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Suis-je vraiment une blogueuse de voyages ? Ou comment j’ai quand même participé au 1er salon de blogueurs francophones du voyage à Cannes

Les blogueurs participants au 1er salon des blogueurs de voyage à Cannes - 18/19 septembre 2014
Les blogueurs participants au 1er salon des blogueurs de voyage à Cannes – 18/19 septembre 2014

Tout a commencé il y a quelques mois, en surfant sur la toile. Je lus que Xavier Berthier, blogueur de 4 coins du monde, organisait pour la première fois en France un salon des blogueurs de voyage au Palais des Festivals de Cannes les 18 et 19 septembre 2014. Mot d’ordre sur Twitter #WeAreTravel14.

J’avais justement participé l’année dernière à un événement similaire à Buenos Aires, organisé par la Red ViajAr, un équivalent argentin du Collectif des blogueurs de voyage (sic les Argentins nous ont devancé). J’ai donc d’abord été hyper emballée par l’idée, puisque par chance je me trouvais en France à ces dates. Puis, en y réfléchissant bien, je me suis demandé si finalement cela me concernait. J’avais fait un tour sur les blogs participants, puis sur le mien et quelque chose clochait. Je recherchais la trace d’un billet qui traite d’une visite, d’une balade, d’une recommandation ou d’un quelconque conseil de voyage sur l’une des 23 provinces que compte l’Argentine. Sur un pays grand comme presque 5 fois la France, il y avait de quoi raconter quand même. Ô rage ô désespoir, je n’ai trouvé rien de tout cela. Nada.
NB: J’ai quand même une petite explication à cela. Le fait d’avoir été conseillère voyages Argentine/Chili/Bolivie ces 4 dernières années, d’avoir organisé tous les jours des parcours dans ces 3 pays et d’en parler toute la journée à mes passagers fait qu’évidemment, le soir venu, j’étais moyen motivée pour continuer sur mon blog.

Mais alors de quoi puis-je donc bien parler, depuis bientôt 6 ans que ce blog existe ? Si ce n’est pas de tourisme ? D’expériences messieurs dames, d’histoires, d’anecdotes et de rencontres. De ces surprises de la vie qui me font vibrer à Buenos Aires et me donnent le sentiment d’être en voyage perpétuel. J’écris sur les argentins et leur ArgentinAttitude, les taxis porteños, les (difficiles) rapports homme-femme sous cette latitude, la chirurgie esthétique (de mes copines), le foot en période de Coupe du Monde, le vélo version Masa Critica, les expressions foutage de gueule qui me font marrer, la fête de Noël, la vie nocturne trépidante, les jacarandas en fleur et que sais-je encore.  Et beaucoup aussi sur l’expatriation, bien sûr.

Destino Buenos Aires est-il alors un blog de voyages ? A vous de me le dire ! Mes lignes vous font-elles voyager ? Ou sont-elles surtout informatives sur la culture argentine ? Vous motivent-elles pour venir en vacances en Argentine ou en Amérique du sud ? Je serais très curieuse d’avoir vos avis, queridos lectores. Adeline de www.voyagesetc.fr nous parlait justement pendant le salon de l’importance  pour un blog de voyage d’avoir une « niche », de maintenir un angle, un parti-pris. Le mien fut dès le premier jour de relever ce qui me semble étrange, amusant, émouvant dans ma vie quotidienne à Buenos Aires. Rien de plus. J’ai commencé à écrire pour mes proches et leur faire partager ma passion de l’Argentine. Qu’ils ne me prennent pas/plus pour la grande folle trentenaire qui a lâché un CDI pour tenter l’aventure. Je n’ai jamais songé à donner mes bons plans, mes quartiers préférés, mes adresses de parillas ou de glaciers. Le devrais-je ? J’ai pensé jusqu’alors que l’intérêt de mon blog était d’être une petite souris de l’intérieur et que pour tout le reste on a le Lonely Planet.

