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Rio Loco & noche loca avec mon ami Roberto

 

Bon Roberto tu m’excuseras, je pensais qu’au début d’appeler R. ou changer ton nom en Rodolfo ou Rodrigo, mais franchement, cela aurait manqué de saveur. Donc au diable l’anonymat.

Roberto je t’ai connu il y a des années de cela, sur la piste d’un bar salsa à Toulouse, bien avant de fouler le sol de ton pays. Tu étais chaud comme de la braise et je me suis dit « quel petit rigolo ce latino, qui drague en dansant la salsa ». Forcément, tu dénotais, mes autres cavaliers français étant plus concentrés sur leurs pas que sur la musique en elle-même ou sur le charme éventuel de leur partenaire. Non, tu n’étais pas le champion du monde de la salsa, mais tu avais le rythme, tu improvisais, et surtout,  tu te marrais. [Si des salseros me lisent ici, arrêtez de faire le concours du nombre de fois où vous nous faites tourner, sentez la musique, n’enchaînez pas comme des machines les pas que vous avez appris en cours !!! ]. En bonne française, j’ai pensé que tu abusais un peu quand même et je t’ai demandé d’où tu venais. « D’Argentine » m’as-tu répondu, en me dégainant ton regard de braise et ton sourire de winner. « Pauvres petites françaises qui doivent tomber comme des mouches » j’ai pensé ! Pour des raisons que l’on connait toi et moi, tu es toujours resté sage et « caballero », et j’ai pu devenir petit à petit ton amie. Puis par la suite, en m’installant à Buenos Aires, nous sommes devenus en quelque sorte des miroirs réfléchissants, chacun vivant dans la ville de l’autre. Je ne compte pas les conversations skype et séances de débriefing que nous avons eues sur nos expériences respectives, moi dans ton pays et toi dans le mien. Lors du Mundial de 2010, comme j’étais en France, c’est avec toi et tes compatriotes que j’ai regardé les matches d’Argentine car qui d’autre pouvait me faire sentir comme dans ton pays ? Qui d’autre pouvait aussi bien me comprendre lorsque je me plaignais des hommes argentins ? Et qui d’autre que moi pouvait mieux comprendre tes coups de gueule contre la vie à la française ? Je sais que tu me lis sur ce blog, attentivement, alors j’ai d’autant plus envie de te rendre hommage et de te remercier pour la leçon d’ArgentinAttitude que tu m’as donnée hier soir.

Comme je suis en ce moment en vacances en France, je n’ai pas voulu rater le festival toulousain de Rio Loco et le concert d’Oscar D Leon. On s’y est donc retrouvés. Je pensais naïvement qu’un mardi soir, une fois le show terminé, on rentrerait tranquillement chez toi, puisque tu m’hébergeais, et qu’on discuterait un peu avant de se coucher. Grave erreur. Erreur de débutante. J’ai pensé en bonne française, tu as agi en bon argentin. Et ici commence le récit de notre « noche loca » et des enseignements que j’en ai retirés.

Le concert terminé, vers 23h15, toutes les lumières se rallument sur la Prairie des Filtres. La 2ème partie de soirée commence. Nous passons une bonne heure encore près de la buvette. Nous sommes avec toute une ribambelle d’amies filles, des amies à toi, et des vrais amies j’entends. Une situation qui me semble irréelle car je te vois entouré de toute cette gent féminine et je pense que si nous avions été dans ton pays, tu aurais été entouré exclusivement de mâles. Une heure passe. Nous rejoignent tes deux amis cubains, et là, forcément, le vent commence à tourner. Nous traversons le pont Neuf, arrivons au bar du Filochard, et croisons ton copain J qui nous propose aussitôt d’aller chez lui, dans cet appartement familial dans lequel il vit encore le temps de le vendre. Tu m’expliques alors que tu rêves de connaître la maison de J, qui semble sortie tout droit d’un film de costumes.  Honnêtement, si cela ne tenait qu’à moi, j’irais bien me coucher mais la visite de la maison me tente quand même.

