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Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

 
On a parlé des relations sentimentales en Argentine dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 4 juin 2014

Toi qui me lis je ne t’ai certainement jamais rencontrée. Mais bizarrement, c’est un peu comme si je te connaissais déjà. Tu as la vingtaine ou la trentaine, tu penses venir un temps en Argentine, à moins que tu ne sois déjà de ce côté-ci de l’Atlantique. Et le titre de ce billet t’a interpellée, forcément. Tu as pipauté à tes proches que tu partais destino Buenos Aires pour la beauté des paysages, parce que tu voulais voir les Andes, pour t’empiffrer de viande, pour apprendre le tango ou l’espagnol etc. Mouaaaaaais… PVT, Erasmus, stage, nouvelle vie, nouveau travail… Je connais toutes ces sornettes ! Moi je sais qu’en vrai un argentin a croisé ta route, en Europe ou par ici, et que tu viens vérifier sur place s’ils étaient tous aussi charmants ou si celui rencontré valait vraiment le déplacement. Tu vois, tu glousses déjà devant ton écran parce que j’ai raison. Je le savais. C’est pour ça que je te connais, parce qu’on est toutes passé par là, TOUTES.
 
Tu as déjà peut être lu ce billet sur Etre femme à Buenos Aires mode d’emploi. Ou pas, et dans ce cas je te recommande de commencer par là, manière d’avoir une première idée de la chose. Voici donc cette fois-ci un autre mode d’emploi, un de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques. Lorsque je parle de “mode d’emploi” je pèse mes mots car oui, plus que sur un autre hémisphère, nous les femmes sommes vraiment sur une autre planète en Argentine. Quant aux relations avec le sexe opposé, nous sommes directement sur Mars. Et lorsque je cause de « survie sentimentale », je m’adresse aux âmes romantiques qui me lisent ici et qui sont malmenées sous cette latitude. Alors oublie ce que tu as vu et connu avant, efface ton disque dur et redémarre. Bienvenida en Argentina nena !
 
Règle numéro 1 : tu profiteras
Peu importe le temps que tu passeras ici, prend le comme une expérience sociologique enrichissante. Profite de ce rapport très étrange que tu entretiendras avec tous les hommes ici, ton voisin, ton patron, cet inconnu qui te reluque au fond du bar, ou ton amoureux. Je ne te demande pas non plus d’adorer les remarques salaces que tu pourras entendre dans la rue, ni de cautionner certaines attitudes bien machistes.  Non, prend juste le positif, les caresses à l’égo quand on te complimente, la galanterie, l’effusion et la démonstration sans pudeur des sentiments, la buena onda  avec laquelle on t’écoute ou on te reçoit, juste parce que tu as des seins et de bonnes fesses tu as lancé un sourire. Tu ne vas pas transformer la société argentine tu penses bien, donc adapte toi à elle et à ce qu’elle a de meilleur. La fascination que l’on engendre sur les mâles autochtones est quand même bien kiffante, avouons-le et assumons-le. Souviens-toi que dans ton pays d’origine c’est pas la même chanson alors enjoy.
 
Règle numéro 2 : les beaux gosses n’auront pas d’emprise sur toi
Pas facile tout ça car l’Argentine est une usine à beaux gosses. D’où ce paragraphe à part entière consacré à ce sujet. J’ignore si c’est le maté, le boeuf, les orignes italiennes. Mon dernier séjour en Italie me fait penser que la généalogie y est quand même pour quelque chose (por Diosssss !). Par ici les hommes comme les femmes sont très bien pourvus par Dame Nature, dixit les étrangers qui débarquent ici en vacances et ne sont pas habitués à ce choc visuel. Je ne compte pas les fois où j’ai entendu de la part de copines venues en visite “je comprends pourquoi tu vis ici”…
Donc oui, pour nous les femmes, le mix tête d’argentin + cheveux un peu longs + art de la séduction manié en maître + accent porteño + option guitariste (ils le sont presque tous ici) + le « tomas maté ? » dit bien droit dans les yeux, ben, oui, on craque. Mais j’ai une bonne nouvelle les meufs, des comme ça il y en a partout, ça pullule même ! Donc un beau gosse de perdu, 10 de retrouvés.
 
 
Règle numéro 3 : pas d’enflammade, pas d’énervement
Sois consciente que ce petit pouvoir que tu as ici, TOUTES tes congénères l’ont aussi. Ta collègue, ta coloc, ton amie, ta petite soeur et ta mère aussi. Donc on reste sur Terre. Je sais c’est dur, surtout lorsqu’on est habitué sur notre hémisphère à se sentir transparente. Ici le compliment, le “chamuyo” comme on dit ici et tout le jeu de séduction arrive très vite (et pas au bout de 3 ans, private joke avec celui qui se reconnaîtra), et surtout avec TOUTES, capito ?  Le “que linda que sos” parce que tu as eu la bonne idée de porter une robe courte, la prochaine le recevra aussi pour son décolleté. Tu n’as pas fini de sortir de la pièce que déjà les regards se portent sur la blonde qui arrive. Ici la drague est un sport national, rien de moins, et c’est l’illustration d’un besoin viscéral de séduire, toi, ta copine, ta soeur et ta mère et toutes à la fois si possible. Je séduis donc je suis. L’argentin t’embrouille le cerveau en moins de deux avec cette équation fatale : physique de winner dont on a déjà parlé plus haut + tchatche + art de te faire sentir unique et spéciale… Attention reste zen pour ne pas y perdre trop de plumes, je t’aurais prévenue. Je me suis amusée un jour à accompagner un ami argentin dans son quartier, et je me suis rendu compte qu’il adressait une blague, un compliment ou un mot gentil à toutes les femmes qu’il croisait: à la caissière du supermarché, à la nana du pressing et à sa boulangère. Comme ça, pour le fun. Autant te dire que la même boulangère en France elle n’en dort pas de la nuit. Ici c’est normal, cela fait partie des règles de la politesse.

Je te conseille aussi de ne pas t’offusquer lorsque tu recevras des texto à 3h du matin, de type « en que andas ? » ou « durmiendo? ». Non vraiment, ne le prend pas personnellement, cela n’a rien à voir avec l’image que tu peux renvoyer, sinon avec l’opportunité que tu représentes pour lui de passer la fin de la nuit au chaud. Comprend-le, le mâle argentin souffre souvent de crises de solitude aiguës au moment de rentrer se coucher, et il en appelle à ton hospitalité et à ton bon coeur.
De même, ne pense pas qu’il te prend pour une boluda lorsqu’il te propose au 1er/2ème rencard de venir boire un maté/regarder un film/dîner/manger de la glace CHEZ LUI. Non vraiment, cela n’a rien à voir avec ce que tu penses, c’est juste une preuve d’hospitalité et de son sens de l’accueil envers toi, pauvre petite étrangère sans famille que tu es. 
Il faut avoir vu une fois dans sa vie le naturel avec lequel l’argentin arrive à te placer une invitation à aller chez lui, là tout de suite maintenant, quand tu ne t’y attends pas. Je me souviens particulièrement d’un dîner au restaurant, suivi de la traditionnelle glace (que l’on va toujours manger chez un glacier), et de la question au moment où je choisissais les parfums: « la glace on la mange ici ou on l’emporte ? » Un maestro celui-là !
 
Règle numéro 4 : apprend à “histeriquear”
Tout d’abord, petite définition. Tu te rendras compte rapidement en écoutant les argentin/es que le premier mot qui leur vient à la bouche lorsqu’ils doivent se plaindre du sexe opposé est “es un/a histerico/a”, d’où le verbe “histeriquear”. Quesako ? C’est un jeu bien rôdé auquel réellement seuls les argentins et argentines savent bien jouer. Mais ça vaut quand même la peine d’essayer et de passer le niveau 1. Etre “histerico/a” est un mal dont tout le monde s’accuse, parce que Fulano t’aime bien mais n’est pas non plus transi pour toi, parce que Fulana ne veut pas s’allonger le premier soir.
Illustrations concrètes:
– Tu es un homme et invite Mariana à sortir, vous faites un resto, échangez quelques besos mais elle te dit qu’elle va rentrer dormir chez elle et tu retrouve planté là comme un boludo -> es una histerica (de mierda)
– Juanito te court après, il a dépassé le stade des compliments, il s’intéresse à toi visiblement, mais ne prend pas forcément d’initiative -> Te esta histeriqueando, à toi et à d’autres aussi certainement.
– Marcos t’envoie souvent des messages, tu lui réponds puis il ne te dit plus rien pendant 4h ou 4 jours ->Te esta histeriqueando. Il te répondra d’ailleurs sûrement après “perdon, me colgue”. (celle-là prépare-toi ils vont te la sortir à tous les coups). A noter que la technique du message non-répondu est également bien maîtrisée par les nanas (mea culpa).
– Tu passes avec Diego une soirée/nuit exceptionnelle puis il ne te donne plus aucune nouvelle, et réapparaît enfin, enthousiaste comme au premier jour (il peut se passer 2 semaines). ->Te esta histeriqueando, avec option “submarino”. C’est à dire je fais le sous-marin entre chaque rencard, j’apparais, je disparais, j’apparais, je disparais….C’est un grand classique.
Et même dans le cas où Nacho ou Paola t’ait retourné le cerveau, tu laisseras passer un délai légal de plusieurs jours avant de réapparaître, manière de montrer que tu es un/e dur/e à cuire. Feindre l’indifférence, c’est un art. Quand on vient d’ailleurs on peut voir ça comme un jeu puéril et pas très productif, mais ici ça les rend dingues de 7 à 77 ans, c’est comme ça.
Un ami au Brésil m’a fait remarquer qu’il est facile de reconnaître la nationalité d’un groupe de filles sur la plage. Si elles sourient et regardent autour d’elles, ce sont des brésiliennes, si elles se regardent entre elles et ne lancent aucun regard à personne ce sont des argentines. CQFD
La solution pour les victimes ? Faire pareil. Prétendre que ton coeur est solide comme le granit et qu’il ne te fait pas plus d’effet qu’une goutte d’eau tombant dans les chutes d’Iguazu. Ce n’est pas Tatie Fanny qui le dit, même dans la pub ça marche comme ça
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Oui même les soldes peuvent être « histericos ». Comprenne qui pourra…
 