Je crois qu’il existe autant de blogs de voyages que de façon de voyager. Et heureusement ! Le voyage tel que je l’aime implique 3 points :
– parler la langue du pays visité, ou moins des rudiments, mais idéalement, parler la langue, j’y tiens
– rester assez longtemps dans une capitale pour s’y faire des amis/connaissances. 2 mois me paraissent une minimum, comme j’en discutais avec Corinne de www.vie-nomade.com
– avoir un simili de « chez soi », un trousseau de clés d’une maison, d’une chambre, d’un logement, qui ne soit pas forcément un hôtel, manière de se sentir un « local ».

Ceci est l’apologie du slow travel me direz-vous. C’est bien de cela dont il s’agit en effet. C’est celui que j’ai moi-même expérimenté. Au cours de ces 15 dernières années, j’ai posé mes valises dans 4 capitales étrangères et suis restée de plusieurs mois à plusieurs années: Dublin, Mexico, Londres et Buenos Aires. Je suis fière d’avoir eu dans chacun de ces pays ma carte de sécurité sociale, mon visa de travail lorsque c’était nécessaire, un compte en banque, un job, un salaire local, des collègues, des amis. Alors oui, c’est en évoquant ces destinations que je peux être intarissable, parce que je les ai connues de l’intérieur, que je m’y suis sentie chez moi un moment dans ma vie. Je ressens donc à la fois une folle inspiration et une légitimité à en parler.

Du coup, j’aime lire les blogs d’autres expatriés ou ceux de voyageurs au long cours.  Quand Aline de www.nowmadnow.com écrit autant de billets sur la Bolivie, je devine qu’elle n’y est pas restée que 3 semaines (ce qui est mon cas, bouuuu) mais bien plusieurs mois. Donc je sais qu’en la lisant je vais Voyager avec un V majuscule, que j’apprendrai sur ce territoire et lirai des histoires que je n’ai pas eu le temps de vivre.

Mes autres « voyages » dans une vingtaine de pays, ceux d’une, deux ou trois semaines, m’ont davantage laissé un arrière-goût de vacances interrompues, jamais assez longues, un peu comme des survols, enrichissants, passionnants, dépaysants, certes, mais trop courts pour suffisamment m’inspirer (mais ça c’était avant le salon).

C’est chargée de tous ces a priori sur les blogs de voyage que je me suis inscrite à ce salon. J’ai pensé que rien de tel que de sauter dans la piscine pour dépoussiérer tout ça et repartir sur de nouvelles idées. Et je n’ai pas regretté.

Pour les rencontres avec les autres blogueurs qui partagent avec moi le goût des mots loin devant celui de la SEO. C’est quand même rigolo que la première personne avec qui j’ai discuté ait été le seul latino des 50 blogueurs participants, le colombien Jerson du célèbre blog Blogtrip. J’ai connu celles qui ont eu l’idée géniale d’aller au concert de U2 en voyageant en stop jusqu’à Moscou ou encore d’avoir voyagé au Brésil pour assister aux matches de la Coupe du Monde, le tout gratuitement bien sûr, sinon c’est pas drôle. J’ai nommé Emilys de travelandfilm.com et Sarah de leblogdesarah.com. Des nanas rock’n’roll très inspirantes.

Bxza1_MIEAAM1aP                @travel me happy - Blogtrip Cannes Cinéma

Pour la visite guidée de Cannes dont je parlerai dans un autre billet très bientôt, et des nouvelles idées qui ont germé

P1070544@Fanny Dumond - Cannes

Pour les rencontres avec certaines marques et opérateurs de tourisme. Après avoir travaillé dans une ancienne vie pour des offices de tourisme  (Tourism Australia, Atout France, OT de Toulouse), je me suis sentie cette fois-ci de l’autre côté de la barrière,  comme un petit bureau de promotion à moi toute seule, mais cette fois-ci sur l’Argentine, à expliquer le pourquoi ce pays, ce que j’aime là-bas etc. Le temps dira si ma promo aura porté ses fruits !