Troisième partie de soirée, 00h45, on rentre dans un hôtel particulier, comme seule Toulouse en recèle, une de ces demeures cachées par un grand portail de 3 tonnes, donnant sur une grande cour intérieure pavée. Au fond de la cour, un large hall d’entrée et un escalier de pierre, magistral. On monte au premier étage, J nous ouvre sa porte. Là nous accédons à la première d’une interminable série de pièces, trois mètres de hauteur sous plafond, fenêtres aux dimensions géantes, plancher en bois grinçant, meubles d’époque, miroirs, lustres et cheminées dans chaque pièce. Hallucination générale. On suit J dans cet enfilade de pièces jusqu’à arriver à la dernière, depuis laquelle il ouvre une porte-fenêtre et nous montre une grande terrasse. Rien que ça. On sort les vieux fauteuils du salon et on s’installe dehors, à la lumière de la lune et des éclairages de la ville. Nous faisons tous plus amples connaissance. Tes amis cubains artistes me racontent comment ils ont fini par sympathiser avec les flics qui sont venus x fois chez eux constater des tapages nocturnes. Ils m’expliquent qu’ils ne comprennent pas encore où et comment il est autorisé de faire la fête en France. Ils commencent ensuite à pousser la chansonnette, nous expliquent que ce sont des des chansons de « terrassa », que l’on chante entre amis à Cuba, quand on est dehors, en terrasse. Là-bas quelqu’un commence à chanter un air et les amis accompagnent, font les choeurs ou marquent le tempo avec les instruments ou les objets qu’ils ont sous la main. On les écoute, admiratifs. Je leur demande de chanter un air connu, et nous voilà tous partis sur « Dos gardenias para ti ».

Poésie totale, au clair de lune, ça ricane, ça chante et ça parle fort. On regarde les fenêtres voisines, dans la crainte de voir apparaître un ronchon, mais non, alors on continue. Je commence un peu à fatiguer.

Quatrième partie de soirée, 01h30, on décide de quitter l’appartement, pour revenir au bar du Filochard. Mais J nous explique qu’il a tout un tas de babioles intéressantes pour nous les filles, une boîte de bijoux de famille en toc, et que c’est libre service avant que les antiquaires ne vident tout. Commence alors avec les filles l’essayage de colliers à perles et strass, façon soirée déguisée, devant un miroir d’époque. Puis s’en suivent des séances photos et poses royales dans les fauteuils, manière d’immortaliser ce petit Versailles. C’est drôle, cela m’amuse un moment, mais je me languis de mon canapé lit, et je te le dis. Tu rigoles. Tu m’expliques que je pensais peut-être passer un mardi à la française, avec un argentin « françaisisé », mais que non, chassez le naturel il revient au galop. Ce soir « on passe une soirée à l’argentine », donc « tardive » (je sens déjà que je vais voir l’aube dans quelques heures), » irréelle, inattendue, et pleine de rebondissements ». Je commence à te haïr car je ne connais que trop bien les nuits argentines, et je râle ouvertement. Merde, on est mardi soir, j’ai sommeil quoi !

Cinquième partie de soirée, 02h00, on décolle finalement de l’hôtel particulier. Les diverses bières que tu as ingurgitées commencent à te faire effet, tu marches bras dessus bras dessous avec tes amis cubains, « tes frères ». Je sens que tu es parti pour faire la fête toute la nuit. Une de tes amies me propose gentiment de m’héberger, elle habite à deux pas de là, et j’entrevois mon rêve : un canapé ou un matelas où m’allonger. Je t’en parle et tu me dis que c’est niet, que ce soir c’est toi qui m’héberge, et tu me promets qu’on va y aller. Le ton monte, je pourrais dormir là tout de suite dans 5 minutes et tu pourrais continuer la fiesta. Mais non. Je capitule et accepte de te suivre. OK, on y va, sauf qu’il faut raccompagner avant une de tes amies jusqu’à chez elle. On retraverse le pont Neuf, on arrive à Saint Cyprien. Puis on cherche un vélib. Evidemment il n’en reste qu’un à la station la plus proche. Je te déteste. On marche jusqu’à la suivante. Je bous intérieurement. Alléluia, on en trouve finalement deux et nous voilà partis sur nos deux roues. Je veux mon lit.