 
Règle numéro 5 : déchiffre le vocabulaire*
« Vamos hablando » = éventuellement je te rappellerai un soir à 4 h du mat
« Te voy avisando » = c’était sympa, mais jamais plus tu n’auras de mes nouvelles
« Se me complico » = oublie moi
« No soy el tipico argentino chamuyero » = Je sais mieux cacher mon jeu que les autres et tu t’en rendras compte avec le temps
« Hola linda ! » = Hola

« Hola linda ! como te extrane ! » = Hola
« Hola linda ! te queda divino este vestido » = Hola, te quiero dar
« Hola ! de donde sos ? » = Hola, j’ai toujours eu un faible pour les étrangères
« Que bien que hablas castellano, no se te nota el acento » = Tu parles hyper mal mais ton accent frenchy me rend fou
« Cuanto tiempo te quedas en Argentina ? » = Y’a moyen de se revoir et de conclure avant que tu ne repartes ?
« Y te gusta Argentina ? » = S’il te plaît flatte mon ego et dis-moi, même si je le sais déjà, que mon pays est le meilleur
« Y que te gusta de Argentina ? » Je n’en ai rien à faire de ce que tu aimes, c’est juste parce que ton accent frenchy me rend fou
« Te tratan bien ? » = Est-ce que l’un de mes compatriotes a déjà eu le temps de te briser le coeur ou pas encore ? 
(Si tu réponds oui, c’est un message subliminal qui lui signifie que la voie est libre)

*Ici un grand gracias a MdB pour sa contribution 

 
 
Règle numéro 6: distinguer “salir” et “estar de novio”
Tu sors avec un argentin depuis quelques semaines ou quelques mois, la pasas bomba, il t’appelle, te propose des sorties, il connaît peut-être certains de tes copains (mais toi bizzarement tu ne connais pas les siens). Il te dit “te quiero mucho”, mais, petit détail qui a toute son importance, vous n’avez jamais parlé d’être “novio”. Tu n’es pas au bout du tunnel ma fille !  Tu veux savoir ce que tu es pour lui sur une échelle de 0 à 5 ? 1.5. C’est injuste et cruel mais c’est la triste réalité. Tu pensais bêtement que vous “étiez ensemble”? Non, tu n’es qu’avec toi-même, sorry.

Illustrations concrètes:

– Tu ne t’étonneras pas que Fulano que tu as invité à domicile t’annonce en pleine nuit qu’il va rentrer dormir chez lui parce que il préfère dormir seul, ou qu’il dort mal quand il dort avec quelqu’un.
– Pire dans le genre, et summum de la goujaterie et de l’hijo-de-puta-attitude (on sent le vécu là), le coup de l’argentin qui te propose gentiment en pleine nuit de t’appeler un taxi pour rentrer chez toi, alors que tu es déjà chez lui. Sic.
On couche avec une chica mais on dort avec la novia, tu comprends la nuance ?
Il va de soi qu’aucun argentin n’apprécierait que leur soeur soit traitée de la sorte mais c’est étrangement une pensée qui ne leur vient pas à l’esprit à l’instant T.
Avoir un rencard avec un/e argentin/e pendant plusieurs semaines ou quelques mois n’implique aucune continuité ni aucune exclusivité. On est en plein dans le cadre de la “date” à l’anglo-saxonne. C’est à dire que tu “sors” avec l’autre personne jusqu’au moment où tu refranchis ton pallier. Ensuite libre à toi la nuit suivante de t’attaquer au voisin, à la collègue, tu ne dois rien à personne. Cela change seulement à partir du moment où tu passes du stade “chica con quien esta saliendo” à celui de “novia”. Cela s’officialise dans une conversation et là oui il y a exclusivité. Pas avant. Tu étais donc jusqu’alors dans une relation polygame sans le savoir, c’est ça qui est bon !
Illustration : si un jour, alors que tu passes déjà toutes tes nuits avec lui depuis un bail, et que tu as même un petit sac d’affaires installé dans son placard, et qu’il te demande pompeusement d’être sa novia, n’explose pas de rire (ne fais pas comme moi, ça tue un peu le romantisme). Prend ta respiration, pense que pour lui c’est un énorme pas en avant et répond lui comme dans les télénovelas “si mi amor”. Ne fais pas ta relou, ne commence pas à psychoter, ne réfléchis pas au fait que jusqu’alors, si tu n’étais pas encore la novia, il t’a certainementpeut-être fréquentée en même temps que d’autres. Tu pensais naïvement que tu “étais/sortais avec lui” depuis des lustres. Que nenni,votre histoire vient tout juste de commencer. Bienvenida en Argentina nena.
 

 
Règle numéro 7 : accepte ta vie de “novia”
Tu as donc suivi tous mes conseils, tu as décidé de profiter de ton séjour en Argentine, tu es restée digne face aux bombonazos, tu ne t’es pas enflammée inutilement, tu as joué à l’histerica, tu as commencé à sortir avec Martin et maintenant vous êtes novios, buenisimo. Tu pensais peut-être avoir décroché le jackpot mais tu n’y es pas encore. Car maintenant aussi le choc culturel se fait sentir. Le statut de novia est pris très au sérieux en général. Toi européenne tu noteras même une certaine notion de « couple à l’ancienne », ton novio te consultera pour des décisions là où un français serait plus indépendant. Il te proposera de t’accompagner partout quand toi, femme indépendante que tu es, tu n’aurais même pas songé à le lui demander. ll paiera les additions plus souvent qu’à son tour, il considère que c’est son rôle de mâle. Certains au début de la relation ne tolèrent pas que tu sortes le porte-feuille, c’est clair et net. Présentation à la famille, aux amis.Tu vas être invitée aux asados familiaux et amicaux le dimanche et tout ça. Tu vas alors découvrir le monde des novias, des femmes qui restent entre elles et préparent la ensalada mixta pendant que les hommes boivent de la Quilmes entre eux autour de la parilla. Tu vas te rendre compte qu’il existe tout un tas de règles pré-établies et que ce n’est pas toi l’étrangère qui va les révolutionner. Le Porteño a souvent son emploi du temps réglé comme du papier à musique. Ton novio t’expliquera que tous les jeudi soirs il a un repas avec ses amis du foot/quartier/fac et que les novias ne sont pas invitées. Pas parce que c’est une soirée de mecs ce soir-là. Non, elles ne le sont jamais. Welcome dans la société compartimentée. Tu organiseras alors des soirées de filles avec des copines et tu perdras alors petit à petit tout contact avec les hommes qui n’appartiennent pas au cercle novio, frères et amis du novio et novio de tes copines.

Ici tu n’as pas d’ami(e) du sexe opposé car la seule option de relation envisagée est « tinderisée » : le das o no le das, il/elle te plaît ou il/elle ne te fait aucun effet et tu continues ton chemin. L’amitié homme/femme est très compliquée partout sur la planète mais ici elle est quasiment mission impossible, pas comprise comme chez nous et rarement valorisée. Quand tu es célibataire, tu sors et tu fréquentes la gent masculine. Tu peux rencontrer des chicos simpaticos, avoir des conversations intéressantes même si la séduction est toujours sous-jacente. Mais quand tu es de novia, ton monde se rétrécit soudainement. Un novio pourra voir d’un mauvais œil que tu lui parles d’ami du sexe masculin, surtout si l’ami en question est argentin. Lui-même n’aura peut-être aucune amie fille, hormis sa cousine. C’est pas de la mauvaise volonté, mais comment pourrait-il te comprendre ? Il pourra suspecter ton « ami » d’avoir déjà tenté de te séduire ou de vouloir le faire dès qu’il aura le dos tourné. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace… La solution, parler beaucoup et parler encore, sans garantie que ça marche, et tenter de décaper un peu les stéréotypes. Pas facile, mais j’en ai vu chez qui ça marchait !

