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On a grillé des clopes et de l’essence dans les rues de Buenos Aires. La caméra allumée

Je viens de découvrir cette vidéo, réalisée par Lucie Rico et Marine Louvet, d’autres fans comme moi des taxis porteños.
A voir des portraits touchants de ces chamuyeros/espiritus libres

« Avec près de 40 000 véhicules jaune et noir, Buenos Aires est la ville du taxi. Un pour 70 personnes : c’est trois fois plus qu’à New York et bien plus que n’importe où ailleurs. Ils transportent chaque jour environ un million et demi de passagers, loin devant le métro. Alors, comme il faut toujours commencer par rouler vite dans des taxis la nuit pour comprendre une ville, on a grillé des clopes et de l’essence dans les rues de Buenos Aires. La caméra allumée. »

 

Los argentinos somos IN-CO-RRE-GI-BLES

Voilà une petite vidéo prise hier dans un taxi. 
Quand j’ai compris à qui j’avais affaire, j’ai pas pu résister et j’ai sorti mon téléphone pour filmer ça. 
Franchement, il y a une autre ville au monde où on se marre autant dans les taxis ?

Los argentinos somos IN-CO-RRE-GI-BLES me dijo ayer un taxista. 

Y lo filme. A los que me preguntan porque me gusta Buenos Aires, les contesto que me quede por culpa de este tipo de personajes y por esos momentos de buena onda unicos


Parler d’amour avec les taxis porteños

taxi

S’il y a une chose facile à faire, c’est bien de faire parler des Argentins.
De tout, de ce qu’ils savent ou pas bien ou pas du tout, de les faire commenter, disserter, opiner, relater, raconter, parler, parlare !!! L’influence italienne n’y est pas pour rien. A la différence de la France, ici on parle beaucoup plus de football, très peu de la météo (il fait soleil 320 jours par an, c’est donc un non-sujet), très peu du travail, beaucoup moins de vacances et « où on va partir en week-end » (forcément quand on n’a que 2 semaines par an le sujet est vite épuisé). En revanche on parle beaucoup d’activités extra-professionnelles (très souvent on m’a demandé ce que je faisais « en dehors de mon travail », partant du principe que les loisirs définissent autant une personne que son gagne-pain). On parle du présent, du passé, très peu du futur (généralement la plus longue échéance s’arrête au week-end prochain). Mais surtout, au croisement du 34° parallèle sud et du 58° méridien ouest de la mappemonde, on parle de sa vie privée, de sentiments, et d’amour. Cette particularité m’a fait vivre des moments uniques avec les chauffeurs de taxi porteños.

Depuis ces quasi 3 années passées ici, parmi les innombrables voyages effectués dans ces voitures jaunes et noires que j’affectionne tant, en plus des franches rigolades, des surprises musicales et autres conversations « buena onda », j’ai en mémoire beaucoup de confidences, d’histoires, et d’anecdotes qui tournent autour de « EL AMOR ». Voici les dernières dont je me souviens, véridiques et fidèlement retranscrites. Toute ressemblance avec une personne réelle n’est absolument pas fortuite.