Sixième partie de soirée, 02h30, retour en vélo. Tu t’enflammes et tu veux refaire le monde, ou du moins refaire Toulouse. En pédalant. Tu ne comprends pas qu’il n’y ait pas de taxis dans cette ville. En Argentine c’est tellement courant. Rien n’est fait pour permettre aux gens de sortir, de veiller. Maintenant on ne peut pas trop se plaindre, on a les Vélib, mais avant ? Pourquoi on ne laisse pas davantage de taxis en circulation. On réprime tout le temps l’esprit de la fête. Si on fait du bruit dans la rue, c’est un trouble à l’ordre public. Si on fait du bruit chez soi, c’est tapage nocturne. On ne peut pas parler fort, écouter de la musique, passée une certaine heure. On doit toujours faire attention, se réprimer. Pas étonnant que les français, quand ils vont à un concert, se contentent de hocher la tête quand en Amérique du Sud on saute partout. Moi je pédale et t’écoute, en mode ronchon. Alors tu me mets les points sur les i, gentiment, et à juste titre. – « Je suis chiante, je ne sais pas profiter d’une soirée exceptionnelle. » – « Cela fait des lustres qu’on ne s’est pas vus et je veux dormir à minuit sous prétexte qu’on est un mardi soir » – « N’ai-je pas passé une soirée pleine de surprises ? » – « N’ai-je pas rencontré des personnes étonnantes ? » – « Je suis une « hincha bola » (casse-bonbon) ». -« Je vais les avoir mes heures de sommeil, donc aucune raison de faire ma crise » Tout en pédalant, je me dis que tu as carrément raison et que sous prétexte d’être fatiguée je n’ai pas hésité à te transmettre ma mala onda, sans réaliser que nous passions de très bons moments. Aurais-je fais le même cinéma à Buenos Aires ? Est-ce possible de redevenir rigide en aussi peu de temps juste parce que je suis dans mon pays ? – « Oui tu as insisté pour que je dorme chez toi, parce que demain matin, on sera bien, on boira du maté ensemble ». P** je n’y avais même pas pensé à ça. Avec qui d’autre je peux partager un bon maté en France ? – « La vie c’est ça, c’est pas toujours prévisible, et heureusement. » J’avais eu tendance à l’oublier. On arrive chez toi, la station Vélib est pleine, donc impossible de laisser là nos vélos. J’en rigole maintenant. On pédale jusqu’à la suivante. Il en reste juste une et je mets mon vélo. Comme tu es galant, tu me dis qu’on va chez toi, comme ça Mamie Fanny pourra se reposer, et que tu ressortiras après chercher une place pour ton vélo.Royal.

Septième partie de soirée, 03h00. Je suis soulagée et heureuse d’être enfin sur ton canapé. On commence à tchatcher. De ton dernier chagrin de amor, de mes histoires. De Toulouse, de Buenos Aires. De vivre ici, de vivre là-bas, de revenir ici, de revenir là-bas. Comme cela était prévisible, les heures passent, il est 06h00, Toulouse s’éveille. On décide d’aller dormir, on reprendra la suite au réveil avec un maté.

Le jour suivant, mon programme toulousain est forcément modifié car on se réveille à midi. Vient le maté, vient le plat de pâtes, et la conversation continue, jusqu’à 15h00. On passe en revue mille et une histoires, de coeur évidemment. Car au final on est là pour ça non, parler de ce qui compte, vraiment, et de profiter de chaque instant, et surtout le présent. Muchas gracias Roberto !

