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Hermano

Certains en ont plusieurs, 2, 3, 4, au féminin ou au masculin
D’autres, les pauvres, n’en ont pas
Dans mon cas j’en ai un seul, un hermano et c’est toi

Je me souviens de tes bouclettes blondes,
de tes joues ultra potelées que j’embrassais à perdre respiration
de comment tu gambadais avec ton atèle après une opération
de comment je savais te faire des grimaces et te rendre fou
de Samantha, ta première fiancée, quand t’avais 4 ans
de notre chambre partagée des années durant
de tes petits soldats, de tes avions,
des bruitages que tu faisais quand tu simulais une explosion
des tes vélos successifs, puis des coupes rapportées à la maison
de notre première console Nintendo achetée en amoureux
de nos batailles, disputes, crises qui exaspéraient nos vieux
puis vinrent la guitare, la musique électro et débats musicaux
nos confidences adolescentes et nos secrets d’hermanos.

Je ne suis pas sûre de t’avoir vraiment désiré,
à l’époque on m’avait rien demandé !
Pourtant un hermano comme toi est un des meilleurs cadeaux de la vie
un confident, une famille, un repère, un ami,
la même maison, les même parents, une enfance et le même sang.

Il y 30 ans aujourd’hui tu t’es incrusté dans la famille
Fini mon statut de Queen,  l’attention unique, l’exclusivité,
Tu as fait de moi une grande fille, une aînée,
Une soeur for ever, pour mon plus grand bonheur.

Feliz cumple hermano querido !

Les trentenaires


A 30 ans, on se dit que dans 10 ans on en a 40 putain !
On va au mariage des copains,
On est témoin
On se dit que la robe blanche à nous aussi nous irait bien

Certains achètent un plasma, une Scenic
d’autres lâchent le job et prennent une année sabbatique
Certaines pensent à l’horloge biologique
Arrêtent les pilules chimiques

Les copines tombent enceinte, accouchent du 1er
ou du 2ème pour les plus pressées,
Ont des problèmes de nounou, de crèche, de garderie
Leurs enfants s’appellent Hugo, Matéo, Enzo y tutti quanti

Certains se séparent, divorcent, recommencent en solo
Ou passent chez le notaire, font des prêts, font des travaux
Achètent un appart, font construire une maison
tandis que d’autres vivent – encore – en colocation

La trentenaire s’accepte enfin,
ses petits seins et son nez qui l’est moins
Elle arrache en cachette ses premiers cheveux blancs
Constate qu’elle n’a plus le corps de ses 20 ans

On dit qu’elle est au top de sa vie de femme,
que c’est une madame
Que ses hormones, sa libido font des ravages
Mais elle s’effraye déjà des effets de l’âge

Elle laisse tomber Biba et achète Marie-Claire
cherche des conseils pour ne pas rester célibataire
Elle prend un chat, commence la salsa
Et déprime de tous ces couples qu’elle voit à Ikea

Il aime la jeunette étudiante
Pas pressante, pas chiante
Il se dit qu’il peut encore profiter de la vie
De ses soirées tranquilles avec ses amis…

Il ne veut pas d’engagement, pas d’hystérique
Mais en est à sa troisième année sur Meetic
Drague sur Match, Zoosk, Facebook
Et se sent au fond de lui un plouc

Age bizarre et tant contradictoire
Tellement de voies, différentes histoires,
Déjà sur des rails ou un peu perdus,
Pour tous destination inconnue.

Ce ne sera pas Tahiti… mais Madagascar ou les aventures de mon grand-père – 2/2

Oui, François est resté bouche bée devant ce film et, après la fin de la guerre, il demanda sa mutation pour lui et Zoë à Tahiti, la faute aux vahinées peut-être… Ce serait leur voyage de noces !Seulement l’avis de mutation est arrivé trop tard, après celui pour Madagascar.Entre temps, les jeunes trentenaires partirent pour l’île rouge, un territoire plus grand que la France, au large du Mozambique et de l’Afrique du Sud, qui allait les accueillir pendant 16 ans, et ma mère pendant ses premières 14 années.