Pour tous ces instants, MUCHAS GRACIAS Xavier, nos vemos en 2015 #WeAreTravel15

P1070663   @Fanny Dumond - sur le balcon de mon hôtel Belle Plage Brougham à Cannes

Le déclic, ou le jour où j’ai décidé de vivre en Argentine

 

 

Parfois il suffit de peu de choses, un déclic, un signe que l’on interprète dans le sens qui nous arrange, un destin qui nous semble tracé mais que nous dessinons nous-mêmes, finalement. Ce jour-là, le 15 août 2008, il y aura bientôt 6 ans de cela, j’ai vu une invitation, un appel, un panneau qui me disait « bienvenida ».  Je finissais mes courtes vacances de 2 petites semaines à Buenos Aires. C’était mon deuxième séjour en Argentine, et je me sentais en réalité « toute chose ». La première semaine avait été intense en retrouvailles et sorties nocturnes. La deuxième avait été plutôt mélancolique, anxieuse, avec des idées saugrenues qui m’assaillaient l’esprit, des questions bizarres du style « Et si je revenais à Buenos Aires pour de bon ? Cap ou pas cap ? ». Je m’apprêtais à retrouver à contre-coeur ma vie française, mes collègues, mon appartement, ma vie toulousaine un peu trop rose fané à mon goût. 30 ans c’était finalement bien jeune pour se résigner, non ?

Ce matin-là, le jour même de mon départ et à quelques heures de mon vol retour vers la France, je décidai de visiter l‘hôtel des immigrants, un bâtiment historique de 4 étages qui accueillit des milliers et des milliers de candidats à l’immigration de 1911 à 1953 (plus de 500 000, je cherche encore le chiffre exact). J’avais entendu parler de ce lieu et son histoire me semblait fascinante, comme celle d’Ellis Island à New York. Ce bâtiment étant reconverti en musée, je partis en cette journée d’hiver fraîche mais ensoleillée en direction du quartier de Retiro, toute curieuse de le découvrir. Sans le connaître encore, je devinais que je me rendais dans un lieu unique. J’avais la sensation de faire un pélerinage dans la maternité d’un pays, la salle d’accouchement d’un peuple dont les générations se comptent encore sur les doigts d’une seule main, chez une nounou qui aurait nourri tous ces aventuriers débarqués de paquebots avec la faim au ventre et des rêves de meilleure vie dans le coeur.

Argentine une terre à peupler, un Eldorado à conquérir pour ces hommes et ces femmes du vieux monde. A leur arrivée au port, une équipe de douaniers montait directement à bord des bateaux et vérifiait l’identité de chacun avant d’autoriser le débarquement. Un contrôle sanitaire se faisait également à bord. Après un contrôle des bagages les immigrants étaient dirigés vers les bureaux de travail destinés à faciliter leur recherche d’emploi et leur transfert sur le lieu de travail (Buenos Aires, province etc). On enseignait aux hommes l’usage de machines agricoles, les tâches domestiques aux femmes. Des interprètes étaient présents. On délivrait des papiers d’identité provisoires. Banco Nacion faisait des opérations de change. Un hôpital était également prévu pour soigner les éventuelles maladies dûes à la mauvaise alimentation et aux pénuries durant le voyage. Entre 1880 et 1930, l’immigration vers l’Argentine fut inférieure à celle en partance pour les Etats-Unis, mais en proportion par rapport à la population locale existante, de toute les Amériques c’est l’Argentine qui reçut la plus forte vague d’arrivée d’étrangers. Au recensement de 1914, soit il y a exactement un siècle, un tiers de la population de Buenos Aires était composésd’hommes et de femmes venus d’ailleurs. A 70 % d’Espagne et d’Italie, les 30 % restants de France (en 3ème position), Pologne, Russie, Arménie, Syrie etc.