Avoir une amie brésilienne

 

Avoir une amie brésilienne et vivre le Carnaval de Rio avec elle est sans doute l’une de mes plus belles expériences de voyage. Pour l’anecdote, Aline s’appelle Aline car sa mère, dans les années 70 à Rio, chantait à tue-tête « pour qu’elle revienne ». Véridique.

Entre Aline et moi tout a commencé dans un aéroport, celui de Buenos Aires, Ezeiza, un dimanche soir à minuit passés. Elle revenait du carnaval de Rio, moi de celui de Salvador de Bahia. Vu l’heure tardive, les taxis nous annonçaient à chacune des prix faramineux pour aller dans le centre. Je lui ai alors proposé d’en partager un ensemble et je m’en suis souvent félicitée. Les 45 minutes de trajet nous ont suffit pour nous lier d’amitié, nous étions deux étrangères vivant en Argentine depuis quasiment le même moment. On se quitta ce soir-là en se promettant de se revoir, et ce fut chose faite, maintes et maintes fois, durant les années suivantes. Aline est maintenant repartie dans sa terre carioca (Rio), et je me devais d’aller la voir cette année. Après tout, c’est suite à un carnaval que nous nous étions rencontrées, il était donc logique d’en passer un ensemble.

Avoir une amie brésilienne, c’est l’entendre te dire, la semaine avant que les festivités du Carnaval ne commencent, qu’elle est déjà toute émue. Et c’est la regarder bizarrement sans trop comprendre.

Avoir une amie brésilienne, c’est l’entendre te proposer de faire une manucure et une pédicure à J-1, pour être « prêtes ». Et c’est la suivre.

Etre chez une amie brésilienne,  c’est avoir la télévision allumée avec en fond sonore les télénovelas (les séries locales romantico) et c’est devoir entendre l’histoire personnelle de chaque acteur, comme s’il faisait partie de sa famille. Et c’est s’en balancer, vraiment.

Etre chez une amie brésilienne,  quand elle te montre son quartier, c’est la voir t’indiquer fièrement son nouveau gymnasium, quand toi, en France, tu lui aurais montré la meilleure boulangerie. Et c’est te remettre en question.

Se préparer pour sortir avec une amie brésilienne, c’est l’entendre dire, d’un air dépité devant sa glace, qu’elle a vraiment besoin d’une paire de seins. Et c’est lui répondre que c’est une grande folle.

Aller se baigner à Rio avec une amie carioca, c’est la suivre les yeux fermés car elle sait à quel « poste » de la plage se trouvent les plus beaux spécimens mâles. Et c’est constater qu’elle ne s’est effectivement pas trompée.

Etre à la plage avec une amie brésilienne, c’est l’entendre dire avec une assurance sans faille si telles ou telles fesses ont été refaites. Et c’est la croire.

Aller au carnaval avec une amie brésilienne, c’est l’entendre te chanter toutes les chansons diffusées dans la rue et t’expliquer les paroles de chacune d’elles. Et c’est penser, sans oser lui dire, qu’elles sont  toutes un peu les mêmes.

Passer un Carnaval avec une amie brésilienne et la voir si heureuse, chanter et danser à l’unisson avec ses compatriotes, c’est comprendre que le Brésil n’a pas d’égal sur Terre.

On a grillé des clopes et de l’essence dans les rues de Buenos Aires. La caméra allumée

Je viens de découvrir cette vidéo, réalisée par Lucie Rico et Marine Louvet, d’autres fans comme moi des taxis porteños.
A voir des portraits touchants de ces chamuyeros/espiritus libres

« Avec près de 40 000 véhicules jaune et noir, Buenos Aires est la ville du taxi. Un pour 70 personnes : c’est trois fois plus qu’à New York et bien plus que n’importe où ailleurs. Ils transportent chaque jour environ un million et demi de passagers, loin devant le métro. Alors, comme il faut toujours commencer par rouler vite dans des taxis la nuit pour comprendre une ville, on a grillé des clopes et de l’essence dans les rues de Buenos Aires. La caméra allumée. »

 

Toi mon tacho

Ce soir il fallait que je te le dise,
parce que tu es quasi-toujours une bonne surprise.
Avec toi où je me laisse (trans)porter
et regarde la ville sous mes yeux défiler.