 
NB: Pour devancer les futures remarques de celles et ceux qui me diront que j’exagère, qu’il existe des argentins “différents”, qu’ils ne sont pas tous “comme ça” etc, je répondrai que je vis à Buenos Aires depuis 5 ans, avec tout ce que cela sous-entend de kleenex que j’ai pu user moi-même ou tendre à mes copines lorsqu’elles me racontaient leurs histoires (copines argentines et étrangères, même combat). Je prétends donc en connaître un rayon. Mon étude n’est qu’empirique, je l’assume. Maintenant j’attends vos témoignages avec impatience !

PS 1 : je conseille sur le même sujet l’excellent témoignage de Maeva JOSSE que j’ai découvert après avoir écrit mon billet
http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

PS 2 : à celles et ceux que l’espoir a abandonné et songent à se faire curé/soeur, il existe une alternative testée et approuvée personnellement que je recommande de tout <3 

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Etrange concept que le bercail…

Photo de ma ville étriquée, un jour d’orage
Le bercail c’est le bled où tu as grandi, c’est la maison dont on reconnaît les odeurs, c’est la place de la Mairie où tu croises des gens que tu connais, même si tu es partie il y a 15 ans. C’est la personne qui sait que tu aimes le quignon de la baguette, que tu ne petit-déjeunes qu’avec des Rice Krispies et du chocolat Poulain. Et qui s’assure d’acheter tout ça avant ton arrivée.
Le bercail c’est le coin de la planète que tu as considéré étriqué, trop calme et tellement prévisible et qui t’a donné envie de partir. Plus tard, c’est pourtant le même coin dans lequel tu te réfugies et te sens chez toi. C’est tout ça le bercail.
Lorsqu’on ne rentre au bercail qu’une fois par an, qu’on vit loin très loin, on en viendrait presque à idéaliser les 2 petites rues commerçantes qui ont limité notre horizon durant nos 18 premières années. De retour en vacances, en arpentant ces rues si familières, on s’aperçoit qu’elles sont encore plus courtes que dans notre souvenir, et que oui vraiment, on n’en démordra pas, cette ville est définitivement un appel même à prendre un train ou un bus et plus vite que ça.
Puis, sournoisement, insidieusement, s’installe une autre sensation, un blues, une nostalgie, un saudade, pour les souvenirs passés, l’enfance et l’adolescence que l’on ne retrouvera jamais. Ce temps où le grand-père riait encore si fort avec la grand-mère, ce temps où l’on connaissait par cœur le numéro de téléphone de la maison de nos copines, ce temps sans portable, sans internet, tout juste une console de jeux, où nos conversations n’étaient pas interrompues par des messages, ce temps où l’une de mes seules distractions consistait à me battre avec mon frère.
Une évidence, après toutes ces années, c’est dans cette maison qui m’a vue grandir, dormir avec le frérot, me disputer avec tout le monde, faire mes devoirs, imploser à l’adolescence, pester contre les « vieux »et revenir en visite tant de fois, oui c’est encore dans cette maison que je me sens le plus chez moi, en sécurité, comme bercée dans un placenta de graisse de canard comme toute bonne gersoise qui se respecte.
Signe infaillible de l’âge adulte, on prend conscience de ceux que l’on a encore, ces êtres chers et indispensables qui nous font tenir droits et à l’aise dans nos tongues, même à 15.000 km de distance. On savoure la joie de retrouver encore, 36 ans plus tard, le même sourire + parfum qui nous attend à l’aéroport, ce pilier débordant de tout l’amour du monde, infaillible, no limit et for ever.  On reconnaît la patience infinie de celle qui ne compte pas les kilomètres parcourus, sûrement plus qu’un tour du monde, de celle qui m’a toujours et partout trimballée, installée, déménagée et transportée au gré de mes journées d’école, goûters d’anniversaires, loisirs, sorties et virées nocturnes (quand il fallait qu’elle me laisse assez près mais pas trop non plus, au cas où l’on s’aperçoive que c’était elle qui me conduisait), de celle qui plus tard m’a soutenue alors que je m’éloignais d’elle, et emmenée prendre mes trains, mes bus et mes avions… jusqu’à que sa fille indigne ne prenne son envol (j’ai dû prendre beaucoup d’élan, j’en conviens, car je n’aurais jamais pensé atterrir aussi loin).
A mes compagnons de bercail, je voudrais dire un muchas gracias du fond del corazon pour être encore là, alors que tant d’amis autour de moi n’ont pas la même chance. Les sourires + parfums nous lâchent parfois trop tôt, les salauds.
Il y a des jours comme ça où l’on voudrait stopper le temps, où l’on ne sait plus pourquoi au fond on est parti si loin, où l’on voudrait rester sous la couette, et que le même sourire + parfum nous fasse des câlins, for ever.

Réflexions sur l’expatriation

 

Ce doit être pour la fin de l’année, l’heure des bilans, toussa toussa, beaucoup de chiffres me viennent en tête. J’ai 35 ans. Le mois prochain je fêterai mes 5 ans à Buenos Aires, soit déjà plus de temps que j’ai vécu à Paris, la capitale de mon pays. Je réalise qu’en comptant l’année passée à Mexico D.F. et celle à Londres, j’ai vécu et travaillé 7 ans hors de mes frontières, soit exactement le même temps que j’ai été employée en France. J’atteins donc un espèce d’équilibre France/étranger, fifty fifty balle au centre. Et maintenant ?

Vivre ailleurs, loin de ses repères, de sa langue et de ses proches apporte un sens de l’adaptation qui, bien davantage qu’une qualité, devient une façon de vivre. On s’habitue aux nouveaux usages, aux nouvelles lois, c’est la règle du jeu, tant que l’on fait durer l’expérience. On s’y fait sans s’y faire car on vit sur une échelle de temps temporaire, tant que l’expatriation durera. A moins que l’on décide de rester dans le pays choisi, mais ça c’est une autre histoire. L’expatriation fait relativiser et devenir plus tolérant, plus souple. On en perd l’envie de critiquer car, après tout, on n’est pas vraiment chez nous. On sent que l’on a une expérience plus « light » de la vie locale, la politique ne nous touche pas, au contraire on développe toute la candeur nécessaire pour s’émerveiller face aux nouvelles coutumes, aux nouvelles traditions, aux différences. On a envie d’aimer le nouveau pays car on a perdu celui d’origine et on a besoin de se sentir conforté dans notre choix. On vit une double vie, à la fois ici et là-bas, dans le pays d’élection et celui d’origine. On vit dans l’un mais on essaie de rester présent dans l’autre, du moins virtuellement.

Vivre dans une autre langue, lorsque la nouvelle famille créée (mari, femme, amis) ne parle pas celle de Molière, c’est accepter que l’on sera toujours différent avec notre accent, que l’on aura un niveau peut-être très bon mais difficilement parfait. Idem à l’écrit. Parfois on réalise que l’on n’a pas parlé un seul mot de français pendant une semaine, deux semaines. C’est bizarre de délaisser aussi longtemps sa langue. Encore plus étrange est de commencer à utiliser les expressions locales lorsqu’on parle en français. Parce ce que les mots n’ont pas toujours leurs équivalents et que le concept de « buena onda » n’est tout simplement pas traduisible.

Vivre dans une autre culture, a fortiori lorsque celle du pays de destination nous convient, c’est changer d’habitudes et se créer sa propre culture, soit un mix des deux, et tenter de prendre le meilleur de chacune. Je revendique aujourd’hui une bonne dose d’ArgentinAttitude, car je suis admirative des qualités intrinsèques des Argentins. Cependant, même si je bois le maté et dîne à partir de 22h, je reste française : je ne suis pas aussi extravertie, et je me sens beaucoup moins conservatrice.