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L’hotel de los Inmigrantes, lui, comptait un immense réfectoire et des cuisines au rez-de-chaussée. Dans les étages des dortoirs étaient répartis par sexe, femmes et enfants au 1° etage, époux au 2°, hommes célibataires au 3°. Trois mille personnes pouvaient y être logées simultanément, hommes femmes et enfants. Petit déjeuner, déjeuner, goûter pour les enfants et dîner, toute une organisation était rodée pour offrir tous les repas à différents horaires par groupe de 1.000 personnes. Chaque nouvel arrivant avait le droit de rester 5 jours, gratuitement, et davantage s’il n’avait pas trouvé d’emploi. La majorité restait environ 2 semaines. L’histoire prouve que l’Argentine ne tint pas toute ses promesses car au fil des années la moitié des migrants revinrent finalement sur leur terre d’origine. Mais un siècle plus tard, combien de migrants, de Lampedusa, de Tijuana et d’ailleurs, rêveraient de pouvoir tenter leur chance dans de telles conditions ? Quel autre endroit au monde, avec Ellis Island aux Etats-Unis, a pu concentrer autant d’origines géographiques, de destins, d’espoir, de peur, de fatigue, de soulagement, de tristesse pour la terre et les familles laissées au pays, de courage, de rage de vaincre, d’esprit d’aventure ? Quelles pensées devaient s’échapper de ces dortoirs le soir venu, une fois la lumière éteinte ? Personnellement, tous les migrants de tous les temps me fascinent, leur histoire, leur déclic du départ, leur prise de risque, leur nouvelle vie, leurs joies et leurs désillusions.

Je rentrai donc dans le musée, enfin, je le croyais, mais la première salle que j’ai entrouverte était en réalité le bureau de Migraciones. Migraciones, salle où je me rendrai tant de fois pour mon visa de travail durant les années suivantes et mot que je prononcerai mille fois par la suite, souvent en soupirant. Mais cela je l’ignorais encore. J’ai jeté un oeil, curieuse, sur ces candidats qui avaient choisi d’émigrer dans un pays au drapeau bleu et blanc et un soleil souriant en son milieu. Avec le recul, j’aurais dû deviner que ça me ferait tomber dans le panneau, le coup du soleil souriant… J’ai finalement passé un porche, traversé une grande cour, pour finalement accéder à l’hôtel.

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La salle du rez-de-chaussée,
l’ancien réfectoire, était visiblement occupée par une réunion. J’aperçus un panneau qui mentionnait le nom de diverses associations italiennes de Buenos Aires. Cela semblait être une sorte de congrès, des chaises étaient installées, un video-projecteur, j’ai eu l’impression de déranger et je me suis vite engouffrée dans l’unique salle du musée. J’attendais mille et une merveilles, des objets d’époque exposés, une visite des étages… Que nenni. J’ai seulement pu voir  quelques reliques et surtout des photos d’époques et des panneaux qui relataient des histoires de plusieurs familles d’immigrants. J’ai passé environ une heure dans cette salle de musée déserte, temps amplement suffisant ( je crois que le musée est maintenant bien mieux présenté mais il faudra que j’aille vérifier cela par moi-même). Puis je repris le chemin de la sortie, bizarrement attirée par une bonne odeur qui chatouillait mes narines.

