sin labios
no te duermas sin sueño
no te pienses sin sangre
no te juzgues sin tiempo

pero si
pese a todo
no puedes evitarlo
y congelas el júbilo
y quieres con desgana
y te salvas ahora
y te llenas de calma
y reservas del mundo
sólo un rincón tranquilo
y dejas caer los párpados
pesados como juicios
y te secas sin labios
y te duermes sin sueño
y te piensas sin sangre
y te juzgas sin tiempo
y te quedas inmóvil
al borde del camino
y te salvas
entonces
no te quedes conmigo.

Mario Benedetti