  • Pablo est un rebelle. Son père, immigré du sud de l’Italie, lui a toujours parlé de la mère patrie et de comment étaient les paysages, le goût des tomates, les femmes de là-bas, le bleu de la Méditerranée etc. Tellement excédé par ces éternelles comparaisons avec le vieux continent, il a pris le contre-pied et n’a jamais voulu parler italien, même s’il comprend tout. Il demandait à son père pourquoi, si l’Italie était si bien, il en était parti. C’est qu’à l’époque, en Italie, son père ne mangeait pas à sa faim. Mais ça, le vieux ne l’admettait  pas. Pablo considère que l’Argentine a tout donné à ses parents et lui il est fier de son pays. De son enfance dans la province profonde il en a retiré une grande soif d’aventure. Il prit la route très jeune et a parcouru avec son poids-lourd toutes les routes du pays, celles du Paraguay et du sud du Brésil. Bien sûr, cela n’a pas aidé sa vie sentimentale. Il ne s’est jamais marié. Il n’est d’ailleurs jamais vraiment tombé amoureux dans sa vie. La seule femme qui lui plaisait un tant soit peu dans sa jeunesse, il n’a jamais osé l’aborder. Aujourd’hui, à 50 ans passés, il est heureux. Il a toujours plu aux femmes et a eu celles qu’il voulait, me raconta-t-il en toute modestie. Il s’est reconverti en chauffeur de taxi pour avoir une vie plus sédentaire. Et puis aussi parce que ça aide quand même pour les femmes ! Peut-être qu’un jour, tout bien réfléchi, il fera plaisir à son père qui le regarde de là-haut, et il ira faire un tour en Italie. Après tout, il comprendrait tout là-vas, et parlare ne doit pas être tant difficile.
    Le 24 juin 2011 en allant à la despedida de Carole, d’en bas de chez moi à Las Heras y Scalabrini Ortiz
  • Il y a celle aussi du 25 décembre 2010 au soir, entre les Bosques de Palermo et chez moi, quand je n’avais pas le moral et que le Gers me semblait trop loin. Je ne me rappelle plus ce qu’on s’est dit mais je me souviens que le chauffeur de taxi m’a fait passer des larmes au rire en 2 secondes chrono. Rien que pour ça je voulais lui rendre hommage.
  • David m’a demandé directement si c’était un homme qui m’avait fait rester en Argentine tout ce temps ou non. Devant mes soupirs désabusés il a m’a parlé de ses AMORES à lui. Il est resté 11 ans avec une femme, plus âgée que lui. Quand il l’a rencontrée, il était très jeune et a quitté ses parents et la maison familiale du quartier de Caballito, à l’âge où ses copains ne pensaient qu’au foot. Il est devenu un homme avec elle, il s’est mis à travailler de suite, comme taxi, pour faire vivre le ménage. Vers les 30 ans, il s’est séparé. Elle avait un caractère de chien et il n’en pouvait plus. Il lui a laissé la maison, tous les meubles et est reparti en slip vivre dans une pension. Puis, très vite, il a connu le vrai AMOUR avec sa 2ème femme, qui avait déjà 4 garçons, séparée. Avec elle, ce fut le coup de foudre. « Sabes cuando hay piel con una persona, hay piel, no podes hacer nada en contra ». Ils eurent 2 filles ensemble. Il peut dire qu’il a connu 29 ans d’amour et de bonheur, sans beaucoup d’argent, jusqu’à ce qu’un cancer emporte sa femme il y a 4 ans.  Il considère qu’il est toujours avec elle, la preuve, il m’a montré son alliance encore à son doigt. Il a emménagé avec elle un 28 novembre 1978 et considère donc qu’ils se sont unis à cette date précise. Dans la réalité ils n’étaient pas vraiment mariés car sa dernière conjointe n’a jamais officiellement divorcé. A l’époque, ça ne se faisait pas trop. Du coup pour l’état civil il est toujours un « jeune » célibataire et ça le fait marrer.
    Entre mon travail et Plaza Francia, le 28 septembre 2011
  • Il m’a demandé ce que je venais de faire ce soir-là, je lui répondis que je sortais d’un spectacle de tango et Edgar a enchaîné direct sur le thème du tango. Son père et sa mère étaient de grands amateurs et ont gagné plusieurs concours de danse, à l’époque où chaque quartier avait ses danseurs de compétition. Lui, il est raide comme un piquet et n’a jamais su trop danser quand il était jeune. Enfin, il est modeste. Parce que le minimum, il le sait. Il a eu 4 enfants avec sa première femme et s’est séparé, soulagé. Avec elle, pas de tango, pas le temps, il fallait travailler. Il s’est retrouvé célibataire à 50 ans, sans trop savoir comment approcher les femmes. Mais il s’est souvenu que le tango fait faire des rencontres. Il eût raison. A sa première sortie en célibataire, dans une milonga à l’angle de Corrientes et Riobamba, il a rencontré sa deuxième femme. Il avoue, avant de lui parler, il a surtout regardé ses jambes et sa robe noire moulante. Et le goût des femmes lui est revenu aussitôt. Comme c’était une danseuse très sollicitée, il s’est littéralement planté devant elle, a attendu patiemment que les autres danseurs lui laissent 2mn de répit et lorsque ce fut son tour il a tout donné. Visiblement, il ne s’est pas trop mal débrouillé car depuis 10 ans ils ne se lâchent plus. Justement, en parlant de tango, il s’est rappelé que ça faisait longtemps qu’il n’avait pas « sorti » sa señora un samedi soir pour aller danser, et que ça lui ferait certainement plaisir… Et oui « EL AMOR » ça s’entretient m’a-t-il dit.
    d’Abasto à chez moi un soir après un concert de tango, mercredi 21 septembre 2011
  • Enfin, je ne pouvais pas finir sans parler de GUSTAVO, le meilleur pour la fin, rencontré début 2009 soit quelques mois après mon arrivée. Il nous a emmenées, ma mère et moi, de l’Avenida de Mayo à la gare de Retiro pour prendre notre bus pour Cordoba. Gustavo nous a fait tant rire que je lui ai tout de suite demandé sa carte et lui ai donné mes coordonnées. Arrivées à Cordoba 10h plus tard, nous avions déjà un mail de lui nous demandant si nous avions fait bon voyage… Bien sûr, c’est lui que j’ai appelé pour qu’il emmène ma mère à l’aéroport d’Ezeiza à son retour en France. Et de l’aéroport il a eu la gentillesse de m’envoyer un texto pour me rassurer et me dire qu’il l’avait bien déposée…
    Depuis, Gustavo a transporté toutes mes affaires lors de mes divers déménagements et m’emmène toujours à l’aéroport. Mes amis d’ici, collègues et connaissances l’ont tous appelé au moins une fois. De la même façon, mes amis de France venus en visite à Buenos Aires sont tous repartis avec lui à l’aéroport. Il a rajouté tout ce petit monde sur Facebook et  leur envoie régulièrement ses amitiés, en français s’il vous plaît, depuis qu’il a découvert Google Translator. Maintenant, les amis de mes amis l’appellent et lui disent qu’ils ont eu son numéro par une certaine Fanny qu’ils ne connaissent pas directement. La réputation de la buena onda de Gustavo m’a donc dépassée ! Ce soir il m’a envoyé une photo prise avec son portable, pendant qu’il conduisait. Une boulangerie qui s’appelle « La Francesa d’Almagro » (Almagro est un quartier de Buenos Aires). Sans blague la voici.
Franchement, ces taxis porteños, c’est pas des amours ? Pour lire d’autres histoires sur les taxis porteños, c’est par ici
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Argentine anti-blues