Photo d'époque, copyright Direccion National de Migraciones
Photo d’époque, copyright Direccion National de Migraciones

Je ne rêvais pas, le temps de ma visite, l’ancien réfectoire s’était littéralement reconverti en réfectoire. Les personnes qui assistaient à la réunion étaient en train de faire une file vers une large table où des cuisinières servaient des plats chauds. Un vrai service de restauration à leur disposition… et du coup à la mienne par la même occasion ! Ceux qui me connaissent savent que je ne refuse jamais un bon plat. C’est donc tout naturellement que j’ai rejoint la file et fait mine d’assister moi aussi d’appartenir à ces associations italiennes. Ni vue ni connue, j’ai remercié les cuisinières et je me suis assise sur un long banc, un peu à l’écart, pour déguster tranquillement ce déjeuner cadeau surprise. Puis j’ai levé les yeux, et j’ai vu cela, cette image qui occupait tout le mur latéral du réfectoire, cette photo prise à l’époque lorsque l’hôtel de los Inmigrantes servait à manger à des milliers d’hommes et de femmes venus commencer une nouvelle vie en Argentine.

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Je regardai de nouveau mon assiette, puis la photo, et je me suis vue, moi la Française pourrie gâtée du 21ème siècle, aucunement comparable avec ces vrais aventuriers, mais aspirante elle aussi à une nouvelle vie. Je me retrouvais fortuitement et gracieusement nourrie par l’Argentine, dans cette salle chargée d’histoire, avec un bon plat chaud au milieu de l’hiver porteño, face à la photo des premiers immigrants attablés dans ce même réfectoire. Et le déclic s’est produit. L’Argentine ce jour-là m’envoya un grand BIENVENIDA. Le soir je partis à l’aéroport, soulagée, le sourire aux lèvres, ma décision prise, et je me fendis d’un « hasta pronto » au douanier qui m’apposa un tampon Argentina sur mon passeport. Des tampons comme celui-là,  il y en aurait beaucoup encore, et cela je le savais déjà.

PS 1 – Depuis 6 ans, cette histoire, je l’ai racontée à plusieurs de mes amis porteños, et je ne comprends pas qu’ils ne connaissent pas l’existence de ce bâtiment, ou qu’ils en aient à peine entendu parler. Pourtant certains de leur grands-parents ou arrière grands-parents sont peut être passés par là et ils l’ignorent, comble de l’histoire.
PS 2 – A l’Hôtel de los Inmigrantes un bureau est à disposition de ceux qui recherchent la trace de l’arrivée de leurs ancêtres à Buenos Aires. Et ça marche ! Avec l’année de naissance, un nom et un prénom, à partir d’une certaine date toutes les personnes ayant désembarqué ont été répertoriées et on peut même se faire imprimer une copie de l’acte d’arrivée de son ancêtre.
PS 3 – Pour la petite histoire, lors de mon dernier passage à Migraciones en mars 2014, j’ai constaté que l’ex-réfectoire a été reconverti en de nouveaux bureaux de Migraciones. Et maintenant cette salle accueille les migrants latinos, asiatiques et africains. L’histoire est un éternel recommencement !
PS 4 – A l’heure où l’Argentine est soi-disant en « default »,  je tiens à souligner la qualité que j’admire le plus chez elle, c’est à dire sa politique migratoire, ouverte et généreuse comme il en existe peu dans le monde. L’Argentine aurait bien des leçons à donner en la matière à ceux qui lui en donnent en finances. Pour preuve ce panneau qui trône au-dessus du bâtiment de Migraciones. J’ai pris cette photo le jour où j’ai obtenu ma résidence permanente.
« Pour tous les hommes du monde qui veulent habiter le sol argentin » extrait du préambule de la constitution argentine
Nos, los Representantes del pueblo de la Confederacion Argentina, reunidos en Congreso General Constituyente por voluntad y eleccion de las Provincias que la componen, en cumplimiento de pactos preexistentes, con el objeto de constituir la union nacional, afianzar la justicia, consolidar la paz interior, proveer á la defensa comun, promover el bienestar general , y asegurar los beneficios de la libertad para nosotros, para nuestra posteridad, y para todos los hombres del mundo que quieran habitar el suelo argentino: invocando la proteccion de Dios, fuente de toda razon y justicia: ordenamos, decretamos y establecemos esta Constitucion para la Confederacion Argentina.