Impossible de résumer toute cette tranche de vie, les innombrables souvenirs d’école, d’élèves malgaches, d’amis rencontrés là-bas, de trajets en brousse, de parties de pêche dont tu nous as tant parlé. Parmi les milliers d’anecdotes, je me souviens qu’à chaque aller ou retour vers la métropole, tous les 2 ou 3 ans je crois, vous voyagiez pendant 1 mois et demi. A l’époque pas d’avion direct Paris Tananarive bien sûr. C’était donc un trajet en bateau et en petits avions, de multiples escales en Afrique au Caire, à Djibouti… des trajets en petits coucou pour survoler le Kenya et le Kilimandjaro…. des voyages comme personne n’en fait plus aujourd’hui. Je n’ose imaginer le courage et l’esprit d’aventure qu’il t’a fallu Papi à l’époque pour partir si loin de chez toi et de ton Béarn, sans moyen de communication, sans savoir ce qui vous attendait là-bas. Oui tu étais un aventurier, et ta Zoë suivait.

Vous devinrent parents dans ce pays quelques années après, au fil des affectations vous vécurent à Tananarive, Antsirabé… tu ouvris le lycée de Fort-Dauphin, un lycée internat flambant neuf et moderne (tu étais très fier de la salle de projection de cinéma) qui accueillait les jeunes de la ville et surtout ceux de la brousse. Presque 50 ans après ton retour en France, ta fille m’emmena sur la terre de son enfance et je découvris ce lycée. Le directeur actuel, un de tes anciens élèves, nous raconta ses souvenirs et anecdotes lorsqu’il était ton pensionnaire, que d’émotion ce jour-là… Paraît-il qu’on l’appelle le lycée TURON ! Les palmiers que tu avais planté sont toujours là, avec 6m de plus, et ton livre de comptes aussi, avec ton écriture impeccable et ta signature, à des milliers de kilomètres de chez nous…
Récit de voyage http://overglob.over-blog.com/categorie-818377.html


le lycée internat de Fort Dauphin

 

devant les palmiers que tu as plantés dans l’allée du lycée

 


Livre de comptes de 1957/58

Ce pays a marqué toute la famille, même mon frère et moi qui n’y avons pourtant jamais vécu. Petite, je n’arrivais pas à prononcer le nom du pays dont on me parlait tant et disais « Madame Ascar ». Chez vous certains mots se disent en malgache : « veloma » pour dire au revoir, je suis « bevouk » ou « voukbe » pour dire qu’on a trop mangé, la chambre « vahin » est celle où dorment les invités, la ramatou est une femme de ménage, un zazakel est un bébé, le sakaf est le repas ect. Et on les utilise aussi du coup.

La meilleure illustration de la malgachophilie/folie de ma famille est l’addiction de tous au romazava et aux brèdes. A ton retour en France dans les années 60, tu as ramené des graines de brèdes mafanes, ces fleurs particulières qui, une fois cuites, ressemblent à des épinards, et qui s’accompagnent de viandes et de riz, comme une sorte de ragoût. Les fleurs de brèdes provoquent un fourmillement dans la langues et les lèvres, une sorte d’électricité » (l’adjectif « mafane » = chaud en malgache). Depuis lors, la récolte n’a jamais cessée, Zoë fait des conserves, mon frère a pris la relève au jardin, et le roumazava est notre plat de fêtes, de Noël, et de mon anniversaire. C’est le plat qu’il est souhaitable de goûter et d’apprécier quand on veut être accepté dans la famille !

Depuis les années 60, vos meubles, tableaux, objets d’artisanat malgaches, rentrés avec vous par bateau, vous ont accompagnés dans votre nouvelle vie en métropole. C’est dans cette ambiance de peintures de zébus et de maisons rouges, de tables et fauteuils en bois exotique que je vous ai rencontrés il y a 30 ans, vous mes grands-parents.

