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Le blues de l’émigrée

le Gers en été

Rien de tel qu’un retour aux sources express, improvisé et imposé par des circonstances familiales pour se prendre de plein fouet une nostalgie de son païs. On a beau être content d’être ailleurs, s’estimer chanceux de connaître, découvrir, rencontrer ce(ux) qui est (sont) si loin, je dois avouer qu’à quelques jours du départ j’ai déjà le blues du Sud-ouest en été, des champs de tournesols, du confit servi à table avec autant d’évidence qu’un verre d’eau, du festival de salsa de Tempo Latino à Vic-Fezensac, des siestes avec mon frère et mon chat, des cigarettes avec ma mère à la fin du repas, des dîners au restaurant avec mon père, de la soupe de Mamie, du couple extraordinaire qu’elle forme avec mon grand-père, de cette chaleur écrasante qui nous fait faire quelques kilomètres pour se poser près d’un lac, des visites improvisées et rencontres surprises avec ceux qui partagent le même accent et vocabulaire que moi, les mêmes collège, lycée et souvenirs d’adolescents.

Je n’ai aucune envie là tout de suite de rentrer chez moi à Buenos Aires ou plutôt de repartir là-bas, car qu’est ce qui est vraiment chez moi ? Là où j’ai grandi, où j’ai ma famille, où je ne fais pas 3 pas sans rencontrer quelqu’un que je connais même si je suis partie du coin il y a 10 ans, là où j’ai vécu pendant quelques années, ou là où j’ai décidé de vivre depuis 6 mois ? Difficile d’expliquer que c’est tout à la fois, et que je ressens une appartenance là où j’ai posé mes valises au moins 1 an, où j’ai eu un numéro de téléphone, une adresse et des factures, et surtout des amis et des souvenirs que j’ai laissés derrière moi. Je me sens chez moi à Auch et à Buenos Aires, comme je me sentais aussi chez moi à un moment donné à Mexico, à Paris, à Londres et à Toulouse. C’est grave docteur ?

Quand je croise des Gersois qui n’ont pas bougé de là depuis le bac, et qui ont l’assurance d’être bien chez eux sans avoir le besoin de voir si l’herbe est moins jaune ailleurs, je me surprends parfois à les envier. Quand je raconte que je vis à Buenos Aires, je me surprends parfois à ne pas savoir expliquer « comment c’est là-bas », ni à savoir répondre à la fameuse question « et tu te vois y rester longtemps ? ».

A la croisée de l’OVNI et de la déséquilibrée, de l’éternelle insatisfaite et de la post-adolescente attardée, de la voyageuse incomprise et de la rêveuse instable, c’est un peu l’image que je lis dans leur regard. J’aimerai pouvoir justifier, expliquer, dire que « j’ai suivi mon mari », ce qui serait alors une raison valable certainement mais je n’ai pas de mari, merde. Je ne suis pas partie pour des raisons économiques non plus, on ne meurt pas de faim dans le Sud-Ouest, y’a qu’à me voir.
Je suis partie parce qu’on ne vit qu’une fois. Puissiez, vous lecteurs, me comprendre !

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Que lindo debe ser de viajar…

Qu’est ce que cela doit-être beau de voyager ! Beaucoup d’Argentins me le disent, ceux qui n’ont pas eu la chance de le faire avant la crise de 2001. C’est d’ailleurs injuste, dans une même famille, les Argentins trentenaires ont parcouru parfois l’Europe entière quand leur peso équivalait alors à un dollar, tandis que leurs petits frères ou petites soeurs nés dans les années 80 sont allés au mieux en Uruguay et ne sont pas près d’aller beaucoup plus loin dans les années à venir…
Quand on me demande où j’ai voyagé avant de vivre ici, j’en suis gênée. Comment leur expliquer la chance que nous avons nous, les Européens, les Occidentaux du primer mundo comme ils nous appellent, toutes ces facilités qui nous semblent si acquises et si « normales »: X semaines de congés payés, RTT parfois, euros dans tous les cas, billets d’avion bon marché… Mais là n’est pas mon propos ce soir. Je voulais vous raconter une belle rencontre, une de celles qui me font penser que je suis où je dois être, que Buenos Aires n’a pas fini de me surprendre et de m’émouvoir.
Mardi dernier, tandis que j’étais dans une file avec ma mère pour aller voir un spectacle de folklore au Centro Cultural Rojas, une mamie devant moi se retourna et m’adressa la parole, sous le prétexte que selon elle je n’étais pas assez couverte, que j’allais prendre froid etc etc, une petite vieille toute douce qui vraisemblablement manquait de compagnie et d’affection. Elle fit alors le récit de sa vie, de ses jeunes années en Patagonie, de ses parents qui moururent jeunes, et de son arrivée à Buenos Aires quand elle avait 20 ans, de sa vie passée à vendre des vêtements dans le quartier du Once, de son frère avocat et de sa soeur eux aussi décédés. Quand elle comprit que nous étions françaises, elle nous raconta qu’elle avait toujours rêvé de voyager et d’aller en Europe, mais que maintenant elle était trop vieille pour le faire. Elle conclut en me disant: « Que lindo debe ser de viajar, yo voy a morir sin haber visto el mundo » (Qu’est ce que cela doit-être beau de voyager ! Moi je vais mourir sans avoir vu le monde).