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Pour en savoir plus :

– http://www.argentina.gob.ar/pais/poblacion/49-inmigraci%C3%B3n.php

hotel de los Inmigrantes / wikipedia

– http://buenosairesconnect.com/hotel-immigrants-histoire-argentine/

nos ancêtres les gascons

– http://www.histoire-tango.fr/grands%20themes/immigration%20argentine.htm

Nationalités en Argentine – https://argentin.wordpress.com/tag/immigration/

– http://www.sciencespo.fr/opalc/content/prologue-i-l-immigration-europeenne-en-argentine-un-phenomene-controverse

– http://fr.wikipedia.org/wiki/Franco-Argentins

Le syndrome du retour annuel en France

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J’avais déjà commencé ici quelques réflexions sur l’expatriation. Aujourd’hui je souhaitais explorer le rapport à la mère patrie, selon la distance avec le pays d’adoption. Je sens souvent que ma vie d’expatriée en Amérique du sud n’a strictement rien à voir avec  celle de mes amis expatriés en Europe. L’expatriation à 2 heures d’avion, c’est l’expatriation light, c’est avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier. Tu troques les parisiens têtes de chien pour les belges sympas à Bruxelles, les anglais relax à Londres ou les tapas à Madrid. Tu rentres au pays plusieurs fois par an, tu connais les horaires d’Easyjet par coeur. Et en plus tu as droit au foie gras à Noël en famille. Veinard, je t’envie en fait.

L’expatriation longue distance (à une journée d’avion), tout de suite, change la donne. Pour rentrer au pays tu dois t’organiser, prendre des vacances, voir la totalité de tes congés de l’année. Tu oublies l’improvisation, la spontanéité, le coup de tête, le « et si je partais ce week-end ? ».  A toi l’anticipation, l’agenda dans une main et la carte de France dans l’autre. Tout ce que tu aimes… Car oui, quand tu es expatrié longue distance tu passes tes vacances en France presque à tous les coups. Tu savais pas ? Dommage… :-)Toi qui partais à l’étranger pour voyager et voir du pays, ben on t’a menti en fait. Surtout, en cas de grosse frustration de passer 2 semaines en Creuse, ne pas écouter les récits de tes amis qui sont restés vivre en France mais qui ont fait 3 voyages dans l’année grâce à leur 42 jours de RTT. Non, non, pas bon, ceux-là évite-les.

L’expatriation longue distance version « occidentale », par exemple aux Etats-Unis, au Japon, à Singapour ou à Dubaï, c’est à dire dans des pays avec une monnaie et une économie stable, peut te donner un bon « pouvoir d’achat de billet d’avion » qui te permettra peut-être de rentrer 2 fois dans l’année. A voir.

A contrario, l’expatriation longue distance version « pour l’amour du risque », c’est à dire dans un pays « en voie de développement » où tu gagnes 800 euros par mois, ne te donnera qu’une occasion par an d’aller en France. Et encore, c’est pas gagné, tout dépend de la configuration. Bien des familles ne peuvent pas payer 4 billets d’avion par an pour l’Europe. Quand on combine comme moi l’équation Amérique du sud + économie couci-couça + dévaluation de peso à fond les ballons, on se demande comment on fera l’année prochaine. Puis on arrête d’y penser parce qu’à quoi bon. 

Le syndrome du retour annuel en France… Je pense sincèrement qu’il faut avoir une fois dans sa vie quitté son pays et ses proches pendant 12 mois pour comprendre ce qui arrive à l’expatrié longue distance avant, pendant et après ce retour au pays. Mais je vais tout de même tenter de l’expliquer ici.

Pendant l’année, beaucoup de choses se passent au pays en ton absence :  mariages, naissances, obsèques, week-end retrouvailles de tes potes qui sont tous sur la photo sauf toi. Tu as beau suivre, liker et commenter les heureux événements sur Facebook, envoyer des messages, des mails, skyper, viberiser, whatsapper, il n’empêche, t’es pas là. Et il en sera ainsi tant qu’on aura pas inventé la télétransportation, donc en attendant habitue-toi et fais avec.