Etre un étranger, comme son nom l’indique, c’est ne rien piger au début aux impôts, à la santé, aux banques, à la justice, à la location d’un appart. Parfois c’est déjà compliqué pour les locaux, alors pour les étrangers c’est une montagne infranchissable. Si quelqu’un parmi vous s’ennuie dans sa vie je lui propose d’expérimenter la prise de tête de l’étranger : les RDV chez un médecin spécialiste en Angleterre, un procès au Mexique, un divorce ou l’obtention d’un visa de travail aux US, se faire installer internet à Buenos Aires ou louer un appart à Paris.
Etre un étranger, c’est n’avoir qu’une carte de débit et attendre 5 ans pour avoir une carte de crédit (vécu). C’est se rendre souvent, et y passer beaucoup d’heures, au service/bureau de l’immigration, se faire répartir par nationalité (en Argentine, les Européens sont avec les asiatiques et tous les non- Mercosur, c’est rigolo), c’est se faire traiter plus ou moins bien selon la couleur de peau, son pays d’origine ect. Inutile de préciser qu’il vaut mieux être une française en Argentine qu’un malien en France. C’est pleurer quand on nous dit qu’il manque des papiers, beaucoup pleurer (en Argentine ça marche et ça les attendrit, je vous le conseille). C’est fêter l’obtention de son visa, être fier lorsqu’on obtient le fameux papier et le garder, même périmé, en souvenir. Je garde encore précieusement mes cartes de sécu irlandaise et anglaise, et mon FM3 mexicain, comme des reliques.
Etre un étranger c’est être et se sentir plus fragile, et plus seul en cas de coup dur. Chômage, passage à vide, problème de travail, de couple, rupture amoureuse… c’est pas bon, pas bon. Dans ces cas-là, on se dit parfois « qu’est-ce que je fais là  » ou « et si je rentrais « ?. Pour tous les petits et grands tracas qu’il n’aurait eu pas s’il était resté dans son pays, l’étranger a tout intérêt à s’armer de patience et de beaucoup beaucoup d’énergie.

Je distingue 3 types d’expatriations possibles, je les ai expérimentées toutes les 3, dans cet ordre, et j’en suis arrivé à ces conclusions.

  • l’expatriation « j’accompagne »//Degré de difficulté : fastoche
    Le/la chérie(e) a un travail qui l’attend et on part dans la valise. On n’a pas forcément choisi la destination. C’est tombé comme ça. On a acheté le Routard Futé du pays en question et on est monté dans l’avion. Cela ne veut pas dire que l’on ne galèrera pas pour obtenir un visa de travail mais si financièrement le salaire du conjoint est convenable, on peut se permettre d’accepter un job même mal payé, voir de se reconvertir et repartir de zéro dans un nouveau domaine, même sans expérience, chose que souvent la France ne nous permet pas de faire. Ou même de ne pas travailler du tout. La sociabilisation peut être lente si on ne parle pas la langue locale. A début on dépend des relations du conjoint pour connaître des gens. L’expatriation sans travailler peut s’avérer être une jolie bulle rose loin des préoccupations de la vie courante ou une source de solitude et d’ennui.

  • l’expatriation « je viens pour travailler »// Degré de difficulté : semi-fastoche
    On a décroché un job depuis la France. On a choisi sa destination puisque on a cherché le job et postulé en connaissance de cause. Dans ces cas-là on doit se débrouiller dans la langue du pays ou du moins en anglais. On ne s’inquiète pas de savoir si un salaire va tomber à la fin du mois, car on sait qu’il va tomber. Il ne reste plus qu’à prendre des verres avec ses collègues à la sortie du bureau et de voir avec qui on s’entend le mieux. La socialisation va vite. On se sent un touriste chaque week-end et on a une motivation et un intérêt dingue pour tout découvrir. On a la tête libre car les conditions matérielles essentielles sont solutionnées par notre salaire.

  • l’expatriation « free-style » ou « je viens voir ce qui se passe » // Degré de difficulté : pas fastoche du tout mais tellement bon putain
    C’est celle qui nécessite une bonne paire d’ovaires le plus de courage ou d’inconscience, selon comment on voit la chose. C’est celle aussi qui résulte d’un fort intérêt pour le pays d’élection, d’une passion ou d’un coup de foudre pour la destination choisie. Si on ne parle pas la langue on a tout intérêt à s’y mettre, et vite. Je pense que c’est l’expatriation la plus difficilement imaginable, surtout lorsqu’on a été bien formaté par le modèle étudie#travailletoutdesuiteaprès#cotisepourtaretraitecestimportant. Et il faut reconnaître qu’en France, ce modèle de pensée est bien implanté, beaucoup trop. Les Anglais par exemple sont bien plus ouverts sur le concept de vivre à l’étranger un moment, prendre un congé sabatique ect
    Pour l’avoir fait, à 30 ans passés, en quittant un job « sûr » en France, je ne peux que recommander l’expatriation « free-style », parce qu’on s’en balance de perdre 6 mois ou 1 an de cotisation retraite. Il faut le tenter (et ici je dédicace ce paragraphe aux lecteurs qui me racontent qu’ils songent à le faire mais n’en sont pas sûrs). Rien de tel que cette mise à nu, cette prise de risque, ce départ de zéro, pour se connaître et se révéler dans un monde différent. Le seul risque est de rentrer chez papa maman une fois l’expérience terminée. Autant dire, en comparaison de ce que vit le commun des mortels sur cette planète, que le risque est nul.
    Que l’aventure dure quelques mois, le temps que les économies permettent de rester, un an, deux ans ou davantage, cette expérience est unique car pour la première fois nous seuls construisons notre vie. Tout est à trouver : un job, une maison, des amis. Rien que ça. Pour l’emploi, une règle d’or, restons humble car personne ne nous attend et surtout dans les capitales qui ont de nombreuses universités. Personne ne nous attend, c’est à nous à faire notre trou. L’emploi que l’on décroche, on sent qu’on l’a obtenu à la tchatche car l’employeur local peut difficilement nous sonder, culture et langue différentes obligent. De toute façon un employeur du bout du monde ne connaîtra pas le nom de notre prépa ou université (hormis la Sorbonne qui fait toujours classe sur le CV), ne saura même pas prononcer leur nom et se contre-fichera des éventuels classements d’écoles siglées (tu sais l’école de commerce que papa-maman t’ont payée pendant 3 ans ou, pire, que tu dois rembourser). Donc Charles-Henri de la Tour, Paris 16, qui sort du lycée Louis Legrand et de Sciences-Pô ou de l’ESSEC ne part pas forcément plus gagnant que Fanny Dumond du lycée Pardailhan d’Auch et de l’université de Toulouse. Et c’est ça qui est bon ;-). On n’aura pas ou très peu de « réseau » et on fera sans piston. L’expatriation a ceci de juste qu’elle remet les compteurs à zéro en quelque sorte, et que le meilleur gagne. C’est l’expatriation donne des ailes et l’envie de tout déchirer, de frapper à toutes les portes. On développe un tel instinct de survie que l’on se sent un peu Britney Spears chantant Womanizer (pour les femmes j’entends).

Déracinement oblige, l’expatrié a des chances de rencontrer des personnes très différentes de celles laissées au pays ou qu’il fréquentait jusqu’alors. Et c’est tant mieux, il a tout intérêt à s’ouvrir aux locaux. Il possèdera aussi certainement un cercle parallèle composé d’autres expatriés qui lui font réaliser que l’on n’est pas le/la seul(e) taré(e) à avoir eu la folle envie de venir voir ce qui se passait par ici.

Par effet de contraste, tous les efforts déployés par un expatrié dans sa nouvelle vie lui fait voir la mère Patrie comme le pays des Bisounours. On a davantage de mal à critiquer la France ensuite, pour peu que l’on ait eu à tester la médecine, les hôpitaux ou le chômage à l’étranger… On réalise, enfin, que l’on a été très très choyé par notre système. Du coup, les éternelles plaintes, grèves et manifs franco-françaises nous semblent parfois déplacées en comparaison de ce que l’on a expérimenté ailleurs.

Les moments vécus dans un nouveau contexte, les rencontres, les voyages effectués depuis notre nouvelle base, les galères et les moments de solitude, tout cela forge et fait grandir. Attention non plus à ne pas prendre le melon et se souvenir que si nous sommes loin, c’est que la santé le permet, c’est qu’éventuellement les autres frères et soeurs sont là pour les parents et nous déculpabilisent un peu, c’est que les planètes se sont alignées(avec notre aide, certes) au moment indiqué pour pouvoir partir.

L’expatriation est un beau paquet cadeau, un Maxi-Kinder avec une surprise à l’intérieur. Nul ne sait ce qu’il contient, il faut l’ouvrir pour savoir et le contenu dépend de qui l’ouvre…
Goût du risque, optimisme, et ouverture d’esprit indispensables. Energie à toute épreuve recommandée. Sensations fortes garanties.