Et soudainement ces paroles résonnèrent en moi et je me suis souvenu avoir écouté la même histoire le jour de mon arrivée à Buenos Aires, lorsque, venant de l’aéroport, je m’étais installée avec mes 2 grosses valises et mes multiples sacs au bar Habana à l’angle de Corrientes et d’Uriburu, le samedi 7 février dernier, vers 17h. La même mamie, sa curiosité à mon égard à la vue de mes bagages, ses questions, ses yeux bleus, et cette même phrase qu’elle m’avait répétée plusieurs fois et de mon impuissance… Oui, elle mourirait sans avoir vu le monde.

Elle fut avec la première personne à qui j’ai adressé la parole le jour de mon arrivée à Buenos Aires et je la retrouvais dans cette file 3 mois plus tard ! Le temps d’arriver, de m’installer, de rencontrer, de connaître, de rire beaucoup, de verser quelques larmes aussi et de la croiser à nouveau sur mon chemin. Elle me reconnut à son tour, et sa surprise fut au moins aussi grande que la mienne. Elle était toute émue et toute contente que je me sois souvenue d’elle, car qui se souvient d’une petite vieille orpheline qui vendit toute sa vie des vêtements dans le Once ?

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J’aime….

Quand Buenos Aires s’éveille, que le soleil du matin s’engouffre dans ses rues etroites et m’éblouit quand je traverse ses avenues
Quand les collectivos (bus) tanguent sur les pavés …

Quand une pluie tropicale s’abat sur la ville mais qu’on reste en tongues avec son parapluie

Quand un steack de dingue peut fondre dans la bouche à n’importe quelle heure de la nuit
Quand on a l’embarras du choix pour sortir à 2h du matin, tous les jours de la semaine
Quand on ne marche pas plus de 3 cuadras (patés de maison) pour trouver un glacier

Quand on monte un taxi en 20 secondes 24h24
Quand on fume dans les taxis en ecoutant en direct un match de foot

Quand je reconnais une chanson Chichi Peralta s’échapper d’une voiture, d’un bar… et que je comprends que je suis sur le bon continent
Quand des djeuns jouent de la guitare et chantent Andres Calamaro sur la plaza San Martin, que je leur demande mes chansons preférées…. et que je comprends que je suis dans le bon pays !

Quand on se sent transparente à la maison mais qu’une fois dans la rue, 300 mètres suffisent pour qu’un Argentin nous rappelle qu’on est une nana !
Quand on me laisse passer la première dans le collectivo et le métro parce que… je suis une nana (même si 10 secondes après je me fais traiter de  »mamacita »)

Quand je pose une question à n’importe qui et qu’on me réponds, on m’oriente, on m’aide, et avec le sourire
Quand mon épicier me dit  »si mi amor »
Quand tendre la main n’existe pas et qu’on claque une bise (une seule ici) à son chef, au dentiste, à tout inconnu

Quand on me raconte que le patron du bar, c’est le petit papi assis au fond, qu’il n’a toujours pas perdu son accent « gallego » (de Galice), et que le jeune derrière le comptoir, c’est son petit-fils
Quand on rentre dans un restaurant, qu’on se croit 50 ans en arrière, que rien ne semble avoir changé, ni le menu, ni le décor, et qu’on sent cette ALMA !
Quand je me sens dans la même journee à Paris, en Espagne ou en Italie
Quand j’ai l’impression d’être ici depuis toujours !

Quand je réalise que cette capitale n’a pas encore succombé aux chaînes de magasins de fringues, de restauration rapide, de Starbucks et autres aliénations occidentales

Quand tout peut se discuter, le prix du loyer, l’entrée d’un spectacle etc et qu »’il faut qu’on en parle »

Quand on me demande  »y vos de donde sos ?  » (et toi d’ou viens tu ?) et que je me sens une immigrante.

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