J’adore lorsque tu m’autorises à fumer,
et me concèdes ce luxe le temps d’un petit trajet.
Alors je me sens libre et rebelle !
Merci pour cette petite subversion qui rend la vie plus belle.

J’aime lorsque tu m’interromps dans mes pensées
les rares fois où je n’ai pas envie de causer,
et que tu me parles d’amour, de foot, de politique,
comme si j’étais une porteña véridique.

Fidèle compagnon de jour mais surtout de nuit,
infaillible, toujours là pour moi et mes amis.
Royal, je n’ai qu’à lever le petit doigt
et tu apparais au coin de la cuadra.

Tu te prends souvent pour Fangio,
ignores les stops, les feux rouges, les panneaux.
Quand tu es « libre », c’est avec toi que je prends la fuite,
toi mon as de la conduite.

Tu as plusieurs noms d’oiseaux: chofer, taxista, tacho.
Merci pour toute ta gouaille et tes bons mots.
Mon petit luxe, mon petit plaisir dans ma vie à Buenos Aires,
sur ta banquette arrière j’oublie toutes mes misères.

Rafael, viens vite !!!

Rafael, je me dépêche, je veux être la première à t’écrire. Je pense que je vais gagner mon pari et que je le serai. Tu pourras te vanter d’avoir déjà reçu une lettre avant de pousser ton premier cri. Et pas de n’importe où s’il te plaît, d’Argentine. Oui Monsieur.

Comme j’aime ta mama comme j’ai rarement aimé quelqu’un, je me sentais ce soir l’envie de te dire quelques choses sur la vie qui t’attend. Sache qu’à 20 ans on a tout un tas de certitudes et que la vie se charge bien de te les faire voler à 10000 km. Donc ne te stresse pas, tranquilo hijito, vis le moment présent, ne t’en fais pas, ce qui compte c’est de garder le cap et de garder le sourire comme ta mère.

Voyage Rafael, surtout, ouvre-toi, je te conseille de passer par Londres et de là tu verras le monde sera à toi. Pars sur les traces de ta mama et découvre l’amérique du sud, le Mexique, le Pérou. Apprend l’espagnol et glisse quelques mots de cette langue à son oreille, rien ne la rendra plus heureuse.

Les amours iront et viendront mais l’Amitié, Rafael, est un cadeau du ciel à toujours chérir et entretenir. Tu croiras que tes meilleurs amis seront ceux que tu as déjà à 15 ans, mais tu te rendras compte qu’une amitié indestructible peut aussi naître autour d’une machine à café, dans un pays qui n’est pas le tien, à 30 ans. Demande à ta mama.

Rafael je pense que vu tes parents tu ne passeras inaperçu. Un cocktail détonnant de fiesta et d’appétit féroce de vivre, ça va donner. Ton père est un très bon musicien, ta mère a la danse dans le sang, je ne sais pas pourquoi, quelque chose me dit que tu vas aimer la nuit ! Et Scorpion avec ça, pour tout arranger…

Allez sois sympa, viens vite et ne te fais pas attendre, ta mère est en train de passer un sale quart d’heure je pense. Mais c’est pour la bonne cause, pour toi, parce que qu’elle t’attend déjà depuis 9 mois. Et ton père n’en parlons pas… Je le sens tout fébrile, même d’ici là !

Ta mamie de Grasse t’a préparé un berceau à faire pâlir le prince George d’Angleterre, sans blague, elle me l’a montré l’été dernier. Ta Tatie Nelle vient te voir d’Istambul, rien que ça, et moi à Buenos Aires je vais me languir plusieurs mois avant de te serrer dans mes bras, mais je viendrai te voir, mon petit gaucho.