A suivre.

ROMAZAVA
Ingrédients
Viande de boeuf ( ou de de zébu) dont moitié de Jaret et l’autre moitié un peu grasse.
Bottes de Brèdes Mafane (Anamalaho) + Bottes de Brèdes Morelles (Anamamy)
Bottes de cresson (Anandrano)
Ttomates + oignons + gingembre+ piments + poivre vert frais + ail + graisse d’oie ou de canard + gros sel
Servir a table accompagné d’une grande quantité de riz nature: on se sert d’abord du riz dans une assiette creuse , puis on noie ce riz sous le bouillon et les brèdes.
Accompagnement
Rougail de tomates : Mélange (de Tomates fraiches +oignons blancs + gingembre + piments oiseaux +citrons combava + Sel) finement taillés et marinés au moins 4 heures au frais avant de servir.

Tu es né le 9 mars 1914 ou les aventures de mon grand-père – 1/2

 

Tu es né le 9 mars 1914 dans une petite propriété à Arthez de Béarn, puis tes parents partirent prendre une métairie à Uzein. Nés à quelques jours de différence, on a toujours fêté nos anniversaires ensemble. De ton Béarn tu as gardé cet accent rocailleux et les « r » qui roulent comme les vagues de la Chambre d’amour, ta plage préférée d’où tu sais. Tu as grandis dans une ferme de Morlanne, celle que ton oncle qui avait fait une petite fortune en Argentine avait pu construire pour la famille. Grâce à lui, tu as évité ton destin de gardien de vaches.
A l’école primaire d’Uzein, tu ne parlais pas un mot de français et l’institutrice n’était pas béarnaise… tout dialogue était exclu! Grâce à l’oncle, on a fait étudier le petit François, on l’a même envoyé chez les Jésuites, manière d’en faire un fervent catholique instruit. Là-bas, tu appris le français, fus un élève exemplaire, et quelques récoltes plus tard tu décrochas le bac, toi le fils de métayers du coin qui grandit dans une ferme, à l’ancienne, sans électricité bien sûr, en allant chercher l’eau du puits, enfin comme on vivait dans la campagne dans ces années-là, mais pour de vrai, sans les caméras du jeu de la télé. Oui, le Baccalauréat, dans les années 30, comme ta Zoë d’ailleurs, rencontrée pour la première fois quand tu avais 15 ans. Tu l’avais ramenée avec sa tante dans son village de Boumourt, dans la calèche familiale. Tu la recroiserais encore longtemps, 68 ans de mariage, pas moins que ça.
A tes 17 ans, un cancer emporte ta maman. A 20 ans, ton rêve se réalise, tu es reçu au concours de l’école d’Istres pour devenir aviateur… mais ta vue t’empêchera d’intégrer l’école, et sûrement de te tuer pendant la guerre qui commencerait 5 ans plus tard. Je ne remercierai jamais assez tes yeux défaillants !!!
En 39, c’est la guerre, l’exode et le retour à Boumourt sous les bombes pour Mamie.
Toi tu es fait prisonnier entre Saint-Malo et Nantes, tu t’évades et rentres dans ton village de Morlanne à vélo. En 1940, vous vous retrouvez dans le train, toi pour Paris où tu travailles au Gaz, elle pour la Normandie où elle enseigne.
En décembre tu l’emmènes au théâtre du Chatelet voir « Rose-Marie » et tu la demandes en mariage. Comme vous ne connaissiez personne vous avez pris quasi des inconnus pour être vos témoins. Tu m’as souvent parlé de Boulogne, là où vous habitiez boulevard de la Reine, et des fermes de là-bas, des poules qui traversaient les rues (sic), de Paris sans pratiquement aucune voiture… Vous avez connu les bombardements de l’usine Renault à côté de chez vous, les Allemands dans la capitale… Tu nous a raconté mille et une anecdotes de la guerre, un vrai trésor oral que je transmettrai un jour à mon tour à tes arrières petits-enfants, j’espère.
En 44 tu rejoins ta Zoë travailler en Normandie, Mamie t’a aidé à passer le concours d’instituteur, tu feras comme elle, car elle a toujours eu raison, tu le sais. Ce sera un coin plus tranquille pensez-vous. Ben pas vraiment en fait, le 6 juin il s’est passé comme une chose étrange. Vous avez vu les Américains faire trempette sur les plages d’à côté, les Allemands rentrer chez eux avec leurs tanks et tous leurs jouets, les avions alliés les pilonner sur leur passage à côté de l’école… Et vous, mamie et toi, avec chacun votre classe de marmots, sur les routes de Normandie, demandant aux gosses de faire de grands gestes aux aviateurs pour qu’ils attendent un peu plus loin avant de s’en prendre aux occupants…