photo de linternaute.com

Si un jour cela doit t’arriver toi aussi,
prendre un avion sans trop savoir pourquoi,
traverser l’océan et laissser derrière tes parents, tes mamies, ton brother et tes meilleurs amis
voyager toujours seul(e) sans personne à côté
savoir qu’à l’aéroport personne ne t’attend,
ressentir le blues du gitan, le vague à l’âme du voyageur, le tournis,
arrange-toi ce jour-là pour que ce soit destino Buenos Aires, aéroport d’Ezeiza.

 

Démonstration n°1:
Me voilà de retour après une longue pause estivale, chaude et régénératrice made in France. Arrivée à l’aéroport de Buenos Aires à 4.25 du matin, un peu défoncée, triste, mauvaise humeur, froid soudain (10°C) après la chaleur de Barcelone, envie de me coucher, c’est tout.
Je me dirige vers la douane et me rends compte que j’ai oublié le petit papier distribué dans l’avion pour l’immigration. C’est mon tour, je passe devant la cage en verre du douanier, et lui dis que je n’ai pas le formulaire, j’ai dû le laisser dans l’avion.
De l’autre côté du verre il y a Pablo le douanier, appelons-le Pablo, d’une cinquantaine d’année, qui voit passer la 200ème touriste de la nuit, moi. Il a dû se lever à 2h du mat peut-être, ou il ne s’est pas couché du tout. Il ne fait pas un boulot passionnant, tamponner des passeports dans une cage en verre. Toute sa vie il aura vu passer des voyageurs qui sortent de l’avion, avion qu’il n’a certainement jamais pu prendre vu ce qu’il doit gagner. Mais il s’en fout, parce que Pablo, même un matin d’hiver à 5h du mat, il a le SMILE, la patate, l’envie de déconner, la gentillesse, le mot qui fait rire, il est argentin.
Il a dû penser que j’avais un air de chien battu, alors il s’est dit qu’il allait essayer de me dérider.
Il me regarde et me dis :
– « Ah toi, je sais, t’as perdu la tête, t’es amoureuse, et du coup tu perds tout, les papiers etc » !
Il guette ma réaction et évidemment je souris, il m’a eue. Je ne m’y attendais pas à celle-là. Je ne rentre pas dans les explications du pourquoi je perds tout et que c’est héréditaire et que y’a qu’à voir ma mère et ma grand-mère et que mon frère a le pompon de la famille, non, il s’en fout.
Je souris, et il me dit
– « Ma poupée t’en fais pas, prends ce papier et complète-le moi ».
Je le remercie d’être si gentil. Un peu de réconfort ce matin-là n’était pas de trop.
Je lui ramène le papier et il me demande combien de temps je reste. Ayant mon visa de travail périmé, je suis cette fois-ci touriste (charme de la bureaucratie argentine) et demande poliment d’avoir 3 mois, le maximum.
Et là Pablo il se dit qu’il a tout compris, on la lui fait pas à lui, la nana seule qui débarque et qui demande 3 mois, et s’écrie
– « Ca y est, j’ai compris, tu as trouvé un fiancé argentin !!! Bravo !!! Je te félicite ! T’es trop forte ! Mais attention aux fiancés argentins, c’est des filous, je t’aurais prévenue ! Vraiment je te félicite ! Bravo ! Je suis content pour toi !  »
Ses collègues des cages en verre à côté se retournent, me regardent, je ne sais pas trop où me mettre, et ils me sourient, rient en regardant Pablo, et reprennent leur tamponnage de passeport.
Et là je me suis franchement marrée, à 5h05 un matin d’hiver, un peu défoncée, triste, mauvaise humeur, froid soudain et envie de me coucher. Pablo, il était trop fort. Ici tu ne peux pas être triste, c’est pas admis et ils ont bien raison. Car à la réflexion, mes petits soucis ce matin-là n’étaient juste qu’une petite fatigue d’une nana bien gâtée par la vie.