Allez Rafael, viens vite. On t’attend. On trépigne, on applaudit, la salle est pleine, la tension du public à son comble. On va te prendre en photo, on va te coucouner, t’embrasser, te carresser, t’admirer, tu seras la star aujourd’hui 04 novembre 2013. On dira de toi dans quelques heures « a star is born ! »

On te pardonnera du coup, parce que c’est toi, de venir au monde le même jour de calendrier que ta mère, qui se souviendra pour toujours de son anniversaire. Quel culot quand même, tu lui voles déjà la vedette…

Et moi ici sur mon fuseau horaire, tu vas m’empêcher de dormir, je le sais. Comment trouver le sommeil en sachant que ta mama querida te donne la vie ?

Allez Rafael, viens vite. On t’attend.

Miss B, ma voisine

Je suis ravie car je suis invitée dans quelques jours chez ma voisine, Miss B. 5 ans que j’habite à côté de chez elle et que j’ai envie de la connaître. La honte, non ? Moi qui suis si curieuse je me demande comment j’ai pu la snober comme ça jusqu’à maintenant.
J’avais maintes fois entendu parler d’elle. Faut dire qu’elle est quand même célèbre, miss B, discrète, mais célèbre. Et authentique avec ça.

Je suis très curieuse et impatiente de passer du temps chez elle. Rien de tel qu’une vraie rencontre pour me faire enfin une impression. Une fois j’ai franchi le pallier de sa porte, juste quelques instants, mais j’étais pas restée longtemps. J’étais pressée. Cette fois-ci si je vais passer un bon moment, puisqu’elle m’a promis de me montrer plein de choses.

J’avais peur qu’il fasse froid chez Miss B, elle habite tout en haut, dernier étage avant le ciel ! Mais elle m’a rassurée, elle m’a dit qu’elle a un très bon chauffage et qu’a certains endroits c’est même tropical chez elle !

J’ai déjà croisé certains membres de sa famille, mais ils sont pas très causants. Pas facile au premier abord, des gens plutôt réservés, surtout par rapport aux porteños qui m’entourent.

Alors voilà, ma voisine, je t’appelle Miss B pour l’instant, car on est encore des étrangères l’une pour l’autre, mais je suis sûre qu’on va devenir copines. Je t’appellerai alors par ton nom en entier, ça sera moins impersonnel.

Miss Bolivia, hasta muy pronto !!!

Parler d’amour avec les taxis porteños

taxi

S’il y a une chose facile à faire, c’est bien de faire parler des Argentins.
De tout, de ce qu’ils savent ou pas bien ou pas du tout, de les faire commenter, disserter, opiner, relater, raconter, parler, parlare !!! L’influence italienne n’y est pas pour rien. A la différence de la France, ici on parle beaucoup plus de football, très peu de la météo (il fait soleil 320 jours par an, c’est donc un non-sujet), très peu du travail, beaucoup moins de vacances et « où on va partir en week-end » (forcément quand on n’a que 2 semaines par an le sujet est vite épuisé). En revanche on parle beaucoup d’activités extra-professionnelles (très souvent on m’a demandé ce que je faisais « en dehors de mon travail », partant du principe que les loisirs définissent autant une personne que son gagne-pain). On parle du présent, du passé, très peu du futur (généralement la plus longue échéance s’arrête au week-end prochain). Mais surtout, au croisement du 34° parallèle sud et du 58° méridien ouest de la mappemonde, on parle de sa vie privée, de sentiments, et d’amour. Cette particularité m’a fait vivre des moments uniques avec les chauffeurs de taxi porteños.

Depuis ces quasi 3 années passées ici, parmi les innombrables voyages effectués dans ces voitures jaunes et noires que j’affectionne tant, en plus des franches rigolades, des surprises musicales et autres conversations « buena onda », j’ai en mémoire beaucoup de confidences, d’histoires, et d’anecdotes qui tournent autour de « EL AMOR ». Voici les dernières dont je me souviens, véridiques et fidèlement retranscrites. Toute ressemblance avec une personne réelle n’est absolument pas fortuite.