Un jour où tu es allé au cinéma voir le film « Les révoltés du Bounty » avec Clack Gable, tu t’es dit qu’après la guerre il fallait partir loin, qu’il existait un pays chaud et beau, avec des cocotiers, sans tank ni Allemand chez soi, tu verras ma Zoë…

ps : prochain épisode après une bonne nuit de sommeil.
Bises à Auch

Ciao Carmela !


Carmela sur le passeport, mais Carmen pour tous, voire Tana pour les portenos, c’était ma coloc ici, rencontrée un jour de Noël à Rio de Janeiro il y a quelques hivers, et qui par coïncidence, ou parce que c’était écrit, s’est retrouvée à Buenos Aires en même temps que moi. Cette semaine, elle nous a laissé un lit vide à la maison et c’est un peu d’Italie qui est partie avec elle. Elle nous a quittées pour rejoindre ses amis à Rome, l’été de l’hémisphère nord, sa plage de Salerno, ses cannelonis et sa mozzarella, grand bien lui fasse, hija de p…

Bombon méditerranéen 100% made in Italy, venu tout droit d’un paradis du sud, la côte amalfitaine, un caractère à faire bouillir l’huile d’olive, le regard napolitain qui tue et qui a laissé plus d’un Argentin sur le bas côté, un sourire à faire taire les grillons, un cliché à elle toute seule, et c’est pour ça que je l’aime, hija de p…
Carmen est sur son fuseau horaire à elle, c’est à dire une bonne heure et demi après les autres, et dieu sait que j’ai eu maintes fois envie de la jeter par la fenêtre à cause de ça, hija de p….
Carmen parle espagnol avec un accent portugais et quelques mots d’italien au milieu, et moi, crédule, je m’imagine en l’écoutant apprendre de nouveaux mots ! Une hija de p… je vous le dis.
Elle est une multilingue qui m’impressionne, elle parle indifféremment son dialecte italien avec sa famille, l’italien, l’espagnol, le portugais, lutte un peu en français et en anglais mais se débrouille quand même et a des souvenirs d’allemand.
Elle imite le porteno chamuyero comme personne.
Carmen ne monte jamais dans un ascenseur toute seule et sonne donc l’interphone quand elle arrive à la maison, et moi, bonne poire, je descends la chercher pour remonter avec elle. Véridique.
Avant de sortir de la maison, Carmen n’oublie jamais d’embrasser la photo de son Saint qui trône dans notre cuisine (San Expedito, le saint des causes urgentes), pour qu’il lui porte chance.
Elle se met exceptionnellement une montre pour aller à la messe de Pâques. Pour aller voir le curé, ça fait riche, bon genre, c’est bien connu…
Elle m’a fait connaître son amie Nicla, une autre italienne, une autre cuisinière hors pair, avec qui je vis encore. Une autre belle rencontre qui me fait penser que je ne suis pas ici par hasard.
Elle m’a fait découvrir avec ses copines compatriotes les plus belles chansons de leur pays et je leur en suis tellement reconnaissante.
Elle cuisine les pâtes comme seuls les Ritals savent le faire, et se demande encore pourquoi je ne touchais jamais les casseroles…
Elle a le don de faire monter les larmes aux yeux aux Argentins quand elle parle en italien, parce que ça leur rappelle leur grands parents.
Elle est toute fière qu’ici les descendants d’Italiens du Sud connaissent son bled, alors que les Milanais ne savent même pas qu’il existe.
Elle veut rentrer en Italie le matin, voudrait bien revenir à Londres à midi, déclare l’après-midi qu’elle ne s’est jamais sentie aussi bien qu’au Brésil mais le soir venu, après quelques verres de vin, perchée sur ses chaussures de tango, décrète que non, en septembre, c’est à Buenos Aires qu’elle reviendra… Encore un oiseau migrateur un peu déboussolé, on se comprend…
Soudainement, depuis son départ, mes affaires que je croyais perdues réapparaissent comme par magie, après un petit tour par son armoire, hija de p…