A J-1 mois du départ en France se produit un savant cocktail d’excitation, de joie, d’anxiété, de décompte jusqu’au moment où l’on monte dans l’avion.  Ces semaines avant le départ sont consacrées à l’organisation à distance des vacances, qui voir et où. Mentalement, dans mon cas du moins, je suis déjà en France et plus trop déjà à Buenos Aires. Ou disons que je suis dans l’avion exactement, ni dans un pays ni dans l’autre. Un no man’s land, un temps pendant lequel tout m’est un peu égal car dans x jours « JE RENTRE EN FRANCE » !

En France, lorsque finalement tu foules  le sol de la mère-patrie, c’est le comité d’accueil à l’aéroport, la séquence émotion, le quart d’heure de gloire, les effusions et les embrassades avec tes proches. De très forts moments, des larmes à l’oeil. Le sentiment d’être la star. Illustration concrète, ma mère me prend chaque année en photo à l’aéroport le jour de mon retour, quand elle me voit au loin pousser mon chariot avec mes valises. Sic.  Mais que puis-je faire ? Respirer le cou de sa maman au bout d’un an, ça n’a pas de prix.

Une fois l’émotion passée, en regardant de plus près ceux qui sont venus te chercher, tu observes des cheveux blancs qui n’étaient pas là l’année d’avant, des rides autour des yeux qui te rappellent que tes parents ne rajeunissent pas, pas plus que tes amis d’ailleurs, et pas plus que toi, du coup.
Le syndrome du retour annuel en France est alors à son paroxysme pendant ces quelques semaines. Voici quelques symptômes récurrents:
– la sensation que le temps passe trèèèès vite, du coup tu penses qu’en ne dormant pas la nuit tu doubles la durée de tes vacances. Pas bête, mais tu ne tiens pas plus d’une semaine. La solution : profite de chaque seconde.
– des pics d’émotion , de joie et de crise de pleurs tristesse un peu incontrôlables, qui peuvent te faire passer pour un/e déséquilibré/e. Mais on t’aime comme tu es donc un kleenex et ça repart.
– des situations irréalistes comme des retrouvailles et des adieux à quelques heures d’intervalle avec les mêmes personnes, le temps d’un dîner en fait.
– des phrases surréalistes comme « à l’année prochaine » alors qu’on est encore en juillet.
– des tentatives de rattraper 12 mois ou 24 mois en une soirée, pauvres naïf/ve que tu es. Tu demandes à tes amis de te faire un petit résumé de leur vie, exercice que tu fais à ton tour. « Alors voilà l’année dernière, j’ai changé d’appart, de mec et de boulot, et ça va bien. Et toi ? Euh pardon, et vous ? »
– des hallucinations de voir tes copines encore célibataires l’année dernière te parler mariage avec l’heureux élu à côté que tu vois pour la première fois
– d’autres hallucination, celles de voir des bébés qui n’étaient même pas encore conçus lorsque tu avais vu ses parents l’année d’avant.
Souviens-toi le paragraphe plus haut, pendant l’année, tu étais loin, et il s’en est passé des choses, mais sans toi.

Au retour dans ton pays d’adoption, effet Duracell.

Tu as la sensation d’avoir rechargé les batteries, tu es souvent même content de revenir et de retrouver ton chez toi. Tu n’as eu que le bon de la France, la famille réunie pour l’occasion, les fêtes de Noël ou les vacances d’été. C’est reparti mon kiki pour une autre année. Tu kiffes ta vie d’expatrié… jusqu’au prochain coup de blues. Reprendre alors la lecture à partir de « Pendant l’année »…

Et vous, ça vous fait quoi l’expatriation ?

ps : Mes autres billets sur l’expatriation sont ici

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