  • Pablo est un rebelle. Son père, immigré du sud de l’Italie, lui a toujours parlé de la mère patrie et de comment étaient les paysages, le goût des tomates, les femmes de là-bas, le bleu de la Méditerranée etc. Tellement excédé par ces éternelles comparaisons avec le vieux continent, il a pris le contre-pied et n’a jamais voulu parler italien, même s’il comprend tout. Il demandait à son père pourquoi, si l’Italie était si bien, il en était parti. C’est qu’à l’époque, en Italie, son père ne mangeait pas à sa faim. Mais ça, le vieux ne l’admettait  pas. Pablo considère que l’Argentine a tout donné à ses parents et lui il est fier de son pays. De son enfance dans la province profonde il en a retiré une grande soif d’aventure. Il prit la route très jeune et a parcouru avec son poids-lourd toutes les routes du pays, celles du Paraguay et du sud du Brésil. Bien sûr, cela n’a pas aidé sa vie sentimentale. Il ne s’est jamais marié. Il n’est d’ailleurs jamais vraiment tombé amoureux dans sa vie. La seule femme qui lui plaisait un tant soit peu dans sa jeunesse, il n’a jamais osé l’aborder. Aujourd’hui, à 50 ans passés, il est heureux. Il a toujours plu aux femmes et a eu celles qu’il voulait, me raconta-t-il en toute modestie. Il s’est reconverti en chauffeur de taxi pour avoir une vie plus sédentaire. Et puis aussi parce que ça aide quand même pour les femmes ! Peut-être qu’un jour, tout bien réfléchi, il fera plaisir à son père qui le regarde de là-haut, et il ira faire un tour en Italie. Après tout, il comprendrait tout là-vas, et parlare ne doit pas être tant difficile.
    Le 24 juin 2011 en allant à la despedida de Carole, d’en bas de chez moi à Las Heras y Scalabrini Ortiz
  • Il y a celle aussi du 25 décembre 2010 au soir, entre les Bosques de Palermo et chez moi, quand je n’avais pas le moral et que le Gers me semblait trop loin. Je ne me rappelle plus ce qu’on s’est dit mais je me souviens que le chauffeur de taxi m’a fait passer des larmes au rire en 2 secondes chrono. Rien que pour ça je voulais lui rendre hommage.
  • David m’a demandé directement si c’était un homme qui m’avait fait rester en Argentine tout ce temps ou non. Devant mes soupirs désabusés il a m’a parlé de ses AMORES à lui. Il est resté 11 ans avec une femme, plus âgée que lui. Quand il l’a rencontrée, il était très jeune et a quitté ses parents et la maison familiale du quartier de Caballito, à l’âge où ses copains ne pensaient qu’au foot. Il est devenu un homme avec elle, il s’est mis à travailler de suite, comme taxi, pour faire vivre le ménage. Vers les 30 ans, il s’est séparé. Elle avait un caractère de chien et il n’en pouvait plus. Il lui a laissé la maison, tous les meubles et est reparti en slip vivre dans une pension. Puis, très vite, il a connu le vrai AMOUR avec sa 2ème femme, qui avait déjà 4 garçons, séparée. Avec elle, ce fut le coup de foudre. « Sabes cuando hay piel con una persona, hay piel, no podes hacer nada en contra ». Ils eurent 2 filles ensemble. Il peut dire qu’il a connu 29 ans d’amour et de bonheur, sans beaucoup d’argent, jusqu’à ce qu’un cancer emporte sa femme il y a 4 ans.  Il considère qu’il est toujours avec elle, la preuve, il m’a montré son alliance encore à son doigt. Il a emménagé avec elle un 28 novembre 1978 et considère donc qu’ils se sont unis à cette date précise. Dans la réalité ils n’étaient pas vraiment mariés car sa dernière conjointe n’a jamais officiellement divorcé. A l’époque, ça ne se faisait pas trop. Du coup pour l’état civil il est toujours un « jeune » célibataire et ça le fait marrer.