Difficile d’expliquer comment 3 mois à vivre ensemble, à l’autre bout du monde et de nos vies d’avant, suffisent à nouer une amitié si forte, mais les faits sont là, Carmencita sera toujours près de moi quand j’écouterai cette chanson. Buen viaje, te espero de vuelta, hija de p…

 

 

la Mama en Argentina

La Mama, avant de sauter en parapente à la Cumbre, province de Cordoba.
A l’heure où j’écris ces lignes, ma mère vole très haut dans le ciel et retourne au bercail, dans notre Gascogne. 17 jours et nuits avec moi à parcourir Buenos Aires, un peu d’Uruguay, Cordoba et les terres de la pampa argentine.
Drôle de sensation que de recevoir ma mère dans un nouveau chez moi, dans cette ville qui ne m’est pas complètement familière.
Drôle de sensation que de faire la mama à mon tour, de la surveiller, de la contrôler « Et tu sais aller là-bas toute seule ? Tu ne vas pas te perdre? Tu ne sais même pas demander ton chemin ! »
Mais surtout quelle fierté de la voir venir jusqu’ici, toute seule comme une grande qu’elle est, du haut de ses 1,50m !
– « Fanny un vol à 500 euros je ne vais pas rater ça !!! Je viens maintenant même si tu n’es partie qu’il y a 3 mois !
-Oui maman… »
Pour la famille et les amis, je dresse un résumé best-of de son séjour mémorable ! Pour les autres, vous allez connaître le phénomène…
Ma mère
– a eu l’extrême gentillesse de venir la valise pleine de toutes les bonnes choses ou presque que j’avais commandées à Maman Noël
– a enfin laissé friser ses cheveux, fini les éternels brushings, vive les boucles, et ça lui va carrément bien. Ce qui est bizzare, c’est qu’il s’est passé la même chose pour moi ici et que c’est depuis que je suis à Buenos Aires que je fais un peu Tina Turner au réveil…
– a pris son premier repas en Argentine dans mon restaurant péruvien préféré, pas très typique argentin tout ça mais c’est mon resto QG, kitsch et traditionnel à souhait, idéal pour s’en mettre plein le cornet d’un bon ceviche (Sophie je t’y emmèrerai c’est promis!)
– a adoré mes colocs italiennes Carmen et Nicla, a longuement écouté nos histoires de coeur et autres égarements avec les mâles autochtones, a connu mes amis et dîné chez M qu’elle avait reçu chez elle 2 ans plus tôt
– s’est sentie comme une reine dans sa chambre rose et comme chez elle à Buenos Aires dès le 2ème jour « Fanny c’est très facile Buenos Aires ! » me dit-elle après s’être promenée toute seule une matinée
– a adoré l’Ateneo, ce magnifique théâtre reconverti en une des plus belles librairies du monde, où l’on peut prendre un café sur la scène
– en bonne bibliothécaire, a pris en photos toutes les bibliothèques qu’elle a croisées sur son chemin
– a bénéficié chez Carrefour sans le faire exprès de 10% de réduc accordés aux retraités « Comment ? Je fais si retraitée que ça ? » Elle a tiré un peu la tronche mais après elle en a bien rigolé
– a fait une cure de viande et a élu la pizza Ideal Guerin la meilleure de sa vie
– a aussi trouvé que les Argentins sont d’une gentillesse et d’un accueil hors du commun
– s’est parfois sentie comme au Mexique, lorsqu’elle était venue me voir là-bas il y a 9 ans déjà
– a enfin connu la famille de sa belle-fille, les cousins éloignés des Rigou mais n’a pas trouvé la trace de l’oncle de son père parti en Argentine au début du siècle dernier