 

Démonstration n°2
5 mn après avoir laissé Pablo et retrouvé mes bagages, je pars dans un taxi. J’ai le temps de marcher quelques mètres et de ressentir le charme des températures hivernales de Buenos Aires, en d’autres mots de me cailler les miches, et là je tombe sur le taxi Jorge, avec sa doudoune et sa bonne bouille. Sitôt démarré qu’il allume le poste radio et met un CD d’Aventura, la bachata dominicaine qui me fait toujours si chaud au coeur. J’hallucine, car en Argentine ce n’est pas hyper courant, et voilà qu’une grande conversation s’engage avec Jorge après l’avoir félicité pour sa musique.
– « Mais oui je les adore aussi, Aventura c’est les meilleurs, je les ai vus en concert au Luna Park en juin, tu y es allée aussi ? Tu sais qu’ils vont se séparer, c’était leur dernière tournée ensemble ! »
Je réponds que je les ai ratés, je suis dégoutée, il me dit qu’il va me mettre le dernier CD. Là il baisse le pare-soileil, et je vois une rangée de 15 CD gravés, que de la bachata. Il en prend un, le passe et me dit
– « Ecoute ça ma chérie ! »
Et là c’est parti mon kiki, 5h30, Aventura au taquet dans la voiture, et Jorge qui chante  » mi amor, mi corazon », emmitouflé dans sa doudoune, en conduisant son taxi pourri. Lui non plus il n’a peut-être pas dormi de la nuit, pas plus que Pablo, il prendra jamais l’avion non plus. Mais ici, y’a pas d’heure pour être heureux. Je me pince, me dis que l’Argentine me donne une bienvenue incroyable et que j’ai trop de chance.
Je lui demande de me passer « Alexandra ». Pas de soucis, il change de CD, prend le 9ème sur la gauche derrière son pare-soleil, sans se tromper, et me la passe. Oui, ma chanson adorée !
Et là ben comme il la chante, je la chante aussi, bref nous chantons. Il est 6h, Buenos Aires s’éveille, le jour se lève et dans un taxi jaune 2 fans de bachata s’éclatent, Jorge et moi. Moi qui pourtant une heure avant était un peu défoncée, triste, mauvaise humeur, froid envie de me coucher c’est tout, ben ça y est, je suis contaminée à mon tour, j’ai moi aussi le SMILE, la patate, l’envie de déconner, la gentillesse, le mot qui fait rire ! S’en suivent un échange de mail, la promesse qu’il va m’envoyer les prochaines soirées de salsa et bachata dont il entend parler, les dates des concerts du groupe de salsa dans lequel il joue…. et le CD.
Ben oui, parce que Jorge il est content, il m’a dit qu’il n’avait jamais chanté de bachata avec un passager, et encore moins si tôt un matin, alors le CD il me me l’offre et que c’est lui qui me remercie. Jorge il est comme ça, ici c’est comme ça, des fois ça me donnerait envie de chialer.

 

Des anecdotes comme ça chacun ici en a 10 000. J’ai encore la chance de m’en émouvoir à chaque fois, d’observer ces Argentins à la façon d’un anthropologue car l’Argentine me fascine toujours et encore. Et du coup je me suis souvenue de pourquoi j’avais pris cet avion.

 

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