    Entre mon travail et Plaza Francia, le 28 septembre 2011
  • Il m’a demandé ce que je venais de faire ce soir-là, je lui répondis que je sortais d’un spectacle de tango et Edgar a enchaîné direct sur le thème du tango. Son père et sa mère étaient de grands amateurs et ont gagné plusieurs concours de danse, à l’époque où chaque quartier avait ses danseurs de compétition. Lui, il est raide comme un piquet et n’a jamais su trop danser quand il était jeune. Enfin, il est modeste. Parce que le minimum, il le sait. Il a eu 4 enfants avec sa première femme et s’est séparé, soulagé. Avec elle, pas de tango, pas le temps, il fallait travailler. Il s’est retrouvé célibataire à 50 ans, sans trop savoir comment approcher les femmes. Mais il s’est souvenu que le tango fait faire des rencontres. Il eût raison. A sa première sortie en célibataire, dans une milonga à l’angle de Corrientes et Riobamba, il a rencontré sa deuxième femme. Il avoue, avant de lui parler, il a surtout regardé ses jambes et sa robe noire moulante. Et le goût des femmes lui est revenu aussitôt. Comme c’était une danseuse très sollicitée, il s’est littéralement planté devant elle, a attendu patiemment que les autres danseurs lui laissent 2mn de répit et lorsque ce fut son tour il a tout donné. Visiblement, il ne s’est pas trop mal débrouillé car depuis 10 ans ils ne se lâchent plus. Justement, en parlant de tango, il s’est rappelé que ça faisait longtemps qu’il n’avait pas « sorti » sa señora un samedi soir pour aller danser, et que ça lui ferait certainement plaisir… Et oui « EL AMOR » ça s’entretient m’a-t-il dit.
    d’Abasto à chez moi un soir après un concert de tango, mercredi 21 septembre 2011
  • Enfin, je ne pouvais pas finir sans parler de GUSTAVO, le meilleur pour la fin, rencontré début 2009 soit quelques mois après mon arrivée. Il nous a emmenées, ma mère et moi, de l’Avenida de Mayo à la gare de Retiro pour prendre notre bus pour Cordoba. Gustavo nous a fait tant rire que je lui ai tout de suite demandé sa carte et lui ai donné mes coordonnées. Arrivées à Cordoba 10h plus tard, nous avions déjà un mail de lui nous demandant si nous avions fait bon voyage… Bien sûr, c’est lui que j’ai appelé pour qu’il emmène ma mère à l’aéroport d’Ezeiza à son retour en France. Et de l’aéroport il a eu la gentillesse de m’envoyer un texto pour me rassurer et me dire qu’il l’avait bien déposée…
    Depuis, Gustavo a transporté toutes mes affaires lors de mes divers déménagements et m’emmène toujours à l’aéroport. Mes amis d’ici, collègues et connaissances l’ont tous appelé au moins une fois. De la même façon, mes amis de France venus en visite à Buenos Aires sont tous repartis avec lui à l’aéroport. Il a rajouté tout ce petit monde sur Facebook et  leur envoie régulièrement ses amitiés, en français s’il vous plaît, depuis qu’il a découvert Google Translator. Maintenant, les amis de mes amis l’appellent et lui disent qu’ils ont eu son numéro par une certaine Fanny qu’ils ne connaissent pas directement. La réputation de la buena onda de Gustavo m’a donc dépassée ! Ce soir il m’a envoyé une photo prise avec son portable, pendant qu’il conduisait. Une boulangerie qui s’appelle « La Francesa d’Almagro » (Almagro est un quartier de Buenos Aires). Sans blague la voici.
Franchement, ces taxis porteños, c’est pas des amours ? Pour lire d’autres histoires sur les taxis porteños, c’est par ici
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