– a découvert en vrac San Telmo, le Micro Centro, le quartier du Congreso, Recoleta, la Boca, la feria du livre, le jardin botanique de Palermo, Puero Madero, les îles du Tigre, le Malba, le musée de l’Immigration, le musée d’Eva Peron, Colonia en Uruguay, Cordoba, Alta Gracia, le musée du Che Guevara « Mais qu’est-ce qu’il était beau quand il était jeune ! » et le village de la Cumbre
– a bien rigolé des Uruguayens qui se baladent tous avec leur thermos d’eau chaude et leur maté
a eu droit a une visite privée d’une estancia jésuite fermée au public, juste parce qu’on a sympatisé avec la directrice qui voyageait dans le même bus que « ça n’arrive qu’à nous ces choses là ! »
– s’est fait draguer ouvertement !
– a assité à des spectacles de tango, de flamenco, de folklore argentin, a écouté du jazz et même ma copine Laura chanter a la Catedral !
– a pris le métro, le taxi, le collectivo (bus de ville), le ferry pour aller en Uruguay, la péniche sur le delta du Tigre, le bus de luxe pour aller à Cordoba « Mais c’est mieux que l’avion ! Un repas chaud, un steward, des sièges inclinables à 180 ° et même un whisky avant de dormir ! »
– malgré son dictionnaire de poche, n’a appris que 2 mots d’espagnols en 17 jours : « hola », « gracias »… Bientôt bilingue la madre ! Elle s’est un peu perdue aussi à la maison entre l’italien et l’espagnol
– est dégoûtée parce qu’elle n’a pas ramené d’artisanat « Non Maman, ici ce n’est pas Madagascar, mais tes copines comprendront »
internaute assidue depuis 10 ans, a pu se connecter tous les jours à Wanadoo et à Facebook, à son grand soulagement
– la soixantaine pimpante, a voulu sortir et faire qqch tous les soirs, TOUS, quand moi je m’écroulais, et me décrétait à 8h30 tous les matins, TOUS, qu’elle n’était pas en vacances pour dormir.
– se porte aussi comme un charme après une nuit en bus « Comment, tu veux faire une sieste maintenant ? » et ne connaît pas le décalage horaire ou la fatigue après un voyage de 14h en avion. Elle me met KO !
a pris une montagne de photos que je devais systématiquement tous les jours copier sur mon ordinateur et sa clé USB au cas où…Vous avez dit ch…? Nooooo !
– a connu une panne de péniche à Tigre et le trajet de collectivo le plus long de l’histoire (2h) par la faute de sa fille qui s’était mélangé les pédales dans son guia T
– a envoyé 21 cartes postales. 21. « Parce que tu comprends, moi j’en reçois toujours de X, Y… »
– pensait qu’elle ne referait plus de cheval (la dernière fois c’était il y a 30 ans) et n’aurait jamais cru non plus qu’elle ferait un jour du parapente avec sa fille. Et pourtant…
– va se moucher en me lisant, je la connais, j’ai hérité de cette même incontinence lacrymale, récurrente et irrépressible, si incommodante parfois et malheureusement incurable ! Tsimanin !
– va crâner un max à son retour c’est certain, et elle aura de quoi
Maman je ne dirai qu’un seul mot qui marche dans les 2 langues : BRAVO !!! Et un dernier pour la route : TE QUIERO ! (cherche un peu dans ton dictionnaire, ça te fera les pieds…)
PS : Merci aux Blanchets et à Michèle qui me lisent pour veiller toujours sur Zoë et François en son absence

PS bis : pour en savoir plus sur la Mama de l’Expat, lire Patxi ici et , si bien écrit et tellement drôle, ma mère aussi est fan et s’est reconnue !