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Article repris le 20 janvier 2014 dans le Petit Journal, le média des français et francophones à l’étranger
http://www.lepetitjournal.com/expat/s-installer-a-l-etranger/174332-billet-reflexions-sur-l-expatriation 

 

ArgentinAttitude ou quelques trucs pour se sentir mieux

On a parlé de l’ArgentinAttitude dans l’émission « Allo la Planète » sur la radio Le Mouv ! Interview le 11 novembre 2013

 

Depuis presque 5 années passées en Argentine, j’ai souvent été inspirée et admirative devant certaines attitudes que je qualifierais d' »argentines », bien différentes de celles qui sont les miennes et celles de  mes compatriotes, plutôt « françaises » donc. J’ai souvent eu la sensation que la vie était différente ici, même si nous jonglons tous, et partout sur la planète, avec l’amour, le boulot, la santé ect. Ici l’ArgentinAttitude rend la vie plus légère, plus intense, et moins angoissante. Je le vérifie tous les jours et ça marche !

 

Vis le moment présent
L’Argentin compte beaucoup moins de certitudes que nous. Pour son histoire, la politique, l’économie, les prix du supermarché, tout cela change d’un mois à l’autre. Les alarmistes parlent depuis 10 ans de la forte probabilité d’une nouvelle dévaluation… Alors, qu’est-ce qu’on fait face à l’avenir incertain ? On s’assoit et on pleure ? L’Argentin, lui, vit le moment présent.
L’Argentin ne prévoit pas 6 mois avant où passer sa 5ème ou 6ème semaine de vacances, car il n’en a généralement que 2, et ne pourra peut-être finalement pas partir, ou peut-être que si, il le verra sur le moment. Le résultat est qu’en ayant beaucoup moins d’expectatives sur le futur, il sera d’autant plus motivé pour profiter de son mardi soir et pour organiser un dîner de dernière minute. Il aura donc un effet de surprise, lui et ses amis, qui n’avaient pas non plus prévu quoi que ce soit ce soir-là. L’imprévu apporte son lot d’adrénaline et rompt avec la routine. On ne parle pas trop en général de ce qu’on pourrait faire le mois prochain, mais plutôt de quoi faire dans les 3 jours. Du coup pas besoin d’agenda. Il est dur de convenir un lundi ou un mardi  d’un programme pour le week-end. Tu peux essayer, envoyer un mail à tes amis argentins, proposer une sortie pour le dimanche, bide assuré. Réessaie plutôt vendredi. En revanche, tu peux annoncer le jour même que c’est ton anniversaire. Et 80% des invités seront présents. Parce qu’ils sont flexibles, ce qui m’amène au point n°2.

 

Flexible tu seras, et les autres le seront avec toi
Face aux événements de la vie, chômage, crise économique, que fait-on face à l’adversité ? On s’assoit et on pleure ? L’Argentin, lui, s’adapte.  Il ne pensera pas à demander une aide des allocs ou une subvention, parce que ça n’existe pas. L’Argentin lui, recycle, répare, invente, change de métier, entreprend, accepte que cela ne se passe pas comme c’était prévu. Preuve en est la remarquable inventivité argentine (empreintes digitales, le stylo, la transfusion sanguine, l’hélicoptère, les dessins animés, les feux rouges et la canne blanche pour les non-voyants, le déodorant à bille, la seringue jetable, le briquet allume-gaz et le fameux dulce de leche!)
Un article récent de la Nacion illustre justement cette extraordinaire faculté. On appelle ça aussi la « viveza criolla », concept qui a même sa page sur Wikipedia. Attention ce terme est aussi utilisé dans le mauvais sens, pour expliquer la tendance à contourner la loi. On dit « Hecha la ley, hecha la trampa » pour dire que dès qu’il y a une loi, il existe le moyen de passer outre. Et oui, la flexibilité et l’inventivité argentine peut avoir aussi ses mauvais côtés. Moi je dirais que la viveza criolla pourrait se résumer à « Hecha la vida, hecha la vuelta ». C’est un art de vivre et une philosophie de vie, et une qualité de survivance admirable.
La flexibilité se ressent également par rapport aux impératifs que nous nous mettons en tête, nous Français. Ici on ressent ce confort de pouvoir prendre le train en cours de route, d’en descendre et d’y remonter plus tard. Pas d’obligation de finir tes études à 23 ans. Tu as besoin d’argent et dois travailler, et tu n’as plus le temps d’étudier pour la fac ? C’est pas grave, tu arrêtes une année, ou plus, ou tu décides de ne passer que quelques matières. Tu finis ta « carrera » (ton diplôme universitaire) à 30 passés ? Il est où le problème ? Personne ne jugera que tu es un fainéant. Tu t’es adapté aux circonstances de la vie, comme tout le monde. Et ton employeur comprendra.
Tu veux changer de voie à 25 ans ? A 30 ans ? Vas-y, fais le test, et annonce à tes amis en France que tu veux repartir à zéro et étudier le mandarin. Ici, au contraire, tu sens que quelque soit ton âge ta vie n’est pas encore figée et que tu as droit non pas à l’erreur (pensée française), mais au changement. Tu ne passeras pas pour le débile de ton groupe d’amis, personne ne considérera que tu as « perdu » ton temps.

 

Sois enthousiaste ou mets de la « buena onda » dans ta vie
Comment dit-on en français que l’on a passé un bon moment ? C’était « super », « top », »génial » ou « chanmé » (si tu as moins de 25 ans). Ici c’est barbaro, (muy/re) bueno (isimo),  (muy/re) lindo (isimo), genial, increible, de puta madre, lo pasaste bomba, te encanto. Comptez-les, avec les variantes « muy » ou »re »avant ou « isimo » à la fin, on a déjà plus de 10 possibilités. Tout est dit. L’Argentin n’hésite pas à se montrer enthousiaste, quand le Français, lui, a du mal à exprimer son contentement et se sentira « cool » de faire son blasé. On l’entendra souvent dire cette expression horrible « c’est pas mal » (penses-y la prochaine fois que cette expression te viendra à l’esprit, fais l’exercice de dire que c’était « très bien »).
L’enthousiasme argentin est une sorte de candeur (pas de naïveté, non), d’attitude positive innée, une désinhibition, une propension à se laisser agréablement surprendre et à célébrer les bonnes choses (voir Faites la fête). C’est une passion pour le footles femmes,  pour la vie en général. Et la passion c’est bon !
On pourra rapprocher l’enthousiasme argentin à la tendance anglo-saxonne à dire « amazing » ou « great » à tout bout de champ, ou à applaudir le pilote quand l’avion atterrit (qui ne s’est pas déjà moqué des gringos qui font à ça, levez le doigt !)
Dans la vie de tous les jours, l’enthousiasme se traduit par une volonté d’aller de l’avant, une facilité à se lâcher, à parler un peu fort sans gêne, à parler dans une langue étrangère sans honte et même avec un accent à couper au couteau, à sourire spontanément, à recevoir un inconnu avec le sourire et en partant de l’apriori que tu t’entendras bien avec lui, à s’intéresser à son interlocuteur et avoir envie de partager un bon moment, même éphémère et sans lendemain (voir Argentine anti-blues). C’est un peu tout ça la buena onda.
Leur enthousiasme et leur désinhibition  se retrouvent mêlés dans les contacts physiques. Ici on n’a pas peur de se toucher, de se prendre dans les bras. L' »abrazo », équivalent du « hug » anglo-saxon, mais en plus câlin encore, est de règle lorsqu’on retrouve un ami. Il n’y a qu’à faire le test de l’aéroport, chose qu’il m’amuse de faire lorsque je voyage. Observer les gens qui se retrouvent ou se séparent. En France 2 bises vite fait. En Argentine : une avalanche d’abrazos et de besos (le Brésil a tout de même la palme en la matière). Pour l’anecdote, ici on fera la bise à son chef, au médecin ou au dentiste, sic, bref aux inconnus. Et on se sentira très conne lorsque, de retour en France en vacances, spontanément on ira taper la bise au voisin ou à sa boulangère, du jamais vu ! Le réflexe de la bise à tout le monde est dur à perdre.

 

Cultive ton jardin 
Une facette argentine que j’adore, c’est bien ce soucis de remplir sa vie personnelle. Cela passe par une curiosité intellectuelle étonnante, quel que soit l’âge, la situation de famille, sa condition sociale. Ici tu trouveras normal que le menuisier de 50 ans prenne des cours d’italien avec toi, trentenaire désoeuvrée (vécu), ou que ta collègue mère de 3 enfants prenne des cours de danse orientale (vécu). Du coup tu te retrouveras toi-même à prendre des cours de claquettes, comme ça du jour au lendemain (vécu). Il faut dire aussi que l’offre culturelle pléthorique de Buenos Aires aide beaucoup, mais quand même. L’attitude est indéniable. On ne choisit pas forcément son job, son gagne-pain, mais occuper son temps libre si dépend de chacun. Pour cette raison, on te demandera souvent ce que tu fais, à côté de ton travail. Car c’est un concept en soi, l’activité, le passe-temps ou la passion, et cela te définit tout autant que tes études ou ton job actuel.
Une autre façon de décompresser, et de cultiver sa vie sociale, quand on ne choisit pas ses journées, c’est sortir la nuit. J’ai en déjà parlé ici. Ici les nuits sont longues et intenses, et Buenos Aires offre mille et une possibilité pour tous les âges. Un simple exemple, ici les séniors tangueros se mettent sur leur 31 et peuvent taquiner la piste de danse tous les soirs de la semaine jusqu’à 5h du matin. C’est pas beau ça ? Maintenant, pensez à vos (grands)mères, en France, qu’est-ce qu’elles donneraient pour connaître ce frisson nocturne et musical ?
L’Argentin cultive aussi ses amitiés. A Buenos Aires, c’est assez frappant de voir que les porteños ayant grandi dans la capitale possèdent facilement plusieurs groupes d’amis depuis l’enfance ou l’adolescence. Chose qu’en France, mobilité oblige, il serait bien plus difficile de conserver. Il ou elle aura donc ses amis du colegio, de la fac, du football, du quartier, du travail. A noter que les groupes ne seront pas mixtes  car malheureusement, l’amitié homme/femme n’est pas le point fort des Argentins, il faut le reconnaître. Tous ces groupes se fréquentent donc, de près ou de loin, des années durant. C’est parfois vécu comme un cérémonial obligé, mais la tradition veut qu’on garde contact. Le point d’orgue de cette amistadmania est le fameux Dia del Amigo. On pourra dire que c’est artificiel, marketing, ce qu’on voudra, n’empêche, l’intention est là et recevoir un petit texto ce jour-là est savoureux.
Enfin, en plus de ses amis, de la famille, l’Argentin, et ce en province comme dans la capitale, sait cultiver le lien social en général, il discutera avec le papi qui attend le bus, ou en traversant la rue, ou en en faisant la queue, écoutera les anecdotes du chauffeur de taxi, bref saura parler avec un inconnu et même y prendre plaisir. Un truc de dingue quand on y pense : nouer une conversation avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, rendez-vous compte !! Vas-y, fais le test et ta mission sera de parler 4 phrases avec un inconnu. Tu te sens capable ? Ou tu as peur de faire peur à ton interlocuteur ? Haha, bonne question ! Bon pour les trouillard(e)s, j’ai un plan, ça s’appelle faire un stage, destino Buenos Aires 🙂

 

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Bersuit Vergarabat – La Argentinidad al Palo – voir paroles ici

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article repris sur Le Petit Hergé / Agoravox

Anecdotes et pensées chiliennes / Santiago

 

Depuis longtemps j’avais envie d’écrire quelques anecdotes inspirées de voyages dans les pays limitrophes, Chili, Uruguay, ou proches, Brésil, Pérou.
Je commencerai par le Chili, ou plus précisément par sa capitale, Santiago. Je ne prétends pas la connaître profondément, mais plusieurs petits sauts de puce de l’autre côté des Andes au cours des dernières années m’ont inspirée et j’avais envie de partager mes impressions.

Tout d’abord, venant de Buenos Aires, 2 heures de vols sur la même latitude offrent un spectacle unique. Après la Pampa pendant plus d’une heure, dont on ne voit plus la fin, le relief commence à s’accidenter après Mendoza, puis les Andes s’imposent enfin, suivant les saisons avec beaucoup ou très peu de neige. Spectacle à admirer absolument, idéalement au lever ou coucher de soleil, toujours penser à demander une place côté hublot ! Puis la cordillère prend fin, et de suite Santiago s’étend à ses pieds, avec son smog.

Passage de douane, de suite on se fait vouvoyer, de suite on sent qu’ici c’est moins relax que les douanes argentines (voir Argentine anti-blues).
Chose rigolotte, en 2 heures d’avion on passe, du moins c’est mon impression, de 1.80m à 1.70m pour les hommes, de 1.65m pour les femmes à 1.50m et quelques pour les femmes. Les femmes sont plutôt rondes, certaines ont des vrais visages de poupée, bien brunes aux yeux clairs. Je commence à reconnaître les chiliennes. Quant aux hommes, plus difficile à dire… mais disons qu’en sortant de Buenos Aires on est mal habitué, très mal, et que c’est assez dur de concurrencer le porteño 🙂 Je m’arrête là sinon si un homme chilien me lit je vais me faire lyncher haha !

Anecdote d’aéroport, les fois où je suis arrivée ou repartie de Santiago un jour de semaine, j’ai constaté que j’étais l’une des rares femmes à me promener dans l’aéroport ! En semaine, des groupes entiers composés exclusivement d’hommes prennent les vols domestiques, ce sont les hommes travaillant dans les explotations minières du pays.

On arrive dans le centre de Santiago en 30 mn, soit assez de temps pour se rendre compte qu’ici les vieilles voitures sont inexistantes (une loi a tout simplement interdit les vieux véhicules – je ne connais pas l’année exacte considérée comme âge limite), que les routes sont très bien entretenues.
Si on prend le métro, on sent qu’on a voyagé dans le temps par rapport à Buenos Aires ou même Paris, c’est grand, spatieux, propre. Forcément c’est moins vieux et c’est chilien, comprendre un peu allemand sur les bords. Le métro coûte 3 fois le prix de celui de Buenos Aires, selon les horaires.

Les rues sont propres, les bâtiments ne sont pas à tomber par terre (toujours en comparaison de Buenos Aires). Hormis quelques reliques bien conservées de style français, dans le centre c’est plutôt moderne, sans âge. Certains quartiers du centre et ensuite les quartiers chics vers l’Est, Las Condes ect, sont de véritables concentrations de gratte-ciels, d’immeubles de 30 étages. Quant on sait que le Chili est sur une zone ultra-sismique, ça donne quelques sueurs froides ! En ce moment se construit la tour Costanera Center qui sera haute de 300 mètre, rien que ça, soit quasi la Tour Eiffel. Pour le moment la tour Titanium fait déjà 192 m. Le Chili voit les choses en grand.
Les quartiers de Bella Vista et Providencia eux sont différents, avec leurs maisons basses, colorées, certaines de style « colonial », leurs rues pavées, arborées, les jardins cachés que l’on devine derrière de hauts murs, des quartiers très agréables, l’équivalent du Palermo de Buenos Aires, ce sont mes quartiers préférés.
La ville compte aussi de beaucoup de zones arborées et de pistes cyclables. Comme en plus Santiago est tout plat, on voit beaucoup de cyclistes, encore plus qu’à Buenos Aires, et même sur les routes, entre Santiago et Valparaiso par exemple, chose inconcevable en Argentine, vu les distances entre chaque ville.

La chose surprenant de Santiago, plus que Santiago, c’est la proximité de la cordillère des Andes, majestueuse, qui en hiver arbore des sommets enmeigés. On sent la montagne tout près, à portée de main, et lorsqu’il pleut le smog s’évanouit et on aperçoit cette énorme masse sombre dès qu’on regarde vers l’Est. C’est pratique pour s’orienter dans la ville.

Les poubelles permettent le tri sélectif, chose que Buenos Aires peine encore à mettre en place. A Santiago pas de poubelle à même le sol dans la rue (du moins dans le centre). Une évidence qui me saute aux yeux après 4 ans passés à Buenos Aires, à voir l’Argentin poser allègrement son sac poubelle  au coin de la rue sans culpabilité aucune, ni vu ni connu, à l’aise Blaise.

Autre élément de modernité que les Européens ne pourront pas apprécier mais les Argentins si, les billets chiliens sont tous quasi neufs, colorés, un peu style Monopoly, à l’opposé du billet de 2 pesos argentin qui lui ressemble davantage à un parchemin du 15ème siècle.On accepte la CB quasi partout, waowww, on se sent tout d’un coup dans le primer mondo en venant d’Argentine, royaume de l’argent liquide et du paiement en cash, partout.

On a parfois du mal à comprendre une conversation entre Chilien, même de la capitale, admettons-le. Moi et même des Argentins. Ils ont une multitude de mots bien à eux, et un accent bien particulier, surtout les hommes. Et comme en Argentine, ils se sont inventés quelques petites conjugaisons à eux, manière. Ca donne le célèbre « Catchaï ? » pour dire « tu comprends ? »
Les femmes parlent plus nettement à mon goût, et ont une voix plutôt aigüe. Je me souviens que lors de mon premier séjour j’avais l’impression qu’elles chantaient.
Ici lorsqu’on parle d’une tierce personne on met « le » ou « la » devant. Ca donne « comment va la Laura ? »
Pour eux l’accent argentin est un accent comique. J’ai vu une pièce de théâtre où un acteur prenait volontairement l’accent porteño argentin pour faire rire le public (selon les dires d’un ami chilien).