Que lindo debe ser de viajar…

Qu’est ce que cela doit-être beau de voyager ! Beaucoup d’Argentins me le disent, ceux qui n’ont pas eu la chance de le faire avant la crise de 2001. C’est d’ailleurs injuste, dans une même famille, les Argentins trentenaires ont parcouru parfois l’Europe entière quand leur peso équivalait alors à un dollar, tandis que leurs petits frères ou petites soeurs nés dans les années 80 sont allés au mieux en Uruguay et ne sont pas près d’aller beaucoup plus loin dans les années à venir…
Quand on me demande où j’ai voyagé avant de vivre ici, j’en suis gênée. Comment leur expliquer la chance que nous avons nous, les Européens, les Occidentaux du primer mundo comme ils nous appellent, toutes ces facilités qui nous semblent si acquises et si « normales »: X semaines de congés payés, RTT parfois, euros dans tous les cas, billets d’avion bon marché… Mais là n’est pas mon propos ce soir. Je voulais vous raconter une belle rencontre, une de celles qui me font penser que je suis où je dois être, que Buenos Aires n’a pas fini de me surprendre et de m’émouvoir.
Mardi dernier, tandis que j’étais dans une file avec ma mère pour aller voir un spectacle de folklore au Centro Cultural Rojas, une mamie devant moi se retourna et m’adressa la parole, sous le prétexte que selon elle je n’étais pas assez couverte, que j’allais prendre froid etc etc, une petite vieille toute douce qui vraisemblablement manquait de compagnie et d’affection. Elle fit alors le récit de sa vie, de ses jeunes années en Patagonie, de ses parents qui moururent jeunes, et de son arrivée à Buenos Aires quand elle avait 20 ans, de sa vie passée à vendre des vêtements dans le quartier du Once, de son frère avocat et de sa soeur eux aussi décédés. Quand elle comprit que nous étions françaises, elle nous raconta qu’elle avait toujours rêvé de voyager et d’aller en Europe, mais que maintenant elle était trop vieille pour le faire. Elle conclut en me disant: « Que lindo debe ser de viajar, yo voy a morir sin haber visto el mundo » (Qu’est ce que cela doit-être beau de voyager ! Moi je vais mourir sans avoir vu le monde).

Et soudainement ces paroles résonnèrent en moi et je me suis souvenu avoir écouté la même histoire le jour de mon arrivée à Buenos Aires, lorsque, venant de l’aéroport, je m’étais installée avec mes 2 grosses valises et mes multiples sacs au bar Habana à l’angle de Corrientes et d’Uriburu, le samedi 7 février dernier, vers 17h. La même mamie, sa curiosité à mon égard à la vue de mes bagages, ses questions, ses yeux bleus, et cette même phrase qu’elle m’avait répétée plusieurs fois et de mon impuissance… Oui, elle mourirait sans avoir vu le monde.

Elle fut avec la première personne à qui j’ai adressé la parole le jour de mon arrivée à Buenos Aires et je la retrouvais dans cette file 3 mois plus tard ! Le temps d’arriver, de m’installer, de rencontrer, de connaître, de rire beaucoup, de verser quelques larmes aussi et de la croiser à nouveau sur mon chemin. Elle me reconnut à son tour, et sa surprise fut au moins aussi grande que la mienne. Elle était toute émue et toute contente que je me sois souvenue d’elle, car qui se souvient d’une petite vieille orpheline qui vendit toute sa vie des vêtements dans le Once ?

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