Si je devais décrire quelques traits de personnalité chiliens, toujours en comparaison avec les porteños argentins et selon ma modeste expérience, je dirais que les Chiliens sont en général plus calmes, plus réservés, parlent moins fort, semblent moins sûrs d’eux. La jeunesse est la même qu’en Argentine, bruyante, insoucante et festive, lorsqu’on se ballade un samedi soir dans Bella Vista. Mais les adultes sont beaucoup plus tranquilles que les porteños argentins, c’est indéniable.
Un ami chilien résume la situation ainsi : « L’Argentine a eu 7 ans de dictature et s’en est sortie en 1983. Le Chili en a pris pour 17 ans et s’en est sorti en 1990 ».
Mon ami me dit qu’il a souvent du rassurer son père quand il était adolescent et qu’il sortait tard. Son père avait autant peur de la police que de ses excés d’alcool. Mon ami lui répondait que la dictature était finie.

Encore davantage qu’en Argentine, parce que la fin de la dictature chilienne est plus récente je pense, l’histoire du pays est souvent abordée dans les conversations et on assiste à une étrange dualité. Autant Pinochet est considéré à l’étranger comme un dictateur, autant au Chili cela fait débat.
Dans le quartier de Bella vista, plusieurs cafés concerts affichent clairement leur orientation à gauche, avec des peintures murales à l’effigie de Victor Jara (chanteur communiste torturé et assassiné pendant la dictature, à qui on a d’abord coupé des doigts avec une hache pour être bien sur qu’il ne jouerait plus). Leurs chanteurs se moquent ouvertement du Président actuel Sebastian Pinera (de droite) et insultent directement Pinochet. Dans le centre, l’immense bar sur 3 étage, appelé The Clinic,  dans lequel se pressent tous les employés à la sortie des bureaux, est un site on ne peut plus contestataire, avec partout sur les murs sur  étages des posters géants de personnes politiques illustrés de légendes ironiques, critiques. Idem sur des écrans télé. Et les journaux gratuits du même groupe éditorial sont en libre distibrution. Un peu comme si le Canard Enchaîné avait un immense bar dans le centre de Paris.
Dans le même temps, dans des quartiers moins bohèmes et plus chics, d’autres admirent ouvertement le personnage de Pinochet, et le félicitent d’avoir fait éviter au pays le « danger communiste » représenté par Salvador de Allende, grâce à son coup d’Etat. 38 000 personnes ont été torturées sous la dictature, 3 200 tuées ou portées disparues.
Je me souviens de mon premier jour à Santiago, le surlendemain de la mort de Pinochet, en décembre 2006. L’amie qui m’accueillait m’a montré une page entière de publicité parue la veille dans le journal le Mercurio intitulée  « GRACIAS PRESIDENTE », écrit en lettre capitales, et signée par plusieurs grandes familles chiliennes, les fameuses dont on parle souvent, qui à elles seules détiendraient le pays.
60 000 personnes sont venues rendre hommage à Pinochet et faire la queue sous un soleil de plomb pour aller voir son corps. Un individu qui avait fait sept heures de queue pour cracher sur le cercueil a été emprisonné.
Oui le Chili est au niveau politique bien plus conservateur et opus dei que l’Argentine, qui elle excelle en matière de droits de l’homme (nombreux procès de hauts membres de la dictature, annulation de la loi du Punto Final qui les absolvait, et plus récemment mariage pour tous – avant la France, sic- , ley de itendidad del genero etc). Oui l’Argentine aussi est un peu bananière dans son genre, avec son lot d’oligarques et sa haute bourgeoisie, mais elle est à la fois plus funky et ouverte d’esprit, y’a pas photo.

Le Chili en est à se demander si ce serait opportun de réduire ou de supprimer les frais de scolarités exorbitants et dissuasifs pratiqués par les universités PUBLIQUES. Depuis 2011 des centaines de manifestations ont eu lieu, la dernière il y a quelques jours, suivie par 50 000 / 80 000 étudiants
L’Argentine, elle, accueille à l’université publique de la UBA à Buenos Aires des milliers d’étudiants de toute l’Amérique du sud (Chili, Colombie…) venus étudier pour un prix très très abordable (pour les Argentins l’université publique est quasiment gratuite). Donc oui, l’Argentine et ses acquis sociaux font rêver de nombreux Chiliens. Et pas que ses acquis sociaux. Ses artistes, ses rockeurs (le rock chilien était interdit de diffusion pendant la dictature donc le rock argentin était béni), leur insouciance, leur confiance en eux et ce « je ne sais quoi »… Cet édito publié en mars 2013 dans je journal chilien La Tercera a d’ailleurs fait des vagues.

Les Chiliens eux peuvent reconnaître, toujours en comparaison avec leur voisin, que leur économie va plutôt bien, qu’ils n’ont pas une inflation annuelle de 30% depuis des années, qu’ils ont des infrastructures de transport impeccables (autoroutes et routes), des magasins mieux fournis, des produits importés bien moins chers, des compagnies aériennes concurentielles…, et une société beaucoup moins corrompue. Impossible par exemple de tendre un petit billet à un fonctionnaire pour arranger les choses.

Enfin, là où le Chili  met la raclée à l’Argentine, c’est en cuisine. Je dois avouer que j’en ai ma claque du régime argentin viande empanadas pizzas et quelques jours à Santiago à manger sauvagement me réconcilient avec la vie. Au Chili, il existe le concept sud-américain de menu pas cher pour déjeuner, chose qui a été oubliée en Argentine, où le menu consiste seulement en un plat et une boisson et si on a de la chance un café. Au Chili on a droit à une vrai entrée ou une soupe, un plat et un dessert pour des prix dérisoires dans les quartiers du centre. Pour le prix d’un coca on peut demander un jus naturel de fraise, mangue, maracuya (fruit de la passion). Les plats à base de poisson et fruits de mer sont un vrai luxe pour les papilles. La cuisine est variée, saine, traditionnelle. A goûter le pastel de Jaiba por Dios !!!
Le chocolat et même le cacao en poudre ne sont pas considérés comme des produits de luxe (comme en Argentine) et c’est tant mieux, comme ça j’en ramène 4 paquets à la fois.
Enfin, touche personnelle, Santiago est très bien fourni en restaurants péruviens et on peut manger un succulent ceviche péruvien comme si on était à Lima, et ça, ça n’a pas de prix.

Bon il se fait tard, mais revenant tout juste de Santiago, j’avais envie de coucher mes impressions sur la Toile tant qu’elles étaient encore fraîches.
Je finirai en chanson avec quelques uns de mes chanteurs chiliens préférés, Los Tres, Bloque Depresivo

Etre une femme à Buenos Aires, mode d’emploi

PIERNAS Y BANDONEON © 2004 por daniel machado

Parlons des femmes, des hommes, d’amour, de drague, de sexe et de rock’n’roll ! Beaucoup à dire, beaucoup à raconter, mais commençons par le commencement.

« Femmes je vous aime » pourrait bien résumer mon propos.
1- Ici femme tu es, de l’instant que tu franchis la porte de chez toi le matin et jusqu’au soir. Tu n’es pas dans le métro à Paris. Te ne passeras jamais inaperçue. Transparente tu ne seras pas, même pas la nuit sur un trottoir mal éclairé.
2 – Ici tu es una mina, una piba, una chica, una mujer, una señorita, una señora. Ici ta féminité prend tout son sens, prépare-toi. En ton honneur on a même appelé le pont le plus célèbre de la ville le « puente de la Mujer ». Pour te dire.
3 – Si tu es jolie et/ou que tu as de bonnes fesses (una linda cola), et/ou des seins (lolas) qui se remarquent tous seuls ou que tu montres un tant soit peu, tu es hermosa, muy linda, un bombon
4 – Tous les hommes de 7 à 77 ans te perçoivent, te voient et te regardent. Tous. C’est la tradition, la culture, dans les gênes, comme tu voudras mais c’est un fait. Si tu es déjà allée un jour en Italie du sud, dans des pays sud-américains ou arabes, tu sais ce que je veux dire.

Etre une femme te donne donc quelques avantages et passe-droits, alors autant en user.
– on te cède facilement la place dans le métro ou dans le bus
– on te laisse monter la première dans le wagon de métro ou dans le bus
– parfois le chauffeur de colectivo veut te montrer que tu ne lui déplais pas et ne te fait pas payer le ticket (vécu)
– ou il s’arrête pour te faire descendre juste là où tu lui as dit que tu comptais aller, même s’il n’y a pas d’arrêt (vécu)
– ou il s’arrête dans la rue pour te faire monter, même s’il n’y a pas d’arrêt (vécu)
Ceci est aussi possible pour les hommes mais ça marche moins systématiquement. D’ailleurs, sans réfléchir, j’ai voulu tenter la même chose lors de mon dernier séjour en France, tellement habituée, j’ai voulu héler un bus dans la rue comme on hèlerait un taxi ! Je me suis bien ramassée comme une vieille chaussette
– tu peux négocier de super tarifs au vidéoclub, et rendre les films plus tard que prévu, avec un sourire ça s’arrange toujours (vécu)
– d’une manière générale, personne ne te parle mal ou n’est agressif.

Tous les hommes argentins de 7 à 77 ans donc, potentiellement, peuvent se retourner sur ton passage, arrêter  deux secondes leur conversation, te lancer un compliment, te demander un numéro de téléphone, te suivre quelques mètres dans la rue…. Ils ont partout dans le monde cette réputation de tombeurs et après 2 ans ici je peux témoigner que c’est bien mérité. On l’aura compris, inactif et timide, l’homme argentin n’est pas. Bien au contraire, il avance et ne recule jamais de peur de se prendre un « NO ». Ici  un dicton célèbre dit « El no ya lo tenes », littéralement « Le non tu l’as déjà », donc tu ne peux que gagner un oui. Bien vu, non ? Donc pas d’orgueil mal placé, ou de peur du ridicule, on essaie, on tente, et que le meilleur séducteur gagne. Te voilà prévenue.
Illustrations concrètes : tu ne seras pas surprise que ton élève de français de 24 ans tente sa chance auprès de toi, prof trentenaire, tout comme celui qui en a 60 (vécu). Pas plus que si un médecin te propose à la fin de la consultation d’aller boire une bière un de ces 4, tout en portant une belle alliance (vécu). Ou qu’un fonctionnaire te cherche et te rajoute en ami sur Facebook environ 2h après l’avoir vu dans un bureau (vécu).

Les argentins, homme et femmes, ont un don inné pour la conversation, ils s’intéressent à toi, te posent toujours des questions etc. Donc le séducteur argentin n’a aucun mal à nouer le contact, imagine-toi. Tu ne l’as pas vu arriver qu’il est déjà à côté de toi. (Il faut savoir par ailleurs qu’il peut disparaître aussi vite qu’il est rentré dans ta vie, mais là n’est pas le sujet). Il vient généralement t’aborder sans trop attendre, seul, ou en groupe accompagné de congénères. Je n’ai jamais encore entendu ici l’histoire d’une fille qui ait eu besoin de faire le premier pas. Pour les timides, c’est assez pratique. Il paraît même qu’avant les hommes étaient encore plus entreprenants. 2 amis m’ont raconté comme s’étaient connus leur parents. Pour l’un, le père a flashé sur la mère dans le colectivo, est descendu au même arrêt qu’elle et l’a suivie dans la rue pour lui demander son numéro de téléphone. Pour l’autre, son père était en train de conduire quand il a vu sa mère rentrer dans un magasin, s’est arrêté, y est rentré lui aussi, s’est rendu compte qu’elle y travaillait et l’a attendue le soir à la sortie. Ca laisse rêveur non ?

Le prédateur argentin est toujours très démonstratif, très expressif, toujours. Ajoutez à cela que l’argentin moyen a oublié d’être moche (c’est mon avis), cela crée parfois un cocktail explosif. Attention aux nouvelles arrivées (et mêmes aux vétérantes), risque accru de perdre la tête, gardez la tête froide ! Il embrasse sans gêne (qui n’a pas vu un couple de porteños se rouler des pelles en public n’a rien vu). Et il aime embrasser. J’ai remarqué d’ailleurs une certaine obsession pour le « beso ». On entendra facilement « me das un beso ? » ou « te puedo robar un beso ? ». Cela semble au début un peu enfantin, passé l’âge de la puberté, mais on s’y habitue. Le premier beso accordé lui donne un avant-goût de victoire.

L’argentin manie l’art du piropo, du compliment, plus ou moins subtilement, mais toujours très spontanément (et avec toutes les nanas tu penses bien). Que lindos ojos, que boca preciosa, sos mas linda que el Obelisco, du plus classique au plus kitch.
L’apothéose de cet art se démontre tous les jours dans la rue. Tu t’habitues aux sifflements et commentaires du style « me enamore », « me caso con vos », « te quiero dar 3 hijos » bla bla bla. Un test qui réussit à tous les coup, tu passes devant un chantier en construction. Effet push-up auto-estime assuré ! Si aucun homme ne te fait de commentaire, de compliment ou ne te siffle, alors fais-toi du soucis.(voir liste plus bas de compliments à la sauce argentine )

Détail croustillant, comme partout en Amérique du sud, il existe à Buenos Aires une offre pléthorique de « télos » (verlan de hôtel), qui se reconnaissent aux néons rouges le soir et à leur entrée de parking souterrain, toute en discrétion. Dans ses hôtels on loue des chambres à l’heure, à la demi-nuit, à la nuit. des hôtels de passe on dirait chez nous, saut que c’est pour Monsieur et Madame tout le monde. Du plus basique au plus chic, avec jacuzzi, matelas à eau, miroir au plafond, chambres à thème. Tout est question de budget. On en trouve dans tous les quartiers, avec une forte proportion dans les quartiers de bureaux, comme par hasard. Tout le monde y va, le petit frère de 16 ans qui n’a nulle part où emmener sa petite amie, les jeunes adultes qui n’ont pas les moyens de quitter la maison de papa maman, le couple qui vient de se rencontrer en boîte, les amants, maîtresses, patrons, secrétaires, collègues de bureau de 5 à 7. Amours adolescentes, amours fugaces, amours clandestines, amours occasionnelles ou histoires fraîches, tout le monde va au télo. Toi parfois tu marches dans la ville, tu reconnais leur devanture si spéciale, tu penses à ce qui se passe à l’intérieur et ça te fait sourire…
Tu vas voir, Sexy Aires va te plaire, on parie !

ps : Voir la suite de ce billet : le Mode d’emploi de survie sentimentale à Buenos Aires à l’usage des âmes romantiques

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L’art du piropo
Trouvés sur internet, les meilleurs « piropos » (compliments) argentins:
Detrás de una mujer hay un enigma y vos tenés un flor de misterio.
¿Vos existís o yo te estoy inventando?
Por vos subiría al cielo en bicicleta y bajaría sin frenos.
Dejaré de volar el día que aterrices en mi vida.
¡Nena, con esa delantera ganamos el mundial!
Estoy con fiebre y encontré el antibiótico justo
Si no creés en el amor a primera vista esperá que vuelvo a pasar
Encandilame con esos faroles así chocamos de frente.
Tus ojos son dos luceros que iluminan mi camino, pero un día los cerraste y me hice bosta contra un pino
Esta maceta necesita de una flor como vos
Realmente estoy luchando contra la necesidad de hacerte esta noche la mujer más feliz del mundo.
Estoy buscando Diosas para una nueva religión… Y acabo de elegirte.
Hola. Soy un ladrón y lo primero que quiero robar es tu corazón.
Perdona, ¿no tendremos algún amigo en común para que nos pueda presentar?
Sos el complemento ideal para terminar de decorar mi dormitorio.
¿Me dejás sacarte una foto?
Quiero enviársela a mis amigos y demostrarles que los ángeles existen.
Hermosa, Tienes que estar mareada de dar tantas vueltas en mi cabeza.
Tengo que comprarme un diccionario, desde que te vi me he quedado sin palabras!
 ¿Te molesta si te observo un ratito?
Es que quiero recordar bien tu cara para mis sueños.
Sos tan dulce, que solo con mirarte me duele la muela.
Disculpa, ¿Vos existís o yo te estoy inventando?
Quisiera ser gato, para pasar 7 vidas a tu lado.
¿Te hiciste daño al caer del cielo?
¡Vos con esas curvas y yo sin frenos!
Eres tan dulce que sólo con mirarte engordo.
 ¿De qué juguetería te escapaste muñeca?
¡Cómo avanza la tecnología… porque hasta las flores caminan!
 Sos la rueda de auxilio de mi corazón en llanta.
¡Policía, policía! No persigan al ladrón, persigan a ese chico que me ha robado el corazón.
En que estarían pensando los piratas, cuando abandonaron semejante tesoro.
 ¿Sabes que es lo más bonito de dormir?… El saber que puedo soñar contigo…. Y lo más bonito de despertar es que no eres un sueño, sino que eres real.
Si la felicidad es agua y el amor es fuego,
¡Como me gustaría ser tu bombero!
Me gustaría ser tu ropa para poderte abrazar y decirte todos los días lo buena que estás.
Si tuviera que regalarte algo te regalaría un espejo por que después de ti lo mas hermoso es tu reflejo.
Rubita, sol de los soles, tu cara es una custodia; y tu pecho una escalera para subir a la gloria.
Se te cayó un papel.El que te envuelve, bombón.
Ser esclavo de tu amor, es tener como prisión el Paraíso.
Sources
http://www.foroamor.com/piropos-argentinos-25756/
http://chenegro.com.ar/2009/02/coleccion-de-piropos-argentinos.html
http://www.piroposcortos.com/piropo/category/piropos-argentinos/